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A. ) DES AFFECTIONS NERVEUSES

Celte expression banale de maladie nerveuse qui se présente si souvent à la bouche du médecin embarrassé pour caractériser la nature d'une affection , — ce mot qui , pour les gens du monde eux-mêmes , ne déguise qu'imparfaitement notre ignorance , a cependant un sens , que je veux définir.

Et, d'abord, n'exprimât-il qu'une négation, que déjà il y aurait avantage à savoir que certaines souffrances ne dépendent pas de lésions organiques appréciables.

Le vulgaire ne se faisant point une idée nette du système nerveux, ni de ses fonctions, peut bien ne pas ajouter foi à des explications obscures. Mais le médecin , qui sait le rôle joué dans l'économie par ce système, doit comprendre, sinon la nature et le mécanisme de ses altérations, du moins l'influence qu'il exerce, par ses perturbations, sur les diverses fonctions dont il est le régulateur.

Loin de nous la prétention de vouloir préciser le mode de perversion d'un fluide sur lequel tout n'est encore que conjecture , et de nous aventurer dans les réactions et les combinaisons des différentes électricités.

Nous prenons la science où elle en est sur ce point. Nous

réservons la connaissance des phénomènes intimes et primordiaux , et ne nous attachons qu'aux données qui résultent de Tobservation.

Le système nerveux a été divisé par Bichat en deux grands ordres : 1" celui de la vie animale ou de relation qui a pour centre l'appareil cérébro-spinal j 2° celui de la vie organique ou intérieure, dont les principaux foyers sont rassemblés autour des gros vaisseaux cachés derrière les grands viscères de la poitrine et du ventre.

Les maladies qui affectent le premier ordre , ne nous arrêteront guère. Elles sont faciles à saisir , à localiser , les phénomènes en sont tranchés , la médecine moderne a poussé loin leur étude diagnostique, elles rentrent dans le cadre des maladies classiques.

Ou les divise en deux catégories : 1° celles qui portent sur la sensibilité, — névralgies j — 2° celles qui portent sur la motilité , — paralysies. Nous aurons occasion de revenir sur quelques-unes des plus importantes et des plus communes.

Maintenant, je veux insister sur les maladies affectant le système nerveux organique. Elles nous inspirent beaucoup d'intérêt, parce qu'elles sont trés-fréquenles à nos eaux, que ces dernières ont quelque vertu dans ces cas où les autres moyens en ont si peu , parce que malgré de remarquables travaux, elles offrent encore de l'obscuriié, et qu'enfin, sans compromettre immédiatement la vie, elles font le désespoir de nombreux ma-* lades par la longueur et la bizarrerie des souffrances qu'elles déterminent. C'est à elles que s'applique ce que nous avons déjà dit des affections nerveuses en général, de leur instabilité, de leurs connexions pathogéniques avec divers élémens morbides.

Avant de développer ce sujet, qu'il me soit permis de rappeler en quelques mots en quoi consiste le système nerveuxorganique.

Des 6lets grêles et rougeâtres , irrégulièrement entrelacés , entourent les vaisseaux sanguins , et pénètrent avec eux , en se divisant dans la trame des organes. Ces nerfs ^ rassemblés dans certains points et présentant des renfleraens ganglionnaires, forment des plexus qui sont regardés comme les centres des actions nerveuses de ce système.

La physiologie reconnaît à ce dernier la direction des mouvemens moléculaires qui constituent la vie végétative. Tous les tissus sont imprégnés de sa substance ; il préside aux fonctions assimilatrices et gouverne tous les agens de la nutrition. Depuis l'estomac qui reçoit les alimens et leur fait subir la première préparation , jusqu'aux organes sécréteurs qui expulsent les produits devenus inutiles ou nuisibles ; partout, il faut admettre son intervention aussi active que mystérieuse. C'est sous sa dépendance que s'exécutent toutes ces transformations qui élèvent successivement la matière inerte aux conditions de vitalité , et la font redescendre à la condition de résidu. Pour se faire dans le silence ^ et à l'abri des investigations, ses opérations n'en sont pas moins certaines. Nous ne voyons pas comment il agit, mais il agit. Ce ne sont pas les lois physiques et chimiques qui régissent toutes seules les actes vitaux, elles s'exécutent dans une certaine mesure, — tous les jours on en découvre quelques applications, — mais elles sont subordonnées à ce fluide spécial , à cet impondérable qui a pour conducteur et pour siège les nerfs. Ce sont les lois propres de ce fluide qui règlent le mode d'action des forces chimiques , qui font , par exemple , que pendant une certaine période la nourriture sert à l'accroissement de l'individu, et pendant une autre à son entretien seulement j que dans certains cas, au milieu de conditions analogues, les uns s'épanouissent en une vigoureuse organisation, et les autres languissent en une chétive structure.

Mais j'ai hâte de sortir de ces considérations inutiles pour

les uns, et insuffisantes pour d'autres. Je voulais arriver à bien établir qu'il existe entre le système nerveux organique et l'ensemble des fonctions nutritives des rapports directs, incessans, une dépendance réciproque j — de manière à faire concevoir que les viciations primitives, héréditaires de ce système, doivent entraîner des altérations organiques locales ou générales , — de même que les influences secondaires, accidentelles, qui troublent profondément la nutrition , doivent amener une perversion dans les actes nerveux.

Ainsi, — d'une part, les vices darlreux, cancéreux, goutteux, etc. , ont leur raison d'être dans une certaine aptitude organique, insaisissable, longtemps latente, puis se manifestant quelquefois par des désordres nerveux vagues , incoercibles , avant que n'éclatent les altérations pathognomoniques j — d'autre part, des cachexies accidentelles résultant, soit de mauvaises conditions hygiéniques, soit d'une suspension dans la vitalité de quelqu'organe, — de la matrice à la puberté et à l'âge critique, de l'estomac, du foie ou des reins, dans certaines altérations de ces organes, — dans tous ces cas la réparation devenant insuffisante , l'hématose imparfaite, l'émaciation se prononce ; mais en même temps, le système nerveux devient désordonné, et manifeste sa souffrance par des phénomènes variés.

Pour qu'il y ait silence et régularité dans les actes de ce système, il faut équilibrer entre eux les appareils, en stimulant les apathiques, et calmant ceux qui sont surexcités. Il faut rétablir dans de justes limites la masse du sang augmentée oi^ diminuée en quantité ou en qualité.

Comme il n'y a pas de moyen direct et sûr d'atteindre et de comprimer ces troubles nerveux, la seule voie est d'agir sur la nutrition , en réunissant autour de l'organisation malade toutes les conditions les plus propices à sa restauration.

C'est ce but qu'on cherche à remplir, autant que possible , par Tusage de nos eaux.

Quel que soit le point de départ, — vice constitutionnel ou acquis, — déviation nerveuse ou humorale, — il arrive une époque dans les maladies chroniques, où le mal est partout, dans les nerfs, comme dans le sang et la fibre 5 il y a cachexie. La pathologie a réservé ce nom au degré le plus avancé de l'altération générale. Je crois devoir reconnaître la cachexie plutôl . Dès que plusieurs symptômes de même origine se sont produits en divers points , dès que certains désordres nerveux coïncident avec un affaiblissement des forces assimilatrices , je vois les caractères de la cachexie. — Il ne faut pas confondre celle-ci avec la diatlièse qui n'exprime que le fait de la dissémination d'un principe morbide.

En présence d'un organisme détérioré dans tous ses élémens, et d'une manière plus ou moins profonde , que peut-on attendre d'une médication dirigée sur un seul de ses élémens, et par une seule voie? Évidemment ce ne sera pas trop d'attaquer le mal , à la fois, sur tous les systèmes affectés.

En même temps qu'on administrera des anti-dartreux , des anti - scrofuleux , des anti-chlorotiques, etc., on calmera les nerfs, on excitera les mouvemens moléculaires de la nutrition et de l'hématose, en un mot, on rétablira, par un concours de circonstances des plus favorables, le jeu normal et spontané des fonctions organiques.

Yoilà ce que la médication hygiénique des eaux tend à réaliser. Elle s'aide, quand il est nécessaire, des médicamens spéciaux dirigés contre les principes délétères ; mais elle remplit à elle seule les indications variées de la réorganisation vitale.

(B.) DE l'hystérie et de l'hypocondrie.

Ces deux grandes affections se sont partage, comme deux sœurs, l'empire de la souffrance nerveuse ; l'une s'est imposée aux femmes, et l'autre aux hommes. Toutes deux présentent, sous des faces diverses, le type le plus complet des affections nerveuses.

C'est la maladie des nerfs généralisée , propagée du système de la vie végétative à la vie de relation. Toutes deux procèdent leptus souvent, — pas toujours, — delà souffrance, de l'inertie fonctionnelle de quelqu'organe important, — de l'utérus chez la femme, de l'appareil gastrique chez l'homme, — le dérangement d'un rouage de l'économie amène bientôt le ralentissement de toute la machine. Les actions nerveuses deviennent désordonnées, perverties, la douleur apparaît, les phénomènes vitaux sont intervertis, et enfin, consécutivement, le système cérébro-spinal entre en scène et attire toute l'attention par la bizarrerie de ses écarts.

Esquissons quelques-uns des traits communs et distinctifs de ces deux maladies.

Les premiers sont essentiels, ils établissent l'identité de nature ; les seconds sont accessoires , et tiennent à des particularités individuelles.

L'hystérie et l'hypocondrie sont deux névropathies générales, rares aux deux extrémités de la vie. La première affecte les femmes de quinze à trente ans ; la seconde , les hommes de trente à cinquante.

Ainsi que les noms l'indiquent , il y a un point de départ local représentant sous le rapport du sexe et de l'âge la partie qui a le plus d'importance fonctionnelle.

Chez la femme, à l'époque de la puberté, l'utérus s'anime ,

prend une grande importance physiologique. Il exerce sur les autres organes une influence sympathique qui , dans certains cas, devient imparfaite et vicieuse; l'essor est entravé. De là une confusion dans tous les actes vitaux qui attendaient une impulsion franche et réglée.

Chez l'homme, à l'époque de l'âge mûr , il y a vers l'appareil digestif une prédominance de vitalité caractérisée par le développement de l'embonpoint, et le goût des plaisirs de la table. Si ce surcroît d'activité est perverti, que les maux d'estomac et les dyspepsies surviennent , au lieu d'une réaction salutaire sur toutes les fonctions, l'individu devient pâle, maigre, le sang s'appauvrit , le système nerveux s'exalte et se révèle par des sensations douloureuses et des actes anormaux.

L'affection du nerf grand sympathique se trahit dans les deux cas par deux symptômes presque constans : la boule hystérique et Vanxiété hypoconéiacjue ou prœcordiale. La première est un spasme des plexus pulmonaires et pharyngés, qui donne la sensation d'une vapeur , d'un corps qui monte et s'arrête à la gorge ; la seconde est un spasme des plexus solaires, qui donne la sensation de plénitude, de vague, et qui très-souvent s'accompagne d'un battement épigastrique , ou pulsation de l'aorte ventrale , que je regarde comme un signe caractéristique , mal apprécié par les auteurs.

Je n'insisterai pas sur les palpitations , les étouffemens , les sensations extraordinaires ou douloureuses qui peuvent se montrer partout , les perversions fonctionnelles de tous genres qui peuvent affecter tous les organes. — Toute cette symptomatologie si compliquée , que l'on observe quelquefois sur le même individu , à diverses époques , est commune aux deux affections. Je ne m'arrêterai que sur un point : sur la manière différente dont elles agissent sur le centre cérébro-spinal.

Dans l'hystérie , c'est sur la moelle épinière que s'opère sur-

tout la propagation de l'irritation , parce que , sans doute , les nerfs utérins affectés primitivement sont en rapport plus immédiat avec les nerfs spinaux.

Dans l'hypocondrie , c'est au cerveau qu'a lieu l'excitation sympathique , parce que les nerfs de l'estomac sont en rapport avec le pneumogastrique. Quoiqu'il en soit de cette explication tirée de l'analomie, et à laquelle je n'attache pas d'importance, dans l'hystérie , le désordre de l'innervation porte sur le mouvement, et, dans l'hypocondrie, sur l'intelligence. Dans le premier cas , ce sont des convulsions , et quelquefois la paralysie ; dans le second , c'est un genre spécial de délire. Certains auteurs, ne considérant ces maladies qu'à leur dernière période et ne tenant pas compte de leur mode de production et de leur marche , ont même pu regarder l'hystérie comme une affection de la moelle épinière , et l'hypocondrie comme une simple variété de folie j sanctionnant ainsi l'expression vulgaire et fausse de maladie imaginaire.

Il faut observer , — comme je suis dans le cas de le faire si souvent , — ces gens de la campagne, laborieux, absorbés par les sentimens et les intérêts de famille , tomber peu à peu dans un état d'agitation nerveuse, d'inquiétude, de douleurs vagues et incompréhensibles, puis devenir indifférens à l'égard de leurs plus chères affections , parler sans cesse de leurs maux ; il faut avoir vu , dis-je , de tels faits , pour sentir combien est erronée l'opinion de ceux qui ne veulent voir dans l'hypocondriaque qu'un monomane égoïste, dont toutes les sensations sont imaginaires.

Quand on suit le mode de développement , la gradation des symptômes , il est facile de se convaincre que le cerveau , ou la moelle épinière , ne sont affectés que consécutivement et sympathiquement. Cette excitation secondaire se montre plus ou moins facilement suivant les individus. Parfois les désordres

nerveux du grand sympathique persistent longtemps, et au plus haut degré sans qu'il survienne de convulsions , ni d'excitation cérébrale ; et dans d'autres cas , ces derniers effets apparaissent dés le début , en même temps que les aberrations de sensibilité et de contractilité qui constituent la névropathie. En ne tenant compte que de ces derniers cas , on peut s'abuser sur le point de départ de la maladie.

Au reste, il y a dans ces affections dés nuances et des degrés infiniment variés. Depuis les sensations bizarres et l'impréssionnabilité , si l'on peut ainsi dire , de Vhonime nerveux , jusqu'à cette exaltation presque fébrile , où le malheureux hypocondriaque , incessamment tourmenté par des douleurs indéfinissables, des terreurs sans objet, et des préoccupations égoïstes, devient un véritable monomane ; — depuis les crises légères , les spasmes , les défaillances qui caractérisent la femme vaporeuse, jusqu'à ces convulsions , violentes et continues , de tous les muscles des membres et des viscères ; — la surexcitation nerveuse , ou hypersthésie , peut parcourir tous les degrés , et provoquer des troubles sympathiques dans tous les organes.

En dehors des manifestations purement nerveuses, portant sur la sensibilité , la motilité et l'intelligence , il est une autre expression symptomatique déjà signalée , et sur laquelle je ne puis trop revenir , c'est l'affaiblissement de la nutrition , c'està-dire des fonctions végétatives. Cet épuisement se traduit en pâleur , maigreur , flaccidité des chairs , impuissance des muscles à soutenir un effort régulier et continu.

Que la dépression des forces assimilatrices , le relâchement des fibres et l'appauvrissement du sang soient primitifs ou secondaires , ils existent toujours plus ou moins , ils font partie intégrante de la maladie , et en forment le côté , sinon le plus apparent, du moins le plus important, sous le rapport thérapeutique.

En effet , nos moyens directs d'action sur le système nerveux n'offrent pas au praticien des ressources sérieuses. Les caïmans et les antispasmodiques n'ont qu'un effet éphémère, bon seulement pour les cas extrêmes, où il faut d'abord apaiser une trop vive perturbation.

Aussi , que reste-t-il, dans l'esprit du médecin judicieux, de cette longue série de médicamens successivement prônés contre les deux affections réfractaires qui nous occupent? Après en avoir essayé quelques-uns des plus rationnels , et n'en avoir obtenu qu'un effet nul ou momentané, souvent il renonce à tout traitement , se renferme dans l'indifférence, croyant avoir assez dit en assurant au malade et aux parens qu'il n'y a point de danger j — heureux si même , pour mettre à couvert son amourpropre, il n'affirme pas qu'il n'y a point de maladie réelle.^ que tout est imaginaire , nerveux.

Et le pauvre patient , outre ses douleurs et ses tourmens , se Yoit encore en but aux dédains , quelquefois aux moqueries de ceux qui l'entourent.

Nous avons vu qu'arrivées à un certain degré, les affections nerveuses sont tellement entrées dans la constitution du sujet , que pour les modifier, il faut s'attaquer à celle-ci.

Le traitement hygiénique , le traitement par ces eaux que j'appelle simples, par opposition à celles qui sont plus positivement médicamenteuses, est le plus sûr moyen de refréner les nerfs en effervescence.

Je ne parlerai pas de leur action sédative, directe, de la boisson de ces eaux douces , de ces longs bains tièdes qui modèrent la fougue nerveuse, équilibrent les forces , ralentissent le pouls, détrempent les tissus crispés et relâchent les fibres en éréthisme.

La principale action , pour moi , consiste dans l'impulsion inaprimée aux fonctions nutritives. Les efforts doivent tendre

de ce côté, soit par les moyens thermaux, soit par les moyens hygiéniques : — exciter des réactions, fouetter le sang, développer l'appétit, faciliter les digestions, ouvrir les sécrétions, multiplier les influences vivifiantes^ — j'ai fait connaître les différens moyens qui sont à notre disposition pour arriver à ces résultats. C'est ici que les procédés hydropathiques trouvent leur emploi combiné avec nos eaux.

Il est enfin une troisième action qu'il ne faut pas négliger dans le traitement des névropathies générales, c'est, par des moyens spéciaux , de modifier l'organe qui est primitivement affecté , le point de départ de la perturbation générale.

Nous savons que pour l'hystérie , c'est l'utérus , et pour l'hypocondrie, l'estomac.

Les affections de ces deux organes dominent tellement toute l'histoire des maladies chroniques , elles s'y trouvent mêlées si constamment, soit à titre de cause, soit à titre d'effet, soit comme phénomène principal, soit comme complication, que je dois en reproduire les traits les plus saillans.

L'utérus , chez la femme, est le pivot des réactions morbides dii système nerveux , des perversions vitales qui troublent et compromettent la sauté j — l'estomac est le centre d'où rayonne, chez l'homme , l'irritabilité et la viciation humorale.

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