‹ Des eaux thermales de Bains-en-VosgesChapitre 2 sur 26 · BAINS · texte numérisé non relu

BAINS

Au pied du versant méridional des Vosges, dans un vallon qu'arrose l'un des affluents de la Saône, se trouve Bains, cheflieu de canton qui dépend de l'arrondissement d'Epinal (*).

C'est un joli village, qu'un amour-propre municipal a même fait décorer du nom de ville. Celte qualification ambitieuse n'est peut-être pas suffisamment justifiée par l'importance d'une population agglomérée de 1,800 âmes, par des habitudes un peu rurales, et un mouvement de bestiaux quelquefois importun. L'aspect intérieur n'est pas tout-à-fait satisfai-

{*) Bains est à 28 kilomètres d'Epinal , — à 38 de Mirecourt , — à 78 de Nancy, — à 44 de Bourbonne, — à 24 de Plombières, — à 26 de Luxeuil. Les deux routes départementales n° 9 et n° 10 s'y croisent presqu'à angle droit. Malheureusement, il faut le dire, l'ingénieur qui les a tracées était trop pénétré du principe que la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre ; «t pour mettre en pratique cet axiome, il ne s'est pas arrêté devant les anfractuosités du terrain , si profondes et si nombreuses qu'elles aient été.

Bientôt ces routes seront remplacées par des chemins de grande communication qui , serpentant dans les vallées , rendront le parcours plus facile, et offriront aux regarda du voyageur un paysage plus varié.

Santj ail lieu d'être concentrées en une seule rue bien régulière ^ les plus belles habitations sont éparses , entourées de masures disgracieuses. Et puis, sous prétexte d'alignement et d'élargissement, l'administration des ponts-et-chaussées fait avancer ou reculer les nouvelles constructions, de manière à leur donner une disposition dentelée.

Cependant, toute critique faite, si Bains est une ville assez modeste, c'est au moins un village propre et presqu'élégant. Les rues sont bien pavées et bien entretenues j on n'y remarque plus, comme autrefois, ces ornemens des maisons de culture qui sentent par trop la campagne. Enfin, d'abondantes fontaines, des réverbères, des promenades, un Hôtel-de-Ville avec salons de réunion, attestent qu'on est dans un pays civilisé, où l'on peut retrouver quelque chose des aisances de la ville au milieu des agrémens de la campagne,

Uistoriqne.

Bains doit son nom> son importance et son origine à ses eaux.

En plongeant le regard dans les profondeurs du passé, et se reportant à l'époque de l'occupation romaine , ce pays nous apparaît comme une contrée sauvage, couverte d'antiques forêts. Dans les clairières, sans doute, existaient quelques huttes éparses , où le fier Gaulois méprisant l'industrie et le commerce, vivait misérablement dii produit de la chasse.

C'est alors que des soldats romains, explorant ces lieux, remarquent des vapeurs qui s'élèvent du milieu des bois, sur les bords du ruisseau désert. Ils approchent, et à travers les rochers et les ronces, dans un repaire de reptiles, ils découvrent d'abondantes sources d'eau chaude.

Pour ces hommes actifs et soucieux des soins du corps , celle

découverte était précieuse. Ils déblaient ïe terrain, enferment les eaux dans une enceinte de béton, et construisent des bains , balnea, où les légions qui occupaient le bassin de la Saône et les plaines de la Champagne venaient se reposer après de rudes exploits, et guérir leurs blessures.

Prés de ces thermes, quelques maisons s'élèvent pour loger les baigneurs; peu à peu, attirés par l'appât du gain, les indigènes se rapprochent j — ainsi se trouvent jetés les premiers fondemens de Bains.

Plombières , Luxeuil , Bourbonne ont eu également des thermes romains, pourquoi n'ont-ils pas conservé le nom de bains? c'est qu'apparemment, il y avait déjà uo centre de population ayant son nom, quand les Romains y sont venus fonder leur établissement. Tandis qu'ici , les bains ont été le point de départ , ce qui a dû déterminer la dénomination. (*)

(*) Celte première phase de l'histoire de Bains, c'est-à-dire son origine romaine, n'est point fictive; elle est appuyée sur les documens suivans :

Durival rapporte dans ses mémoires sur la Lorraine qu'au mois de novembre 47S2, l'ingénieur Baligaud faisant travailler à la restauration de la principale source de l'ancien bain , on découvrit sous le mur du bâtiment le faîte d'une pierre où était l'orifice de la source modérée , — que l'on a depuis nommée source romaine. — « Les ouvriers l'enlevèrent pendant la nuit, et trouvèrent 5> dessous six cents médailles romaines, en moyen bronze, d'Auguste, Agrippa , » et autres, jusqu'à Domitien , quelques-unes de ces médailles étaient assez » bien conservées, les autres collées par la rouille. Il s'est trouvé aussi quelques » petites médailles grecques. Cette découverte apprend que les Romains ont ï connu les eaux minérales de Bains, etc. »

En 1845, on établissait les fondations du nouveau Bain-Romain, j'ai vu extraire avec la mine une enceinte de béton très-épaisse, et, parmi les débris concassés, on retrouva plusieurs médailles en bronze, quelques pièces d'argent d'origine grecque , et enfin un petit grenat gravé en creux , représentant une tête de Caracalla. M. Villalte fils a fait monter en épingle ce bijou qui ornait, sans doute , il y a quinze siècles, quelque chevalier romain. Les empreintes faites sur la cire sont d'une délicatesse et d'un (ini remarquables.

Mais la civilisation romaine s'écroule, — le moyen âgé étend ses ombres sur l'Europe. Durant ces temps de misère et d'ignorance, les thermes sont déserts et tombent en ruines; la guerre et les épidémies ravagent les populations. D'autres fléaux s'appesantissent encore sur Bains.

On lit dans la France pittoresque , qu'en 1498, une incendie le réduisit en cendres , en 1 682 un tremblement de terre en renversa une partie. Des innondations brusques et violentes, Dotamment en 1S71 , détruisirent plusieurs fois les maisons qui , en ce temps-là étaient rassemblées au fond de la vallée le long du cours d'eau.

Pendant cette époque , l'établissement thermal ne consistait plus qu'en une mare d'eau chaude sans valeur, autour delàquelle les habitans n'avaient plus aucun intérêt de se grouper. Aussi, Bains était-il situé à 800 mètres plus bas , au sud-ouest, le long du chemin qui conduisait alors à Fontenoy. La tradition rapporte qu'il y avait là un château et un hôpital, ou ladrerie. Il y a dans les archives de la commune un manuscrit

A une demi-lieue de Bains, entre le pont du Côney et les Forges de Thunimont, dans un site sauvage où la rivière est étranglée entre deux colline» escarpées, se trouve le Pont des fées. Ce n'est plus qu'un amas de pierres enfouies sous la mousse et les ronces. Ces pierres formaient les culées d'un pont qui devait être fort élevé s'il réunissait le sommet des collines. Mais en raison de l'exiguité des vestiges actuels , il est permis de douter que ce travail ail été terminé. Il y a 50 ans, ces culées avaient encore 5 mètresd'élévation au-dessus du sol. Quoiqu'il en soit, on ne saurait douter de leur origine aux caractères qui les distinguent. Ce sont de grands blocs, régulièrement taillés, et portant dans leur centre l'entaille appelée louve ou coche. Presque tous offrent en outre un trou vertical destiné à contenir des crampons ou des goujons de fer. On ne trouve aucune trace de voie romaine en rapport avec ce pont. Sa direction , et le peu de distance qui le séparait d'un therme important font supposer qu'il devait mettre en communication cet établissement avec les contrées voisines de la Lorraine , où existent encore des voies romaines bien conservées.

curieux par son antiquité, il porte le litre de Charte ds franchise de la ville de Bains , et remonte au 14°"® siècle (').

La renaissance commence pour Bains avec le règne du duc Léopold, et surtout du roi Stanislas. La ville change d'aspect, deux grandes routes la traversent, les habitations se groupent dans la direction de ces routes vers Epinal et Mirecourt. Ce déplacement est remarquable. L'ancien chemin de Fontenoy étant abandonné, toute cette partie de la ville située sur la rive gauche du ruisseau disparait, au point qu'on n'en voit plus de traces aujourd'hui. La plupart des constructions actuelles datent de cette époque. Ainsi l'église et toutes les maisons de la grande rue. C'est alors que les thermes se relèvent j ils étaient même en grand crédit à la cour du roi bienfaiteur de la Lorraine. On s'y rendait de préférence à Plombières (**).

(*) Dans la Stalistiqne du département des Vosges de MM. Lepage et Charfon , on trouve sur cette époque les renseignemens suivans : « Le doyenné de Bains était composé du bourg de Bains et du village de Voivres. C'était une des terres où le grand prévôt était plus absolument maître. Les seigneurs comparsonniers étaient seulement voués, et ne pouvant prétendre à une part égale de juridiction. Le prévôt réglait tous les frais de justice et de police , et ses ordonnances étaient toujours reçues des sujets et des voués sans contredif. Deux plaids que l'on bénissait suivant l'usage se tenaient au doyenné de Bains. Le grand doyen , chef de la justice et police , y était créé par le prévôt , ainsi que le procureur d'office et le greffier. Le prévôt inspectait les poids et mesures et punissait ceux qui en mésusaient. Les épaves, confiscations, amendes, entrées de ville, permission de pécher , amendes de bois , et tous émolumens de haute , moyenne et basse justice lui appartenaient. 11 y avait en la seigneurie de Bains prisons, ceps, carcan et gibets pour les criminels que la justice avait condamnés sous l'autorité du grand prévôt. (Adveu.) »

(**) MM. Bagard et Liabé , célèbres médecins de ce temps, portent le jugement suivant sur les eaux de Bains :

« Nous soussignés , conseillers, premiers médecins de feu S. A. R. Madame duchesse douairière de Lorraine et de Bar , certifions qu'ayant fait usage depui» plus de 30 ans des eaux de Plombières et de Bains, nous avons remarqué que

Sous une administration éclairée, vigilante, plusieurs ordonnances de police furent rendues, des règlemens, des tarifs empreints d'un esprit de justice et de libéralité remarquables furent institués. On construisit le Bain-Neuf et le Bain-Vieux aux frais des propriétaires, avec le concours des habitans , et sur les plans de l'ingénieur Baligaud (*).

celles de Bains, dans cerlains cas, remportent sur celles de Plombières : comme pour les maladies de poitrine, les gouttes vagues et les rhumatismes goutteux. Dans toutes les autres maladies, celles de Bains égalent celles de Plombières en Tertu et qualité.... Fait à Nanci, il mai 1747. »

11 faut ajouter qu'à celte époque, l'usage n'était pas des certificats de complaisance , comme moyen de réclame.

Morand , dans un Mémoire sur les eaux thermales de Bains en Lorraine , comparées dans leurs effets avec les eaux thermales de la même province , inséré en février 1757 dans le Journal de médecine, page 114, compare les eaux de Bains et de Plombières, et les trouve les mêmes par leurs qualités extérieures et par leurs effets. Cependant , il regarde celles de Bains comme un doux diaphoritique désobstruant , tandis que celles de Plombières seraient un diurélique chaud ou sudorifique. 11 attribue l'activité plus faible des premières à leur moindre degré de chaleur, et non à la nature bénigne et modérée de leurs principes. Il conclut que les eaux de Bains sont supérieures à celles de Plombières.

M. Kast, premier médecin du roi de Pologne, était grand partisan des eaux de Bains, et il faisait tous ses efforts pour les mettre en vogue , il les soutenait de tout le crédit que lui avait mérité une pratique consommée. Peut-être doit-on faire remonter à cet habile praticien la première époque de la nouvelle réputation des eaux de Bains.

(*) Pour faire bien comprendre la sagesse de cette administration , et la voie progressive dans laquelle elle faisait entrer les eaux de Bains , j'extrais divers articles des arrêts du Conseil d'État des années 1734, 1750, 1755 et 1754 , portant règlement pour les eaux minérales de Bains.

« Art. 1". Les infirmes qui arriveront à Bains pour y prendre les eaux, » avant de pouvoir faire aucun exercice, seront obligés de s'adresser au mé- » decin directeur des eaux , et de lui déclarer quelles sont les maladies qui le» » obligent de les prendre, afin qu'il connaisse que ces maladies ne sont point » de celles qui se communiquent par la fréquentation....

» Art. V. Fait défense , S. A. R. , à toute sorte de personnes de laver aucun

Il n'a pas dépendu de Stanislas que Bains prît le caractère monumental et régulier qui distingue les constructions d'ensemble exécutées à cette époque. On en jugera par les ordonnances suivantes :

« La communauté de Bains fera paver incessamment

» et entretenir proprement la grande rue , comme aussi celle » qui sert de communication de l'ancien bain avec le nouveau, )) et chaque habitant fera paver en caraudage le devant de sa » maison. Fait défense, S. M., à toute personne de déposer )) aucun fumier ni immondices dans lesdites rues....

» — Les propriétaires des terrains, situés de part et d'au- )) tre des deux côtés du nouveau bain, y feront construire dans » l'année présente et la prochaine des maisons commodes sui- » vaut les alignemens, plans et élévations qui leur seront don- » nés par ledit Baligaud; sinon et ledit temps passé, permet, )) S. M., à toute personne d'y en faire bâtir, en payant cha-

» cune à leur égard, le prix desdits terrains et fait défense

» au nommé Faron de continuer celle par lui commencée » d'écuries et engrangemens , etc. »

» linge, ustensiles de cuisine, ni de se laver, ni décrasser dans les bains et » sources minérales, d'y jeler aucune ordure pour en altérer la pureté....

1750.— a Le roi dans son conseil a ordonné et ordonne que MM. L. F. J. duc » d'Havre et de Croï, et le sieur F. A. du Pasquier de Dommartin, seigneurs, » chacun pour moitié du comté de Fontenoy en Vosges , supplians , feront cons-

> truire dans le lieu de Bains, suivant leurs offres, le nouveau bassin avec les

> bâtimens, et qu'ils y feront faire en outre les plantations d'arbres désignées » sur ledit plan, aux charges et conditions suivantes :

» 2" Que tous ceux qui feront usage des eaux chaudes et minérales, soit de j> l'ancien ou du nouveau bain sans distinction, payeront 5 livres, argent va- » leur au cours de France , par tête, à l'exception néanmoins des domestiques » et habitans de la campagne, qui ne payeront que moitié dudit droit, et en- » core des pauvres certifiés et reconnus pour tels, comme aussi des babitans de

> Bains et du Charraois, qui auront l'usage desdiles eaux gratuitement. »

Certes , on ne saurait encore aujourd'hui conceroir rien de plus convenable.

Mais, hélas! il fallait compter avec le vieil esprit ^aw/ow , espiit de routine, de saleté et d'org-ueilleuse paresse. Malgré les ordonnances, le nommé Faron construisit ses engrangemens contre les bains, et il y a seulement trente ans que l'on vit enfin disparaître les fumiers qui s'étalaient fastaeusement devant chaque maison.

La révolution de 1789 vint entraver l'essor qui s'était emparé de Bains; sa décadence arrivait avant son développement. L'ancien état de misère et de délabrement reparaissait partout. L'établissement, mal entretenu, semblait vouloir éloigner les étrangers.

A cette époque, le professeur Fodéré étant venu visiter Bains^, écrivait dans \e Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences

médicales cette sévère appréciation : « Tant de négligence

)) ne m'étonne plus, quand je vis que deux des trois fontaines » destinées à abreuver les habitans étaient à sec, le toit de la )) halle criblé de toutes parts et l'église en ruines; aussi le peu- » pie est-il pauvre !... Fatevi una Madona , disait un pape à un » curé qui se plaignait de sa misère. Ici, la Madona est toute » faite , il ne manque que les serviteurs pour l'entretenir ; » mais que peut-on en espérer quand les administrateurs des )) communes ne songent qu'à leurs intérêts particuliers. »

Heureusement, il n'en fut pas longtemps ainsi : M. le baron Girard semble avoir pris ces reproches à cœur ; il se dévoue aux intérêts de la commune. Sous l'impulsion de ce maire actif et résolu, elle change d'aspect et se relève peu à peu. Les fontaines, l'Hôtel-de- Ville, les promenades furent créés, l'église bien restaurée , la police municipale fut rigoureusement exercée.

Enfin , la ville de Bains entre dans sa troisième période. Depuis dix ans, surtout depuis la reconstruction du Bain-Romain,

il est certain qu'il s'opère une Iransformation. Un grand nombre de constructions se sont élevées, des améliorations notables se sont opérées dans les logemens et dans les ressources de tout genre. Le maire actuel , M. Poirot , continue dignement les bonnes traditions laissées par son prédécesseur.

Statistique.

Il reste bien encore à Bains quelque trace de l'ancien esprit gaulois j on entend parfois d'étranges discours j certaines personnes, se plaçant à un point de vue étroit , ont pu dire que la présence des étrangers n'avait d'autre résultat pour ellas que de fair»' augmenter le prix des denrées, A celles-là, nous répondrons avec M. de Brieude : « En fait d'administration, une M source minérale célèbre est un fond précieux pour une pro- » vince pauvre. Elle y attire le numéraire et donne de la vaw leur aux denrées. »

Ou bien encore avec M. Auglada : « Il dépend d'une popu- » lation qui environne des thermes de transformer en bonne » fortune le voisinage de ses sources. Que d'exemples à lui M citer pour l'en convaincre ! Elle se montrerait peu digne de )) ce bienfait de la Providence, si elle négligeait de faire naître )) autour de ces eaux ces commodités et ces agrémens de la vie, )) dont l'ascendant seconde d'une manière si heureuse les bons » effets des eaux^ et sur lesquels, d'ailleurs, on ne peut mé- » connaître que les goûts du public deviennent de plus en » plus exigeants. Sans doute , dans cet enchaînement de causes » et d'effets qui préparent et assurent les prospérités d'un éta- » blissement thermal , on pourra dire également qu'une fré- » quentation active fait éclore d'importantes améliorations dont )) elle fournit les ressources, et que ces améliorations bien en- » tendues provoquent un surcroît d'afflucnce. Mais dans les

» cas de ce genre , il est toujours dévolu à l'industrie de faire » les avances. »

A Bains, chacun pour sa part a un peu contribué au progrès. Le propriétaire des eaux, M. le baron Villatte , a donné l'impulsion parla belle construction du Bain-Romain qu'il a fait exécuter il y a six ans. De leur côté, les habilans embellissent et perfectionnent tous les ans leurs logemens, autant que la modicité de leurs ressources peut le permettre.

Aussi , les prévisions de dom Calmet sont-elles en partie réalisées.

Cet auteur écrivait en 1748 dans son Traité historique des eaux de Plombières , Bains, etc. : « Ce lieu n'étant pas fréquenté w comme Plombières, n'en a pas les commodités pourWe loge- » ment, ni pour l'entretien des choses nécessaires à la vie. Au M reste, on ne doute pas que les eaux de Bains ne soient à peu » près de même nature que celles de Plombières, et qu'elles ne » puissent servir à la guérison des mêmes maladies. Peut- » être ce village deviendra-t-il ci-après meilleur et plus com- » mode.... ))

Déjà Tailly, dans ses Lettres vosgienneSy disait, trente ans plus tard : « Bains, dans sa petitesse, est considérablement » fréquenté à cause de la température de ses eaux, et de la M proximité de ses bains, entourés par les maisons des habi- » tans chez qui les malades sont fort bien logés , quoique les » bâtimens ne soient rien moins que comparables à ceux de )> Plombières, et en trop petit nombre. La foule de ceux qui y » vont pour y trouver la guérison de leurs maladies, tant du » côté de l'estomac que du système nerveux , est pour ainsi » dire incroyable depuis plusieurs années. Les habitans de » Bains sont très-honnêtes et fort prévenants en tout ce qui » peut obliger les malades qui logent chez eux. Il faut espérer » que les habitations étant un jour plus multipliées, les bai-

» gnants y trouveront toute sorte de satisfaction. Les guérisoûs » y sont fréquentes '»

Ces vœux sont accomplis. Il y a maintenant trente maisons environ qui peuvent loger, à la fois, de quatre à cinq cents baigneurs. Ces maisons sont de divers genres. Il y en a dix qui sont de véritables hôtelleries , oîi l'on paie de 3 à 4 francs par jour, et où l'on trouve, pour ce prix modique , un logement, sinon luxueux, du moins suffisamment propre , mais surtout une table servie avec abondance et même recherche. Dans toutes les autres maisons, on paie un franc la chambre, et ou se nourrit à sa guise, soit en se faisant servir par son domestique, soit, ce qui a lieu le plus souvent, en employant ceux de la maison. Ce mode est préféré des personnes qui, par des motifs de santé, d'économie ou de caractère, veulent fuir les réunions nombreuses, bruyantes, et où règne parfois une certaine contrainte.

Le nombre des baigneurs était, il y a quarante ans, de trois ou quatre cents j il s'est élevé progressivement au chiffre de mille, qui varie peu depuis dix ans.

Les femmes y comptent pour les deux tiers, en raison de l'efficacité des eaux dans les affections nerveuses qui sont un malheureux privilège de ce sexe.

En prenant une moyenne de trois francs par jour, pendant <juinze jours, pour chaque baigneur, on aurait une somme de 45 à SO mille francs laissée dans le pays par les étrangers , pendant les quatre mois d'été.

C'est bien peu, comparativement avec certains établissemens, où cette somme suffirait à peine pour l'entretien d'une seule maison de logeur. Mais, il faut avouer que la modicilé des prix, et le peu de bénéfices qui en résulte, sont en rapport avec l'imperfection des ressources. Ce doit être îà un sujet d'émulation pour les habitans de Bains. Déjà ils ont fait quel-

que chose, qu'ils fassent davantage encore sous le rapport du confortable d^ns l'ameublement et le service. Qu'ils fassent payer un peu plus cher, mais qu'ils ne reculent pas devant de légers sacrifices pour rendre les logemens plus convenables , et satisfaire à ces petites exigences , dont la privation est plus vivement sentie par des personnes souffrantes et éloignées de leurs habitudes.

Ne serait-ce point à cette imperfection des logemens seule , qu'il faudrait attribuer l'infériorité relative de Bains, et le peu d'empressement des classes aisées de la société ?

J'ai dit que ce ne pouvait être à un défaut d'efficacité , car les gens de la campagne exigent plus que tous autres quelque chose de positif dans les résultats d'un traitement qui , loin d'être pour eux un but d'agrément, est bien plutôt un sujet de privations et d'ennuis.

Ce ne peut être non plus à l'insuffisance et aux incommodités de l'établissement ; car, on peut le dire, il laisse peu de chose à désirer aujourd'hui.

Enfin , ce n'est pas en raison de l'insalubrité du climat, ni de l'aspect désagréable du paysj car on ne pourrait trouver ailleurs des conditions plus favorables sous ce rapport.

Topographie.

Au lieu de ces gorges profondes, où ne pénétre que le soleil brûlant de midi, — dont la chaleur concentrée rend plus dangereuse la fraîcheur humide du soir et du matin, — la vallée du Bagnerot, dirigée de l'est à l'ouest, reçoit l'influence solaire aux deux extrémités du jour. Les petites collines qui abritent Bains au nord et au midi permettent une libre aération.

Le sol, situé à 306^79 au-dessus du niveau de la mer, est suffisamment élevé pour que la diminution de pression

athmosphérique favorise l'action de la peau, sans présenter les inconvéniens des hautes régions montagneuses, où l'air, raréfié et trop vif, devient nuisible aux organisations délicates.

La constitution météorologique du pays est en rapport avec sa situation topographique. La chaîne des Vosges qui s'étend au nord-est n'est pas assez élevée pour donner lieu à des modifications très-grandes dans le climat propre à cette latitude. Cependant, on y sent le voisinage des montagnes : les variations athmosphériques sont plus fréquentes et les pluies plus abondantes que dans les pays de plaine. Les vents de nord-est, ou bise, sont rendus plus froids par leur passage sur les sommets des Vosges, qui, d'ailleurs, ne conservent jamais de glaces pendant l'été. Aussi, je le répète ^ le climat est-il fort tempéré, £t ne diffère pas sensiblement de celui de Paris.

Si certaines eaux minérales jaillissent dans des contrées arides, au milieu de terrains dépouillés et improductifs, celles de Bains coulent au milieu d'une campagne riante et variée par la culture d'un grand nombre d'espèces végétales.

Les plantations de cerisiers répandus dans les champs, leur donnent l'apparence d'immenses vergers.

Les collines, couvertes de belles forêts de hêtre et de chêne, laissent échapper de leurs sommets de nombreux ruisseaux d'eau vive qui se répandent dans les prairies au moyen d'irrigations très-bien dirigées (*).

(*) On ne peut pas dire cependant que la terre soit fertile et ses habitans dans l'aisance. C'est un bon sol forestier, les prairies donnent un foin abondant et de médiocre qualité ; la fabrication du kirch-waser est un des meilleurs produits; le sarrasin , le seigle et l'avoine sont les grains qui réussissent le mieux, mais encore faut-il beaucoup d'engrais, surtout en cendres. Et puis, les cultivateurs ne sont ni laborieux , ni industrieux comme dans les pays riches , où il semble que les résultats plus favorables de la culture sont un encouragetnent, en même temps qu'ils fournissent les moyens de perfectionnement.

Le terrain est trop accidenté pour qu'on puisse rencontrer des eaux stagnantes. Les étangs, qu'on y voit en assez grand nombre, sont plutôt de petits lacs alimentés par des sources si abondantes que, pendant les fortes chaleurs, les eaux s'y maintiennent toujours au même niveau.

On conçoit aisément qu'en un tel pays il n'y ait aucune émanation insalubre ; mais que Pair y soit au contraire purifié par une végétation active.

« Aussi, dit le professeur Fodéré, le teint fleuri et la santé » robuste des habitans annoncent que les Romains n'avaient » pas mal choisi, et que cette situation peut devenir très-avan- » tageuse pour les malades des villes. »

Il existait sans doute au temps de Fodéré, comme aujourd'hui , des physionomies fraîches et piquantes / qui auront frappé notre grand médecin légiste lors de son passage à Bains.

C'est qu'en effet, le sang y est beau, et les octogénaires n'y manquent pas. Il ne règne aucune maladie endémique. Je n'observe ni fièvres intermittentes, ni scrofules, ni goitre j le choléra n'y a jamais fait de victimes. Les affections névralgiques et rhumatismales sont rares. Les affections les plus communes sont les fluxions de poitrine, dont le développement est dû sans doute à l'habitude vicieuse qu'ont les habitans de se concentrer pendant l'hiver dans une salle fortement échauffée , en sortant de laquelle ils sont facilement surpris par le froid.

Bains est placé dans cette région m-énacée des Yosges qui sépare les terrains granitiques des terrains calcaires.

Le bassin du Gôney, dans lequel il est compris, a son point de départ sur les hauteurs de Xerligny, à l'étang du Yoid-de- Cône, dont les eaux coulent d'un côté dans la Méditerranée par le Côney, et de l'autre dans l'Océan par la Moselle. Ce partage des eaux s'effectue dans toute la contrée montueuse

que l'on voit s'étendre vers Girancourt et Vioménil. Ces mamelons irréguliers sont les contre-forts de la chaîne des Vosges. Ils s'avancent à l'ouest ;, laissant échapper de leur versant septentrional les rameaux de la Moselle, et de leur versant méridional les rameaux de la Saône.

Quelques-uns de ces derniers venant des hauteurs de Xertigny, d'Uriménil, de Harol, de Charmois, se réunissent pour former la branche du Côney qui, à Corre, va se rattacher au tronc principal de la Saône. Partant des points que je viens d'indiquer, les coteaux d'origine viennent former deux chaînons parallèles qui accompagnent le Côney, et séparent son bassin d'un côté de la Sémouse, et de l'autre du bassin primitif de la Saône. Ces chaînons sont, au sud-ouest, les côtes de La Chapelle, et au nord-ouest, les côtes de Gruey. On peut considérer l'espace compris entre ces côtes comme une grande vallée de deux ou trois lieues de largeur, creusée elle-même par plusieurs vallons sinueux qui viennent aboutir obliquement à la gorge principale du Côney.

De ces vallons secondaires , le plus intéressant est celui où serpente le Baignerot. Ce ruisseau provient de la côte de La Chapelle par deux sources : l'une descend du Noirmont par la Lande , et l'autre de l'étang du Void-Dufour par Hardémont. Ces deux embranchemens se réunissent au pont de la promenade Stanislas, pour former le Baignerot qui traverse Bains, et va se jeter dans le Côney au-dessous de la forge du Moulinau-Bois.

Au point de vue géologique , ce pays est constitué par un terrain de sédiment quartzeux, recouvrant en couches peu épaisses les massifs granitiques du système des Vosges.

Ces sédiments appartiennent aux trois formations déposées autour des grands soulèvemens de la chaîne principale. Ce

sont, par rang d'ancienneté, ou en procédant de l'intérieur à l'extérieur, 1° le grès rouge, ou rothe iodt-liegende ; 2" le grès vosgien, 3° le grès bigarré. Ils affectent la disposition suivante :

Le dernier, plus récent, se montre à l'extérieur dans une grande étendue, sur les surfaces planes, là où le sol n'a pas été tourmenté.

Le second, subjacent , se montre sur le revers des côtes, dont les pentes sont raides, et où le sol a été disjoint ou brusquement relevé.

Le premier existe dans quelques points isolés , au fond des vallées, là où les granités, sur lesquels il repose, deviennent superficiels.

Ceux-ci se montrent, en effet, à découvert le long des cours d'eau, et enfin dans deux endroits remarquables : sur le revers des côtes qui dominent la contrée.

Ne pourrait^on concevoir que dans le soulèvement de ces côtes de Gruej et de La Chapelle, les faibles enveloppes de grès se sont déchirées en sillons, et ont donné lieu aux vallées ?

En effet, là où la crevasse ne s'est pas effectuée, les pentes sont douces, et le grès bigarré seul est apparent ; quand il y a solution de continuité dans ce dernier, la pente est abrupte, le grès vosgien en mesure la hauteur, et au pied se trouvent ordinairement les roches granitiques.

Dans les plaines, ou sur les sommets, les roches du grès bigarré reposent en assises horizontales, souvent même elles forment des feuillets très-minces que l'on appelle dans le pays laves, et qui servent à la couverture des toits. Evidemment, elles n'ont pas été dérangées de leur position première ; on y reconnaît les différens lits de sable qui se sont successivement déposés et solidifiés sous les eaux.

Au contraire, les côtes où l'on observe les roches du grès Yosgien d'une formation plus ancienne, offrent l'exemple d'une

rupture dans les couches, dont l'ordre est interverti. Les assises du grès vosgien sont encore dans une position horizontale; mais leurs extrémités saillantes sur le flanc des collines sont coupées à pic, comme si elles avaient été arrachées, écartées violemment.

Enfin , la percée des granités près du sommet des côtes opposées, témoigne bien de leur effort de soulèvement dans ces points. Telle est du moins l'opinion que je me suis formée par un examen attentif de la configuration du sol de Bains.

L'étude des différentes roches offre quelqu'intérêt par la variété des échantillons.

Le grès bigarré est la couche sur laquelle repose la plus grande partie des terres végétales. On y ouvre facilement des carrières d'où l'on extrait des blocs énormes de ce grès si avantageux pour les constructions. On y trouve souvent les empreintes fossiles des calamités, des fougères antédiluviennes qui caractérisent ce genre de grès.

Le grès vosgien se présente sous tous ses aspects : depuis la couleur blanche jusqu'à la coloration rouge foncée produite par les infiltrations ferrugineuses , depuis la pierre compacte , où le grain de sable est très-fin et très-serré, jusqu'à ces conglomérats, où de gros galets de quartz sont unis par un ciment très-dur, comme on en voit sur le chemin de Gruey, on suit tous les degrés intermédiaires. Le plus ordinairement, ces roches sont formées par des grains assez volumineux, adhérant entre eux d'une manière très-solide. On y rencontre souvent la baryte sulfatée lamellaire ou en nids , mêlée avec du quartz hyalin, ou du quartz compacte. Il y a sur le revers des côtes de La Chapelle de jolis morceaux de cristal de roche tapissant les anfractuosités de ces pierres. Elles sont souvent creusées de cavités contenant soit de l'argile, soit une poudre noire qui est de Foxide de manganèse. J'ai vu sur le chemin du Clerjus, à

mi-côte , un bloc de grès vosgien«où l'on remarque une empreinte de calamité , ce qui est rare dans cette formation. Les poudingues du grès vosgien sont nombreux et variés sous le rapport de leur consistance et de leur volume.

Le grès rouge , rothe todt liegende (*), se voit au-dessous de la Manufacture sous forme à''ano:génite, ou mélange de divers élémens unis par un ciment argilo-siliceux verdâtre, et aussi avec Tapparence d'eurile compacte résultant d'une modiGcation du grès rouge par l'action plutonique.

Dans la carrière de sable granitique du Million, on trouve des conglomérats du grès rouge au milieu des granités euritiques altérés qui s'y trouvent en filon.

Dans le bois Tramont, j'ai trouvé une brècbe siliceuse du grès rouge , où l'on remarque les élémens des roches porpbyriques appelées autrefois secondaires, et qui sont le produit de la réaggrégation d'élémens porpbyriques unis par un ciment qui est devenu très-dur sous l'influence d'un métamorphisme. Les granités des environs de Bains sont dans beaucoup de points modifiés par la formation du grès rouge, et présentent différens degrés d'altération. Ainsi, au Million, à la Lande, à la Pipée, au-dessus de Fontenoy, aux côtes de Gruey et du Jeune-Bois, la roche est délitescente, et forme un bon sable de bâtisse, c'est le feld-spath qui en est altéré, kaolinisé. Souvent elle prend une teinte verdâtre due à la présence de la stéatite. On y voit des fissures remplies soit par du quartz , soit par du sulfate de baryte. En général, les granités du

(*) Peu versé dans les études ininéralogiques, j'ai éprouvé quelqu'incertitude à caractériser les roches de ce groupe, altérées, dénaturées par des transformations diverses. Je me suis adressé à MM. les docteurs Mougeot, de Bruyères, dont la science n'est égalée que par la bonté et le dévouement ; et c'est d'après leurs renseiguemens que je donne les indications relatives à ces dernières roches.

Côney sont porphyroïdes. Au bas de Fontenoy il y a du leply» nite gneissique , on y trouve quelques morceaux de fer oligiste, et un filon de porphyre ou brèche euritique d'origine ignée. Cette roche éruptive s'observe également dans les massifs de granités qui sont un peu plus haut que le pont du Côney. Là se voit aussi une roche d'eurite compacte.

Toutes ces pierres forment d'excellens matériaux pour no» routes, qui ont l'avantage de n'être jamais boueuses, ni couvertes de poussière.

Ainsi qu'on peut le prévoir, les enviions de Bains ne présentent pas, comme au centre de la chaîne des Vosges, ces sites effrayans et sublimes, ces précipices et ces rochers, vestiges des déchirures qu'a éprouvées le globe dans les convulsions de ses premiers âges. On n'y trouve pas non plus , comme dans la plaine, cette monotonie de coup-d'œil, ces ondulations de terrain sans verdure et sans caractère.

C'est un pays accidenté où la vue peut s'étendre sur plusieurs étages de collines. Il en résulte une assez grande variété dans le paysage. A côté de La gorge sauvage où le Côney roule ses eaux limpides , il y a de jolis vallons pleins de verdure et de fraîcheur.

On peut dire, d'une manière générale, qu'aux environs de Bains, l'art n'a pas gâté les beautés de la nature, car il intervient très-peu, quelquefois trop peu, dans l'arrangement des promenades. Par exemple, des plantations établies le long des chemins seraient sans contredit un ornement pour le paysage, et une nécessité pour les promeneurs qui tiennent à ne pas se faire trop brûler par le soleil. Il est vrai que les forêts sont très rapprochées j mais encore faudrait-il y arriver sans subir

les rigueurs d'un soleil de juillet dont les rayons ne respectent pas assez la peau blanche des baigneuses.

La principale promenade, — que l'on regardait apparemment comme la seule, puisqu'un usage ancien lui avait affecté une dénomination triviale, trop connue pour qu'il soit nécessaire de la retracer ici, — c'est la promenade Stanislas.

En sortant de la ville par la route d'Epinal , on prend à droite le chemin du Clerjus, et on arrive en cinq minutes au bois Tramont. A l'entrée, sous les grands hêtres qui bordent le chemin, vous prenez un peu de repos. Alors, si vous jetez les yeux en arrière, vous jouissez d'une vue délicieuse, qui pourrait faire le sujet d'un charmant tableau de paysage.

A droite, sur le penchant d'une colline exposée au midi , on voit Bains , groupé autour de l'église , dont la flèche se détache, gracieuse et légère, sur le fond bleuâtre des montagnes qui s'étendent à l'horizon. — A vos pieds, au milieu delà prairie, serpente leBaignerot, dont la pente est assez rapide pour que dans l'étendue d'un kilomètre il fasse mouvoir jusqu'à six usines. — En face, s'élève la côte du Million, où M. le juge de paix veut trouver le trésor indiqué par le laboureur à ses enfans. En remuant avec persévérance une terre aride, d'où ne sortaient que des roches et des genêts, ce courageux et habile horticulteur est parvenu à créer un vaste jardin en terrasses dont les ceintures de pierres enveloppent les flancs escarpés du coteau.

Cette vue, l'une des plus complètes des environs de Bains, prend un nouvel éclat, lorsque le soleil, en s'enfonçant derrière les monts de Gruey, vient à innonder le fond du tableau des splendeurs du couchant.

Si, maintenant, vous reprenez votre promenade, vous trouvez à gauche une allée sinueuse qui s'engage dans la forêt.

Elle n'est guère fréquentée que par les personnes rêveuses qui recherchent l'ombre et la solitude.

Mais en continuant le grand chemin, on arrive bientôt au pont et à la promenade Stanislas proprement dite. On suit au milieu du bois les bords du ruisseau dont le lit rocailleux fait entendre un agréable murmure. C'est dans ces eaux limpides que jouent la truite et la perche qui abondent sur les tables d'hôte ; c'est aussi sous ces pierres que se cachent des écrevisses si nombreuses , qu'en une heure on en peut prendre plusieurs cents. On a ménagé des lieux de repos où se donnent les dîners champêtres. Un pavillon sert d'abri en cas de surprise, et permet de continuer la danse commencée sous le vieux chêne. On ne saurait exprimer la fraîcheur et l'attrait qu'offrent ces lieux pendant les chaudes journées du mois d'août.

A quelque distance du pont, on traverse la vallée pour revenir par la rive opposée, en suivant une belle avenue tracée dans le bois du Rédé. On est de retour à Bains, après avoir parcouru un trajet de quatre kilomètres.

Les promeneurs intrépides pourraient gagner la Lande, aller au Glerjus et à la Chaudeau, pour admirer la gorge où la Sémouse, la sœur ou plutôt la rivale du Côney, fait mouvoir un grand nombre de forges importantes. On est à huit kilomètres de Bains et à moitié chemin de Plombières.

Sans aller aussi loin, on ne peut se dispenser, au moins une fois , de se rendre à l'invitation de François de Neufchâteau :

Avançons vers le sud, sa chaleur me captive, Allons voir du Noirmont la belle perspective; De Langre et de Vesoult on découvre les tours, L'œil croit suivre à Lyon la Saône dans son cours.

Il ne faut qu'une heure pour se rendre sur le plateau d'où l'on embrasse cet immense panorama. L'impuissance des organes visuels borne seule l'horizon,

Le point de vue de Hautdompré, qui est voisin, est plus avantageux encore, parce que, sans se déplacer, l'œil découvre, dans toute les directions, la plus vaste surface de terrains qu'il soit possible de voir.

Je ne quitterai pas la partie supérieure de la vallée de Bains sans indiquer une promenade à laquelle je donnerais la préférence, si elle était rendue praticable dans sa partie la plus intéressante. Je veux parler d'un cherain tracé sur la lisière da bois et contournant la côte du Million j chemin qui devrait bien être adopté pour la rectification de la route de Saint-Loup , et que l'on pourrait appeler Terrasse de Bellcvue. En effet, du haut de cette côte, la vue est charmante. Elle offre un contraste frappant. A droite, le silence, l'ombre et le mystère des boisj à gauche, l'animation, la variété, le bruit des usines et des habitations. Par-dessus la ville, la vue s'étend à trois ou quatre lieues sur les plateaux de Vioménil, aux sources de la Saône. On aperçoit les pays deGruey, de Grandrupt, de Harsault, pauvres pays , où les mœurs sont rudes et la civilisation tardive. Les rafinemens du luxe, les délicatesses du sentiment y sont encore inconnus. Les familles sont nombreuses, mais la vie est trop laborieuse et trop sobre pour être de longue durée j car la terre est maigre et demande pour produire un labeur acharné. Pour ces pauvres gens sans doute a été fait ce triste et naïf quatrain :

A la sueur de ton visaige Tu gaigneras ta pauvre vie.

Après long travail et usaige Voicy la mort qui te convie.

La femme n'est pas ici la plus belle moitié du genre humain ^ elle met toute sa coquetterie à tresser artistement devant sa maison les nattes de paille imprégnée des immondices de l'étable , et d'après le degré de perfection avec laquelle est exécuté

cet utile travail , le jeune homme à marier se décide à choisir sa compagne.

Au-dessous de Bains, la vallée du Baignerot est plus ouverte, elle a un caractère plus riant et plus animé. Trois fois pendant l'été, les moissonneuses et les faneuses se répandent dans les champs, les prairies, et donnent la vie à ce joli paysage.

Ces agrémens étaient ignorés , perdus pour les promeneurs , car il n'y avait pas d'accès convenable.

Depuis longtemps, j'étais frappé de l'utilité qu'il y aurait à percer une avenue depuis le Bain-Romain jusqu'au chemin des Moulins. Outre l'avantage d'avoir une promenade de plein-pied qui, du centre delà ville, conduirait immédiatement au milieu de la campagne, il y avait une autre considération plus importante , c'était de fournir des emplacemens très-favorables pour la construction d'hôtels , dans le cas où Bains prendrait du développement.

A ma sollicitation, notre hoHorable compatriote, M. Buffet, alors ministre de l'agriculture, a bien voulu allouer sur les fonds destinés aux établissemens thermaux une somme qui nous a permis de réaliser ce projet.

La nouvelle avenue des BreuiUes va devenir, sans doute, la promenade la plus fréquentée des baigneurs qui le matin et le soir devront éviter la fraîcheur humide des bois. Le chemin des Moulins, auquel elle aboutit, se dirige dans la vallée en décrivant des courbes gracieuses comme l'allée d'un vaste jardin anglais. Entre les deux moulins, on passe sur un pont, trop monumental pour sa destination, et en continuant, on arriverait à la forge du Moulin-au-Bois. Mais, de ce côté, le chemin n'est qu'ébauché. II. faut espérer que plus tard on fera deux embranchemens , dont l'un , traversant la prairie, irait rejoindre la route de la Manufacture, et l'autre, contournant les petits étangs, aboutirait au chemin de Trémonzey. On aurait ainsi

des pronieuades très-variées, d'un trajet assez court, avec des pentes fort douces, et dans de bonnes conditions de salubrité.

Les personnes qui ne voudraient ou ne pourraient faire ces petites excursions, trouveront dans l'intérieur de la ville quelques promenades commodes.

L'une, contiguë à l'établissement des bains , est formée par une avenue de platanes. Mais ses abords un peu maussades, sa clôture qui conviendrait mieux à un champ de foire, et le développement excessif des arbres qui empêchent la circulation de l'air et retiennent l'humidité, toutes ces raisons font que cette promenade , si convenable d'ailleurs par sa proximité , est assez peu fréquentée. Je pense que de belles haies pour clôture, un gazon ovale circonscrit par deux allées ombragées de tilleuls taillés, avec des massifs d'arbres verts aux angles, rendraient ce lieu plus agréable, et les maisons du voisinage plus saines. Il serait à désirer aussi qu'à l'extrémité on pût traverser le ruisseau pour rejoindre le chemin du Rédé.

L'autre est plus qu'une promenade , c'est un pèlerinage auquel se rendent plusieurs fois par jour les personnes pieuses et souffrantes. Sur la route d'Épinal, à la sortie de la ville, dans un bois sacré , se trouve la chapelle de Notre-Dame de la Brosse. C'est une Madone en vénération dans le pays, et qui ne refuse pas ses faveurs aux étrangers. Elle vient en aide à la divinité des eaux. Ceux pour lesquelles celle-ci a été impuissante, peuvent chercher dans l'intercession de la Vierge de la Brosse un remède plus efficace. Plusieurs fois déjà , elle a manifesté sa puissance par des guérisons miraculeuses. On voit que Bains offre des ressources de plus d'un genre, et qu'on y peut gagner la santé par l'àme aussi bien que par le corps.

On peut faire des promenades en voiture sur chacune des quatre roules qui partent de Bains. Je n'en décrirai qu'une, la plus intéressante, celle de Fontenoy.

A deux kilomètres de* Bains, le long des grands uiarroniers qui bordent la route, il faut contempler encore une fois la vallée verdoyante du Baignerot, que Ton embrasse dans son ensemble.

On arrive à la Manufacture j du haut de la côte d'où vous dominez l'usine , vous pouvez juger de l'importance de cet établissement , le plus considérable de la contrée. M. Falatieu, qui en est le chef, a su le placer à la hauteur de tout ce qu'il y a de plus perfectionné dans l'industrie métallurgique. Mais l'examen de cette forge devra être l'objet d'une visite spéciale. Après en avoir obtenu l'autorisation, on parcourra avec le plus vif intérêt ces immenses ateliers, — antres des Cyclopes, — oii le fer incandescent s'aplatit en feuilles, ou s'allonge en rubans. Le bruit retentissant des marteaux, l'ardeur dévorante des fournaises , le mouvement rapide des roues , le bruissement de la vapeur , le balancement majestueux du marteau-pilon , l'activité des forgerons qui , dans le plus simple appareil , vont et viennent, insoucians au milieu du tapage et du feu qui jaillit de toutes parts — C'est là un spectacle saisissant , plein d'émotions et d'enseignemens.

Nous continuons notre petit voyage , et au poot nous quittons la route pour prendre le chemin de la Pipée, Noos suivons le cours du Côney depuis sa jonction avec le Baignerot jusqu'à la Tréfilerie. Ce trajet est délicieux j on est resserré entre deux collines boisées, les eaux limpides et tumultueuses murmurent à vos côtés, et , sur la route unie , la voiture glisse comme une barque, sous une voûte de verdure, dans la solitude et le silence des forêts. On arrive ainsi à la Pipée, usine où l'on tire à la filière des fils de fer de toute grosseur.

On doit ici quitter sa voiture, et gravir dans le bois un sentier qui mène en dix minutes au-dessus de la côte.

Alors le rideau se lève, et vous découvrez l'ancienne ville de

Fontenoy , la reine de cette contrée , gracieusement assise entre deux collines, le front couronné de son vieux château , laissant échapper de sa ceinture, comme un long ruban , le Côney qui se déroule sur un riche tapis de verdure.

Il faut la voir au printemps, quand les cerisiers en fleurs revêtent ses coteaux d'un léger voile blanc, on dirait une mariée ravissante de jeunesse et de candeur.

Mais hélas 1 Fontenoy n'est plus aujourd'hui qu'une reine déchue, sans fraîcheur et sans innocence. C'est une vieille coquette, dont la tournure élégante vous séduit encore à distance. Admirez de loin, n'approchez pas. La misère et la vétusté ont flétri, souillé tous ses ornemens; l'industrie des couverts en fer battu y a noirci les figures et les maisons. Et cependant , c'est de ces demeures sales et délabrées que sortent les fines broderies qui vont reparaître au milieu des salons dorés sur les blanches épaules des femmes à la mode.

Si l'on se décide à descendre dans Fontenoy , il faut prendre le chemin de la Vierge du Bois-Bani, pour aller au hameau des Molières visiter la maison où est né le poëte Gilbert. — Humble toit, où rieu ne consacre la mémoire de cet infortuné convive qui, repoussé du banquet de la vie , ne trouve même pas après la mort quelque peu d'honneurs et de sympathie.

Ah! sans doute il pensait à la belle vallée de Fontenoy, aux coteaux ombragés des Molières, à cette heure suprême où il exhalait comme un mélodieux soupir ces sublimes adieux :

Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,

Et vous, riant exil des bois!

Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,

Salut pour la dernière fois!

Si l'Hôtel-Dieu, fier de lui avoir ouvert ses portes, a consacré par un monument l'honneur de l'avoir vu mourir ; comment Fontenoy ne se sent-il pas aussi fier de l'avoir vu naître.

et n'accorde-t-il pas uo simple souvenir au plu§ glorieux de ses enfans!

Il suffirait d'entretenir cette vieille maison dont la situation pittoresque pourrait devenir un but de pèlerinage: on graverait sur les murs quelques-unes de plus belles strophes du poëte, et on y placerait une copie du tableau de Monvoisin dont l'original est au musée de Nancy. Il représente Gilbert à son lit mort, assisté de deux sœurs hospitalières.

On revient des Molières par un chemin qui aboutit aux ruines du château de Fontenoy. Les anciens habitans ont encore vu deux tours^ l'une carrée et l'autre ronde, parfaitement intactes et s'élevant à une grande hauteur. Maintenant, il ne reste plus de la première qu'un pan de mur lézardé, et de la seconde qu'un tronçon rongé, décrépi, puis des amas de décombres , des voûtes effondrées , — chétifs débris d'une grandeur passée.

Dans quelques années on ne trouvera plus aucun vestige de cet antique manoir occupé jadis par les seigneurs et maîtres de la contrée. L'histoire de Lorraine nous apprend que dès l'an 1019, il y avait des seigneurs du comté de Fontenoy-en- Vosges. Cette terre passa successivement de la maison de Touî, dans celle de Lorraine, puis de Bourgogne et de Neuchâtel, enfin dans celle de Dommartin et de Croï-d'Havré. Le millésime 1396, et les lettres G et D que l'on peut encore voir gravés sur les murs, indiquent suffisamment que c'est à Diane de Dommartin , épouse de Charles-Philippe de Croï, marquis d'Havre, que l'on doit la construction du château tel qu'il existait en dernier lieu .

C'était alors une époque de prospérité pour Fontenoy. Il comptait jusqu'à 10,000 habitans, on y voyait un hôpital et un couvent de capucins. Mais les invasions des Lorrains et surtout des Suédois, pendant la guerre do trente ans, jetèrent la ruine et la désolation dans tout le pays. Instrumens aveugles de la

providence , ils saccagèrent lous ces vieux repaires de la féodalité, démantelèrent ces forteresses qui s'élevaient partout comme les barrières de la civilisation.

Sur ce coin de terre, que d'événemens et de personnages divers se sont succédés depuis mille ans!.. . Il n'y a plus aujourd'hui qu'une seule chose toujours la même et toujours nouvelle , c'est la vue délicieuse dont on jouit depuis cette terrasse.

Oui , ce sont bien les mêmes prairies , la même rivière argentée , les mêmes montagnes bleues , le même soleil empourpré que contemplait le soir au balcon de son château la belle Diane plongée dans de douces rêveries.

L'église devant laquelle on passe mérite queîqu'attention par son antiquité. Le chœur et la nef sont d'un style gothique trèsvarié, mais le portail appartient à un mode d'architecture nouveau et d'un goût bien peu distingué.

On retrouve à Fontenoy sa voiture, et au lieu de revenir par la grande roule, je conseille de prendre le chemin de Trémonzey , il est plus agréable , sans être beaucoup plus long. Les sites sont variés, le village est dans une charmante position, au milieu des prés et des bois. Un peu plus loin, au hameau des Fontenelles , le chemin s'enfonce dans le bois des Fouillis. On en sort pour descendre à Bains , et l'on a ainsi parcouru dans son après-midi 14 à 15 kilomètres d'une manière attrayante et instructive.

On jugera sans doute à propos de visiter en détail chacun des points principaux de cette excursion j je pourrais en indiquer d'autres , si je ne craignais d'ajouter encore à ces développemens déjà trop longs. Il me suffit d'avoir montré que nos environs ne sont pas dénués d'intérêt, et que le baigneur, en remplissant un devoir d'hygiène, peut aussi trouver dans l'exercice de la promenade un plaisir salutaire.

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