‹ Des eaux thermales de Bains-en-VosgesChapitre 3 sur 26 · M8 SOURCE · texte numérisé non relu

M8 SOURCE

La présence du grès bigarré sur le sommet des côtes qui environnent Bains , prouve qu'elles se sont élevées longtemps après la formation granitique du système des Vosges , c'est-àdire à une époque où la croûte terrestre avait définitivement acquis la solidité qu'elle offre aujourd'hui.

En se produisant dans de pareilles conditions, ces soulèvemens ont nécessairement déterminé des fractures ou dislocations considérables dans la couche granitique si puissante qui forme la première écorce du globe.

Sur les hauteurs du Noirmont ou de Gruey , se trouve sans doute l'ouverture de ces immenses crevasses anfractueuses qui pénètrent à travers les massifs de granités à une grande profondeur.

Extérieurement, ces orifices sont obstrués par l'éboulement des roches de grès vosgien et bigarré qui se sont affaissées dans ces cavités béantes ^ — le tout est recouvert par la terre végétale.

Ces matériaux effondrés sont perméables , les eaux pluviales peuvent s'y inBltrer, et remplir le disjoint des granités.

M. Arago a calculé , et les expériences du puits de Grenelle ont confirmé, que le thermomètre marquait un degré de chaleur chaque fois qu'il était enfoncé à 31 mètres et demi de profondeur. Ainsi, en partant de la température invariable des caves de l'Observatoire , — 1 1 ** 7/1 0 — il ne faudra pas arriver à trois kilomètres pour que l'eau, engagée dans ses abîmes souterrains, acquière son maximum de température.

Voilà donc un vaste réservoir d'eau bouillante ; il ne faudra plus maintenant qu'une ouverture latérale à un niveau inférieur pour qu'il s'en échappe une source thermale.

C'est ce qui a lieu au fond de la vallée de Bains. Seulement, dans ce point, l'orifice inférieur du réservoir naturel est recouvert par des bancs de grés vosgien sous lesquels l'eau chaude est obligée de s'étendre en nappe , ou de circuler en courants , jusqu'à ce qu'elle trouve une ou plusieurs fissures qui la laissent s'écouler au-dehors.

Pendant ce trajet sous des roches peu épaisses, l'eau thermale, rapprochée de l'extérieur, subit un abaissement de température j elle peut, d'ailleurs, rencontrer des filtrations d'eau froide avec laquelle elle se mélange, ce qui diminue encore davantage ses qualités premières.

On comprend ainsi que plus le point d'émergence est rap proche de l'orifice granitique, plus la chaleur de l'eau est grande, et plus sa composition primitive est intacte.

Si une assise de grès, épaisse et large, eût recouvert les granités , l'eau emprisonnée dans son réservoir , ne se fût point fait jour à l'extérieur, — il est permis de penser qu'il existe ainsi dans différents points du globe de vastes accumulations d'eau thermale , à l'état latent, parce qu'il n'y a pas eu de rupture des couches superpo§ées j le forage des puits artésiens

a pu donner issue , comme à Grenelle , à cette eau chaude enfermée dans les profondeurs de la terre.

Si un seul pertuis, pratiqué dans la couche de grès, eût laissé échapper directement le liquide, on eût pu le faire monter à une grande hauteur^ et il eût conservé tout son calorique.

Mais il n'en est pas de même au fond de la vallée de Bains. Les roches y sont minces ^ brisées, disposées en lames irréguliéres , ce qui permet à l'eau , en sortant de son excavation granitique , de se diriger en différens sens, suivant les obstacles qu'elle rencontre.

Aussi , les sources sont-elles nombreuses et variées sous le rapport du volume et de la température de l'eau.

On pourrait les diviser en trois groupes :

1° Les sources chaudes du Bain-Romain j

2" Les sources tempérées réunies au Bain de la promenade 5

3° Les sources non utilisées qui sourdent dans le lit, ou sur les bords du ruisseau, depuis la maison Yillaume jusqu'au pré Thomas.

Les premières, au nombre de huit, sont : la Grosse source^ la Romaine f la Souterraine , le Robinet de cuivre , le Robinet de fer, la Tempérée du Bain-Romain, et deux petites sans importance. Toutes ces sources, placées à quelques mètres de distance et solidaires les unes des autres, sortent des fissures d'un rocher de grès vosgien que l'on a dû mettre à nu, afin d'enchambrer exactement tous les filets. On espérait ainsi pouvoir élever les eaux sans perdre de leur quantité ; mais il est facile de voir que plus on les laisse s'écouler bas , plus elles sont abondantes, et plus on veut les faire monter, plus elles diminuent j elles trouvent sans doute à s'échapper plus facilement par d'autres issues.

Les sources de ce groupe sont les plus chaudes et les plus

abondantes ; elles varient de 45" à 50'* cent. , et donnent 87 litres à la minute. Ce sont elles qui viennent plus directement du réservoir central , et qui subissent le moins d'altération.

Le second groupe est composé de quatre sources : la Savonneuse, la Féconde, la Tempérée et la Tiède de la promenade. Les deux premières sourdent directement dans l'établissement, les deux autres y sont conduites par tuyaux; l'une de 13 à 20 mètres au nord , et l'autre de 75 mètres à l'est. — Elles ne donnent que 65 litres à la minute, et varient de 29" à 4.1" centigrades.

Les dernières coulent dans le milieu ou sur les bords du ruisseau. On pourrait sans doute les utiliser en les enfermant séparément (*).

Toutes ces sources sont comprises dans un espace carré d'environ cent cinquante mètres de côté.

Il est un fait bon à signaler , c'est que tous les puits creusés à droite du ruisseau, sur le flanc du coteau où est bâtie la ville de Bains, donnent de l'eau plus ou moins thermale, tandis qu'il n'en est pas de même du côté opposé.

Mais 5 ce qui est plus remarquable, c'est la présence d'une source thermale, appelée Fontaine chaude , sur le revers de la côte de Gruey , à six kilomètres de distance , et à cent mètres environ de hauteur au-dessus de Bains.

Ces circonstances ne devraient-elles pas faire supposer que

(*) Peut-être serait-il mieux de faire un sondage vers la partie moyenne de la promenade. J'ai tout lieu de croire qu'on rencontrerait à quelques mètres de profondeur la nappe d'eau chaude principale , et qu'en lui faisant une large ouverture , on absorberait toutes les sources isolées.

Je témoignerai également ici le regret de ne pas voir sanctionnée la législation proposée par la Chambre des Pairs pour interdire aux propriétaires voisins des sources minérales les travaux qui seraient de nature à les détourner. A l'heure qu'il est, on pourrait très-facilement, dans une des maisons situées au-dessous dos bains, creuser un puils qui absorberait toutes les eaus chaudes .des deux ctablissemens.

les eaux thermales nous viennent de cette direction , et même ne pourrait-on admettre que la Fontaine chaude est comme un déversoir supérieur de cette grande citerne, dont une des ouvertures serait sur les monts de Gruey, et le fond quelque part, à trois mille mètres dans les entrailles de la terre? Une crevasse, formant canal d'embranchement, viendrait s'ouvrir au pied du coteau oii est assis Bains , et déverserait les eaux chaudes à travers la couche brisée du grès vosgien?

Quoiqu'il en soit, à Plombières et à Luxeuil, à quatre ou cinq lieues de Bains, le même écoulement d'eau chaude se produit. Faut-il admettre pour chacune des trois localités si rapprochées, un foyer central distinct? On bien, à l'extrême profondeur de trois mille mètres, est-ce le même réservoir qui , en se rapprochant de la surface , a des embranchemens différens?

Dans tous les cas, la position géologique est la mêmej c'està-dire que dans ces trois points, la formation granitique est recouverte par les dépositions sédimentaires des grès vosgien et bigarré.

Il est digne de remarque , que dans la chaîne des Vosges où le sol est bien autrement boulversé , où les soulèvemens sont énormes, et les déchirures profondes, on ne trouve aucune source thermale. N'est-ce point parce que la force qui a produit ces mouveraens de terrain, agissait à une époque où la croûte terrestre n'était cristallisée qu'à sa surface, et que l'état pâteux des parties profondes ne permettait pas de dislocation , ni d'écartemens. îls se sont effectués plus tard , dans les soulèvemens qui ont affecté notre sol plus récent , et compacte à une plus grande profondeur.

Les eaux thermales se trouvent, en général, dans ces terrains de transition placés entre les chaînes de montagnes et la plaine ; terrains plus modernes, qui n'ont pu être soulevés sans de larges

ruptures, et où en même temps les masses granitiques ne sont pas recouvertes par des couches épaisses de terrains de sédiment. Telles sont les eaux thermales des Vosges, du Nassau, du Bourbonnais. Si l'on trouve des sources chaudes au milieu de certaines chaînes de montagnes élevées, comme en Suisse ou dans les Pyrénées , c'est que ces montagnes sont de formation récente, dans l'ordre des soulèvemens.

Cette théorie sur l'origine et les causes de la chaleur des eaux est si simple et si généralement admise , qu'il est surperflu d'indiquer et de discuter toutes les hypothèses émises à ce sujet. Par elle, on se rend compte des diverses manières d'être du calorique et de la composition minérale des eaux.

J'avais considéré jusqu'à présent que la température des eaux thermales était invariable. Les nouvelles recherches auxquelles je me suis livré ont quelque peu modifié mon opinion.

En 1850, une commission de P Annuaire des eaux de la France, formée au ministère de l'agriculture , a demandé aux inspecteurs d'eaux minérales de prendre pendant trois mois , trois fois par jour , la température de toutes les sources avec la plus grande précaution. Ces expériences ne pouvaient avoir grand résultat. C'était un travail fastidieux ; je l'ai fait avec un soin digne d'un meilleur sort j et voici les conclusions auxquelles je suis arrivé :

1" Les variations de température des eaux n'ont pas dépassé un degré centigrade.

2° En général , il y a une légère augmentation de température à midi et le soir.

o^ Cette augmentation est également sensible pour les jours où la température extérieure est plus élevée, mais surtout lorsque coïncide avec cette élévation un état orageux de l'atmosphère et un ciel chargé de nuages.

Ces i"ésultats n'étaient point de nature à modifier sensiblement l'idée ancienne de fixité de la température thermale, Ils pouvaient être expliqués d'ailleurs par des circonstances étrangères aux sources elles-mêmes. Ainsi, les tuyaux de conduite et les parois d'enchambrement étant plus ou moins rapprochés de la surface, subissent l'influence de l'air extérieur. Gela est surtout appréciable pour les piscines , où la même quantité d'eau des mêmes sources continuant à couler , la température peut y varier de 5 à 4 degrés, du jour au lendemain, suivant que les nuits sont orageuses ou sereines, et que le rayonnement nocturne est plus ou moins actif.

Pour obtenir des résultats plus décisifs, j'ai pensé qu'il fallait établir sa comparaison sur des conditions extrêmes de température extérieure , pendant les plus fortes chaleurs de l'été et les plus grands froids de l'hiver. Mais surtout pour apprécier l'influence des filfrations pluviales sur la température et le volume des sources , il fallait les examiner après de grandes sécheresses et d'abondantes pluies. C'est ce que j'ai fait depuis trois ans, et j'ai pu constater que la température pouvait varier de quatre degrés, et le volume de deux litres par minute, pour la même source.

La diminution de température coïncide généralement avec l'augmentation de volume. — Ces variations sont beaucoup plus sensibles pour les sources les moins chaudes, c'est-à-dire pour celles du groupe de la promenade.

Voici, du reste, un tableau qui fera connaître d'un seul coup d'œil le nombre des sources, leur destination, leur température et leur volume. J'ai souligné les plus importantes par leur usage.

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