‹ Des eaux thermales de Bains-en-VosgesChapitre 21 sur 26 · C. ) GASTRALGIE · texte numérisé non relu

C. ) GASTRALGIE

De toutes les névroses , c'est sans contredit la plus fréquente ; il est rare que les autres n'en soient pas compliquées, et souvent elle existe seule.

Nous entendons le mot de gastralgie , ou mal d'estomac, dans le sens le plus étendu , c'est-à-dire que ce n'est pas seulement Une affection caractérisée par la douleur , mais par tout dérangement dans l'exercice régulier de la fonction digestive. Ainsi,

nous faisons dépendre de la gastralgie : — l'inappétence , — k perversion du goût, ces désirs capricieux et impérieux de substances insolites , et ces répulsions pour des alimens habituels ;

— l'appétit immodéré , ce besoin incessant de manger aussitôt après les repas, — la dyspepsie, ou digestion pénible, longue, s'accompagnant de tension , de gonflement , de sensibilité épigastrique , d'éructations ; — les vomissemens répétés soit à jeun , soit après les repas ; — les vices de sécrétion gastrique , tantôt des liquides glaireux , acides ou bileux , tantôt des gaz qui distendent douloureusement l'estomac et ne sont qu'imparfaitement expulsés j — l'inertie fonctionnelle , par laquelle l'organe se refuse à l'élaboration et à l'absorption des matériaux qui lui sont conGés ; — enfin , la douleur qui peut revêtir tous les caractères , depuis l'embarras , les tiraillemens , jusqu'aux sensations de brûlure, de décbiremens qui arrachent des cris aux malades j — tous ces symptômes appartiennent à la gastralgie et traduisent le désordre dans les actes nerveux de l'estomac.

Quelles que soient l'origine et la destination des différens nerfs de cet organe, il existe entre eux des rapports fonctionnels qui relient les symptômes. Chacun de ces derniers peut exister isolément , mais les modifications de sensibilité entraînent souvent les altérations de contractilité et de sécrétions.

Dans certaines circonstances déterminées , suivant les causes organiques, c'est plus spécialement tel ou tel groupe de phénomènes qui prédomine. Cependant, il ne faut pas attacher trop d'importance aux distinctions basées sur ces caractères symptomalologiques. Ils seraient bien précieux , s'ils pouvaient,

— comme les différentes formes de vascularisation dans l'œil, ou d'ulcération dans la gorge, ou d'éruption sur la peau^ — ■ servir à faire remonter sûrement à la cause première , à la diathèse dont ils ne sont souvent qu'une expression. Malheu-

reusement , les troubles fonctionnels de l'estomac sont variables et peu en rapport avec l'élément morbide 3 il faut chercher ailleurs des indices qui révèlent ce principe générateur.

Sans doute, il y a des gastralgies essentielles, qui dépendent uniquement d'une irritation spontanée des nerfs gastriques , d'une exagération du tempérament nerveux, ou d'une imperfection originelle du système digestif.

Il en est d'autres qui ont encore leur siège exclusif dans les nerfs de l'estomac j mais elles sont consécutives à un ébranlement, ou épuisement trop considérable de tout le système. Telles sont les gastralgies se développant sous l'influence de passions tristes, d'excès vénériens, d'excitations alcooliques ou médicamenteuses, comme le café, le sulfate de quinine j ou de stupéflans, comme l'opium et le tabac.

D'autres résultent à la fois de l'affaiblissement direct des forces digestives et de l'anémie dans laquelle tombe l'organisme, à la suite de privations, de jeûnes trop prolongés, de diètes intempestives. On connaît les sensations douloureuses qui accompagnent la faimj ce que l'on ne sait pas aussi bien , c'est qu'il existe une faim chronique, c'est-à-dire une maladie ner- . veuse engendrée par l'abstinence. Combien les doctrines médicales de Broussais, exagérées par ses disciples, n'ont-elles pas jeté de pauvres estomacs dans l'impuissance et le dérèglement, par l'abus de la diète et des antiphlogistiques ! On en est bien revenu ; cependant, il y aura toujours pour le praticien une chose difficile à saisir , c'est le moment opportun où l'on doit commencer à donner de la nourriture dans les maladies aiguës, les fièvres, surtout dans celles qui s'accompagnent d'un certain état de phlogose du tube digestif. Trop tôt, on irrite, trop tard, les organes sont tombés dans le spasme et l'inaptitude, qui permettent difficilement l'usage des alimens et tendent à se perpétuer.

Parmi les causes premières de la gastralgie , il en est qui sont indépendantes de l'estomac ; il supporte la peine d' un mal qui n'était pas primitivement en lui , il est choisi comme le théâtre d'une action qui doit être produite quelque part dans l'économie.

Les goutteux sont parfois exposés à des irritations gastriques dont ils connaissent parfaitement la source j ils savent que ce genre d'attaque se comporte avec la même brusquerie que sur leurs articulations. — Les dartreux souffrent quelquefois pendant plusieurs années d'un mal d'estomac qui disparaît avec la réapparition sur la peau d'une éruption ancienne, — Les rhumatisans, après avoir éprouvé dans certaines circonstances des douleurs en divers points , voient les symptômes de la gastralgie se montrer avec intensité, résister à tous moyens, et puis se dissiper au moment où ils s'y attendaient le moins. — J'ai vu mourir Lien des cancéreux qui avaient passé longtemps pour des malades imaginaires, quand ils se plaignaient de leurs maus d'estomac. — Il n'est pas rare aussi de rencontrer des tuberculeux qui sont gastralgiques longtemps avant que n'éclate la maladie de poitrine.

Il arrive souvent que la névrose de l'estomac est symptomatique de l'affection d'un autre organe , ajffection qui peut rester latente, alors que les accidens du premier sont très-intenses.

De tous les organes, c'est l'utérus qui éveille le plus facilement ces sympathies morbides. On connaît les troubles de l'estomac qui signalent les premiers mois de la grossesse. Dans les maladies de matrice : engorgemens, ulcérations, fleur§ blanches , aménorrhée , c'est encore une semblable réaction qui se produit. La plupart des femmes qui nous arrivent pour être traitées de gastralgies , taisent ou ignorent l'affection utérine à laquelle elle sont en proie.

Il est important de distinguer , sous le rapport de la nature des gastralgies, les syroptomatiques et les idiopatiques. Les

premières, plus nombreuses, sont sous la dépendance de la maladie mère., à laquelle il faut surtout s'adresser.

Quoiqu'il en soit de toutes ces influences pathogéniques, je regarde la gastralgie comme provenant toujours d'une atonie, d'un défaut de vitalité, d'une faiblesse radicale dans l'organe digestif. S'il était robuste, il serait silencieux, et ses fonctions passeraient inaperçues, ainsi qu'on l'observe chez ceux qui ont un bon estomac, et ne savent pas où il est placé. Je serais donc porté à penser que la division des névroses gastro-intestinales en sthéniques et asthéniques est mal fondée en principe , elle ne repose que sur une apparence, — la surexcitation déréglée, prise pour un excès de force. Or, un organe véritablement fort est calme, il exécute simplement et complètement le travail qui lui est soumis , et ne s'emporte pas en mouvemens désordonnés.

Les névroses de l'estomac devront être distinguées des inflammations- et du sqidrrhe de l'organe. Dans les cas tranchés, rien n'est plus facile , mais il en est où le diagnostic différentiel est embarrassant; et cependant les erreurs sont funestes, caries traitemens sont opposés. Je suis à même d'observer de nombreux exemples de méprises à cet égard. Les individus souffrant de l'estomac se rendent indistinctement aux eaux sans avis du médecin. Telle personne, disent-ils, avait une gastrite.^ elle est allée à Bains, et s'y est guérie 3 nous avons le môme mal , nous devons éprouver le même effet. En général, tous les malades qui s'entretiennent de leurs maux dans les piscines ne manquent pas de les trouver identiques, et de se conseiller réciproquement l'emploi des traitemens qu'ils ont déjà suivis. Voilà l'empirisme. L'empirique a un remède pour les maux d'estomac. Bennech fait manger du beafteck assaisonné de poudres stimulantes, un autre la graine de moutarde blanche, un autre du camphre, du charbon, etc. Chacune de ces substances peut

être efficace, mais il faut qu'elle soit appropriée à l'espèce morbide.

Pour les eaux, je m'empresse de déclarer que, dans le squirrhe , elles sont toujours nuisibles ; dans les inflammations , le résultat est incertain, l'usage demande de grandes précautions, parce qu'elles peuvent encore devenir funestes. Enfin, dans les névroses seules , qui sont du reste les plus communes , on peut en retirer de bons effets. Ces derniers varieront encore suivant les espèces de gastralgies. Il en est de rebelles, il en est qu'il faut combattre par des moyens différens. Les considérations de cause première doivent guider dans le pronostic et le traitement j — parfois elles sont difficiles à établir. Au moins, faut-il bien préciser le diagnostic en ce qui touche les grandes divisions.

L'altération organique des parois de l'estomac est quelquefois longtemps latente , et ne se montre pas avec les signes pathognomoniques d'hématémèse et de tumeur épigastrique. Ces signes, d'ailleurs, n'appartiennent qu'à un état tellement avancé qu'il est au-dessus de toute ressource. Dans la période de début , et sous la forme latente, on se méprend souvent sur la véritable nature du mal, et l'on attribue volontiers les accidens à un simple dérangement nerveux.

J'ai cru reconnaître un moyen diagnostique qui me trompe rarement. Quand il y a déposition ou formation squirrheuse dans un point de l'estomac, les accidens se rattachent exclusivement au travail de la digestion. Quelles que soient la nature et la quantité d'alimens introduits, la douleur, le gonflement, les éructations acides ou gazeuses se produisent au bout de quelque temps, et cessent complètement lorsque l'organe est videj l'appétit est conservé, la langue belle. Dans les affections nerveuses , il y a plus de caprice et d'irrégularité dans les souffrances qui se montrent parfois à jeun et peuvent cesser pour

reparaître ou se modifier. Dans les gastrites chroniques, il y a persistance du mal dans l'intervalle des repas, douleur immédiate après l'ingestion alimentaire, perte d'appétit et sécheresse de la langue, tension et sensibilité habituelle à l'épigastre et souvent la fièvre.

Il faut bien le dire , il est des gastralgies qu'on peut soulager mais non guérir. Certaines personnes ont l'estomac faible, mal conformé, comme d'autres ont la poitrine, ou un membre. C'est un organe qui n'est pas dans les conditions de développement normal , ni d'aptitude fonctionnelle. C'est en vain qu'on tentera par des moyens artificiels de le faire agir, bientôt il retombera dans son impuissance. Il faudrait, comme on dit vulgairement, le refondre. Le malade doit en prendre son parti; il doit vivre avec son ennemi, ne pas s'acharner à le poursuivre par des médications et des consultations incessantes; car il pourrait bien exaspérer son mal. Tandis qu'avec des soins, un régime bien ordonné, — régime que l'on s'est choisi par le tâtonnement et l'expérience, — on peut vivre, et vivre longtemps.

J'ai connu ainsi grand nombre de personnes souffrant depuis vingt ou trente ans, et, qu'on me passe l'expression, qui ne s'en portaient pas plus ma!. En effet , il est à remarquer que ces individus maladifs jouissent d'une sorte d'immunité pour les affections graves, épidémiques ou accidentelles, qui sévissent fortement sur les sujets vigoureux. Est-ce par la régularité de leur vie , les précautions de toute sorte dont ils s'entourent , ou par une espèce d'acclimatement morbide, qu'ils sont ainsi à l'abri des grandes crises, provoquées par les influences délétères , et au milieu desquelles succombent souvent les plus belles organisations? Nous ne savons, mais le fait est certain^ et M. Fouquier a pu jadis soutenir une thèse sur l'avantage des constitutions faibles.

Il est des gastralgies qui se guérissent temporairement , co sont les gastralgies liées à une diathèse rhumatismale , çhlorotique, ou autre j elles se guérissent , soit parce qu'il est de leur nature de disparaître après quelque temps de séjour, soit parce que les moyens employés ont modiSé le principe général sous la dépendance duquel elles se trouvaient. Mais elles reparaissent quand ce principe, — plus facile à comprimer qu'à effacer, — se développe de nouveau.

Il est enfin des gastralgies accidentelles, se rattachant à une cause qui a épuisé son action , ou qui peut être entièrement détruite ; celles-là sont curables , un traitement approprié en fait justice.

Quel est ce traitement? y a-t-il un remède unique, ou bien chacun des nombreux médicamens préconisés dans cette affection, a-t-il son indication spéciale qu'il faut choisir , pour en tirer quelque profit ? Tout en reconnaissant l'avantage incontestable qu'on obtient parfois des amers , des ferrugineux , du sous-nitrate de bismuth, etc., je ferai observer que nos malades ont généralement épuisé la série de ces moyens. En l'absence d'un remède spécifique , et pour ne pas rester livré aux hazards de l'empirisme , il est bon d'avoir une indication générale,un principe de thérapeutique, auquel on puisse toujours se rattacher.

Je n'en vois pas de plus juste et de plus large que celui qui a été formulé dans ces mots : calmer sans affaiblir, fortifier sans irriter. C'est ce problème difficile que la médication des eaux me semble pouvoir résoudre.

Un calmant n'affaiblit pas, lorsqu'il n'enchaîne pas les actions nerveuses, — comme les remèdes réputés caïmans, — et lorsqu'il ne soustrait pas au sang ses principes constituans, — comme la diète elles émissions sanguines.

Un fortifiant n'irrite pas , lorsque l'accroissement des forces s'opère doucement et sans secousses, et que les élémens réparateurs pénètrent graduellement dans un organisme bien préparé à les recevoir.

En un mot, la modération dans la double aciion-répressive et corroborante , tel est le secret de la médication que l'on doit diriger contre les affections nerveuses en général, et contre les gastro-entéralgies en particulier.

Or, n'est-ce pas là précisément l'influence spéciale de nos eaux? Elles agissent insensiblement, elles n'excitent pas ces mouvemens d'humeurs, ces réactions, dont on ne peut toujours calculer les effets j elles pénètrent d'une énergie nouvelle les forces languissantes, elles augmentent la vitalité des organes, et coordonnent leurs actes.

Comme nous l'avons fait voir dans le chapitre précédent, ce mode d'action résulte d'un ensemble de circonstances favorables, et de moyens bien combinés, tendant à produire, d'une part, une sédation du système nerveux, et, de l'autre, une activité et une perfection plus grandes dans les fonctions assimilatrices.

J'attache plus d'importance à ces indications et à ces moyens généraux, qu'aux indications tirées de l'état local, et aux moyens dirigés sur l'organe malade. Ceux-ci ont des effets plus marqués, et ceux-là en ont de plus durables. D'ailleurs, ils se complètent les uns par les autres.

Celui qui penserait guérir une affection nerveuse des voies digestives avec quelque poudre antispasmodique , ou quelque préparation stomachique, se tromperait grandement. Il calmera la douleur, ou fera digérer pour un temps ; il rétablira artificiellement la fonction; mais les organes se lasseront bientôt de cette vie factice, ou ils deviendront blasés, et on se trouvera dans la nécessité de changer de remèdes, ou de les cesser tout-à-fait.

En même temps qu'on excite l'estomac, il faut lui fournir Une alimentation convenable , et il faut surtout favoriser l'ab-r sorption, en donnant un libre cours aux émonctoires et en activant le jeu des organes qui président à l'hématose.

.Car le J)ut n'est pas seulement de faire digérer par l'estomac les substances alimentaires ; c'est principalement de les rendre assimilables, c'est que le foie, les reins, la peau , les poumons, exécutent sur le sang leur travail d'élaboration et de dépuration d'une manière vive et complète.

En réunissant toutes les qualités d'une bonne nutrition , l'ensemble du système nerveux acquiert plus de force, et l'apr pareil gastrique suit le mouvement général. Il puise une énergie nouvelle dans ce concours de toutes les fonctions rar menées à leur type normal.

La médication thermale répond assez bien à ces principales données. On calme et on tonifie le système nerveux par les bains frais prolongés , — on stimule doucement l'estomac par les boissons chaudes et par les douches épigastriques , — on aiguillonne la peau par les réactions hydropathiques et les douches générales , — les reins par d'abondantes boissons diurétiques , — le poumon et le système musculaire par l'exercice de la promenade , — et , enfin , l'on fournit les élémens de réparation par un régime alimentaire succulent et varié.

Il n'entre pas dans le plan que je me suis tracé de descendre dans les détails du traitement , et de formuler le modus faciendi propre à chaque espèce de gastralgie. J'avouerai , d'ailleurs , que ces préceptes spéciaux sont bien difficiles à poser d'une manière rigoureuse , ce sont des nuances qu'il faut laisser h, l'appréciation spontanée , et au tact du praticien.

(D.) DE l'hystéropathie.

Je ne voudrais pas me donner le travers d'inventer un mot , Surtout sans avoir à y adapter une idée nouvelle. Mais , vraiment , je ne trouve pas d'autre expression pour rendre la manière synthétique dont je voudrais envisager les affections de matrice.

J'ai à soigner aux eaux un grand nombre de femmes de tout âge et de toute condition , offrant au premier aspect des maladies très-diverses , et je ne puis me défendre de cette impression générale , c'est que l'utérus joue toujours un rôle plus ou moins important au milieu des dérangemens qui surviennent dans leur économie^ à l'état chronique. Depuis la puberté , où la naissance des fonctions utérines donne si souvent lieu à la diathèse chlorotique , jusqu'à l'âge de retour , où la mort de ces mêmes fonctions s'accompagne d'un autre cortège de symptômes , l'appareil utérin reste toujoure le régulateur de la santé , le pivot des manifestations morbides.

Je pense qu'il est avantageux d'embrasser d'un seul coup d'oeil, et sous une même dénomination, les trois genres de maladies qui frappent à trois âges différens l'organe générateur chez la femme : — V aménorrhée, la métrite et les accidem de Page critique.

Chacun de ces groupes appartient à une phase distincte delà vie utérine, et se montre avec des caractères particuliers. Mais il est quelques traits généraux que je veux d'abord indiquer.

C'est le propre des organes qui ne sont pas essentiels à la vie de devenir , par leurs altérations, le point de départ et le centre d'une perturbation générale, d'un état de souffrance lent et continu de toute l'économie. Que le poumon, le cœur ou le cerveau soient sérieusement lésés , et bientôt la vie sera compro-

mise , la maladie sera toujours locale parce que l'organe affecté est assez important pour concentrer le travail morbide et fixer toute l'attention. Mais que ce soit la matrice au contraire, — on peut vivre longtemps avec une matrice malade, — les diverses fonctions vont successivement se troubler par sympathie, ces troubles deviendront même les signes les plus marqués; il se développera peu à peu un état cachectique dans lequel les actions organiques se ralentissent, la nutrition se fait mal, l'hématose est imparfaite.

Tel est le caractère général des affections de l'utérus. En sorte qu'on pourrait à bon droit se demander si ces affections sont bien en effet le centre , la cause pathogénique de l'altération constitutionnelle, ou si elles n'en sont pas simplement un accident, une manifestation locale.

Sans doute, quand la violation humorale, la débilité et la perversion des forces vitales ont atteint un haut degré, il est difficile de croire qu'elles sont encore sous la dépendance d'une affection si minime et si obscure; dans tous les cas, elles demandent à être prises en considération, et nécessitent un traitement à part. — La cause disparaît en quelque sorte devant l'importance des résultats.

Mais, dans beaucoup de cas, bien que cette cause, — la souffrance de l'utérus , — soit dissimulée par les désordres sympathiques de divers organes , il ne faut pas oublier que c'est toujours le foyer où s'entretient le feu de l'irritation, et d'oii s'élèvent les irradiations morbides. De sorte que , sans négliger les indications qui naissent des différentes complications , on doit s'attacher surtout à extirper le mal dans sa racine, et à diriger ses principaux moyens sur l'organe primitivement malade.

C'est un fait irrécusable que la fréquence plus grande, de nos jours, des affections utérines. A la ville et à la campagne, la plupart des jeunes filles commencent leur carrière par la dysmé^'

îlorrhée , la continuent par la leucorrhée et les engorgemens ^ et la finissent souvent par le squirrhe ou les tumeurs.

On a cherché à expliquer cette fréquence par les habitudes sédentaires , par les progrès de l'éducation qui, en développant prématurément l'imagination , donnent lieu à une précocité de sentimens peu en rapport avec le développement organique ; par les mœurs nouvelles d'une civilisation avancée qui font naître incessamment des causes de stimulation et de désirs sans la satisfaction qui complète et apaise.

Je suis loin de méconnaître l'influence de ces causes 3 mais il en est une qui les domine toutes et que je veux indiquer, quelque philosophique et détournée elle puisse paraître.

Depuis un demi-siècle , la population s'accroît en France d'une manière prodigieuse ; c'est depuis cette époque que les maladies utérines et la phthisie , — dont je ferai voir les connexions , — ont aussi agrandi leur domaine. N'y aurait-il pas quelque rapport entre ces deux faits? la quantité u'est-elle pas aux dépens de la qualité? N'est-ce pas une loi providentielle que toute exhubérance vitale porte avec elle son germe de mort ? Dans notre société moderne, l'excès est partout ; l'excès de travail et de privations marche à côté de l'excès d'oisiveté et d'intempérance. — Le besoin de jouissances de plus en plus étendues et relevées provoque une ardeur qui emporte au delà des conditions normales de la vie. — Les considérations de pureté des races n'entrent pour rien dans le choix des unions. — Les hommes se marient trop tard et les filles trop tôt. — Les familles s'éteignent après trois ou quatre générations. — On ne trouve plus d'organisations vivaces que dans certaines campagnes où l'homme mène une vie sobre, réglée et pas trop laborieuse.

Cette loi de dégradaMon eî d'épuisement de l'espèce ne s'exerce que dans une certaine mesure , et là surtout où les

conditions que je viens d'indiquer existent d'une manière plus tranchée.

En vertu de cette loi, l'appareil reproducteur est nécessairement le premier compromis. Avant d'arriver à l'impuissance et à la stérilité, qui sont le dernier terme, il se forme bien des détériorations qui permettent encore un exercice plus ou moins imparfait de la fonction. C'est cette série de maladies que nous allons examiner.

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