E.) DE LA DYSMÉNORRHÉE ET DE LA CHLOROSE
La puberté chez les jeunes filles est souvent une époque de troubles et d'altérations dans leur constitution.
Tant que le développement n'a interressé que Vindividu , il s'est fait régulièrement j dès qu'il a intéressé V espèce, il hésite, et s'arrête.
Combien ne voit-on pas de jeunes personnes arriver à l'âge de quinze ou vingt ans, épanouies comme de jolies fleurs, dépérir tout-à-coup, se flétrir et tomber, parce qu'il n'était point dans leur destinée de porter des fruits.
L'apparition des menstrues, qui est le signe de l'aptitude génératrice , est le phénomène principal de cette transformation qu'éprouve la jeune fille pour devenir femme. Mais ce n'est pas la seule manifestation. Quand l'évolution est franche, vigoureuse, normale enfin, la métamorphose est complète. Toutes les formes du corps, tous les sentimens de l'âme changent et prennent en peu de temps un nouveau cours.
De tous les appareils organiques , celui qui subit les changemens les plus remarquables, c'est sans contredit l'appareil respiratoire. La poitrine se développe, on y voit surgir deux glandes complémentaires de la génération j la voix prend un autre timbre.
La loi qui préside au développement de l'organisme a marqué son heure, et, une fois sonnée, la décoration change, un nouvel organe entre en scène.
Si là matrice ne joue pas son rôle avec énergie, tous ces raouvemens sont empêchés, dénaturés. L'action reste en suspens. Il y a arrêt de développement. La nutrition est languissante, l'hématose imparfaite, le système nerveux perverti.
Lorsque cet état se prolonge , le sang s'appauvrit, l'économie est livrée sans défense aiix formations hétérogènes , et à l'envahissement des diathèses scrofuleuses ou tuberculeuses.
Le développement synergique du poumon étant aussi entravé, la fluxion vitale et organisatrice se dénature et devient une congestion morbide qui s'accroît en raison de l'anémie des organes congénères du bas-ventre.
C'est ainsi que la phthisie pulmonaire prend naissance, et vient terminer cette scène affligeante. J'en appelle aux praticiens pour reconnaître la vérité de cet enchaînement. Qu'ils songent à tous les phthisiques morts au milieu des accidens de la puberté j et pour ceux qui sont allés plus loin, qu'ils se demandent s'ils n'avaient pas conçu dés cette époque les germes de la maladie qui a exercé ses ravages plus ou moins longtemps après.
Cependant , il ne me paraît pas qu'on se soit assez préoccupé dôs rapports de l'aménorrhée et de la chlorose avec la phthisie pulmonaire. Pour moi , j'en suis frappé depuis plusieurs années, et je ne vois plus sans une anxiété douloureuse ces accidens chlorotiques qu'on est habitué à traiter légèrement , et dont on se croit bien maître avec quelques préparations ferrugiaeuses. Je les ai vus trop souvent céder pour se reproduire, et, après quelques années de ces alternatives , éclater enfin la cruelle affection qui sera longtemps encore l'écueil de la médecine. — Parce que, si on guérissait la phthisie, la population doublerait
en quelques années , et centuplerait en quelques siècles , èe qut est impossible. C'est une raison qui n'est pas médicale, mais qui , peut-être , n'en est pas moins juste. —
Je pourrais formuler mon opinion en ces termes : sur cent femmes qui meurent poitrinaires, il y en a quatre-vingt-dix qui ont eu quelques troubles dans la menstruation , et quelques symptômes chlorotiques.
On conçoit l'importance pratique de cette idée : toutes les fois qu'on se trouvera en présence de semblables symptômes , il faudra redoubler de zèle et d'efforts , organiser une hygiène et un régime vigoureux , et ne lâcher prise que lorsqu'on sera parvenu à modifier profondément la constitution.
Il peut y avoir chlorose sans suppression des règles , et vice versa. Mais le plus ordinairement, avec les pâles couleurs, il y a dérangement dans le flux menstruel j tantôt il disparaît complètement , ou ne revient qu'à des époques irrégulières et éloignées, tantôt il revient encore assez régulièrement, mais son apparition est incomplète , et s'accompagne de douleurs , de crises nerveuses variées.
Quoiqu'il en soit , je rattache les accidens généraux de l'aménorrhée à trois formes :
— 1° La chlorose proprement dite , ou pâles couleurs , est le degré le plus avancé de l'altération sanguine dans laquelle la partie cruorique est diminuée, et la partie aqueuse augmentée. Le sang est pâle , la matière colorante et l'oxide de fer , qui entrent dans la composition des globules , sont en proportion minime.
Le système nerveux n'étant plus contenu , — sanguis moderator nervorum , — s'exalte de toutes parts en crises hystériques et en névralgies. On observe dans ce cas un appareil symptomatique très-complet : gastralgies avec perversion du goût , palpitations, dyspnée, céphalalgie, affaiblissement musculaire /
apathie, décoloration générale du tégument externe et des muqueuses , souvent même teinte verdâtre de la peau.
A ce point, les eaux de Bains n'ont par elles-mêmes qu'une faible puissance. Employées seules en bains tempérés, elles sont même nuisibles , elles affaiblissent et provoquent un mouvement fébrile. Les moyens hydropathiques administrés avec ménagement , et surtout les eaux et les préparations ferrugineuses sont plus spécialement indiqués. Nos eaux seront plus efficaces, lorsque la maladie sera moins intense, ou plus ancienne, qu'elle aura déjà résisté à plusieurs médications , et qu'il sera possible de supporter les moyens thermaux et de profiter des circonstances hygiéniques favorables. Je dirai même qu'alors le fer , les emménagogues , étant impuissans loin des sources, produisent ici de merveilleux effets, secondés qu'ils sont par les bains frais, les douches, les frictions, l'exercice au grand air et une nourriture succulente qui a l'avantage d'être prise avec plaisir et bien digérée.
C'est de la combinaison de ces influences qiie résulte la santé, mieux que de toutes les meilleures préparations ferrugineuses. On a beau gorger de ce métal l'estomac d'un malade, le sang n'en devient pas plus riche. Ce liquide ne reprendra ses qualités que par une bonne élaboration alimentaire d'abord, puis parla perfection avec laquelle s'exécuteront les différens actes au moyen desquels le sang se transforme et acquiert peu-à-peu sa composition normale. Quand l'hématose sera ainsi complète, les globules sanguins seront de plus en plus nombreux, et avec eus augmentera la proportion du fer. Mais c'est une simplicité de s'évertuer à rechercher les sels ferrugineux les plus solubles afin de les faire pénétrer plus directement et plus vite dans le sang. Le traitement de la chlorose ne doit pas être exclusivement une combinaison chimique dans laquelle l'estomac jouerait le rôle d'un filtre. Les guérisons les plus solides ne sont-elles pas celles
que l'on obtient sans fer, par le régime, la culture de la peau et l'exercice? toutefois, sans attribuer à ce métal une valeur exclusive nous en tirons parti comme d'un excellent remède.
— 2<^ L'anémie liée aux dérangemens de la menstruation prend parfois un masque trompeur. On ne peut plus employer le nom de pâles couleurs , car le teint peut être frais et animé d'un vif incarnat, il y a de l'embonpoint, et cependant le sang est pauvre en réalité.
Cet état est mieux désigné sous le nom défausse pléthore. On l'observe surtout chez les jeunes filles de la campagne qui, avec les caractères extérieurs d'une constitution robuste et d'un beau développement organique, ont une très-faible résistance vitale, et sont sujettes à tous les désordres nerveux qui accompagnent la chlorose franche.
Ainsi, malgré la coloration du visage, le pouls est petit, le système veineux peu apparent , il y a quelquefois des bruits de souffle dans le cœur et les artères. Ces filles éprouvent des palpitations, des céphalalgies, et ne manquent pas de réclamer la saignée cpntre ces accidens, parce que, disent-elles, le sang les gêne.
Lorsqu'on accède à leurs désirs, on trouve un sang pâle, peu cruorique, la syncope survient rapidement, et les accidens sont exaspérés , ou s'ils sont momentanément calmés , ils reparaissent bientôt avec une intensité nouvelle.
Dans cette forme, le fer est souvent impuissant, quelquefois même il est nuisible. C'est alors que nos eaux sont une utile ressource. Leur action douce, graduée, rétablit l'harmonie dans les actes nerveux, et rend l'énergie aux forces assimilatrices ; en même temps que par les stimulans locaux , on réveille la vitalité engourdie dans les organes du bas-ventre.
— o'* Il y a des dérangemens menstruels qui n'entraînent pas d'une manière aussi évidente l'altération du sang qui carac-
térise la chloro-anémie. La pâleur, la faiblesse, la dyspnée , les palpitations, les bruits de souffle ne se montrent plus d'une manière constante. Il y a bien un certain degré de débilité constitutionnelle et de pauvreté sanguine , mais elles ne sont accusées que par les troubles de l'innervation , et particulièrement ceux des voies digeslives. Cette forme succède volontiers aux précédentes ; elle s'observe chez les vieilles filles. Leurs organes ne recevant pas le complément de vitalité que donne la grossesse, et l'excitation normale faisant défaut, les fonctions utérines s'altèrent, la circulation du sang est embarrassée et il se forme des congestions, la sensibilité organique s'exalte et réagit sympathiquement sur divers points du système nerveux. C'est dans ces circonstances que prennent naissance beaucoup de gastralgies et d'hystéries.
Le mariage serait le meilleur remède; à son défaut, on ne peut que calmer les accidens par les bains tièdes prolongés, la boisson d'eau thermale, l'excitation de la peau, et l'action tonique des douches froides sur les reins , des bains de siège frais. On peut procurer ainsi des guérisons plus ou moins durables, et dans tous les cas plus certaines que par les préparations pharmaceutiques.