‹ Des eaux thermales de Bains-en-VosgesChapitre 4 sur 26 · GO · texte numérisé non relu

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On peut juger par la simple inspection de ce tableau que les sources de Bains sont très-variées sous le rapport de leur volume et de leur température. Cette variété permet, en combinant entre elles les différentes sources, d'obtenir tous les degrés désirables pour les bains , et de satisfaire à toutes les exigeiices du service pour la quantité du liquide.

Les eaux thermales se minéralisent par la filtration des eaux pluviales à travers le sol auquel elles enlèvent ses principes solubles, et, une fois arrivées dans le réservoir thermal, par le contact prolongé, et à une haute température , avec les parois des cavités où elles sont engagées. Il s'y fait, qu'on me passe l'expression , une sorte de décoction. Dans ce laboratoire naturel , les diverses substances peuvent réagir l'une sur l'autre, et entrer dans de nouvelles combinaisons.

Là où le sol est simplement siliceux , et où les eaux sortent directement des granités, comme à Plombières, Bains et Luxeuil, le décocté est maigre, peu saturé. Qu'y a-t-il à dissoudre dans cette pierre compacte ? Ce n'est pas le quartz, — guère le mica, — ce ne peut être que le feld-spath qui se trouve souvent dans un état particulier de décomposition, en vertu de laquelle les silicates alcalins disparaissent. Ces derniers sont solubles dans l'eau à 200 degrés ; à cette température , le feld-spath est décomposé, et il reste le corps insoluble, silicate alumineux.

A la profondeur de 3 à 4 mille mètres, sous une énorme pression, l'eau peut bien s'élever à la température suffisante pour opérer les dissolutions et les décompositions, dont le résultat définitif est la constitution minérale de nos eaux.

La croûte granitique est traversée par de nombreux filons de substances diverses, métalliques ou minérales, dont les élémens peuvent encore venir s'ajouter et compliquer la composition chimique des eaux.

Malgré ces influences, elles sont faiblement minéralisées; non point comme ces eaux qui sortent des terrains de sédiment plus modernes, où elles rencontrent de vastes dépositions de sel gemme, de minerai ferrugineux , sulfureux et autres.

Dans le groupe vosgien, on peut déjà saisir les différences qui résultent de la position plus ou moins rapprochée des terrains primitifs.

A Plombières, les sources s'échappent immédiatement du granité; elles sont peu chargées de substances salines; — 0,55 centigrammes par litre.

A Bains, les eaux sortent du grès vosgien; il y a 0,48 centigrammes par litre.

Enfin, à Luxeuil, elles sortent du gtès bigarré; les couches sédimentaires sont plus épaisses et plus composées , les eaux rencontrent quelque filon de sel gemme qui les sature davantage, et on y trouve jusqu'à 1,16 centigrammes.

Si une source thermale s'était fait jour dans un point plus éloigné de la chaîne des Vosges, à Jussey ou à Vesoul, par exemple, je pense que l'eau, traversant des couches plus épaisses de terrains sédimentaires, et séjournant dans les anfractuosités de mines salifères ou métalliques, fût apparue avec une saturation saline beaucoup plus forte. C'est ce que Ton voità Bourbonne, situé au milieu des calcaires; les eaux y sont chargées de sel gemme, — chlorure de sodium, — dont il existe apparemment quelque déposition interposée dans les couches du sol.

Ce n'est donc pas dans la profondeur de la terre que les eaux thermales du Bourbonnais et du Nassau acquièrent la richesse et la variété de composition qui les caractérisent, mais dans les couches supérieures qui sont constituées par des élémens solubles et variés. Elles ne pourraient retirer de la profondeur que les substances observées dans nos eaux. Ces substances s'y retrouvent bien au milieu de leur minéralisation complexe,,

comme pour attester leur origine, mais elles sont effacées par des sels plus abondans et plus actifs.

Dans le groupe vosgien , les eaux thermales sont simplement granitiques; je les appellerais volontiers primitives. Car il y a , ce me semble, quelqu'abus à les qualifler de salines. Quel rapport y a-t-il , je le demande , entre ces eaux limpides et sans saveur , avec les eaux saumâtres de Bourbonne. de Wisbaden , ou de Balaruc?

Celles-ci sont des dissolutions salées, des eaux de mer chauffées, c'est en quelque sorte un remède, une préparation médicamenteuse.

Celles-là sont une émanation directe du foyer central j leur délicatesse de composition n'est point altérée par le mélange de substances grossières puisées dans les limons souterrains. Elles sont peut-être les dernières dans l'ordre de saturation, elles sont les premières sous le rapport de la subtilité et de la distinction de leur origine ignée. Elles n'ont rapporté de leur séjour mystérieux aux entrailles de la terre que la substance des premiers élémens minéralogiques du globe, et cette imprégnation si merveilleuse du fluide électro-calorique qui est l'agent vital, la force motrice de la nature.

Quand on veut les classer pharmaceutiquement , on est fort embarrassé de leur trouver une place entre les sulfureuses , les ferrugineuses, les salines, les acidulés; etlesmédicastres, qui ne comprennent le traitement des maladies qu'à grand renfort de grosses et fortes drogues, méprisent un remède aussi simple. Mais les médecins hygiénistes, judicieux et expérimentés savent qu'on peut guérir plus efficacement, et avec moins de dangers, par les agens naturels, qu'il faut apprendre à manier et a utiliser ; — ils comprennent tout le parti qu'on peut tirer de cette eau chaude qui, pénétrée d'un fluide vivifiant, renferme les principes minéraux dans un état d'atténuation et d'homogénéité inimitable,

Les eaux thermales de Bains sont limpides^ incolores, sans saveur marquée, inodores à leur sortie delà terre j lorsqu'elles ont séjourné dans les piscines, ou sur des dalles, elles contractent une odeur légèrement sulfureuse , qui provient sans doute de la réaction de leurs sulfates sur les détritus organiques laissés par les baigneurs; il se produit ainsi quelque peu de sulfure odorant.

A part cette altération accidentelle , les eaux n'éprouvent aucun travail de décomposition ; — elles sont imputrescibles.

Leur densité diffère peu de celle de l'eau distillée.

Soumises à l'épreuve du papier de tournesol et du sirop de violette , elles donnent une légère réaction alcaline qui devient très-sensible dès que l'on concentre l'évaporation.

On voit s'échapper des sources de nombreuses bulles de gaz que M. Chevallier a trouvé composé en grande partie d'azote.

Le même chimiste a aussi constaté dans l'eau thermale de Bains la présence de l'ammoniaque à l'état libre.

Il ne se forme ordinairement aucune concrétion, ni déposition dans les conduits et autour des sources. Cependant, à l'époque où l'établissement n'est plus fréquenté, on voit se développer dans les deux bains, à la surface des dalles, une efûorescence blanche , semblable à du givre , constituée par une cristallisation de sulfate de soude, et de carbonate de soude. Ces deux sels ne se trouvent pas mélangés, ils ont chacun leur lieu d'élection. Le premier est de beaucoup le plus abondant. Cette production peut être regardée comme une sorte d'analjse spontanée et naturelle de nos eaux qui s'opérerait par une évaporation lente , et à la faveur de la porosité des pierres de grès. Ce sel est si abondant, qu'on pourrait en recueillir plusieurs livres pendant l'hiver , et que j'avais eu l'idée de l'utiliser en l'ajoutant à la boisson d'eau minérale pour augmenter son aciion dans certains ras,

La première analyse des eaux de Bains qui ait élé faite d'une manière uu peu complète est de Vauquelin.

Ses expériences l'ont conduit aux résultats suivans :

1° Un litre d'eau du Robinet de fer contient 0,35 centigrammes de matières en dissolution.

2° Ces matières sont formées de sels solubles et de sels insolubles.

3<^ Les premiers sont du muriate de soude et du sulfate de soude.

i'^ Les seconds sont du carbonate et du sulfate de chaux.

Les rapports de ces sels sont entre eux , dans un litre d'eau , ainsi qu'il suit :

1° Sulfate de soude cristallisé 28 centigrammes.

2" Muriate de soude cristallisé ....... 9 —

3*^ Sulfate de chaux 8 —

4° Carbonate de chaux 8 —

5° Il y a aussi dans cette eau des traces de silice et de magnésie, ainsi qu'un gaz qui se dégage à la sortie de terre.

En 1840 , M. Poumarède fit une nouvelle analyse des eaux de Bains; il opéra sur des quantités plus considérables, et avec les données plus positives de la chimie moderne : voici les conclusions auxquelles il est arrivé :

1° L'eau de la Source Savonneuse contient par litre :

Sulfate de soude 0 gram. 160 milligrammes.

Chlorure de sodium 0 — i63 —

Carbonate de chaux 0 — 045 —

Silice 0 — 121 —

Oxide de fer 0 — 002 —

Matière organique Une pelile quanlilc.

0 gram. 'i91 milligrammes.

'2° L'eau de la Grosse source contient par litre :

Sulfate de soude 0 gram. i 10 milligrammes.

Chlorure de sodium 0 — 083 —

Carbonate de soude 0 — 010 —

Carbonate de chaux 0 — 028 —

Silice 0 — 069 —

Oxide de fer 0 — 002 —

Matière organique Une petite quantité.

0 gram. 302 milligrammes,

3° L'eau de la Source des Promenades contient par litre :

Sulfate de soude 0 gram. 073 milligrammes.

Chlorure de sodium 0 — 038 —

Carbonate de chaux 0 — 018 —

Silice 0 — 047 —

Oxide de fer 0 — 002 —

Matière organique Une petite quantité.

0 gram. 200 milligrammes.

4° L'eau de la Source de la Vache contient par litre :

Sulfate de soude 0 gram. 102 milligrammes.

Chlorure de sodium 0 — 156 —

Carbonate de chaux 0 — 028 —

Silice 0 — 095 —

Oxyde de fer 0 — 002 —

Matière organique Une petite quantité.

0 gram. 531 milligrammes.

La découverte de l'arsenic dans les eaux de Plombières , m'a engagé à rechercher celte substance dans celles de Bains , et en même temps à apprécier comparativement, d'une manière sûre et rigoureuse , la proportion des résidus laissés par ces deux espèces d'eaux minérales.

J'ai entrepris ces recherches avec M. N. Farron, jeune

pharmacien distingué de notre ville. Nous avons évaporé eu différentes fois, avec le plus grand soin, et à vases clos, vingt litres de chaque espèce, et toujours nous avons obtenu les mêmes résultais.

La source du Crucifix de Plombières et la grosse source de Bains , marquant toutes deux oO° centigrades et jouissant des mêmes propriétés physiques, ont constamment donné l'une et l'autre 0,33 centigrammes par litre d'un résidu semblable en apparence. Nous avons observé les mêmes phénomènes pendant l'évaporation des deux eaux, c'est-à-dire la formation de flocons gélatineux au moment où les liqueurs se concentraient.

Ce résultat concorde parfaitement, d'ailleurs, avec celui de Vauquelin, si l'on diminue les chiffres qu'a donnés ce chimiste de toute la différence qui existe entre le poids des sels qu'il a supposé cristallisés , et celui de ces mômes sels calcinés.

L'eau de la source Savonneuse nous a laissé un résidu plus abondant, sans être cependant en quantité aussi forte que celle indiquée par M. Poumarède. Nous avons trouvé 4 grammes 50 centigrammes pour dix litres, ce qui donne 0 gramme 45 centigrammes par litre. Cette eau, qui est plus particulièrement destinée à la boisson , serait donc la plus minéralisée des sources de Bains.

Nous avons ensuite opéré, pour Plombières et Bains, sur des quantités égales de résidu, obtenues dans des conditions identiques, afin de rechercher le fer , Viode, et V arsenic.

Le premier de ces métaux a manifesté sa présence au contact du cyanure de fer et de potassium par une coloration bleue bien plus foncée pour Ceau de Bains.

Le deuxième ne s'est révélé par aucun signe avec l'amidon , ni dans l'une, ni dans l'autre, quoiqu'on ait eu la précaution indiquée par M, 0. Henry de traiter par la potasse avant l'évaporation.

Le troisième a été l'objet d'une recherche attentive, et pour laquelle nous nous sommes entourés de toutes les garanties nécessaires.

Déjà l'an dernier j'avais mis dans l'appareil de Marsh l'eau concentrée de la grosse source, et je n'avais eu qu'un résultat négatif. Mais évidemment la matière organique des eaux se comporte avec l'arsenic comme les tissus animaux, elle relient le métal, et il faut préalablement la calciner avec l'acide azotique. En opérant ainsi, nous avons obtenu l'anneau métallique et des taches noires et brillantes un peu plus marquées pour l'eau de Bains que pour celle de Plombières. Ces taches étaient arsenicales, parceque, soumises aux différens réactifs, elles ont offert les caractères de cette substance.

Nous ne voulons pas nous prévaloir de ce que les eaux de Bains contiennent quelques centigrammes de sels, et quelques cent millionièmes d'arsenic de plus que celles de Plombières, de même que nous ne nous sentions pas humiliés à l'époque où nous nous supposions inférieurs sous ce rapport. Le secret de l'efficacité des eaux n'est pas là, comme le proclamait un enthousiaste chercheur d'arsenic.

En voulant faire passer les eaux de Bains pour plus faibles que celles de Plombières, certaines personnes intéressées dans la question croyaient relever celles-ci. Qu'elles se désabusent et qu'elles en prennent leur parti. Ce sont les mêmes eaux , si mieux elles n'aiment que celles de Bains soient les plus fortes. La chimie ne leur donne pas raison. Mais qu'elles se consolent, il leur reste mieux que cela , — mieux que l'arsenic , — il leur reste le témoignage annuel et irrécusable des soulagemens et des guérisons opérés près de leurs sources.

Pour résumer les données fournies par l'analyse chimique, et faire mieux comprendre la composition de nos eaux, nous

dirons qu'elles renferment trois sels de soude : le sulfate, le carbonate, et l'hydrochlorate. Le premier domine à Bains, le deuxième à Plombières, le troisième à Luxeuil. Ils existent dans toutes ces eaux en proportion variable, mais toujours de manière à en être l'élément dominant.

Le sulfate et carbonate de chaux, ainsi que la magnésie, y sont en petite quantité , comme dans l'eau commune. — L'évaporatiou d'une eau froide de fontaine, à Bains , ne nous a donné par litre que 0,0S centigrammes de résidu, formée presqu'exclusivement de sel de chaux.

La silice, provenant des différens silicates du granité se retrouve dans un état mal défini. La matière organique signalée dans toutes ces eaux est également mal définie ; ne serait-elle pas en rapport dans sa formation avec la silice combinée à un principe azoté, — l'ammoniaque, par exemple, dont M. Chevallier a constaté la présence dans ces eaux? — j'aventure cette hypothèse dont les chimistes seuls peuvent apprécier la valeur.

Enfin, le fer et l'arsenic entrent dans la composition de ces eaux à l'état de sel soluble que l'on n'a pas encore caractérisé.

Cette minéralisation complexe, formée au milieu de conditions spéciales, n'est évidemment pas la même dans le creuset que dans l'eau thermale sortant de la terre ; dans le travail d'analyse , il se fait des décompositions et des combinaisons nouvelles 5 en un mot, entre la composition du laboratoire et celle de la nature, il y a, comme l'a dit un célèbre chimiste, la différence du cadavre à l'être vivant.

Je ne chercherai donc pas à isoler chaque principe constituant de nos eaux pour en étudier les propriétés particulières, et préjuger l'action du composé sur l'économie. Il faudrait forcer les analogies, descendre à des subtililés, pour donner une explication que des esprits sévères admettraient difficilement, il est plus juste et plus sage de se retrancher dans

l'observation clinique; et, sans négliger les inductions de la science, d'attendre qu'elle soit plus avancée encore, pour faire la part des divers agens thérapeutiques, et nettement établir le mode d'action des eaux.

Il n'existait pas à Bains d'eau ferrugineuse naturelle ; et dans les cas où elle eût été indiquée, on recourrait à l'eau de Bussang, ou à quelque préparation pharmaceutique.

J'ai découvert à 5 kilomètres sur la route de Saint-Loup, au-dessous de l'étang des Trémeurs , une source ferrugineuse abondante, formant un limon épais d'ocre, ou peroxide de fer hydraté. Celte eau renferme sans doute une assez forte proportion de carbonate de fer ; — l'analyse n'en est pas faite, — sa saveur est styptique, elle est limpide, mais elle ne tarde pas à laisser déposer dans les vases de nombreuses paillettes de fer oxidé.

Les baigneurs peuvent aller se promener à cette source , en boire et en rapporter. C'est un peu loin pour renouveler souvent l'excursion. J'ai fait établir au Bain-Romain un réservoir de cette eau que l'on renouvelle tous les matins. Elle m'a paru agir efficacement.

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