I. — Diagnostic sur le vivant
Le premier soin de l'expert doit être de constater l'existence d'une coloration anormale des téguments ; or, dans certains cas, pour échapper à une cause d'erreur, il est indispensable de faire cette recherche à la lumière du jour, les ecchymoses de couleur jaunâtre devenant toutà-fait invisibles à la lumière artificielle.
S'étant conformé à ce précepte et ayant observé une coloration anormale des téguments, que pourrait-on confondre avec l'ecchymose ?
Je crois qu'il suffit de signaler seulement les diverses causes d'erreurs ; car, avec un peu d'attention, on ne commettra jamais ces confusions regrettables.
Ainsi, il nous parait inutile de faire un diagnostic différentiel entre l'ecchymose et les différentes formes de gangrène (1), de même pour l'ictère et la cyanose partielle.
(1) Cependant M. Tourdes nous apprend que celte méprise a eu lieu dans un cas, où des efforts de défloration avaient occasionné une déchirure vasculaire avec infiltration considérable de la verge, loc. cit., p. 742.
Les nœvi materni et les taches rouges, livides ou violacées, qui persistent quelquefois plus ou moins longtemps après laguérison d'un vésicatoire ou d'une excoriation superficielle, ne prêtent guère à la confusion ; non plus que les taches ardoisées que l'on trouve surtout à l'abdomen et à la partie supérieure des cuisses de certains individus et que Ton sait maintenant dues à la présence de parasites.
Nous signalerons certaines taches pigmentaires qui ont pu être cause d'erreur, ainsi qu'on le voit dans cette observation d'Hofmann (1) :
« Nous avons eu l'occasion d'observer une jeune fille de 15 ans qui avait été violée et sur laquelle un premier médecin avait diagnostiqué des ecchymoses à la face interne des cuisses et prétendait qu'elles provenaient de la pression des doigts de l'accusé, tandis qu'à un examen plus attentif, on reconnut que ces taches n'étaient que des parties pigmentées de la peau, de forme semilunaire, telles qu'on les trouve souvent sur la face interne des cuisses et sur le bord inférieur du pli génito-crural des filles ou des femmes brunes. Ces taches pigmentées sont eouvent placées d'une façon tout à fait symétrique. »
Les macules diversement colorées qui persistent après un grand nombre d'affections de la peau, syphilitiques ou non, ne résisteront pas à une observation un peu attentive.
Enfin, il existe des taches cutanées, dues à des troubles de sécrétions des glandes de la peau, nous voulons parler de la chromidrose. Dans cette affection, bien démontrée aujourd'hui, mais qui a semblé longtemps pro-
(1) Loc. cit., p. 86.
blématique, on observe des taches noires, bien-foncé, plus rarement jaunâtres, qui, à première vue, simulent assez bien des ecchymoses. Ces colorations ont pour lieu d'élection les paupières, surtout l'inférieure, les ailes du nez, les aisselles, mais très rarement; on les observe surtout cbez des femmes jeunes, nerveuses, mal réglées et qui habitent dans le voisinage de la mer. En dehors des caractères objectifs qui permettent déjà de les différencier des ecchymoses, il est une épreuve absolument décisive, ces taches disparaissent entièrement par le grattage, mais surtout, et avec grande facilité, au moyen d'une friction avec un linge imbibé d'huile.
Nous dirons simplement un mot, en terminant, de fausses ecchymoses, qu'on peut être appelé à examiner et qui, produites le plus souvent dans un but de lucre, ont été faites par des frictions avec un morceau de plomb (1), de la mine de plomb, du carbure de fer (2), du
(1) « Dans les régiments de cavalerie, en particulier, il n'est pas rare de voir les hommes simuler des ecchymoses. Généralement les lésions sont attribuées à un coup de pied de cheval, parfois aussi à 'un coup de crosse de Fusil. Les procédés mis en usage pour ces simulations sont fort simples; celui auquel ils ont le plus souvent recours consiste à colorer la peau dans une certaine étendue, à la partie antérieure et moyenne de la jambe tout spécialement, en la frottant avec line cuiller d'étain, une balle de plomb ou bien encore de la mine de crayon. Pour compléter la simulation, ou au moins pour lui donner un peu plus les apparences de la réalité, il en est qui vont jusqu'à figurer sur la peau le fer du cheval et l'empreinte des clous. » Boisseau Ed. Des maladies simulées et des moyens de les reconnaître, leçons professées au Val-de-Gràce, 1870.
(2) J.-J.-G. Rieux. De l 'ecchymose, de la sugillation, de la contusion, de la meurtrissure, th. Paris, 1814, n° 63.
sulfure d'antimoine, ou bien au moyen de teintures diverses. Ce ne sont là que de grossières simulations dont un peu d'attention et une simple lotion à l'eau de savon feront aisément justice.
On peut enfin rapprocher de ces fausses ecchymoses les colorations variées que certains vêtements de couleur (chemises, bas, etc.), peuvent laisser sur la peau en déteignant, au contact des sécrétions cutanées.