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II. — Diagnostic sur le cadavhe

Sur le cadavre on pourra aussi être aux prises avec quelques-unes des causes d'erreur signalées dans le paragraphe précédent, mais par une simple incision de la peau on en fera rapidement justice.

Ici le diagnostic qui se pose le plus souvent est celui des ecchymoses avec les lividités cadavériques. Et il est de la plus haute importance de ne pas confondre avec des traces de violences ces colorations dues à l'accumulation du sang dans les parties déclives et à son imbibition et transsudation dans les tissus. Plus le cadavre contient de sang (aussi les lividités sont-elles peu marquées ou même nulles chez les individus morts par hémorrhagie) et plus celui-ci est resté liquide après la mort, plus les lividités cadavériques se produisent tôt. « La fluidité du sang favorise leur production, aussi elles sont très marquées dans l'asphyxie, les empoisonnements par l'oxyde de carbone, le gaz d'éclairage et par le phosphore. En revanche, dans le choléra, l'entérite des nou-

veau-nés et l'intoxication arsenicale, le. sang épaissi séjourne en grande quantité dans les parties supérieures et donne aux cadavres une apparence cyanotique (1). »

Ces lividités ou sugillations, qui se forment en moyenne de trois à dix heures après la mort, ont ordinairement une couleur violacée, livide, quelquefois noirâtre ou rouge bleu; elles sont d'autant plus sombres qu'elles existent depuis plus longtemps (par accumulation progressive du sang), et cela d'autant plus que le sang sera abondant et liquide ; elles deviendront donc très foncées chez les individus morts par asphyxie.

« Mais si le sang du cadavre a une couleur différente delà couleur veineuse ordinaire, les hypostases delà peau auront aussi une autre coloration, par exemple rouge clair dans les empoisonnements par l'oxyde de carbone. Dans la mort par submersion et par le froid, les lividités peuvent acquérir un aspect rouge clair par suite d'une imbibition aqueuse considérable de la peau (2). » Ailleurs, le même auteur ajoute (3) : « La nuance des lividités est variable. Dans les empoisonnements par l'acide prussique et le cyanure de potassium, elle est moins constamment claire que dans l'intoxication par l'oxyde de carbone. Au contraire, dans l'empoisonnement par l'hydrogène sulfuré et quelquefois dans celui par les acides

(1) E. Hofmann. Des phénomènes cadavériques les plus importants. Vierteljarhrss. f. gericht. v. œ(f. Sanit., Nouv. série XXV, p. 229 et XXVI p. 17 et 246, et in Rev. des se. mêd., 1878, t. XII, p. 235.

(2) Hofmann. Tr. de méd. %., p. 599.

(3) Hofmann. Des phénomènes cadavériques

et les alcalis caustiques, les sugillations sont noirâtres. »

Les lividités cadavériques se présentent sous forme de taches irrégulières, le plus souvent en larges plaques à bords déchiquetés; d'autres fois, elles sont lenticulaires ou striées et linéaires; d'ailleurs, elles s'étendent, se rapprochent et se réunissent rapidement. Leur couleur est partout la même jusqu'aux limites, sans dégradation de teintes, comme dans l'ecchymose; mais elles sont quelquefois de plus en plus foncées en allant de haut en bas vers les parties les plus déclives.

Quand les lividités sont entrecoupées de sillons blanchâtres, les auteurs leur ont donné le nom de vergetures, par analogie avec les impressions que laisse sur la peau la percussion avec des verges. Ces lignes blanches, irrégulières, dépendent des aspérités du sol ou des saillies des surfaces sur lesquelles le corps a reposé; ces aspérités compriment la peau et s'opposent à l'abord du sang dans son tissu, d'où le défaut de coloration de ces points. 11 en est de même pour tous les points qui auront été comprimés d'une façon quelconque, soit par un vêtement, une ceinture, des jarretières, etc « Une compression de ce genre peut avoir lieu encore au moyen d'une corde, mais aussi par l'adhérence de certains vêtements (cols de chemises), et même comme chez les personnes grasses et surtout chez les petits enfants, dans les sillons situés entre lés plis naturels de la peau. Ces endroits se distinguent au milieu des autres par leur couleur pâle et peuvent donner lieu, surtout quand ils

se trouvent au cou, à des interprétations fausses (1). »

Ces erreurs regrettables ne sont pas si rares qu'on pourrait le croire. C'était le cas de cette affaire, où un mari était accusé d'avoir étranglé sa femme et de l'avoir ensuite jetée à l'eau, et qui donna lieu à une remarquable consultation médico-légale où Ollivier (d'Angers) démontra que les premiers experts avaient dû prendre un phénomène purement cadavérique pour un sillon de strangulation à la corde (2).

Les parties déclives étant le siège des lividités, celui-ci est variable suivant la position occupée par le cadavre. Ainsi, chez les pendus restés assez longtemps suspendus, elles occupent la partie inférieure du corps. Dans la position ordinaire du cadavre (sur le dos), les sugillations occupent de préférence la face dorsale et les parties latérales du corps. « Mais si le cadavre s'est trouvé pendant un temps assez long dans une autre position, les hypostases se développent naturellement dans un autre endroit, et on pourra quelquefois déduire de la position des lividités cadavériques des conclusions relatives à la position dans laquelle le cadavre aura été laissé pendant un certain temps après la mort (3). »

Hors, les parties déclives, on les voit quelquefois aussi sur d'autres points où le tissu cellulaire est fin et peu

(1) Hof'mann. Tr. de méd. p. 559.

(2) Ollivier (d'Angers). Sur quelques phénomènes cadavériques qu'on peut confondre avec des lésions accidentelles antérieures à la mort. In Arch. gèn. de méd., février 1830 et Ann. cChyg. et méd. le'ff., 1839, t. XXII, p. 195.

(3) Hoî'munn. Tr, de méd. lég., p. 598.

riche en graisse, comme à la tête, au cou, aux parties génitales. Engel a fait remarquer que les hypostases ne se produisaient pas uniquement dans les régions absolument basses, mais dans toutes celles qui se trouvent dans une situation déclive par rapport à d'autres (Hofmann).

Chez les noyés, où le sang acquiert une fluidité particulière et transsude à travers les vaisseaux avec une extrême facilité, il se forme des lividités sur le parcours des vaisseaux, et quelquefois même tout le réseau veineux superficiel se voit dessiné sur la peau quand la putréfaction gazeuse chasse Je sang des parties profondes vers les membres. Leur symétrie fera reconnaître leur origine cadavérique, mais cette infiltration des gaines vasculaires et du tissu cellulaire ambiant rendra difficile ou même impossible la détermination de contusions, de suffusions sanguines ayant accompagné la mort,

Ces caractères de couleur, de siège, de forme suffiraient dans bien des cas pour distinguer les lividités cadavériques des ecchymoses; néanmoins, dans les expertises médico-légales, il ne faudrait jamais négliger une épreuve tout à fait décisive : l'incision des parties. L'expert se mettra ainsi à l'abri des erreurs possibles.

« Celui qui fait l'autopsie, dit Hofmann (1), ne doit jamais se contenter d'examiner l'aspect extérieur de la peau en ces endroits, il lui faut encore (ainsi que le recommandent l'ordonnance concernant la constatation des décès en Autriche et le regulativ prussien), inciser

(1) Loc. cit., p. 183.

ces taches afin de se convaincre qu'il n'y a pas une sufftision sanguine réelle, mais simplement une coloration cadavérique. Il ne doit pas lui suffire non plus de consigner dans son rapport l'un eu l'autre phénomène, mais il doit encore consigner dans son rapport les procédés employés dans ce but afin de prévenir ainsi d'avarice toute objection. »

Nous ne sommes plus au temps où Zacchias, confon dant les deux lésions, approuvait les conclusions de Fortunatus : Nihil certi in eà re decerni posse (1). L'incision lève tous les doutes en constatant la présence du sang épanché dans les traces de contusion ; dans les taches cadavériques, pas de ruptures vasculaires, intégrité des parois des vaisseaux; il y a une simple transsudation non de sang pur, mais de sérosité sanguinolente. Le caractère anatomique est le suivant, d'après Devergie(2): « Si on incise la peau, on voit l'épiderme incolore, le réseau vasculaire gorgé de sang, figurant une ligne noire de laquelle on peut exprimer du sang, puis les diverses couches qui composent le derme qui sont blanches. Dans la coloration de la peau par afflux vital du sang, le tissu du derme est piqueté et injecté par ce liquide. »

I) est des cas où, sans cette dissection, l'erreur serait difficilement évitée; elle est d'ailleurs le plus souvent commise par des personnes étrangères à la médecine, qui, se fondant sur les apparences, propagent l'idée d'un crime.

(1) Paulus Zacchias. Queslionum medico-legalium,'!. I, lib. II, tit. II, quest. X;

(2) Loc. cit., p. 535.

« Dans les cas récents, une simple Incision suffit pour reconnaître un épanchement sanguin produit durant la vie d'avec une sugillatioo cadavérique; mais lorsque la putréfaction est avancée, • cette distinction est souvent plus difficile. Tantôt l'imbibition séreuse du tissu cellulaire et la friabilité des tissus déterminées par la putréfaction prêtent à une simple hypostase l'aspect d'une suffusion sanguine opérée pendant la vie. Tantôt un véritable épanchement sanguin devient plus ou moins méconnaissable, grâce à la liquéfaction du sang extravasé et à l'imbibition du voisinage. Bien plus, une hypostase cadavérique peut s'accompagner de ruptures vasculaires et de formation d'extravasats sanguins. Le fait n'est pas rare chez les pendus dont les corps sont restés longtemps en l'air ; il s'observe aussi, bien que moins fréquemment, à la face postérieure des cadavres d'asphyxiés placés sur le dos et renfermant du sang à la fois très abondant et très fluide. Si, auxconditions déjà énumérées,vient s'ajouter un amoindrissement morbide de la résistance des parois capillaires (septicémie, alcoolisme, athérome, empoisonnement par le phosphore), les extravasats sanguins post mortem acquièrent leur développement maximum. Mais toujours on reconnaîtra l'origine cad&vérique de ces lésions à leur siège dans les parties déclives (1). »

S'il persistait le moindre doute, on pourrait encore utiliser le moyen indiqué par OUivier (d'Angers) (2), et faire macérer dans l'eau ou l'alcool une portion du tissu.

(1) Hofmann. Des phénomènes cadavériques

(2) Loc. cit., p. 202.

Alors, on voit que : « dans l'ecchymose, le derme présente une couleur violacée, lie de vin, qui persiste presque indéfiniment; au contraire, l'infiltration sanguinolente, qui n'est qu'un effet d'imbibition cadavérique, se dissipe assez promptement et ne laisse par, de coloration particulière du tissu infiltré. »

L'infiltration séro-sanguine souvent énorme du tissu cellulaire sous-cutané, que l'on trouve au-dessous des sugillations cadavériques, surtout à certaines régions (partie postérieure du crâne, nuque, lombes), pourrait, dans certains cas, en imposer pour une suffusion sanguine. Mais, pour se convaincre du contraire, il suffit de couper dans ce tissu cellulaire infiltré, qui tremblotte et qui ressembleà de la gelée de groseille, un morceau d'une certaine grosseur; en le pressant entre les doigts, il se réduira bientôt à un très petit volume, en ne laissant échapper de ses mailles que de la sérosité colorée.

On peut confondre avec les ecchymoses, non-seulenient les hypostases cadavériques, mais encore, nous dit Hofmann (1), des colorations bleuâtres, que l'on trouve aux endroits de la peau comprimés après la mort, et qui sont dues en partie à la compression delà peau même, en partie à ce que les muscles deviennent apparents à travers l'amincissement de la peau. Cela se rencontre surtout chez les individus amaigris, aux endroits où la peau amincie passe par-dessus des saillies musculaires superficielles, telles que celle du tibia antérieur et U masse charnue du court extenseur des orteils.

(1) Loc. cit., p. 183.

Est-il possible que des ecchymoses se produisent après la mort, soit spontanément, soit à la suite d'un traumatisme sur le cadavre ?

Tous les auteurs nous font la description de lividités, d'hypostases cadavériques pouvant quelquefois plus ou moins ressembler à des ecchymoses; mais nous ne trouvons pas mention d'ecchymoses vraies avec suffusions sanguines produites spontanément après la mort. Rieux (1) et Chaussier (2) posent cependant cette question, mais ne nous disent rien de précis à son sujet.

11 semble, d'après Hofmann (3), qu'il puisse s'en produire quelquefois, dans certaines circonstances déterminées. Après avoir décrit le mécanisme selon lequel se forment les ecchymoses et les suffusions sanguines au voisinage des plaies contuses, il ajoute : « Ces suffusions ne se produisent pas en général sur le cadavre, parce qu'il ne reste pas dans les parties assez de sang pour foimer des sugillations (l'auteur emploie indifféremment les mots sugillation et ecchymose), et parce que, même s'il y a division d'un certain nombre devaisseaux, le sang, qui y est contenu en petite quantité, n'a pas la pression nécessaire pour s'infiltrer dans les tissus. Cependant, il est clair que dans certaines circonstances,

(1) Loe. cit.

(2) Chaussier. Considérations mèdioo-lègales sur l'ecchymose, la sugillation, les contusions , les meurtrissures. — In Recueil de mémoires, consultations et rapports sur divers sujets de médecine légale, Paris, 1824.

on peut rencontrer sur le cadavre les conditions suffisantes pour la production d'une suffusion. Engel (l)a trouvé que si on met les cadavres dans des positions telles que la tête soit la partie la plus basse, il peut se former dans ces parties, non -seulement une hyperhémie hypostatique intense, mais encore, si l'expérience a été prolongée assez longtemps, une rupture des petits vaisseaux et des sugillations dans la peau de la tête, et des ecchymoses dans les conjonctives. Nous-même (2), nous avons appelé l'attention sur certaines extra vasations sous-épidermiques, de la grosseur d'une tête d'épingle à celle d'un grain de chènevis, que l'on trouve souvent sur les membres inférieurs des pendus, quand ceux-ci sont restés longtemps suspendus à la corde, et qui sontdues à ce que les capillaires de la peau deviennent finalemént incapables de résister à la pression de la colonne sanguine venant des parties supérieures du corps et éclatent. Le même fait peut se présenter sur la peau du dos dans le décubitus dorsal ordinaire, quand le sang, comme par exemple chez les individus asphyxiés ou morts de septicémie, est resté fluide et présente ainsi des conditions favorables à la production de phénomènes hypostatiques et que la résistance des parois vasculaires a diminué, par suite du développement rapide de la putréfaction.

« Ces observations nous permettent de prévoir que ces extravasations post-mortem doivent se produire plus fa-

(1) Engel. Leichenerscheinungen (Symptômes cadavériques). Vienne, 1854. ;'

(2) E. Hof'mann. Vieteljahrschrift fur gericht. Medt, 1875,

cilement, s'il y a une blessure faite pendant la vie et que le cadavre a été mis ensuite dans une position telle que l'endroit blessé se trouve dans les parties déclives. »

Nous avons vu que des violences exercées sur le vivant pouvaient n'apparaître sous forme d'ecchymoses qu'après la mort. Mais maintenant telle n'est plus la question ; des violences exercées sur un cadavre peuventelles produire des ecchymoses?

D'après les expériences faites pour éclaircir cette question, on a trouvé que des coups donnés sur un cadavre, dans les premières heures qui suivent la mort, peuvent donner lieu à des aspects de la peau semblables à ceux qui résultent des coups portés pendant la vie. Ces changements de coloration de la peau, suite de violencesposfmortem, ont pu dans quelques cas causer des erreurs d'interprétation, ainsi qu'on le voit dans le fait suivant, rapporté par Taylor (1) :

« On m'a communiqué, d'après une autorité respectable, une observation dans laquelle, dans un but expérimental, on donna avec un bâton des coups sur le cadavre d'une femme récemment morte, pendant qu'il était encore chaud. Le corps fut vu par hasard plus tard par des personnes n'appartenant pas à notre profession et qui n'étaient pas averties de ces expériences; et, d'après l'aspect du cadavre, l'impression que cette femme avait été maltraitée pendant sa vie fut si forte, qu'on commen« çait une enquête judiciaire, quand les circonstances furent expliquées d'une façon satisfaisante. Ainsi, le fait

(1) Loc. cit., p. 344.

que des coups forts donnés sur un cadavre ressemblent à des coups légers donnés pendant la vie est d'une certaine importance. »

L'erreur fut commise ici, il est vrai, par des personnes étrangères à la médecine; mais il résulte néanmoins de ce fait et d'autres analogues que si on se fie seulement aux apparences extérieures, des contusions faites dans les derniers moments de la vie peuvent être aisément confondues avec celles produites après la mort.

Aussi les auteurs ont-ils cherché à bien établir les différences qui existent entre ces deux ordres de lésions.

Au début, les recherches du professeur Clarus surtout, nous dit Marc (1), semblèrent porter une grave atteinte à l'infaillibilité des inductions qu'on avait cru jusque là pouvoir tirer des ecchymoses, comme preuves de violences exercées pendant la vie. En effet, cet auteur admit qu'il était possible de produire après la mort des ecchymoses absolument semblables à celles faites sur le vivant, tant que « la contractilité de la moelle épinière » exerçait encore son influence sur les tissus et qu'ils n'étaient pas encore saisis par la rigidité cadavérique.

Mais Chaussier (2) contrôla ces assertions, vit ce qu'il y avait de vrai, et posa les bases d'un diagnostic : « Il ne se produit, dit-il, ni tumeurs, ni véritables ecchymoses le sang qui suinte des vaisseaux déchirés reste fluide ou forme un coagulum qui n'adhère pas aux tissus lésés. »

(1) Marc. Rapp. de mèd. ¥g., Ann. cThyg. et de mèd. lég., 1829, t. H, p. 462.

(2) Loc. cit., p. 469.

Perriu de la Touche. 5

Depuis, les expériences de Christison, de Devergie, de Delmas out pleinement justifié l'opinion de Chaussier. Et si la valeur des ecchymoses, comme preuves de violences exercées pendant, la vie, n'a rien perdu depuis ces recherches, l'appréciation anatomique de cet effet exige cependant plus de soin, plus d'attention qu'auparavant.

N'ayant pu faire nous-même des expériences à ce sujet, nous allons passer en revue celles qui ont été faites et voir quelles conclusions en ont tirées leurs auteurs.

En 1828, Sir R. Christison (d'Edimbourg) ayant été appelé à faire l'autopsie de la femme Campbell, assassinée pour être vendue dans un amphithéâtre de dissection, trouva des ruptures des ligaments des vertèbres cervicales et des épanchements sanguins dans les gaines musculaires du cou, de plus, des ecchymoses et des suffusions sanguines siégeant sur différentes parties du corps. Il regarda d'abord les lésions de la colonne vertébrale comme ayant été la cause delà mort; mais des doutes s'étant élevés dans son esprit sur la production pendant la vie des diverses lésions constatées sur la victime, il se livra avec Newbigging à des expériences sur des personnes ayant succombé depuis une heure et demie, deux heures, trois heures et quatre heures (1).

(1) Christison. The Edimb. med. and sur g. Journal, avril 1829. Caractères différentiels des blessures faites pendant la vie et après la mort, i.rad . par Vavasseur, in Ann. d'hyg. et de mèd. lêg., 1&29, t. I, p. 532.

Voici le résumé- de ces expériences dans les parties qui ont trait aux ecchymoses:

lro Expérience. — Faite comme celles d'Ortila (1) sur le chien, ne serapporle pas directement à noire sujet.

2° Expérience. — Une heure et demie après la mort, sur le cadavre d'une femme de 32 ans, assez vigoureuse, qui avait été malade pendant trois semaines.

Le cou et le tronc sont encore chauds, les muscles se refroidissent, commencement de rigidité cadavérique dans les membres inférieurs.

Des coups sont violemment portés avec un bâton sur le devant des jambes et des cuisses, les mamelles et les côtés du cou.

En dix minutes, de larges taches bleuâtres se manifestent sur les seins et le cou.

Vingt-trois heures après la mort, très violents coups de bâton sur la crête iliaque, qui ne produisent qu'un éraillement de l'épiderme.

Trente-cinq heures après la mort, autopsie et examen des coups. Le cadavre était resté couché sur le dos.

Jambes : légères taches noires bleuâtres de la peau, bossuées à la superficie.

Cuisses : petits points noirs bleuâtres, de plus les interstices des cellules adipeuses du tissu cellulaire sous-cutané étaient çà et là infiltrés d'un peu de sang noir.

Mamelles et cou : ecchymoses aussi foncées que si elles eussent été faites pendant la vie, mais sans apparence de gonflement; les points les plus foncés correspondaient à la parlic la plus saillante du bâton. Cette coloration se bornait à une couche très mince de la peau qui, plus profondément, avait conservé sa couleur naturelle. Le tissu cellulaire sous-jacent était çà et là inlil-

(1) Orfila. Tr. de méd. lèg., Paris, 1848, t. I, p. 585.

Iré d'une quantité de sang fluide, noir; mais il n'y avait pas d'extravasation dans les cellules elles-mêmes.

3« Expérience. — Trois heures un quart après la mort, sur un homme de 38 ans.

Les traces des coups ne parurent pas immédiatement, mais elles étaient très visibles au bout de quatorze heures (pas de détails).

4e Expérience. — Quatre heures après la mort, sur le cadavre d'une jeune femme, très maigre ; encore chaude.

Partout où l'épiderme avait été entamé par la violence des coups, la marque était sèche et brune. Ailleurs, aucune trace des violences.

5e Expérience. — Deux heures après la mort, sur le cadavre d'un jeune homme très robuste.

Coups avec un maillet sur le dos qui commençait à devenir livide.

Cinq heures après la mort, la lividité était complète et paraissait un peu plus foncée dans les points où les coups avaient porté. Mais la peau n'offrait dans ces points aucune différence de ce qu'elle était partout ailleurs où la lividité existait.

Conclusions. — 1° Pendant la vie il y a gonflement à cause de l'étendue de l'épanchement sanguin. Ce résultat n'est pas obtenu par les violences post-mortem ;

2° Lorsqu'un coup a été porté plusieurs jours avant la mort, la marque noire est entourée d'une bande jaunâtre plus ou moins large ;

3° Pendant la vie il se forme des caillots dans le tissu cellulaire. On n'en a jamais trouvé post-mortem ; mais si le coup avait été porté très peu de temps après la mort et qu'il eût déchiré un vaisseau un peu volumineux, au voisinage de tissu cellulaire lâche, cela serait peut-être possible ;

4° Dans les cas où le sang no se coagule pas du tout après la mort, les contusions pendant la vie peuvent être aisément reconnues par l'étendue de l'épanchoment dans le tissu lamineux. Il est presque impossible de déterminer sur le cadavre, dans une partie peu susceptible d'infiltration, à cause de sa situation loin d'une grosse veine, un épanchement de sang liquide qui remplisse et distende les cellules du tissu lamineux ;

5° Un des signes les plus caractéristiques des coups pendant la vie, c'est l'incorporation du sang dans toute l'épaisseur de la peau, incorporation qui lui donne la couleur noire et augmente sa densité et sa résistence;

6° Il est impossible de (ixer une limite absolue au delà de laquelle, les contusions reçues pendant la vie, ne puissent plus être imitées par des violences après la mort ; cette limite doit nécessairement varier suivant l'état du sang et le temps qui s'est écoulé avant que le corps ne soit refroidi.

D'après Christison, les signes qui permettent de distinguer de la façon la plus satisfaisante les effets des coups pendant la vie et après la mort, sont les suivants : dans une contusion produite pendant la vie, la partie ecchymosée du derme est généralement foncée et altérée dans sa coloration par une infiltration sanguine qui se produit dans toute son épaisseur; en même temps la fermeté et la résistance de la peau sont augmentées.

Taylor (4) critique cette conclusion. « Tel n'est pas, dit-il, le résultat uniforme d'une contusion pendant la vie, car un coup peut amener un épanchement sanguin sous-cutané sans affecter le derme de cette manière. Cet état de la peau ne peut être produit sur un cadavre; pour-

(1) Loc. cit., p. 343.

tant, c'est encore une question à trancher que de savoir s'il ne pourrait pas avoir lieu si la contusion était produite quelques minutes après la mort. Dans ces conditions, la valeur de ce signe est quelque peu limitée; il ne se produit pas toujours pendant la vie, il est possible qu'il se produise après une mort récente ; de sorte qu'en son absence nous devons chercher d'autres signes différentiels, et lorsqu'il existe, nous assurer que la contusion n'a pas été produite peu de temps après la mort. »

En 1829, Devergie, ignorant encore les expériences de Christison, fut amené incidemment, en se livrant à des recherches sur la pendaison, à en faire de semblables (1).

« Au mois de mai 1829, je faisais des expériences avec M. JLenoir, alors interne à la Sulpetrière, pour déterminer s'il était possible de produire la rupture des membranes internes et moyennes des artères carotides après la mort des pendus. Le cadavre d'une folle, âgée de 40 ans, fui suspendu avec une corde assez One, aussitôt que l'on put acquérir la preuve certaine de la mort, par le développement de la rigidité cadavérique, qui survint do très bonne heure. Au moment on des tractions étaient faites sur le corps ainsi suspendu, la corde cassa et le cadavre tomba la face contre terre; le nez et la pommette gauche supportèrent le choc le plus fort. Un vit avec surprise s'écouler du nez une quantité de sang très notable... La pommette gauche devint en même temps le siège d'une ecchymose assez considérable... Le lendemain j'examinai l'ecchymose avec M. Lenoir, et nous la trouvâmes presque en tout semblable à celle qui aurait eu lieu

(1) Devergie. Loc. cit., t. II, p. 172 et suiv. et in Ann. dhyg. et mèd. Ug., 1829, t. II, p. 201.

pendant la vie. Elle contenait une quantité très notable de sang infiltré dans le tissu cellulaire qui se trouve entre l'os et la peau

de cette partie ; la peau était colorée en violet comme dans les ecchymoses un peu fortes; mais nous devons ajouter que la contusion ne formait pas une tumeur rénitente, mais qu'elle présentait, au contraire, une mollesse contre nature et que le sang n'était pas coagulé.

« Les blessures déterminées par la chute de ce cadavre me firent engager M. Lenoir à frapper les diverses parties d'un cadavre mort depuis peu de temps. J'ignorais alors les expériences de Mi Christison...

« Le cadavre d'une folle, de 30 ans environ, fut frappé fortement avec un bâton deux heures après la mort. Quelques-uns des coups firent plaie ; mais le sang ne s'en écoula pas. On observa que dans les points où les parties molles étaient appliquées sur les os et séparées seulement par un tissu cellulaire assez abondant, des contusions analogues à celles qui se produisent pendant la vie avaient lieu ; mais dans ceux où il y avait beaucoup de muscles et qui se trouvaient éloignés d'un os, il ne se formait aucune ecchymose. Seulement, au bout de trois à quatre heures, la peau paraissait desséchée et sa couleur se rapprochait de celle du parchemin.

Conclusions. — « Quant aux ecchymoses, j'établirai : 1° Qu'il est presque impossible de confondre une lésion de ce genre ayant trois ou quatre jours de date, avec une pareille blessure faite immédiatement après la mort. La coloration jaunâtre ou verdâtre qui se manifeste autour de l'ecchymose faite pendant la vie, et qui même envahit presque sa surface, établira toujours entre ces deux cas une différence bien tranchée ;

2° Que l'ecchymose faite après la mort peut souvent offrir des difficultés ; aussi Vais-je poser plusieurs cas possibles et chercher à les résoudre.

A. Un des points de la peau, appuyé sur beaucoup de graisse ou sur des parties molles nombreuses, éloigné par conséquent

des os, est le siège d'une tache uniformément violacée; celte partie incisée présente une infiltration sanguine dans l'épaisseur du derme et d'ins le tissu cellulaire sous-jacent, mais à une faible profondeur Ml y a de fortes raisons de penser qu'elle résulte d'un coup porte pendant là vie.

B. Une tumeur violacée s'observe sur un point quelconque du corps; cette tumeur est rénilente ou bien fluctuante, mais élastique ; incisée, le derme est, dans toute son épaisseur, infiltré de sang ; les aréoles du tissu cellulaire sont remplies de liquide comme le serait une éponge, ou bien le sang est rassemblé en un foyer; mais dans les deux cas, il est dense, épais, coagulé, ne s'écoule que très difficilement par la pression : ces ecchymoses ont certainement été faites pendant la vie.

C. On observe sur un point du corps où les parties molles sont peu épaisses et ont pour soutien des os, comme à la pommette par exemple, une couleur violacée de la peau avec une saillie très légère de la partie colorée. Explorée avec l'extrémité du doigt, elle offre de la mollesse ou de la fluctuation, mais sans rénitence dans aucun de ses points, et bien loin de là elle présente de la flaccidité ; incisée, on aperçoit le derme qui conserve son épaisseur naturelle et qui ne présente pas d'injection ; le sang est ou infiltré dans le tissu cellulaire ou rassemblé en un foyer ; mais il s'écoule liquide immédiatement après la section ; il y a alors de fortes raisons de croire que l'ecchymose a été faite après la mort. »

Dans un autre passage de son Traité de médecine légale (1) Devergie nous dit encore :

« Lorsqu'une ecchymose affecte seulement la peau et que la mort survient immédiatement après, il est fréquent de voir celte enveloppe desséchée, mais présentant une teinte d'un brun rou-

it) T. II, p. 47.

geâlre, parsemée de vaisseaux capillaires injectés. Ce sont des phénomènes qu'il esl impossible de produire sur le cadavre d'un individu chez lequel la circulation capillaire est complètement éteint'-, mais qu'il serait possible de développer immédiatement uprès la mort : de telle sorte que l'état parcheminé de la peau sans coloration et injection rouge dénote une contusion opérée après la mort; tandis que le même état de la peau, mais avec une coloration rougeâlre et injection des vaisseaux capillaires, indique une contusion opérée pendant la vie, ou immédiatement après la mort, mais lorsque la circulation capillaire n'était pas encore arrêtée. »

Plus récemment, M. Jaumes (l),dans sa thèse de concours pour la chaire de médecine légale à la Faculté de Montpellier, nous donne les conclusions que son ami, M. Delmas, alors chef des travaux anatomiques, a pu tirer de semblables expériences. Elles confirment pleinement celles de Christison et de Devergie, mais de plus mettent en lumière quelques points nouveaux.

Ces expériences furent faites 3 heures et demie après la mort sur un sujet en partie refroidi.

1° On a vu que l'ecchymose, l'infiltration sanguine, se montraient plus vite, se développaient plus énergiquement et exigeaient une violence moindre là où la chaleur s'était le plus maintenue ; inversement là où le corps était le plus refroidi ;

2° Dans les endroits à système capillaire très développé, à la face par exemple, l'ecchymose se montrait sur-le-champ, se gonflait à vue d'œil, de manière à se convertir en un véritable thrombus du volume d'une grosse noisette. Plusieurs fois les

(1) Jaumes. Des. blessures faites pendant la vie et après la mort, th. de concours, Montpellier, 1835, p. 58.

aspérités du bâton ont fait des plaies d'où s'échappait une assez grande quanLité de sang noir liquide, phénomène qui ne se produisait pas clans les régions moins riches en vaisseaux ;

3° Les parties déclives étaient plus aptes à réaliser les phénomènes de l'ecchymose après l'action d'instruments contondants ; ce que la théorie des lividités et engorgements cadavériques explique très bien.

Cette dernière conclusion est en rapport avec les opinions d'Hofmann. 11 a en effet remarqué, dans ses expériences sur des chiens, que les extravasations post mortem se produisaient beaucoup plus facilement quand le cadavre était placé dans une position telle que l'endroit blessé était dans une situation déclive.

« Sur des chiens qui avaient été tués par asphyxie» nous avons pu, par des coups portés sur la tète ou des fractures du crâne faites de 2 à 4 heures après la mort, déterminer de larges suffusions des parties molles de la tête ne se distinguant en rien des suffusions faites pendant la vie, quand l'animal, après ces blessures, avait été suspendu par les pieds et laissé plusieurs heures dans cette position (i). »

Aussi cet auteur dit-il à bon droit quelques lignes plus loin : « Il résulte de ces faits que nous n'avons pas le droit, par l'existence seule d'une suffusion, de déclarer qu'une blessure a été produite pendant la vie ; il faut encore voir si le cadavre ne présente pas d'autres conditions pouvant expliquer la formation de suffusions après la mort. Sommes-nous arrivés à exclure ces con-

(1) Hofmann.ioc. cit., p. 236.

ditions, ce qui sera facile dans ia plupart des cas, nous pouvons affirmer alors que la blessure a été faite pendant la vie. »

Tous les auteurs ont longuement discuté sur l'état du sang au-dessous de ces taches ecchymotiques post mortem. Le sang est-il coagulé? N'est-il pas coagulé ? Les uns disent oui, les autres non. De la lecture des observations on peut conclure, il me semble, que le sang est quelquefois semi-coagulé, comme dans les vaisseaux de certains individus morts par asphyxie, où le sang, vu en place à l'ouverture du vaisseau, semble coagulé; mais, si on le recueille sur la lame d'un couteau et. qu'on le laisse tomber lentement, il s'écoule goutte à goutte ou comme un filet d'huile.

Les faits constatés ont bien été les mêmes, mais c'est leur interprétation qui a différé ; on ne s'est pas entendu sur la valeur du mot coagulation, et même quelques auteurs, comme Casper, ont été jusqu'à confondre la dessiccation du sang avec sa coagulation.

Voici ce que dit M. Tourdes (1) à ce sujet : « La coagulation du sang dans l'ecchymose est le signe le plus sûr de la contusion pendant la vie, si le caillot est dense, adhérent, incorporé au tissu graisseux et au derme. Cette ecchymose est souvent accompagnée de gonflement; elle se produit avec rapidité, et, de ce qu'elle est considérable, on ne peut pas conclure que la mort ait tardé. Sur le cadavre, au bout de deux ou trois heures, on n'observe rien de semblable : les tissus sont desséchés ou parche-

(1) Loc. cit., p. 777.

minés, le tissu celîulaue ne renferme pas de sang; s'il en existe, c'est qu'une veine a été ouverte, le sang est en petite quantité, le caillot est diffluent, et, pour produire ce faible épanchement, il a fallu un choc considérable. »

Telle est aussi l'opinion d'Hofmann (1) sur l'état du sang : « Nous avons pu nous assurer par des expériences que, dans les contusions et en général les blessures qui n'avaient pas divisé la peau, de sorte que le sang épanché dans le tissu n'était pas en contact avec l'air extérieur, la suffusion consistait en sang coagulé. Comme les animaux avaient été chaque fois suffoqués et que le sang était resté fluide dans le cœur et les vaisseaux, ces faits prouvent que c'est seulement dans les parties dans lesquelles le sang s'était épanché que s'est trouvée la condition nécessaire (ferment) pour la production de la fibrine dans ce qu'on appelle les générateurs de fibrine (Schmidt). Nous devons cependant faire remarquer que, dans nos expériences, nous avons toujours trouvé dans les suffusions sanguines faites après la mort un caillot mou, et jamais aussi solide que dans les extravasations faites pendant la vie. »

Le gonflement de la région ecchymosée sera d'un faible poids dans le diagnostic des lésions produites pendant la vie ou après la mort. Car, quoiqu'il exige un temps très court pour se produire, il pourra cependant ne pas exister dans les cas où la mort est survenue immédiatement après la blessure. On peut, du reste, observer ce signe même sur les blessures faites après la mort, si

(1) Loc. cit., p. 236.

celles-ci siègent sur des endroits infiltrés par hypostase. De plus, un gonflement qui a existé pendant la vie peut, ainsi que le fait judicieusement observer Hofmann, disparaître sur le cadavre, en partie par l'évaporation, en partie par l'émigration du sang ou des autres parties liquides vers les parties déclives. On sait que d'autres gonflements, tels que par exemple l'oedème, ayant existé un certain temps pendant la vie, peuvent disparaître après la mort dans les parties les plus élevées, ou du moins diminuer d'intensité, et que, par ces mêmes raisons, la turgescence de toutes les parties peut être modifiée sur le cadavre.

On voit que la distinction entre les contusions faites pendant la vie et celles faites après la mort n'est pas toujours facile, et, si on se borne à l'examen extérieur des taches cutanées, on pourra commettre des erreurs, témoin le fait cité par Taylor que j'ai rapporté au début de ce chapitre; il faudra donc toujours examiner soigneusement la coupe de la peau et l'état du sang extravasé, et, de plus, s'informer si le cadavre ne s'est pas trouvé dans des conditions capables de favoriser la production des phénomènes qu'on observe.

Cette distinction, déjà difficile sur les cadavres frais et non altérés, le deviendra encore bien plus sur des cadavres putréfiés, brûlés, coupés en morceaux ou autrement dénaturés.

« Elle offrira surtout des difficultés sur les cadavres putréfiés, principalement les cadavres putréfiés dans l'eau; car, chez ces derniers, les phénomènes d'imbibition peuvent simuler des suffisions; d'un autre côté, les

extravasations, formées réellement de sang coagulé, peuvent se liquéfier par putréfaction et devenir méconnaissables par l'imbibition. Il arrive encore que c'est précisément à l'endroit des blessures que la putréfaction se montre le plus tôt et marche le plus vite. Mais il résulte de ces faits que, si malgré la putréfaction avancée, nous trouvons une suffusion de sang coagulé, nous avons par cela même le droit de conclure que la blessure a été faite pendant la vie, car si elle avait été faite au moment où le cadavre était déjà putréfié, il n'aurait pu se produire de coagulation, et si elle avait été déterminée sur le cadavre frais, les caillots ainsi formés auraient été plus mous et auraient été beaucoup plus facilement dissociés par la putréfaction (1). »

Nous approuvons, sans réserves, cette conclusion de l'auteur viennois, et cette opinion est d'ailleurs pleinement partagée par M. le professeur Brouardel.

En résumé, il résulte de cette longue discussion : que les contusions faites sur le cadavre, après la disparition de la chaleur animale et le commencement de la rigidité cadavérique, ne donnent lieu à aucun phénomène pouvant être confondu avec des lésions produites sur le vivant.

Mais à une période plus voisine de la mort, alors qu'il reste encore des traces de la vie organique, la contusion détermine sur le cadavre des phénomènes analogues à ceux qui se produisent pendant la vie. Il se forme des sufinsions sanguines et des ecchymoses; mais celles-ci

(1) Hoimann. Loc. cit., p. 237.

moins facilement. Leur diagnostic présente d'autant plus de difficultés qu'on se rapproche davantage du moment de la mort. Cette période d'incertitude est de courte durée; elle varie, d'après M. 'lourdes, de quelques minutes à deux ou trois heures au plus. M. Brouardel (1) trouve ce maximum excessif. D'après les expériences de Christison et de Devergie, il nous semble qu'elle ne doit pas dépasser deux heures au plus. Cependant M. Delmas aurail obtenu des résultats semblables à ceux des autres expérimentateurs trois heures et demie après la mort ; nous regrettons que l'auteur ne donne pas de détails sur l'état du sujet et sur le genre de mort auquel il avait succombé, car il y avait peut-être là des conditions spéciales.

"£n s'appuyant sur les diverses considérations qu'ont fait valoir les auteurs, on pourra même quelquefois diagnostiquer les lésions produites vers la fin du laps de temps ci-dessus indiqué. Mais si la contusion était produite quelques minutes après la mort? Il n'a pas été fait d'expériences dans ces conditions. Cependant, il est infiniment probable que les lésions produites dans ces premiers moments, où nous sommes même à peine certains de la mort, seraient identiques à celles faites pendant la vie.

Or, c'est précisément à propos de blessures faites au moment de la mort et dans les premiers instants qui la suivent, que l'expert est habituellement interrogé.

(1) Consultation médico-légale sur un cas de sévices, sur une petite fille de 11 ans; th. de Delcosse, Paris, 1885, p. 108.

ÉTIOLOGIE.

Les ecchymoses résultent de causes fort nombreuses; cependant, d'après leur origine, on peut les diviser en deux grandes classes. Les unes surviennent sous l'influence de causes diverses, sans qu'aucune violence y ait donné lieu, ce sont les ecchymoses spontanées. Les autres, au contraire, proviennent d'une violence quelconque, ce sont les ecchymoses traumatiques.

Ces dernières intéressent plus directement le médecin légiste, car c'est sur elles qu'il est ordinairement appelé à donner des conclusions, soit au sujet de leur cause ou de la date de leur production. Mais avant de se prononcer, il est fort important que l'expert soit bien certain d'être en présence d'ecchymoses traumatiques; car, si elles étaient spontanées, l'accusation formulée à leur sujet tomberait d'elle-même. Il me semble donc nécessaire d'indiquer dans quels cas se présentent les ecchymoses spontanées, et comment on les reconnaîtra dans les cas qui peuvent prêter à la confusion. Ces cas ne soDt pas bien nombreux, mais ils donnent cependant lieu de temps en temps à des erreurs regrettables.

Avant d'étudier les diverses causes qui peuvent donner lieu à des ecchymoses, il nous semble indispensable de dire quelques mots de cette singulière prédisposition, connue maintenant sous le nom d'hémophilie. Cette ma-

ladie, décrite sous divers noms, diathese hémorrhagique (Gendrin, T£\Td\eu),hémorrhagie constitutionnelle (Roux), hcmorraphilie (Dubois, de Neuchâtel), etc., est congénitale, héréditaire dans certaines familles, à qui les Américains et les Anglais donnent le nom de bleeders (Otto), et les Allemands celui de bluters (Nasse, Schoenlein, Virchow). D'après l'article de Gintrac (i), où nous avons puisé ces renseignements, l'hémophilie aurait pour symptômes des hémorrhagies spontanées, traumatiques, graves, opiniâtres, souvent mortelles, des ecchymoses, des tumeurs sanguines, et pour coïncidences des affections articulaires, des névroses convulsives. Cette maladie est plus fréquente dans les contrées froides et humides, en particulier dans certaines régions de l'Allemagne et de l'Amérique du Nord (Potain) (2).

D'après les recherches récentes de Th. Dunn, qui a observé un très grand nombre de cas d'hémophilie : le sexe constitue une cause prédisposante importante, l'hémophilie étant chez la femme moins commune et moins grave que chez l'homme; en revanche, les femmes semblent beaucoup plus aptes à transmettre ce vice héréditaire, même quand personnellement elles n'en sont pas atteintes.

Le même auteur distingue trois formes à cette maladie :

(1) H. Ginlrac. Art. Hémophilie, du Bict. de méd. et chir. prat., t. XVII, p. 363.

(2) Leçons cliniques à l'hôpital Necker. France mèd., 1 et 4 janvier 1879.

Perrin do la Touche. 6

1° La forme grave, qui s'accompagne de tendance aux hémorrhagies copieuses, spontanées ou traumatiques, externes ou interstitielles, souvent avec gonflement douloureux des jointures. Cette forme, exceptionnelle chez la femme, dure généralement toute la vie et devient cause de la mort.

2° Dans la forme moyenne, on n'observe ni hémorrhagies traumatiques, ni arthropathies ; mais les ecchymoses et les hémorrhagies par les muqueuses sont fréquentes. La guérison survient souvent à la pubarté.

3" La dernière forme est la plus atténuée et ne s'observe que chez les femmes; elle ne se manifeste que par des ecchymoses et une précocité et une prol mgation excessive dos règles (1).

Les ecchymoses cutanées se manifestent parfois spon ta.nément, mais dans le plus grand nombre de cas elles paraissent avoir pour origine un traumatisme, une contusion légèr?, une simple pression, rarement douloureuse. Elles peuvent affecter toutes les parties du corps; elles ont pour siège ordinaire ies membres supérieurs et inférieurs, les parties saillantes, exposées au choc des objets extérieurs. La face n'est pas en général atteinte. Elles ont d'abord une couleur bleuâtre qui passa au brun jaunâtre ; elles pâlissent peu à peu et disparaissent . D'autres fois (spontanées) ce sont des pétéchies, c'està-dire des taches irrégulièies, de grandeur variable (Gintrac).

(1) Th. Dunn. Ilœmophihca. Amer. Journ. of the med. se, p. 68, 1883. Trad. par A. Chauffard, in Rev. des se. mât., 18S3, t. XXII, p. 548.

Les annales de la science renferment maintenant des exemples fort nombreux de cette curieuse maladie; nous nous bornerons à citer seulement les trois observations suivantes, relatives à des ecchymoses.

Obs. XXXII (1). — «Un homme de 41 ans, d'une constitution épuisée par des pertes de sang abondantes et par des douleurs rhumatismales, s'étant heurté légèrement le côté contre la clef d'une porte, eut une tumeur sanguine considérable accompagnée

de faiblesse du pouls et de lipothymies Une petite 011e ayant

appuyé son bras contre la partie inférieure et externe du bras du malade, il en résulta un gonflement énorme et une ecchymose qui s'étendirent jusqu'à l'aiselle. »

L'observation suivante nous a été communiquée par M. le Dr Descoust qui, depuis assez longtemps, voit souvent la malade.

Obs. XXXIII. — Madame X..., 32 ans, sans antécédents hémophiliques héréditaires reconnus, nerveuse, mais sans avoir jamais eu de phénomènes hystériques, ordinairement bien réglée, a eu deux accouchements très normaux.

De temps à autre lui surviennent, sans coïncidence aucune avec les règles, des ecchymoses étendues (de 5, 6 et même 10 cent, carrés) sur les bras, les jambes ou le ventre, très rarement sur les autres parties du corps, jamais sur la face. Ces ecchymoses surviennent à la suite des contusions les plus légères, souvent h la suite du simple contact d'une région avec un corps dur ; mais aussi quelquefois spontanément sans aucune cause.

Le plus souvent l'apparition de ces ecchymoses est pressentie par la malade, qui ressent pendant les cinq ou six heures qui précèdent une courbature passagère.

(1) Iteo. niéd., oct. 1832 Cité par Gintrac, loc. cit., p. 368.

Ces ecchymoses passent par les couleurs habituelles avant de disparaître, ce qui a lieu généralement en huit ou dix jours.

Je crois que nous pouvons faire rentrer dans la même catégorie de faits, l'observation suivante que nous avons recueillie dans le service de M. le professeur Verneuil :

Obs. XXXIV. — La nommée M. . ., 39 ans (hôpital de la Pitié, salle Lisf'ranc, n° 1), n'a pas connu sa famille. La malade nous dit que a le moindrement qu'elle se frappe, il lui vient des noirs». Un jour un petit pain d'un sou lui étant tombé sur l'avant-bras, celui-ci devint dans une grande partie de son étendue noir comme si elle avait reçu un coup de bâton. Elle nous montre encore sur la main gauche une petite tache jaunâtre qui serait le reste d'une ecchymose beaucoup plus foncée, que lui aurait fait le manche de son balai, en s'échappant de l'autre main, et la heurtant dans ce point.

Cette femme est bien constituée, un peu grasse, a toujours été bien réglée, a eu il y a douze ans un accouchement normal, se dit nerveuse et impressionnable, mais n'a jamais eu ni convulsions ni contractures, et ne présente actuellement aucun symptôme d'hystérie. Elle est habituellement bien portante; cependant, il y a trois mois, elle a eu une série d'épistnxis difficiles à arrêter.

Le 9 juin, elle s'aperçoit qu'elle a sur le bas-ventre une large ecchymose de teinte noirâtre, qu'elle ne peut s'expliquer par aucune cause; y portant la main, elle découvre également par hasard une petite tumeur siégeant au niveau de l'ecchymose. Quatre jours après, prise de douleurs vives à l'hypogaslre, elle se décide à entrer le 16 juin à l'hôpital.

A son entrée, on constate une petite hernie de la ligne blanche, grosse comme une aveline, irréductible. La malade est mise au repos au lit, et aujourd'hui, 19 juin, elle ne souffre plus.

Nous constatons que cette petite tumeur, située sur la ligne médiane, occupo l'extrémité gauche d'une ecchymose plus large que la paume de la main, qui descend presque jusqu'au pubis. Cette ecchymose, verdàlre au centre et jaune à la périphérie, présente encore des teintes violettes et bleues au niveau des vergelures qui sillonnent le ventre do cette femme.

Cette malade n'ayant passé que peu de jours à l'hôpital, nous regrettons de n'avoir pu contrôler ses assertions au sujet de sa prédisposition aux ecchymoses.

A quoi était due cette vaste ecchymose de l'hypogastre? La malade n'accusait aucun traumatisme. Etaitelle spontanée? Avait-elle avec la petite hernie graisseuse des rapports autres que de simple coïncidence? ou bien était-elle due à une cause que Velpeau invoque pour les ecchymoses des seins chez certaines femmes prédisposées, à savoir : la pression du buse ou des balaines du corset ? C'est ce que nous ne saurions dire avec certitude.

Il faut savoirégalement que, sans être hémophiliques, certains individus sont plus aptes que d'autres à éprouver les effets de la contusiou. Ainsi, certaines femmes pâles, un peu grasses, à peau très fine, gardent souvent l'empreinteecchymotique des moindrespressions(Follin). Il en est de même pour les enfants. Lafaurie (1) nous cite le fait d'un homme qui, sans antécédents hémophiliques, présenta à la suite d'un simple coup de baguette sur la partie interne de la cuisse, une immense plaque d'un rouge foncé, sans douleur aucune.

Ces faits sont intéressants pour le médecin légiste, car il devra en tenir compte pour porter un pronostic sur l'intensité des violences qui ont été exercées. Car, ainsi que nous l'avons vu, un traumatisme, même minime, peut chez des individus prédisposés, mais surtout chez des hémophiliques, donner lieu à une suffusion sanguine considérable.

Nous employons ce terme: ecchymoses spontanées simplement pour l'opposer à celui d'ecchymoses traumaliques ; nousne le prenons pas dans l'acception stricte que Chaussier (1) lui donnait dans la classification des ecchymoses, car sa classe des ecchymoses spontanées ne comprenait que celles qui surviennent sans causes évidentes et connues.

On a décrit un certain nombre d'ecchymoses essentielles, spontanées (Chaussier), c'est-à-dire sans causes évidentes; car, comme l'a dit Hippocrate, livre de l'art, tout dépend d'une cause,etce mot spontané n'est qu'une expression, ovoy-a piovov, pour désigner une cause que l'on ignore ou que l'on ne détermine pas. La plupart des ecchymoses autrefois regardées comme essentielles ont maintenant trouvé place parmi les purpuras, ou bien sont regardées comme le résultat de la diathèse hémophilique.

(1) hoc. cit., p. 408.

On ne trouve plus guère maintenant à faire rentrer dans cotte classe que certaines ecchymoses de la conjonctive, qui surviennent inopinément pendant le sommeil, et que les malades qu'aucune explication n'embarrasse désignent fous les noms de coups d'air, de coups de sang. Les anciens les regardaient comme un signe révélateur de la prédisposition à l'hémorrhagie cérébrale. Sont-elles réellement spontanées ou faut-il les regarder avec Velpeau comme probablement produites par la pression de quelques saillies des membres ou du lit ? Tantôt il existe des signes d'athérome artériel, d'affection cardiaque, d'où une prédisposition aux ruptures vasculaires. Dans quelques cas on pourrait peut-être invoquer une tendance à l'hémophilie. « Nous l'avons observée chez des sujets indemnes d'affections générales, peut-être prédisposés aux congestions oculaires (Desmarres). 11 n'est pas rare de voir apparaître cette ecchymose chez les femmes au moment de leurs règles (Jamain et Terrier (1). »

Parmi les causes locales capables de produire spontanément des ecchymoses, on a cité la phlébite (2), et aussi le scorbut local (Cloquet), dans de3 membres fracturés; cettedernière causenous semble plutôt devoir êtr.î rangée parmi les affections générales.

Il est des causes beaucoup plus fréquentes et qui intéressent beaucoup plus le médecin expert, ce sont les ruptures musculaires et vasculaires. Les ruptures mus-

(1) Pathologie chir., Paris, 1882, t. III, p. 65.

[2) Dulabost. Loc.eit., p. 11.

culaires ne se produisent pas seulement dans les muscles altérés par des affectionsgénérales (lièvres éruptives, fièvre typhoïde, etc.), mais aussi dans les muscles sains, par suite d'efforts énergiques, mal coordonnés, souvent involontaires. La douleur est telle, nous disent tous les auteurs, et si subite que le blessé croit avoir été frappé d'un bâton ou d'une pierre lancée avec force. Cette circonstance a pu dans certains cas donner lieu à des accusations et susciter des expertises médico-légales ; témoin le fait suivant, cité par Chaussier (1) : Un homme reçoit d'un ennemi un coup de poing dans la poitrine ; comme il s'éloignait pour fuir de nouvelles violences, il ressent une douleur subite, si vive dans le mollet, qu'il croit que son adversaire lui a porté un coup avec sa canne. Il porte plainte en justice, mais il fut reconnu, dans deux rapports médicaux-légaux, que l'ecchymose qui était survenue à lajambe était le résultat d'une rupture musculaire spontanée.

La rupture musculaire se diagnostiquera facilement si elle est complète ; car, à l'impuissance fonctionnelle et à l'apparition de l'eccbymose, qui est d'autant plus rapide que le muscle est moins profond et la gaine aponévrotique moins épaisse, s'ajoute un signe caractéristique, la déformation de la région. 11 se produit une dépression, une gouttière, plus ou moins profonde, limitée par le bourrelet que forment les deux moignons musculaires, entre lesquels on constate un épanchement sanguin fluctuant ou la crépitation de caillots écrasés.

(1) Loc. cit., p. 401.

Mais le diagnostic sera beaucoup plus difficile si la rupture est incomplète ou tendineuse, car le 'signe caractéristique, l'écartement des deux segments de muscle fait alors défaut. Dans les cas de ruptures tendineuses, l'ecchymose est fort rare et en tout cas peu considérable.

D'après le professeur Verneuil, ces ruptures musculaires incomplètes et tendineuses seraient beaucoup plus rares qu'on ne le croit, et dans la plupart des cas on se trouverait en présence de la déchirure d'une veine variqueuse intra-musculaire. C'est à une rupture vasculaire du même ordre qu'il faut rattacher les cas dont Chaussier rapporte un exemple : « Un homme robuste sujet à la constipation vit subitement apparaître une ecchymose considérable du scrotum, en faisant des efforts pour aller à la selle. »

Le siège particulier de ces lésions, au niveau de muscles puissants ou de régions à varices, contribuera aussi dans une grande mesure à faire différencier leurs ecchymoses du résultat d'une contusion.

Quelle que soit leur origine encore discutée (traumatique ou spontanée), on a signalé des ecchymoses au niveau des hématomes du pavillon de l'oreille ; elles s'étendent même parfois à toute la partie latérale du cou. Ces tumeurs s'observent soit chez les lutteurs, les boxeurs (Jarjavay), soit chez les aliénés et surtout chez les déments paralytiques (Jamain et Terrier).

Nous allons maintenant dire quelques mots, quoique cela ne soit peut-être pas tout à fait le lieu, des ecchymoses qui peuvent survenir sur le fœtus pendant son expulsion hors de l'organisme maternel.

Les ecchymoses ne sont pas rares dans les divers modes d'infanticide, mais il faut savoir qu'on peut trouver, sur un nouveau-né, des ecchymoses qui n'ont point une cause criminelle. Les unes peuvent être produites par l'accoucheur dans les interventions nécessaires, lors d'un accouchement difficile; elles ne donneront généralement pas lieu à des actes médico-légaux. Il en est d'autres qui se font spontanément pendant le travail, quand il se prolonge ; nous ne voulons pas parler des bosses séro-sanguines qui disparaissent totalement en trois ou quatre jours, mais d'ecchymoses véritables qu i persistent beaucoup plus longtemps (Charpentier) (1). Ce sont des ecchymoses conjonctivales qui s'observent surtout dans les présentations de la face ; on en voit même, mais plus rarement, dans les présentations du sommet. On trouve quelquefois des ecchymoses de la verge et du scrotum dans les présentations du siège, mais celles de la vulve sont tout à fait exceptionnelles (Tarnier et Chantreuil) (2).

La production spontanée d'ecchymoses est le plus souvent liée à une affection générale. On les rencontre dans les fièvres éruptives : rougeole, variole, scarlatine, dans la fièvre typhoïde, le typhus, la fièvre jaune, l'ictère grave, la septicémie aiguë, la peste, etc.; mais ces diverses maladies ont des caractères cliniques et anatomopathologiques trop tranchés pour que les ecchymoses

(1) Traité d accov.chement, Paris, 1883, t. I, p. 388.

(2) Traité d accouchement, Paris, 1882, t. I, p. 685 et suiv.

puissent jamais donner lieu à des erreurs soit pendant la vie, soit après la mort.

Dans le scorbut, d'après les recherches de M. le professeur Hayem, à l'hôpital de la Charité, en 1871 : « Les ecchymoses ont absolument les mêmes caractères que celles des contusions et on peut les diviser aussi en ecchymoses simples et en bosses sanguines (1). » Cependant on ne sera guère exposé à les confondre avec les ecchymoses traumatiques ; car, outre qu'elles sont toujours accompagnées des autres symptômes caractéristiques du scorbut, elles siègent presque exclusivement aux membres, du côté de la flexion, surtout aux membres inférieurs ; de plus ces ecchymoses, parfois très étendues, présentent toujours dans leur voisinage quelques pétcchies ; celles-ci même sont quelquefois disséminées sur tout le corps en nombre considérable.

Au niveau des ecchymoses scorbutiques la peau est tendue, lisse, chaude, excessivement douloureuse à la moindre pression ; il y a toujours de l'oedème concomitant. Aussi, quand on les incise, le foyer hémorrhagique a-t-il l'aspect de « gelée de groseille (2) ». Cette extravasation séro-sanguinolente appartient plutôt au tissu cellulaire sous-cutané qu'au tissu dermique; elle n'est nullement en rapport comme quantité avec la grandeur de la tache cutanée, qui est quelquefois minime avec un épanchement énorme.

(1) Mahé. Art. Scorbut, du Dict. encyc. des se. mèd., 3e série, t. VIII, p. 166.

(2) Mahé. Loc. cit.

Quand cestaches ecchymotiques disparaissent, ce n'est que fort lentement et en devenant brunâtres; onn'observe jamais ni la dégradation des teintes, ni la succession de couleurs variées que présente l'ecchymose traumatique.

Il ne faut pas oublier que la moindre violence, contusion, pression, percussion ou contraction musculaire trop énergique, peut produire chez le scorbutique une extravasation sanguine. M. Verneuil (1) cite à l'appui de cette opinion le fait d'un jeune marin scorbutique chez lequel on vit survenir aux cuisses des ecchymoses énormes avec bosses sanguines à la suite d'une première séance d'équitation.

Dans Yerytheme noueux, appelé aussi dermatite contusiforme (Kaposi), péliose rhumatismale (Schônlein), rheumatokelis (Fuchs), on observe des nodosités qui dans certains cas, peuvent présenter un aspect ecchymotique. « En voyant apparaître ces nodosités isolées aux jambes ou même sur une autre partie du corps, par exemple au bras, à une paupière (qui se tuméfie énormément et paraît alors brillante avec les teintes bien connues des suites d'une hémorrhagie), on pourrait facilement commettre l'erreur de diagnostic de les attribuer à un traumatisme, à un coup, à un choc, etc. Si cependant on a affaire à un cas de localisation typique aux jambes et qu'il s'agisse de nodosités de date différente, mais surtout récentes, nodosités qui étant rouge rose à la surface ne peuvent jamais être prises pour l'effet d'un trauma-

(1) Verneuil. Du scorbut compliquant les lésions traumatiques, Gaz. hebd., 1871, n° 9, p. 149.

tisme, l'erreur de diagnostic est, on le comprend, facile à éviter (1). »

De plus, l'apparition successive des éruptions, l'absence de grandes ecchymoses, et la caractère des douleurs concomitantes (articulaires), ne permettent aucune confusion avec les contusions ecchymotiques. (Duriau et Legrand) (2).

Cependant le diagnostic sera plus délicat quand, au lieu de nodosités, il n'y a, comme on le voit quelquefois, que des taches hémorrhagiques planes. Mais leur existence très rare au-dessus de la taille, leur multiplicité ordinaire et les dimensions punctiformes de quelques unes suffiront avec les symptômes généraux à faire reconnaître leur nature. Car, outre les douleurs articulaires, il y a ordinairement « des symptômes fébriles légers, ou simplement de la lassitude, de l'inappétence, de l'insomnie, une dépression physique et morale (Lewin) (3).»

Au-dessous de ces nodosités ou de ces taches, on ne trouve pas de véritables suffusions sanguines. D'après MM. Cornil et Ranvier (4) : « Au point de vue anatomique, elles consistent en une infiltration séreuse de toute la couche du derme et du tissu conjonctif sous-cu tané avec diapédèse des globules rouges et des globules blancs, et stase du sang dans les vaisseaux. »

(1) Kaposi. Leçons sur les maladies de la peau, trad. et ann. par E. Besnier et A. Doyon, Paris, 1881, t. I, p. 382.

(2) De la pétiose rhumatismale ou ér y thème noueux rhumatismal, in-8, Paris, 1858.

(3) Kaposi. Loc. cit., t. II, p 71.

(4) Histologie pathologique, Paris, 1884, t. II, p. 764.

Le purpura simplex ne se confondra jamais avec des traces de contusion. Il se montre sous forme de petites taches ou de traînées (Kaposi) ou encore d*élevures (purpura papuleux d'Hébra), analogues à des plaques d'urticaire avec une coloration hémorrhagique, purpura urticans de Willan. Ces petites macules ordinairement très nombreuses siègent de préférence aux jambes. En outre « dans le purpura simplex, pas de suffusion sanguine, mais simple angiectasie capillaire autour des follicules sébacés et pileux (1). »

Le purpura hémorrhagique peut beaucoup plus facilement donner lieu à la confusion. « Quelle qu'en soit la cause, il est caractérisé par des taches irrégulières, plus étendues que celles du purpura simplex, d'une couleur livide, qui deviennent jaunes en se résorbant. Ces taches peuvent être accompagnées d'hémorrhagies dans les autres organes (2). »

Certains types de purpura hémorrhagique, comme le purpura infectieux de Mathieu, qui répond au purpura hémorrhagique fébrile de Rayer, s'accompagnent d'un tel appareil fébrile et de symptômes généraux tellement graves, que le diagnostic est facile. Il en sera de même dans cette variété qui s'accompagne de lésions des gencives et décrite sous les noms de purpura scorbutique, scorbut de terre (Kaposi).

Mais il est une variété de purpura hémorrhagique qui

(1) Hillairel et Gaucher, Traité des maladies de la i^eau, Paris, 1881.

(2) Biliaire! et Gaucher. Loc. cit.

pourra beaucoup plus facilement se confondre avec des contusions ecchymotiques, ainsi qu'on le verra ci-après dans un mémoire de M. Bescoust; c'est la maladie maculeuse de Werlhof. Cette variété de purpura, qui pour M. Du Castel (1) est une véritable entité morbide, présente des caractères nettement définis parmi lesquels l'apyrexie, l'absence de phénomènes prodromiques et de toute maladie concomitante portant un nom ont été mis en lumière par le professeur Lasègue (2).

C'est cette absence de fièvre, jointe à l'étendue souvent considérable des ecchymoses, qui occasionne les erreurs. Mais il existe comme dans les autres variétés de purpura liémorrhagique un point caractéristique : c'est l'apparition simultanée d'hémorrhagiss spontanées par les muqueuses nasales, buccales et laryngiennes, d'ecchymoses punctifurmes sur ces mêmes régions, d'hémorrhagies intestinales, rénales et d'hémoptysies ; puis finalement, avec ou sans apparition de la fièvre, on voie survenir des défaillances, le collapsus et une terminaison fatale rapide. Cependant beaucoup de cas ont une marche favorable, mais extrêmement lente, de trois à six mois (Kaposi).

C'est à ces signes et à l'existence simultanée de pétéchies que l'on reconnaîtra la nature des ecchymoses ; car les caractères objectifs des ecchymoses, même à l'incision, ne présentent rien qui les fassa distinguer du ré-

(1) Du Castel. Des diverses espèces de purpura, th. d'ugrég. Paris, 1883.

(2) Lasègue. Etude rétrospective sur la maladie de Werlhof, in Arch. gén. de mêd., Paris, 1877.

sultat d'une contusion ; il y a comme dans celle-ci une suffusion sanguine plus ou moins abondante.

Enfin, il est une foule d'affections dans lesquelles on peut observer des taches purpuriques, purpurus cachectique et nerveux, mais elles sont presque toujours localisées aux jambes et se présentent le plus souvent sous de très petites dimensions.

C'est aussi parmi les purpuras, purpura mécanique, que l'on classe les taches hémorrhagiques qui apparaissent comme conséquence d'exagération de tension vasculaire se produisant d'une façon brusque (Du Castel). Elles s'observent non seulement dans les divers modes d'asphyxie (1), mais encore à la suite d'efforts violents, de quintes de toux (surtout dans la coqueluche), d'accès d'asthme, de vomissements, d'efforts prolongés de défécation, etc. Pour M. Du Castel : « Le purpura, en pareil cas, consiste dans un piqueté hémorrhagique limité au pourtour de la cavité orbitaire; il est tout à fait exceptionnel de voir les taches de purpura présenter une certaine tendance à la généralisation; cette généralisation, pour se produire, exige ou des accès (toux, épilepsie) d'une intensité extrême, ou une prédisposition marquée aux hémorrhagies (2). »

Cependant on pourra voir ce piqueté hémorrhagique envahir, comme dans la suffocation, le cou, les seins et même le tronc des femmes qui ont des accouchements très laborieux ou des attaques d'éclampsie ; cela se ren-

(1) Cf. infra., p. 132.

(2) Du Castel. Loc. cit., p. 31.

contre aussi dans le mal de mer porté au plus haut dégré, mais surtout à la suite des convulsions de l'épilepsie. Dans cette dernière affection, les ecchymoses ponctuées se montrent quelquefois en si grand nombre, que dans un cas, cité par Tardieu (1), elles ont pu aider à faire croire un moment qu'il s'agissait d'une strangulation criminelle.

« Un horloger fut trouvé mort sur le plancher de sa chambre; en même lemps on constatait qu'rne effraction avait eu lieu. Il était naturel dans ces circonstances d'attribuer la mort à un crime; mais l'autopsie démontra que cette mort avait été déterminée par une double congestion cérébrale et pulmonaire consécutive à une attaque d'épilepsie, maladie dont cet homme, ainsi qu'on l'a su plus tard, était anciennement atteint, et qui cette fois avait, laissé, entre autres traces, les ecchymoses ponctuées de la face, du cou, du thorax. Des malfaiteurs le croyant absent, s'étaient introduits dans son domicile avec l'intention de le voler et avaient reculé devant ce cadavre dont le seul aspect, joint aux indices d'une effraction récente, pouvait si facilement faire naître l'idée d'un crime. »

Dans tous les cas précités, les taches purpuriques de la peau s'accompagnent fréquemment d'ecchymoses sous-conjonctivales, qui même souvent existent seules, ainsi qu'on le voit dans la migraine.

Il faut rapprocher de ces diverses ecchymoses, dues à l'élévation de la pression sanguine, celles qui résultent de la diminution de la pression atmosphérique dans les ascensions en ballon, sur les hautes montagnes ; ou bien

(1) Mèm. sur la mort par suffocation, Ann. cVhyg. et de mèd. Ug., 2« série, t. IV, p. 389.

Perrin de la Touche. 7

quand des individus passent brusquement d'une pression élevée à une moindre, comme par exemple dans la décompression trop rapide dans les cloches à plongeurs.

Des ecchymoses se manifestent à la peau dans plusieurs intoxications, mais presque toujours sous forme d'hémorrhagies ponctuées, purpura toxique (Du Castel), ainsi qu'on l'observe après l'usage de l'iode et des iodures, iodisme pétéchial (Fournier, Auspitz), après l'aspiration de vapeurs benzoïnées (T. Fox) et dans l'ergotinisme (Lailler).

Rares dans les empoisonnements par l'arsenic, les ecchymoses sont, au contraire, fréquentes dans ceux par le phosphore, où on trouve très souvent des ecchymoses des conjonctives. Dans l'intoxication par le phosphore, ces hémorrhagies sont favorisées par l'état liquide du sang, mais surtout par la friabilité des vaisseaux par suite de la dégénérescence graisseuse.

Dans les empoisonnements par la strychnine et l'acide cyanhydrique (Tardieu), on observe aussi quelquefois des ecchymoses punctiformes qui peuvent être regardées comme une manifestation de l'asphyxie. Kapeler, dans un cas d'empoisonnement par le cyanure de potassium, a observé des ecchymoses très étendues des membres et du scrotum (1). « Dans l'empoisonnement par la strychnine, la formation des ecchymoses s'explique non seulement par la suffocation, mais encore et surtout par l'excitation intense du centre vaso-moteur situé dans la moelle allongée et consécutivement par la contracture

(1) Cité par Chaussier. Loc. cit.

violente des vaisseaux qui est caractéristique de l'empoisonnement par la strychnine (1). »

Enfin, d'après Kaposi, on trouverait des pétéchies et des taches livides à la peau à la suite de l'inoculation du venin de certains serpents.

Quoique les ecchymoses ne soient pas notées dans d'autres empoisonnements, je crois cependant qu'on doit pouvoir en trouver toutes les fois qu'il y a eu asphyxie brusque ou convulsions.

Les diverses ecchymoses que nous venons de passer en revue, purpura mécanique et toxique, ne prêtent guère à la confusion avec des ecchymoses traumatiques; mais on verra, par le mémoire suivant, que la nécessité de ne pas scinder l'exposé des purpuras nous a fait reporter jusqu'ici, qu'il n'en est pas ainsi dans la maladie de Werlhof, où souvent l'erreur ne sera évitée que grâce à une attention minutieuse.

Erreurs de diagnostic auxquelles peuvent donner lieu les èpanchemenls sanguins chez les enfants, par le Dr Descoust, chef des travaux de médecine légale à la Faculté de Paris (2).

Le 15 mars 1883, j'ai fait, sur l'ordre du parquet de la Seine, l'autopsie d'un enfant du sexe masculin, âgé de 11 ans, admis d'urgence le 13 mars à l'Hôpital des Enfants et mort subitement le môme jour, une demi-heure après son entrée.

Avant de faire connaître les détails de l'autopsie et les conclusions du rapport qui en fut la suite, nous croyons devoir rappeler les motifs qui décidèrent le parquet à ordonner celle-ci.

(1) Hofmann. Loc. cit.

(2) BulleLins de la Soc. de méd. lég., t. VIII, p. 318, 1885.

Ce jeune garçon, à la suite d'habitudes de vagabondage, avait été placé par son pôre à l'école Crozatier, située h Villepreux, et appartenant à la Société de protection de l'enfance abandonnée.

Entré dans cet établissement le 15 lévrier 1883, il y reste jusqu'au 6 mars ; à cette époque, !e président de la Société écrit au père de l'enfant, déjà souffrant au moment de son entrée, que l'état de santé de celui-ci s'est aggravé au point de nécessiter son admission dans un hôpital ; sa lettre se termine par l'avis qu'on lui conduira le lendemain, 7 mars, son enfant.

Le père, aussitôt l'arrivée de son fils, le présente à la consultation de l'hôpital Beaujon ; il n'est pas admis en raison de son jeune âge ; il n'est même pas, dit le commissaire dans son rapport, reconnu assez malade pour obtenir une ordonnance médicale. Conduit le samedi, 10 mars, à la consultation de l'Hôpital des Enfants, il n'est pas trouvé assez malade pour être admis. Les nombreuses taches bleuâtres, offrant l'aspect de contusions ecchymotiques, dont l'enfant était couvert, sont considérées à la consultation comme le résultat de mauvais traitements.

Ramené dans sa famille, l'enfant est vu deux ou trois fois par un médecin qui fait le même diagnostic : contusions suite de violences.

Enfin, dans la nuit du 12 au 13 mars, l'enfant est pris d'épistaxis et de vomissements sanguins abondants ; conduit à l'Hôpital des Enfants, il est admis d'urgence dans la journée du 13 mars; entré à 3 h. 1/2 de l'après-midi, il meurt le même jour à 4 heures.

Avisé de cette mort rapide, le commissaire de police du quartier délègue le Dr X... pour établir les causes du décès. Celui-ci fait le rapport suivant :

Je soussigné, docteur en médecine, ancien interne des hôpitaux, déclare m'être transporté à l'hôpital de la rue de Sèvres, le 14 mars, à l'effet de constater les causes du décès d'un enfant âgé de 11 ans.

J'ai constaté :

1° L'existence sur les avant-bras droit et gauche, sur les mem-

bres inférieurs, et, en particulier, au niveau du genou droit ainsi que sur les régions latérales droite et gauche du tronc, des ecchymoses, violacées, arrondies, et ayant été produites pendant la vie par l'action d'un corps contondant;

Ces ecchymoses sont nombreuses et larges d'environ cinq centimètres de diamètre.

2° Sur les lèvres et sur les bords des narines, des traces de sang coagulé.

De ces faits et observations, je conclus que cet enfant est décédé à la suite de lésions internes dont fia nature ne saurait être établie que par une autopsie, et que les ecchymoses des diverses régions du corps sont le résultat de violences extérieures antérieures à la mort.

En présence de ce rapport, le commissaire de police n'hésita pas à inculper les parents d'avoir causé par « de mauvais traitements » la mort de leur enfant.

C'est alors que l'autopsie fut ordonnée par le parquet.

Voici quel fut le rapport déposé par nous à la suite de celle-ci :

Examen extérieur. — Le cadavre est celui d'un enfant assez développé pour son âge (11 ans), Le corps n'est pas amaigri ; il est, iiinsi que la face, d'une pâleur remarquable. Les narines contiennent de petits caillots sanguins paraissant résulter d'une épistaxis survenue peu de temps avant la mort.

Nous constatons :

1° Sur la lèvre supérieure, 13 petites érosions de la muqueuse, correspondant deux par deux à la largeur des dents du maxillaire supérieur.

2° Sur la lèvre inférieure, 9 petites érosions correspondant deux par deux à la largeur des dents du maxillaire inférieur.

3° Sur la partie antérieure du cou, au niveau des clavicules, de petites taches rosées ressemblant à des taches de purpura; des taches de môme aspect sur les deux côtés de la face.

4" Sur la joue droite, au niveau de la boule graisseuse de Bi-

chat, une tache bleuâtre de 2 centimètres carrés avec épanchement sanguin sous-jacent.

5° Sur la joue droite, au niveau de l'angle du maxillaire intérieur et au-dessous de l'apophyse mastoïde, des taches couleur lie de vin, longues de 2 centimètres sur 1 centimètre de largeur, avec petite érosion cutanée sans caraclère précis ; à la partie inférieure et un peu en avant de ces taches, une autre plus petit»; avec érosion transversale à l'axe du cou et longue de 2 millimètres.

6° A la partie médiane et ex Urne du bras droit, une coloration légèrement violacée de la peau paraissant assez ancienne.

Au niveau du coude droit, à la partie externe, une coloration violacée de la peau.

Sur la face médiane et externe de l'avant-bras droit, deux larges taches bleuâtres et violacées.

Sur la face dorsale de la main droite, au niveau de l'articulation radio-carpienne et du troisième métacarpien, deux taches violacées.

7° Au niveau du flanc droit, de petits épanchements sanguins dans le tissu cellulaire, sans lésions externes de la peau.

8° A trois travers de doigt au-dessus du genou droit, une coloration violacée de la peau.

Au niveau de la rotule droite et de lu face interne du tibia, de petites taches violacées.

9° A la partie interne et inférieure du bras gauche, de petites taches bleuâtres.

A la partie antéro-externe de l'avant-bras gauche, de petites taches bleuâtres occupant non seulement le tissu cellulaire sousjacent, mais encore les gaines musculaires de l'avant-bras.

A la partie médiane du cubitus gauche, une coloration violacée de la peau formant une légère saillie de 1 centimètre carré environ avec épanchement sanguin sous-jacent large de 3 centimètres carrés; à trois travers de doigt du coude, des taches de même l'orme et de même aspect.

Au niveau de la deuxième phalange du petit doigt, deux pe-

tites érosions cutanées parallèles à luxe du doigt et longues de 2 à 3 millimètres.

A Ut racine de l'ongle du médius de la main gauche, de petites érosions cutanées par lesquelles paraît s'être fait un écoulement sanguin pendant la vie.

10° Au niveau des fausses côtes gauches, une coloration verdâtre de la peau avec épanchement sanguin.

Au niveau de la région trochantérienne gauche, une rougeur de la peau sur une étendue de 2 ou 3 centimètres carrés avec infiltration sanguine dans le tissu cellulaire.

11° A la partie antérieure de la cuisse gauche et à la partie médiane, une tache violacée, à bords verdâtres, longue de 5 centimètres sur 3 de largeur, faisant corps avec un groupe de taches situées au-dessous, occupant une étendue de 7 centimètres sur 4 centimètres et formant une légère saillie.

Au-dessus de la rotule gauche et sur son bord externe, cinq taches violacées, de forme arrondie, larges chacune de 1 centimètre carré environ.

Au niveau de la tôle du péroné gauche, une tache de même aspect que les précédentes.

12° Dans le dos, sur le bord spinal de l'omoplate gauche, une coloration rouge violacée de 3 à 4 centimètres carrés.

Au niveau de la région lombaire, de petits épanchements san guins dans le tissu cellulaire sans lésions de la peau, ainsi qu'au niveau du pli fessier gauche.

Toutes ces taches violacées ou bleuâtres sont doublées d'épanchement sanguin dans le tissu cellulaire sous-jacent.

Autopsie. — Le cuir chevelu n'est pas déchiré, il est doublé de nombreuses ecchymoses épicraniennes, surtout au niveau des pariétaux. Les muscles temporaux sont infiltrés de sang.

Les os du crâne ont une épaisseur normale, ils ne sont pas fractures.

Le cerveau n'est pas congestionné, les membranes se décortiquent bien : dans la substance cérébrale, ni épanchement san guin ou séreux, ni tumeurs, ni tubercules.

La bouche, l'arrière-bouche et la touchée ne présentent aucune lésion.

Au-dessous du larynx et au niveau de la racine des poumons, existe une tumeur grosse comme une petite orange, très-dure, divisée en petites loges remplies de pus, elle offre l'aspect d'un ganglion induré ; malgré sa situation, ni le calibre de la trachée, ni celui de l'œsophage ne sont diminués.

Le sommet du poumon droit se trouve seul très déprimé.

La crosse de l'aorte se trouve également un peu comprimée.

Au-dessous de cette tumeur existent d'autres ganglions très développés. Les plèvres, libres d'adhérences, ne renferment aucun épanchement. Les poumons ne sont pas congestionnés ; des ecchymoses sous-pleurales, se montrent dans les scissures interlobaires. Le tissu pulmonaire, gorgé de spume bronchique, ne renferme ni épanchement séreux ou sanguin, ni noyaux apoplectiques ou pneumoniques.

Dans le péricarde, existe une grande quantité de liquide séreux sans trace de péricardite aiguë ou chronique. Les oreillettes présentent quelques ecchymoses sous-péricardiques. Les cavités du cœur, dont les orifices sont sains, contiennent une certaine quantité de caillots librineux.

La cavité abdominale ne renferme aucun épanchement. L'estomac, dont la muqueuse présente un piqueté hémorrhagique très marqué, contient un liquide noirâtre qui paraît être du sang à moitié digéré. Le foie offre une coloration légèrement jaunâtre. Les anses intestinales ont une coloration rouge lie de vin très marquée. Les ganglions mésentériques sont très tuméfiés. L'intestin grêle, dont la muqueuse est très rouge, contient une grande quantité de sang épanché. Les plaques de Peyer ne présentent aucune altération.

Tout le gros intestin, dont la muqueuse, surtout au niveau du rectum, offre un piqueté hémorrhagique très marqué, est rempli de sang liquide. L'urine contenue dans la vessie est légèrement colorée en rouge.

Conclusions. — 1° La mort de D... a été causée par des hé-

morrhagies multiples, nasales, bronchiques, stomacales et intestinales, occasionnées par une diathèse hémorrhagique offrant tous les caractères de l'état pathologique connu sous le nom de maladie de Werlhof ou péliose rhumatismale.

2° Les nombreuses taches ecchymotiques constatées sur les diverses parties du corps doivent être attribuées a celte diathèse hémorrhagique plutôt qu'à des coups récemment porlés.

3° L'état du cadavre de cet enfant n'indique pas que celui-ci ait été mal ou insuffisamment nourri.

Ces conclusions eurent pour résultat l'abandon par le parquet de l'inculpation de « mauvais traitements » portée contre les parents de cet enfant par le commissaire de police.

Mais que serait-il arrivé si l'enfant, au lieu de mourir, avait guéri de la maladie dont il était atteint?

Il eût été bien difficile pour les parents d'échapper à la poursuite judiciaire résultant de l'inculpation portée contre eux, d'autant plus que celle-ci reposait sur des constatations médicales faites non seulement en ville, mais aussi à la consultation de deux hôpitaux, c'est-à-dire par plusieurs médecins.

« Il résulte de cette observation, continue l'auteur, que des erreurs de diagnostic, très préjudiciables, peuvent être commises par les médecins appelés à examiner les enfants porteurs détaches ecchymotiques. Avant de délivrer, en pareil cas, un certificat précisant les causes des lésions constatées, il sera toujours prudent de s'assurer, par un examen plusieurs fois répété, qu'il n'existe pas un état morbide capable par lui-même de produire ces lésions. Le diagnostic différentiel au point de vue étiologique, est, nous en convenons, souvent difficile à faire, mais il est rare qu'une observation attentive ne permette pas d'établir la véritable étiologie.

« En effet, les hémorrhagies sous-cutanées spontanées peuvent se distinguer d'abord parleur apparition simultanée sur des points qui ne sont que difficilement accessibles aux traumatismes (plis articulaires), et ensuite par la présence de très petites taches pétéchiales à côté des lésions qui sont absolument semblables aux ecchvmoses produites par contusion de la peau.

« Il est, de plus, très rare que l'apparition des hémorrhagies sous-cutanées spontanées ne soit pas accompagnée d'un certain nombre de symptômes généraux pouvant mettre sur la voie du véritable diagnostic étiologique. »

Pour Bayard (1), sauf dans le scorbut, il n'y aurait pas d'élévation appréciable de la température au niveau des ecchymoses spontanées. Il cite, à ce propos, le fait intéressant d'une femme ayant aux jambes de larges ecchymoses de purpura senilis et qui, pendant son sé jour à l'hôpital, se fit une contusion de la cuisse. Le thermomètre ne décelait, au niveau des ecchymoses de la jambe, aucune élévation de température, mais marquait, au contraire, un accroissement assez sensible au niveau de celle de la cuisse.

Au niveau des ecchymoses traumatiques, on constate généralement, d'après M. Delabost, une élévation de la température variant de 2/10e de àegrê à i degré. Cet auteur a fait un certain nombre d'expériences et voici les

(1) Bayard. Considérations médico-légales sur le diagnostic différentiel des ecchymoses, Ann. d'hyg. et méd. leg., 1843, t. XXX, p. 388.

conclusions auxquelles il est arrivé : « Dans les premiers jours qui suivent la formation de l'ecchymose, alors que le travail de réaction n'est pas encore commencé, la chaleur est sensiblement la même dans les points symétriques du corps; à une époque plus avancée, la température est plus élevée du côté où siège l'épanchement sanguin; et c'est au moment le plus actif de la période de résolution que s'observe la plus grande différence (1). »

Tous les auteurs admettent sans contestation que dans le scorbut il y a un accroissement de la température au niveau des ecchymoses, accroissement même appréciable à la main. M. Delabost, dans une autre série d'expériences faites avec M. Duménil (2) à l'Hospice général de Rouen, a constaté que cette élévation de la température locale était de beaucoup supérieure à celle qu'il avait constatée au niveau des ecchymoses traumatiques.

Pour finir ce parallèle entre les ecchymoses spontanéesetles ecchymoses traumatiques, nous concluonsavec Tardieu : « Elles présentent des différences en général faciles à saisir. Leur nombre est beaucoup plus considérable lorsque les ecchymoses reconnaissent pour cause une affection spontanée. Leur siège est variable, elles sont disséminées au hasard, sans relation avec une action locale, leur forme est plus régulière ; elles sont gé néralement arrondies, tantôt ponctuées dans le pur-

(1) Delabost. Lac. cit., p. 20.

(2) Sur le scorbut des vieillards {Un. méd. de la Seine-Infèrieure), 1802, numéros 2, 3 et 4.

pura, tantôt diffus. s dans le scorbut ou l'érythème noueux; la contusion ou la constriction détermine des ecchymoses le plus souvent irrégulières dans leur étendue et dans leur forme, à moins qu'elles ne reproduisent celle de l'instrument contondant, à l'aide duquel les coups ont été portés (1). »

Ajoutons qu'au point de vue anatomique il n'y a que dans le purpura hemorrhagica où l'on trouve des suffisions sanguines véritables ; car, dans le scorbut, l'iafiltration est plutôt séro-sanguine que sanguine. Enfin, sauf les cas où elles résultent de causes accidentelles concomitantes, on ne verra jamais les ecchymoses traumatiques s'accompagner d'hémorrhagies par les muqueuses.

On peut rapprocher des ecchymoses spontanées une variété encore à l'étude, dont on s'est entretenu il y a peu de temps à la Société de biologie (2). Nous voulons parler des ecchymoses que l'on peut produire par suggestion chez certaines névropathes.

A ce propos, M. Brown-Séquard a rapporté l'observation suivante qui ne manque pas d'intérêt :

« Une mère était en train de regarder sa fille, penchée sur une de ces anciennes fenêtres, dites fenêtres à tabatière. A un moment donné, le support de la vitre s'élant détaché, cette vitre tomba et vint frapper sur le bras de l'enfant.

(1) A. Tardieu. Etude médico-légale sur les blessures, Paris, 1879, p. 11.

(2) Séance du 4 juillet 1885.

Au moment de la chute la mère se trouva mal, mais quelle ne fut pas sa surprise à son réveil 1 Sur la partie de son bras correspondant au point où l'eni'ant avait été biessé, existait une large ecchymose, plus profonde, plus étendue que celle de l'enfant, et qui, dans tous les cas, mit longtemps à guérir. »

§ II. — Ecchymoses traumatiques.

De toutes les causes capables de produire des ecchymoses, la contusion est sans contredit la plus fréquente.

La contusion est une lésion traumatique consécutive à une pression et caractérisée par une meurtrissure, un écrasement des couches sous-cutanées, sans solution de continuité de la peau (Reclus) et accompagnée d'extravasation des liquides de l'économie (Jamain et Terrier).

Nous n'avons point l'intention de faire une étude complète de la contusion, mais il nous paraît indispensable de dire quelques mots à son sujet.

D'abord, « diverses conditions physiques font varier le mode d'action des corps contondants. La contusion est produite par une pression plus ou moins forte exercée sur nos organes en deux sens opposés, et les agents de cette pression, sont, en général, disposés de telle sorte que l'un soit en dedans et l'autre en dehors de nos tissus. C'est ce qui a lieu quand les tissus mous se trouvent comprimés entre l'instrument contondant et un os ou une forte aponévrose. Quelquefois les deux agents de la contusion sont situés en dehors, comme dans les morsures et les pinçures. Enfin, dans quelques cas plus

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rares, la puissance et la résistance sont situées à l'intérieur même du corps, comme les contusions ou les fractures de la hanche à la suite d'une chute sur les talons (1). »

En résumé, la contusion résulte de l'écrasement des couches organiques les moins solides contre celles qui ont une solidité plus grande, remplissant à l'égard des autres le rôle de point d'appui (Velpeau).

Il importe de tenir compte dans l'action des corps contondants de la masse du corps et de la quantité du mouvement; mais pour ces questions, ainsi que pour celles qui ont trait à la direction de la force (directe ou oblique), à l'état de relâchement ou de. contraction de la partie frappée, nous renvoyons le lecteur aux traités de Pathologie externe.

Vo3rons maintenant dans quels cas les contusions donnent lieu à des ecchymoses? En admettant, avec Follin, la division de Dupuytren en quatre degrés de contusion, on voit que l'ecchymose est un symptôme fréquent mais non constant du premier degré. Quand elle existe elle varie du rouge brun à la teinte jaunâtre et est fugace. C'est dans le deuxième degré que l'on trouve les ecchymoses les plus considérables, elles s'accompagnent souvent de bosses sanguines. Le troisième et le quatrième degrés sont caractérisés par un broiement et une désorganisation plus ou moins profonde des tissus. Mais dans les contusions il en est comme dans les brûlures, les divers degrés sont souvent unis les uns à

(1) Follin el Duplay. Loc. cit., 1. I, p. 380.

côté des autres (Velpeau). Et autour d'une eschare du troisième degré, on peut trouver une ecchymose du premier.

Les causes particulières des contusions sont, on le conçoit, très nombreuses et«c leur énumération, pour être complète, comprendrait la presque totalité des corps bruts ou animés qui nous entourent (Reclus). » Aussi nous bornerons-nous à les diviser avec Follin en deux classes :

1° Causes qui agissent par pression : pression de lourdes masses sur le tronc ou les membres , morsures, etc.

2° Causes qui agissent par percussion ; leur nombre est bien plus grand : coups de bâton, de pierre, projectiles lancés par la poudre, chute d'un lieu élevé, etc.

La détermination de la cause des ecchymoses est une question médico-légale de grande importance; nous verrons plus tard s'il existe un rapport plus ou moins constant entre la forme de l'ecchymose et celle du corps contondant qui l'a produite. Il est des cas où a priori on peut dire qu'il sera impossible de déterminer la cause d'une ecchymose, par exemple, celle produite par la chute d'un corps sur une nappe d'eau, ou bien d'une ecchymose produite par une colonne d'eau sortant d'un tube sous une grande pression, ainsi que Platner (cité par Chaussier) en rapporte un exemple (1).

S'il est des cas où l'ecchymose reproduit la forme de l'agent contondant, le plus souvent elles ont des formes

(1) Piatner. Instit. chir. ration., § 708.

assez vagues. Car il faut se souvenir que l'importance des vaisseaux lésés et la structure de l'organe influant sur les dimensions et la forme de l'ecchymose, ne permettent pas toujours de juger de l'intensité du coup d'après l'étendue de l'infiltration. Ainsi, pour les paupières et les parties génitales, la laxité du tissu cellulaire donne lieu a de larges ecchymoses sans proportion avec les violences; à l'abdomen, aux cuisses, au cuir chevelu le rapport inverse peut se rencontrer.

Si l'on observe les ecchymoses au bout de quelques jours seulement, lorsque commencent les phénomènes de diffusion, ou bien qu'elles s'accompagnent d'œdème ou d'inflammation, les chances d'erreur sont encore bien plus grandes. Car une contusion qui a agi sur une petite surface et qui se sera d'abord manifestée par une ecchymose d'assez peu d'étendue pourra avoir donné lieu, au bout de quelques jours, à une tache ecchymotique considérable.

« Elle pourra même, dit Devergie, se montrer sur un point opposé à celui qui a été frappé. Est-elle le résultat d'un coup porté sur l'œil gauche? La partie contuse sera violacée aujourd'hui, et demain l'œil droit, qui hier paraissait sain, offrira les traces d'un coup violemment appliqué, quoiqu'il n'ait reçu aucune influence directe de la part du corps contondant (d). » Puis l'auteur rapporte à ce propos les deux observations suivantes :

Obs. XXXV. — « J'ai été chargé, en 1838, de constater les blessures qu'un garde forestier du bois de Vincennes avait reçues

(1) Devergie. Loc. cit., t. II, p. 102.

d'un homme qu'il avait arrfité pour défaut de permis de chasse. Celui-ci, sur le point d'ôtre pris, avait porté un coup du piston de son arme, sur l'oeil gauche du garde, et l'on voyait à l'angle externe de cet œil une plaie contuse, résultant de la pression brusque à laquelle la peau avait été soumise. Au quatrième jour de l'accident, le dos et les côtés du nez, ainsi que l'oeil droit, offraient une teinte bleuâtre presque aussi marquée qu'à l'œil gauche. »

Obs. XXXVI. — « Le 9 septembre 1835, je vais visiter un homme qui avait reçu de son neveu en colère un coup de pointe des deux lames d'une paire de ciseaux à l'angle externe de l'œil gauche et probablement aussi dans le globe de l'œil ; car au rapport des médecins qui avaient été appelés lors de l'accident, il s'écoulait de l'œil une humeur limpide très filante et de la consistance du blanc d'œuf. Lorsque je vis le malade il était au cinquième jour de sa blessure, les paupières de l'œil gauche étaient volumineuses et violacées comme si elles eussent été contuses, et toute la circonférence des paupières de l'œil droit offrait une teinte bleuâtre presque aussi marquée. 11 n'y avait pourtant pas eu contusion de l'œil droit dans ce cas. »

Il faut rapprocher des contusions les tractions, les arrachements incomplets sans lésions de la peau, siégeant surtout aux membres, qui donnent lieu à des ecchymoses quelquefois considérables.

Si l'ecchymose est le symptôme le plus fidèle de contusion, il peut cependant manquer. « La présence d'une ecchymose, dit Taylor (1), est ordinairement une preuve de présomption en faveur d'une violence produite, mais

(1) Taylor. Loc. cil., p. 345.

Perrin de la Touche.

son absence n'annule pas nécessairement cette supposition. » En effet, la mort peut survenir avant que l'infiltration sanguine ait eu le temps d'arriver jusqu'à la peau. Ainsi, Bayard (1) nous dit que dans les autopsies des personnes étouffées au Champ-de-Mars ^ 1837), faites avec Ollivier (d'Angers), 7 avaient des fractures de côtes et le nombre des côtes cassées variait de 2 à 13, toutes brisées environ à un ou deux pouces du cartilage, par conséquent dans des points où les côtes sont assez superficielles. Eh bien, « chez aucun des sujets il n'y avait d'ecchymoses à la surface de la poitrine, dans les points correspondant aux fractures. »

Quelques lignes plus loin le même auteur nous cite le fait d'un ouvrier tombé en travaillant au Luxembourg. Il s'était fait une contusion excessive de la cuisse ; à l'autopsie, on trouva profondément les muscles réduits en bouillie; cependant, lors de sa mort, suite de lésions cérébrales concomitantes, sept jours après l'accident, il n'y avait encore aucune ecchymose à la peau.

Nous avons eu bien souvent l'occasion d'observer à la Morgue des faits du même genre, où des lésions considérables ne se décelaient par aucune coloration anormale des téguments. D'où cette règle, que M. Brouardel rap pelle souvent dans ses Conférences, de toujours pratiquer, dans les autopsies judiciaires, des incisions profondes et assez rapprochées pour être sûr de ne laisser aucune lésion profonde inaperçue, soit dans les parois du tronc, soit dans l'épaisseur des membres.

(1) Loc. cit.

Ces lésions sans ecchymoses se voient le plus souvent dans les contusions au troisième degré, surtout quand la force a agi obliquement (corps passant sur les tissus sans s'y arrêter). On observe alors: « des décollements plus ou moins étendus de la peau sur l'aponévrose, et de celle-ci sur les tissus sous-jacents. Et alors l'intégrité de la peau peut conduire à un pronostic trompeur, car on a vu des malades atteints d'une telle lésion, marcher encore après l'accident (1). »

De même, des contusions viscérales très graves ne se révèlent souvent par aucune ecchymose, les observations n'en sont pas rares dans tous les auteurs. Nous n'avons pas à rechercher ici le mode de production de ces lésions profondes avec intégrité complète de la peau. Mais nous devons dire que cette question médico-légale est souvent soulevée dans des cas où, par exemple, la vessie ou le foie sont déchirés, et où, d'après l'absence générale de marques de violences, il est souvent allégué par la défense, qu'aucun coup de pied n'a pu être donné sur cette partie de l'abdomen.

Si une ecchymose n'a pas eu le temps d'apparaître à la peau pendant la vie, elle peut quelquefois s'y montrer après la mort, ainsi que nous en avons cité un cas d'après Taylor. (Voir p. 32.)

Si. certaines lésions peuvent ainsi ne pas s'accompagner de taches ecchymotiques pendant la vie, le médecin légiste doit cependant se garder de l'erreur de supposer que, lorsqu'un coup a été porté à une personne vivante,

(1) Follin cl Duplay, loc. cit., t. I, p. 388.

il est toujours nécessaire que l'individu atteint survive longtemps pour que l'ecchymose puisse se produire. Telle est l'opinion de tous les auteurs modernes et en particuler de M. Tourdes et de Taylor, à qui nous empruntons le passage suivant :

« Parmi les cas nombreux qui prouvent ce fait, on peut citer celui delà duchesse de Praslin (août 1847). Cette dame, qui fut assassinée par son mari, fut assaillie pendant qu'elle dormait dans son lit. Le nombre des blessures constatées sur sa personne (il yen avait 30), montrait qu'il y avait eu jusqu'à la mort une lutte qui, cependant, n'avait pu durer plus d'une demi-heure. Pourtant à l'autopsie, il y avait des marques d'ecchymoses nombreuses qui avaient été produites par l'emploi d'un instrument contondant (1). Le professeur Casper, de Berlin, pensait que l'ecchymose demandait un certain temps pour se produire, et que si une personne succombait rapidement aux effets de la violence, on ne trouvait pas d'ecchymoses sur le corps, quoique le traumatisme ait pu être de nature contondante (2).

« Le cas de la duchesse de Praslin prouve que cela n'est pas exact.... Le cas suivant montre à quelle erreur d'interprétation ces faits peuvent donner lieu. En 1870, on vit un jeune homme frapper un de ses compagnons qui mourut immédiatement. A l'autopsie, on constata la marque d'une contusion entre la sixième et la septième côte du côté droit. Or, quinze jours avant, l'individu

(1) Ann. dChyg. et de méd. lég., 1847, t. II, p. 377.

(2) Handbuch der ger. Med., vol. I, p. 121.

décédé avait eu un accident : un coffre, en tombant sur son côté droit, l'avait renversé sans connaissance et avait failli le tuer. La question en litige, d'après le Dr Guppy (de Falrnouth), qui rapporte ce cas, était de savoir si la marque ecchymotique du côté était due au coup porté peu d'instants avant la mort, ou à la chute du coffre qui avait eu lieu quinze jours avant. On avança, d'après l'autorité de Casper, que puisque le sujet était mort immédiatement après le coup, l'ecchymose n'avait pu être produite par le traumatisme, mais qu'elle avait été causée par le premier accident (i).

« Un tel cas ne présente cependant pas une grande difficulté. Si la marque ecchymotique était bleue ou livide et sans coloration spéciale de ses bords, elle résultait probablement d'un coup porté immédiatement avant la mort. Si le sang est liquide au moment du traumatisme et que les vaisseaux capillaires soient déchirés, la mort subite s'ensuivant, un coup peut causer un épanchement sanguin et la production d'une marque sur la peau. Le sang liquide encore chaud se frayera un passage dans le tissu cellulaire et produira l'aspect extérieur habituel. Si dans le cas en question, l'ecchymose datait d'une quinzaine, elle devait montrer sur ses bords des changements de coloration que nous allons décrire.... (2). »

Maintenant que nous avons étudié les ecchymoses dans la contusion en général, voyons-les dans quelques cas particuliers.

(1) TheLancet, 1870, vol. II, p. 35.

(2) Taylor. Loc. cit., p. 341.

Plaies contuses. — Les bords de ces plaies présentent des ecchymoses le plus ordinairement et elles peuvent s'étendre plus ou moins loin comme dans la contusion simple. Lorsque les lèvres de ces plaies sont peu mâchées et à peu près nettes, les ecchymoses aideront puissamment au diagnostic et feront reconnaître la nature contondante de l'agent vulnérant, ainsi qu'on peut le voir en particulier dans quelques observations de Marjolin et Ollivier (1).

Morsures. — Les morsures qui peuvent être faites aussi bien par l'homme que par les animaux se présentent le plus souvent sous forme de plaies contuses, mais cependant on n'observe quelquefois qu'une contusion simple.

Voici ce que nous lisons à ce sujet dans la thèse de M. Dumur (2) : « Dans quelques cas il y a plaie véritable avec hémorrhagie et perte de substance ; dans d'autres cas, on ne constate qu'une contusion portée souvent au degré le plus extrême, avec empreinte d'un rouge sombre, reproduisant la forme des dents, mais sans solution de continuité. On peut regarder comme règle générale dans les morsures la présence d'un gonflement réellement caractéristique, accompagné d'une douleur vive. »

Les morsures faites par l'homme se rencontrent

(1) Dict. en 30 vol., t. V, p. 416.

(2) Dumur. Des dents, leur importance et leur signification dans les questions médico-légales, thèse de Lyon, 27 mai 1882, p. 81.

assez souvent dans les rixes, et, d'après Hofmann, ce genre de lésion ne serait pas rare chez les paysans du T}'rol. Souvent aussi, dans les strangulations ou tentatives de strangulation, le meurtrier est mordu aux mains, quand il veut en même temps fermer la bouche de la victime pour étouffer ses cris, et quelquefois il emporte ainsi imprimée sur ses mains la reproduction exacte des mâchoires de sa victime, preuve indéniable de son crime. C'est ce qui arriva dans l'affaire de Madame Crémieux, à Neuilly, tuée par suffocation et strangulation à la main. On fit mouler les mâchoires de cette dame qui n'avait plus qu'une dent à la mâchoire supérieure et trois à l'inférieure, séparées par des intervalles variés, et plus tard on vit que les dents du moulage coïncidaient absolument avec les traces de morsures observées sur les mains d'Odister, son assassin (1).

D'après les traces que laissent les morsures on pourra distinguer non seulement les morsures d'hommes des morsures d'animaux, mais encore celles-ci entre elles, et même, dans certains cas, on pourra attribuer une morsure à tel animal plutôt qu'à tel autre de la même espèce (2).

Dans les morsures faites par l'homme, on rencontre presque aussi souvent des contusions ecchymotiques que des plaies contuses.

Les morsures de chiens produisent presque exclusivement des piqûres et des déchirures.

(1) P. Brouardel. Cours de la Faculté, 16 juin 1885.

(2) Coutagne, Ann. d'hyg. et mécl. lèr/., 3e série, t. II, 1879.

Les morsures de cheval produisent surtout des contusions, mais d'une gravité souvent extrême ; il y a quelquefois attrition complète d'un membre. On les reconnaît facilement, d'après Follin (1) : « à des stigmates restées en impression sur la peau et cette empreinte forme deux lignes courbes se regardant par leur concavité et séparées par un espace depeau saine. Chaque ligne est formée par la juxtaposition d'une série de plaques de couleurs variables et qui correspondent aux dents. Ces plaques sont d'un rouge vif ou foncé, ecchymotiques, si la contusion a été de moyenne force; elles sont sèches, grisâtres, comme parcheminées, si l'action contondante a été de suite portée à l'excès. »

La forme des ecchymoses et des plaies varie nécessairement avec la forme et la disposition des dents dans chaque espèce animale ; aussi renvoyons-nous pour cette étude au Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaire.

Notons, enfin, que les coups de bec de certains oiseaux, coqs, perroquets, oies, canards, etc., produisent des lésions de même ordre que les morsures.

Blessures par armes à feu.— Il faut d'abord remarquer que les effets des projectiles sont de. deux sortes : des contusions et des plaies (Follin).

Ces contusions n'ont rien de particulier, elles se présentent dans deux cas : les coups de feu ont été tirés à bout touchant, et alors on observe plutôt une eschare

(l)Loc. cit., t. I, p. 404.

qu'une ecchymose; ou bi.n, c'est un projectile sur la fin de sa course, une balle morte qui détermine un effet identique à ceux des autres corps contondants. Dans ce dernier cas, on observe une ecchymose plus ou moins large et irréguhère, sans forme particulière, et qui ne permettra pas au médecin expert de dire qu'elle a été faite par une arme à feu plutôt que par tout autre agent contondant.

Les plaies sont beaucoup plus fréquentes. Autour de la plaie d'entrée, il se forme une zone ecchymotique noire ou bleuâtre due à l'infiltration sanguine. Cela est surtout marqué quand le coup de feu a été tiré près des parties molles; car alors, à l'action du projectile, s'ajoute l'effet de l'expansion violente des gaz résultant de la combustion de la poudre, qui produit une véritable contusion (Devergie). C'est cette teinte ecchymotique qui avait été prise à tort par d'anciens chirurgiens pour des effets de brûlure.

Autour des plaies par armes à feu, il peut se faire, comme dans les plaies conluses, des infiltrations ecchymotiques plus ou moins loin de la blessure, quand le tissu cellulaire de la région est suffisamment lâche pour permettre l'infiltration facile du sang.

Il est important, d'après Devergie, de se tenir en garde contre les petites ecchymoses sous-épidermiques, nommées communément pinçons, qui pourraient, dans certains cas, faire croire à l'incrustation de grains de poudre nou brûlés dans la peau, ou à des lésions produites par un coup de feu à petits plombs. « Ces pinçons se présentent sous la forme d'une très petite tumeur

superficielle, arrondie, piriforme, et saillante à la surface de la peau. Mais on les distingue en ouvrant l'épiderme avec la pointe d'une épingle; on y trouvera du sang desséché et concret. C'est ce que j'ai été a même de vérifier plusieurs fois, et entre autres dans les circonstances suivantes :

« Un homme avait volé le plomb qui formait une toiture. Pendant qu'il était occupé à arracher ce métal, il est aperçu par le maître de la maison, qui lui tire un coup de fusil chargé à petits plombs. Néanmoins, le voleur emporte l'objet de son vol; il est arrêté quelques jours plus tard et enfermé à la Force.

« En voici le rapport :

« Nous, elc, Maillard, déshabillé devant nous et visité avec le plus grand soin, ne présente pas à la surface du corps des traces de blessures qui puissent remonter à l'époque précitée.

« Dans la face palmaire de la main droite, on voit une

petite surface d'un bleu noirâtre parfaitement arrondie, d'une ligne et demie de diamètre, de forme lenLiculaire ; elle est évidemment constituée par un peu de sang épanché sous l'épiderme et concrété, comme cela a lieu par le fait d'un pinçon, car en enlevant l'épiderme on constate facilement l'existence du sang. Cette altération ne peut donc être confondue avec les taches bleuâtres, indélébiles, formées par l'introduction de la poudre sous l'épiderme.

« D'où nous concluons que Maillard ne présente pas d'indices de violences ou de blessures faites par une arme à feu ou par tout autre instrument vulnérant (1). »

Blessures par instruments tranchants. — Dans ces (1) Devergie. Loe. cit., t. II, p. 103 et 104.

blessures, le sang, ayant une libre issue à l'extérieur, ne donne pas ordinairement lieu à des ecchymoses. Parfois, cependant, il s'en forme quand une plaie anfractueuse ou profonde siège dans une région où le tissu cellulaire lâche est prêt à se laisser infiltrer par le sang dès qu'il trouve le moindre obstacle à sa sortie au dehors. Les ecchymoses se montrent quelquefois assez loin de la plaie et sans connexion avec elle; c'est pourquoi il est bon d'être prévenu de leur possibilité. Ainsi, les ecchymoses de la poitrine ne sont pas rares après les plaies du cou.

Obs. XXXVII. — W... Léopold, 67 ans (hôpital de la Charité, salle Sainte-Vierge, n° 47). Le 1er juillet, après ligature préalable de l'artère linguale gauche, ablation partielle de la langue au galvano-cautère par M. le professeur Trélat.

Le 15, ce malade présentait une ecchymose jaune-verdâtre occupant toute la région de la première pièce du sternum et se continuant par une bande un peu plus claire, large de 2 centimètres environ, avec une autre plaque ecchymotique de même couleur, mais plus foncée, de la largeur de la paume de la main, siégeant autour du mamelon gauche.

Ous. XXXVIII (1). — Coup de couteau à la partie antérieure et latérale du cou ; ouverture de la veine jugulaire interne et de la carotide primitive; ligature; mort d'hémorrhagie au 8° jour, le 8 septembre.

Le 10, M. Devergie constate à l'autopsie : « sur la partie antérieure et gauche de la peau de la poitrine existe une teinte jaune, sous la forme d'une bandelette de deux pouces de lar-

(1) Devergie. Loc. cit., t. II, p. 242.

geur, qui s'étend de l'épaule gauche au voisinage de l'épaule droite, en décrivant une courbure dont la concavité est en haut. C'est un effet consécutif aux infiltrations de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané... »

Voici encore un autre cas de ces migrations lointaines du sang à la suite de plaies :

Obs. XXXIX (1). — Coup de sabre. Plaie pénétrante de poitrine, longue d'un pouce, entre la 4e et la 5e côte droite, au niveau des cartilages.

« Au 10° jour, une ecchymose fort large occupait la région lombaire droite. »

Blessures par instruments piquants. — Ici, les ecchymoses sont plus fréquentes. L'hémorrhagie qui succède aux petites plaies produites par ces instruments est en général peu intense, à moins qu'un gros vaisseau n'ait été lésé ; mais, dans ces plaies étroites, le sang ne trouve pas des conditions aussi favorables à sa sortie à l'extérieur que dans les plaies par instruments tranchants ; aussi s'infiltre-t-il dans les tissus et donne lieu à des ecchymoses. C'est ce que l'on voit à la suite des ténotomies, quelquefois à la suite des ponctions avec un trocart, comme dans le cas suivant :

Obs. XL. — Mmo X..., 64 ans. Cirrhose atrophique. Chez cette femme très grasse, trois jours après une ponction de l'ascite, il

(1) Chaussier. Loc. cit., p. 441.

y avait autour delà piqûre une ecchymose bleuâtre, assez foncée dans certains points, large comme la paume de la main. La piqûre n'occupait pas le centre de cette ecchymose, mais presque un des bords, l'infiltration s'étant faite surtout vers les parties déclives.

Devergie rapporte l'observation d'un coup de pointes de ciseaux à la main qui détermina une ecchymose considérable de l'avant-bras.

Ces faits ne sont pas rares, mais il importe de les connaître; car des individus peuvent avoir intérêt à dissimuler la cause de l'ecchymose dont ils sont porteurs, et à vouloir faire passer pour une contusion accidentelle ce qui est le résultat d'une plaie par un instrument piquant. Dans ces cas, on retrouve toujours la petite plaie révélatrice, dont les traces survivent à l'ecchymose.

Il est à remarquer que souvent, autour des plaies par instruments piquants, il y a une petite zone où la peau est normale et ne présente pas de coloration ecchymotique.

Nous rapprocherons des plaies par instruments piquants les piqûres de sangsues, quoiqu'il se joigne ici au fait de la piqûre la succion opérée par l'animal, qui doit avoir une certaine importance dans la production de l:ecchymose.

Chaussier nous dit que des individus se sont quelquefois appliqué des sangsues pour simuler des contusions. L'expert ne se laissera jamais prendre à cette grossière simulation; car la plaie triangulaire, ou plutôt en forme

d'étoile à trois branches, est absolument caractéristique. De plus, sauf dans les régions à tissu cellulaire lâche, comme le scrotum, les grandes lèvres, où l'effu sion sanguine est énorme et diffuse, l'ecchymose offre souvent une forme spéciale. Elle se présente sous l'apparence d'un anneau coloré plus ou moins large, séparé de la petite plaie par une petite zone de peau indemne de coloration.

Fractures, entorses, luxations. — Ces diverses lésions s'accompagnent presque toujours d'ecchymoses, et leur apparition contribue souvent à faire diagnostiquer certaines fractures de cause indirecte. Ces ecchymoses sont quelquefois très étendues; ainsi, il n'est pas rare, après un arrachement de la malléole externe ou même une simple entorse de l'articulation tibio-tarsienne, de voir l'ecchymose remonter jusqu'au genou.

On a remarqué que l'ecchymose des fractures est beaucoup plus considérable et plus lente à disparaître chez les vieillards. Nous nous sommes suffisamment étendu ailleurs sur ce dernier point, et nous n'y reviendrons pas ; mais, à l'appui du premier, nous citerons un exemple que nous avons vu dernièrement à l'hôpital de la Pitié, dans le service de M. Polaillon, chez un homme de 70 ans qui s'était fait une fracture de l'extrémité, supérieure de l'humérus, en tombant de sa hauteur sur le bord d'un trottoir. An dixième jour, une ecchymose violacée, très foncée, occupait non seulement tout le bras et l'avant-bras, mais encore toute la paroi laté-

raie du tronc jusqu'à la crête iliaque, et cet homme ne s'était manifestement pas contusionné celte région.

Nous avons également dit plus haut que les ecchymoses qui traduisent les épanchements sanguins profonds, résultant de ces lésions (fractures, entorses, luxations), avaient une marche trop incertaine et une durée trop peu précise pour qu'on puisse en tirer des conclusions au su-, jet de leur date de production. Il faudra donc que l'expert base ses appréciations sur les autres signes physiques propres à chacune de ces lésions.

Nous n'entreprendrons pas défaire ici l'étude, si intéressante et si fertile en déductions pratiques de la sémiologie, des ecchymoses dans les fractures. Nous nous bornerons simplement à rapporter les conclusions de Clément Lucas sur la valeur de l'ecchymose sous-conjonctivale, à cause de son importance toute particulière dans les fractures de la base du crâne.

1° Le sang peut se collecter dans les paupières à la suite d'une blessure superficielle dans le voisinage de l'orbite, et après les avoir distendues passer sous la conjonctive oculaire ; dans ce cas, il s'étend invariablement en allant de l'angle externe vers la cornée.

2° Le sang extravasé entre le périoste et la voûte orbitaire peut se frayer une voie dans les paupières ; il apparaît, en premier lieu, sous la paupière supérieure, puis il suitexactement le même trajet et offre précisément le même aspect que le sang qui s'est collecté dans les paupières après une contusion superficielle.

3° L'hémorrhagie dans le tissu cellulaire de l'orbite se montre tout d'abord, et avec intensité, sous la conjoncti-

vite oculaire et s'étend ensuite aux paupières. Cette forme se montrant après une blessure de la tête est éminemment caractéristique d'une fracture du crâne.

4° L'extravasation dans le tissu cellulaire de l'orbite est quelquefois causée par les écrasements de l'abdomen et du thorax. Le sang se voit alors au-dessous de la conjonctive et dans les paupières, présentant le même aspect que dans les fractures de la base du crâne (1). »

Succion. — L'ecchymose par succion eût pu faire un chapitre des remarquables ouvrages de Parent-Duchatelet et de Jeannel, car elle est assez commune dans le monde dont ces auteurs s'occupent, et elle y porte le nom pittoresque de suçon. C'est pour cette variété d'ecchymose que le langage médical eût dû réserver le mot sugillation, que son étymologie (sugere, sucer) désignait bien plus naturellement pour cette acception que pour toutes celles qu'on lui a données autrefois; car maintenant cette expression, qui ne pouvait que prêter à des confusions fâcheuses, est à peu près tombée en désuétude,

Dans l'ecchymose par succion, l'infiltration sanguine esttrèspeu considérable et très superficielle, car, d'après Velpeau (2), elle serait ordinairement bornée au réseau muqueux de Malpighi. Ses sièges les plus ordinaires sont

(1) Clément Lucas. Valeur sémèiologique de t ecchymose sousconjonctivale. — Guy s Hospitat Reports, § XIX, 1874, p. 423-

(2) Loc. cit., p. 6.

les parties latérales du cou, les épaules, les seins, le ventre, quelquefois la paupière supérieure. La constatation de ces taches pourra, dans certains cas, avoir une certaine importance dans des questions d'identité, mais naturellement bien moindre que les tatouages, car elles sont fugitives. Il faut qu'elles aient été produites par une succion énergique et assez longue pour persister plus de huit jours. Elles ont ordinairement une forme allongée, ovalaire, assez bien en rapport, avec la forme de l'orifice buccal (4). On en voit cependant, quand on les observe de bonne heure, de nettement losangiques, et même de linéaires quand le champ de succion a été limité par la pression des dents.

Ces ecchymoses peuvent quelquefois donner lieu à des actes médico-légaux, ainsi qu'on le verra dans le fait suivant, rapporté par Chaussier (2) et par Rieux (3).

Obs. XLI. — « Une jeune femme, saine, d'une bonne constitution, se plaignit en justice d'avoir, huit jours auparavant, reçu un coup à la mamelle gauche, et demanda à être visitée pour constater son état et la vérité de sa plainte. Un médecin et un chirurgien nommés d'office pour visiter la plaignante, trouvèrent à la mamelle, sous la peau délicate de cet organe, deux ecchymoses superficielles, sans gonflement, sans douleur, distinctes et séparées par l'intervalle d'un pouce; l'une était située un peu audessus du mamelon, et l'autre à la partie supérieure et interne de la mamelle; chacune avait une lorme elliptique bien circonscrite, de la longueur de 18 lignes sur 8 de largeur ; leur contour

(1) Follin et Duplay. Loc. cit., p. 391.

(2) Local., p. 411.

Loc. cit.

l'errin <Ju la Touche. ()

était d'un rouge brunâtre dans toute leur étendue, sans diffusion ou teinte jaunâtre à leur circonférence. D'après l'état de santé de la personne, et de cet ensemble de circonstances recueillies avec soin, les experts déclarèrent, dans leur rapport, que les deux ecchymoses qu'ils avaient trouvéesà la mamelle gauche n'étaient point l'effet d'un coup reçu sur cette partie huit jours auparavant leur visite ; que, d'après leur couleur uniforme, dans toute leur étendue, ces ecchymoses ne pouvaient exister depuis huit jours, comme le disait la plaignante, mais seulement depuis vingt-quatre à quarante-huit heures au plus; que leur forme régulière, circonscrite, en tout semblable, paraissait indiquer qu'elles avaient été produites non par un coup, mais par une succion faite avec la bouche ; enfin, ils appuyaient leur opinion sur ce que, dans la visite, ils avaient trouvé à la mamelle droite, deux taches superficielles, jaunâtres, diffuses, qui étaient évidemment la suite d'ecchymoses qui avaient été faites à cette partie sept à huit jours auparavant; et les éclaircissements fournis par suite de l'instruction de l'affaire, confirmèrent entièrement la justesse de l'opinion des experts. »

On peut rapprocher de la succion la diminution de pression locale causée par les ventouses, qui détermine quelquefois des ecchymoses parfaitement arrondies ordinairement et très faciles à reconnaître.

Foudre. — On observe quelquefois des ecchymoses sur les individus frappés par la foudre (Bayard, Jamain et Terrier). Voici ce que nous en dit Bayard (1), dans son Étude sur le diagnostic des ecchymoses :

« On pourrait regarder ces altérations comme des brûlures; mais, dans la plupart des cas, ces ecchymoses se

(1) Loc. cit., p. 415.

dissipent si promptement, quand les individus survivent, qu'on peut les considérer comme ayant de l'analogie avec les ecchymoses spontanées. »

Puis il donne à l'appui de son opinion l'observation suivante :

Obs. XLII. — « Une femme fut frappée par la foudre; elle n'en vit pas l'éclair, maiselle entendit la détonation. Au moment môme elle se plaint d'avoir les pieds brûlés et tombe sans connaissance. Elle avait les lèvres noires comme du charbon, et il existait à la jambe gauche une tache noire d'un demi-pouce de diamètre. La noirceurdes lèvres disparut au bout de deux jours; celle de la jambe dura quelques jours de plus. La jambe devint ensuite rouge et enflée, elle y éprouva de la démangeaison et un sentiment de brûlure. Vingt-quatre heures après ces douleurs disparurent ; mais cette femme continua d'être sujette aux douleurs et aux abcès, et mourut quelques mois après. »

Pour la plupart des auteurs, ces ecchymoses seraient plutôt des brûlures superficielles. Nous n'avons naturellement en vue que les lésions primitives tenant au fait même de la fulguration, car il est évident qu'il peut se produire des ecchymoses consécutives aux diverses lésions causées par la foudre, telles que fractures, plaies, arrachemenls, etc.

L'électricité pourrait aussi donner lieu à des ecchymoses, d'après ce passage de Duchenne (de Boulogne) :

c Ayant placé des excitateurs métalliques sur les tempes d'une malade atteinte d'amaurose, dans le but de produire une vive révulsion à la peau, je produisis à l'in-

stant une ecchymose considérable sous la conjonctive, avec des phénomènes de congestion cérébrale (1). »

Dans les divers modes à' asphyxie, pendaison, sirangulation, suffocation, submersion, on trouve des ecchymoses de deux ordres. Les unes, véritables contusions ecchymotiques, résultent des violences qui ont pu précéder ou accompagner l'acte asphyxique. Les autres, le plus souvent ponctuées, sont dues au fait même de l'asphyxie.

Ce piqueté hémorrhagique, souvent très fin, en semis, quelquefois véritable pointillé, s'observe surtout à la face, au cou, aux épaules, mais parfois descend sur les bras et jusque sur la région des reins. Il s'accompagne souvent, non-seulement d'un piqueté, mais d'ecchymoses étendues des conjonctives.

Il faut bien savoir que ces lésions ne sont pas propres à ces modes d'asphyxie, mais se rencontrent dans d'autres cas (efforts, convulsions, etc.) (2), partout où se trouve une condition pouvant déterminer la rupture des petits vaisseaux et la formation consécutive de petites extravasations sanguines; c'est ce qui peut arriver aussi dans des traumatismes. « Ainsi, on sait que, souvent, au voisinage des blessures faites avec violence, se trouvent de petites extravasations sanguines de différentes grandeurs, qui ne sont pas le résultat direct du traumatisme, mais sont nées par commotion ; â cet ordre appartien-

(1) Duchenno (de Boulogne), cité dans Trousseau et Pidoux. Thérapeutique, t. I, p. 829.

(2) Cf. supra, p. 96 et suiv.

nent les ecchymoses sous-conjonctivales, dans les cas de suicides par armes à feu tirées dans la tête (i). »

Ces ecchymoses, fréquentes dans la strangulation et la suffocation, sont rares dans la pendaison, et ne s'observent que tout-à-fait exceptionnellement dans la submersion.

Pendaison. — Dans la pendaison, les ecchymoses ponctuées des téguments sont très rares (Brouardel) (2). Les conjonctives sont quelquefois, mais non toujours, parsemées d'ecchymoses (Hofmann).

Nous ne reviendrons pas sur les petites ecchymoses sous-épidermiques signalées par Hofmann, qui se produisent post-mortem sur les jambes de certains pendus.

Autrefois, on admettait que le sillon de la pendaison était le siège d'ecchymose et d'infiltration sanguine, et on se basait sur ce fait pour conclure à la pendaison pendant la vie. Cette opinion avait été mise en honneur, « surtout par les médecins légistes allemands, notamment : Klein, Fleischman, Rœmer. En France, Marc avait adopté leur opinion à cet égard : sur 100 pendus, disait-il, il en est touc au plus 10 chez lesquels il n'y ait pas d'ecchymoses (3); mais, d'un autre côté, Esquirol, Ollivier (d'Angers), Orfila, Devergie, Tardieu, et généralement tous les hommes de l'art, dont le nom fait auto rité, admettent comme un fait incontestable que dans le

(1) Holniiinn. Loc. cit., p. 35G.

(2) Cours de la Faculté, 15 juin 1885.

(3) Ann. cThyg. el de méd. lèg., t. V, p. 137.

plus grand nombre des cas de pendaisons, il n'y a pas d'ecchymoses; qu'il n'y a, en général, ecchymose que lorsque, au fait de suspension, se joint quelque circonstance de violence, lorsque, par exemple, la suspension est l'œuvre de meurtriers qui ont exercé une traction violente sur le corps de leur victime (1) ; ou bien encore (mais plus rarement), lorsqu'un individu, s' étant pendu avec un lien très long, s'est lancé brusquement d'un lieu élevé (2). »

C'est la couleur brunâtre des sillons parcheminés et la couleur bleuâtre des sillons mous qui avaient donné lieu à cette erreur, facile cependant à éviter, puisque en disséquant la peau on ne trouve pas de sang infiltré, ainsi que MM. Brouardel, Descoust et Vibert nous l'ont fait voir plusieurs fois dans les conférences de la Morgue.

On sait parfaitement maintenant que, dans les sillons desséchés et parcheminés, la couleur, allant du jaune brun au rouge brun est un phénomène cadavérique, résultat du dessèchement du derme mis à nu, comme cela a lieu sur les cadavres pour toutes les excoriations de la peau. Quant à la coloration bleue sale des sillons mous (où l'épiderme n'a pas été enlevé), elle n'est due qu'à une exagération de la compression de la peau. « La coloration blanche (ordinaire) du sillon est due à une anémie occasionnée par une compression de la partie correspondante de la peau; la coloration bleue n'est

(1) Et autrefois dans la méthode du bourreau français.

(2) Briand et Chandé. Loc. cit., 1. 1, p. 411.

qu'un degré plus prononcé de ce symptôme de compression et survient en partie parce que la peau a été amincie par la pression et que les muscles sont devenus visibles par transparence, en partie parce que la peau comprimée et condensée prend une coloration grisbleuâtre comme on peut facilement s'en convaincre par des expériences (1). »

Dans quelques cas, le malheureux pendu sentant se réveiller au dernier moment l'instinct de la conservation, a essayé d'écarter avec la main le lien que luimême s'est passé au cou, et, la main se trouvant prise entre le lien et le cou, les articulations des phalanges ont pu produire des ecchymoses. Dans une affaire de Bordeaux, rapportée par Tardieu (2), ces lésions furent regardées par un premier expert comme des indices de strangulation criminelle; mais Tardieu réfuta cette hypothèse, car il avait observé peu de temps avant quelque chose d'analogue chez un jeune homme de 24 ans, qui s'était pendu dans sa cellule, à Mazas. Le dessin, recueilli par le Dr Jacquemin, est reproduit (pl. IX) dans le mémoire de Tardieu.

Les pendus peuvent se faire des contusions ecchymotiques en se heurtant contre les objets qui se trouvent à leur portée pendant les convulsions qui accompagnent la mort par pendaison. Il faut se rappeler également qu'un pendu a pu avoir des contusions récentes, mais

(1) Hofmann. Loc. cit., p. 369.

(2) Tnrrlieu. Etude médico-légale sur la pendaison, la strangulation êt la suffocation, Piiris, 1879, obs. III, p. 74.

étrangères à l'acte mortel, et ne pas penser trop vite à la pendaison criminelle, véritable rareté. Cette remarque peut se faire à propos de tous les genres de suicides, et tous les auteurs fournissent à l'appui de nombreux exemples.

Strangulation. — Nous n'avons que peu de choses à dire de la strangulation à la corde; on peut appliquer au sillon de ce mode de strangulation ce que nous avons dit à propos de celui de la pendaison.

Disons à ce propos que les circulaires du cordon ombilical, même assez fortement serrées pour amener la mort du fœtus, ne laissent que très rarement des traces sur les parties autour desquelles elles s'enroulent (Tarnier). Cependant, l'enroulement du cordon ombilical autour du cou d'un enfant peut donner quelquefois lieu à un sillon de strangulation ; mais, en ce cas, sa largeur correspond à celle du cordon; il est mou et peut être facilement effacé (Hofmann).

PourTardieu (1), le sillon pourrait même être ecchymosé ; voici ce qu'il dit à ce sujet : « En fait, il n'est pas douteux pour moi, et je l'ai constaté de la manière la plus précise, que le cordon peut laisser sur le cou du nouveau-né une empreinte sous forme de sillon légèrement ecchymosé, ainsi que l'a admis Négrier (2) et que l'ont démontré plusieuis faits cités parTaufflieb (3). »

(2) Négrier. Rech. mèd lég. sur la longueur et la résistance du cordon à l'occasion d'un fait qui prouve qu'une femme en se délivrant seule peut étrangler son enfant. — Ann. dliyg. et de méd. lég., t. XXV, p. 12b.

(3) TauffUeb. De la strangulation des nouveau-nés par le cordon ombilical. Ann. dhyg. et mèd. lég., t. XIV, p. 340.

Il est évident que le sillon de la strangulation criminelle avec le cordon ne différera pas de celui produit par une circulaire accidentelle; mais, dans le premier cas, l'enfant pourra avoir respiré, et on trouvera les autres signes habituels de la strangulation ; dans le second, au contraire, l'enfant n'aura jamais respiré

Les ecchymoses ponctuées seraient peu fréquentes, d'après Hofmann. Cependant, M. Brouardel nous a rapporté (1) le fait d'un enfant de 12 ans, trouvé sur les bords de la Seine, sous des sacs à plâtre, où le nombre considérable des ecchymoses ponctuées qui couvraient non seulement la face et le cou, mais encore la poitrine et une partie du dos, jointes à quelques raies très légères sur le cou, le firent opiner en faveur d'une mort par strangulation. Cette opinion fut pleinement justifiée, car l'instruction prouva que cet enfant avait été étranglé involontairement par ses camarades, qui s'étaient amusés à tirer sur les bouts d'un cache-nez enroulé autour de son cou.

Dans la strangulation à la main, on observe fréquemment des ecchymoses dans les conjonctives et sur la peau de la face, surtout sur celle des paupières. « Car nous trouvons dans la strangulation par les mains les conditions les plus favorables pour leur production, puisqu'il s'agit d'une asphyxie qui n'est pas compliquée d'un autre processus, à moins de traumatis.nes, et qui présente ainsi le tableau typique de l'asphyxie (2). » Et M. le pro-

(1) Cours de la Faculté, 1885.

(2) Hofmann. Loc. cil., p. 390.

fesseur Brouardel nous disait à son cours : « Elles sont loin d'être caractéristiques, mais il faut reconnaître néanmoins que les ecchymoses ponctuées ne sont jamais plus fréquentes, plus tranchées, plus significatives que dans la strangulation. Maison ne devra jamais cependant conclure sur ce seul signe, ni en général sur un seul signe quel qu'il soit, surtout en médecine légale. Car en clinique, qui oserait sur un seul symptôme, quelle que soit son importance, même sur la marche de la température, diagnostiquer sûrement une fièvre typhoïde. >

Souvent, dans la strangulation à la main, on trouve sur le cou de la victime des ecchymoses qui reproduisent plus ou moins l'empreinte des doigts, mais qui acquièrent surtout de la valeur pour indiquer la position des mains du meurtrier quand elles sont accompagnées d'érosions produites par ses ongles. Ces ecchymoses font parfois défaut; « mais on ne les verra jamais plus accusées que dans les strangulations incomplètes, par la raison très simple que la vie continuant, les progrès de l'ecchymose ont le temps de se produire et les rendent de plus en plus apparentes(i). » On peut également trouver des ecchymoses sur la face produites par la pression des doigts, car au fait de la strangulation se joint souvent celui de la suffocation à la main, tant pour empêcher l'arrivée de l'air dans les poumons que pour étouffer les cris de la victime.

Enfin, outre les lésions déterminées par la strangulation même, on trouve souvent d'autres lésions provenant

(!) Tardieu. Loc. cit., p. 34.

en partie de la chute du corps ou de sa compression contre un corps solide, ou de la pression des genoux sur la poitrine ou l'abdomen. Car la strangulation est ordinairement précédée de violences diverses, mais surtout de nature contondante (coups sur la tête) ayant pour but de mettre la victime hors d'état de se défendre. Ainsi, sur 28 observations rapportées par Tardieu dans son Étude sur la strangulation, dans 16 cas on trouve la description d'ecchymoses ou de plaies contuses concomitantes et presque toutes à la tête.

Suffocation. — Quel que soit le mode de suffocation, occlusion ou obstruction des voies respiratoires ou bien obstacle mécanique à la dilatation du thorax, les ecchymoses asphyxiques sont très fréquentes ; mais c'est surtout dans le dernier cas qu'elles prennent quelquefois des dimensions considérables, qu'il y ait eu asphyxie suivie de mort ou simplement commencement d'asphyxie.

On peut s'en rendre compte en lisant les observations recueillies par M. Hardy, lors d'un accident survenu dans un atelier de femmes (1848), où un grand nombre faillirent périr étouffées (1). On trouve dans ces intéressantes observations, non seulement des ecchymoses ponctuées, mais aussi un grand nombre d'ecchymoses considérables des paupières et des conjonctives, où dans quelques cas elles formaient un véritable chémosis san-

(1) Tardieu. Elude médico-légale sur la suffocation, etc p. 318.

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