‹ Des Eccyhymoses: Sous-Pleurales & Sous-PéricardiquesChapitre 10 sur 64 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Caractères des Ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques

, Qu'est-ce que les ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques ? Doit-on désigner sous ce nom, toute tache de sang extravasé, sans tenir compte de sa forme, de son étendue, de sa couleur : ou bien doit-on leur donner des caractères spécifiques qui permettent à l’observateur consciencieux d’éviter toute erreur ? L’ecchymose et la suffusion, par exemple, se ressemblent en ce sens qu’elles proviennent toutes deux de l’extravasation du sang. Est-ce une raison pour les confondre sous la même dénomination d’ecchymose ; ou bien faut-il leur attribuer des signes particuliers à l’aide desquels on parviendra facilement à les distinguer ?

Cette question est donc très importante et doit être résolue ; sinon elle exposera et a dû certainement donner lieu à bien des malentendus. Un grand nombre d’auteurs, en effet, nous l’avons constaté par nos longues recherches, signalent des ecchy* moses sous-pleurales ou sous-péricardiques, mais n’indiquent nullement leurs caractères, de sorte que l’on peut être en droit de se demander s’ils ne donnent pas un nom commun aux véritables taches de Tardieu, aux suffusions sanguines et aux noyaux apoplectiques. D’où la nécessité de préciser les termes. Tardieu (1), à propos dessignes de la suffocation, définit ainsi les ecchymoses : « Quelles que soient la couleur et la conges-

(1) Tardieu : Ann. d’Hyg. et de Méd. lég., 2 série, t. IV, p. 378, 1855.

tion sanguine, on trouve à la surface des poumons de petites taches d’un rouge très foncé, presque noires, dont les dimensions varient, sur les poumons d’un enfant nouveau-né, depuis celles d’unetête d’épingle jusqu’à celles d’une petite lentille, et gardent, quoique plus larges chez l’adulte, les mêmes proportions. Leur nombre est extrêmement variable : tantôt réduit à 5 ou 6, il peut s'élever jusqu’à 30 ou 40, et devenir dans certains cas, si considérable, que le poumon offre exactement lapparence du granit. On les voit parfois réunies entreelles et agglomérées de manière à former des plaques et des espèces de marbrures.

Dans tous les cas, elles sont très exactement circonserites, et leur contour très arrêté se détache des parties voisines et. tranche plus ou moins fortement sur la teinte générale du poumon. Leur siège n’est pas moins irrégulier que leur nombre ; cependant, on les trouve le plus souvent à la racine des poumons, à la base et principalement sur le tranchant du bord inférieur.

Ces taches sont formées par de petits épanchements sanguins disséminés sous la plèvre, et provenant de la rupture des vaisseaux les plus superficiels du poumon. Rarement on trouve en même temps des infiltrations limitées et de véritables noyaux apoplectiques dans l’épaisseur même du tissu pulmonaire... La couleur seule des ecchymoses sous-pleuraies

«et sous-péricardiques suffirait à les différencier des pétéchies de certaines affections hémorrhagiques, de certaines fièvres éruptives graves, du typhus, du choléra.

Ces pétéchies sont violacées, livides, toujours irrégulières, plus larges, diffuses et constamment fluides; tandis que les ecchymoses sont beaucoup plus petites, nettement circonscrites, plus tranchées, très régulièrement arrondies et formées par une gouttelette de sang coagulé. »

Tardieu décrit là les ecchymoses de la suffocation. 11 insiste particulièrement sur la couleur, la forme, le nombre et l’éten-

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due qui ne doit pas dépasser celui d’une lentille, fait très important à noter : car Tardieu admet qu’on puisse trouver des ecchymoses dans la strangulation, mais elles ne sont pas ponctuées et consistent plus en « des noyaux apoplectiques ou d’extravasations, ou d’infiltrations sanguines, dont la largeur varie depuis celle d’une pièce de 20 centimes jusqu’à celle d’une pièce de 5 francs (1). »

Une autre äescription est digne d’être reproduite entièrement, c’est celle de M. Legroux, qui représente à peu près les idées actuelles :

« Les suffusions sanguines que l’on peut observer à la surface des poumons se rencontrent sous plusieurs aspects : tantôt, ce sont des taches d’un rouge-cerise ou noirâtres, à contours bizarres, festonnées, reposant ou non sur une base indurée, c’est-à-dire n’étant que de simples nappes sanguines superficielles, ou bien formant la surface extérieure de grands épanchements profonds, de noyaux apoplectiques formés dans le parenchyme pulmonaire ; tantôt les suffusions, au lien d’être étendues et de ressembler à celles qui résultent de fortes contusions de la peau, se rapprochent par leur aspect, leur forme, leur disposition des taches de purpura et des sugillations hémorrhagiques. En effet, ces dernières, les plus intéressantes au point de vue que nous envisagcons, sont constituées par des taches de couleur rouge-sombre ou vif carminé, quand on les examine à l’état frais, souvent entourées d’une auréole rosée, de telle sorte que la tache est alors foncée à son centre et de plus en plus claire à la périphérie; ces taches ont la forme arrondie d’une tête d’épingle noire que l’on verrait par transparence; quelquefois plus petites, elles ne forment qu’un point ; plusieurs de ces taches étant très rapprochées se fusionnent et le bord de la plaque ainsi constitué par agglomération, est festonné ; quelquefois elles res-

(1) Tardieu : Zlude médico-légale sur la pendaison, la strangulation el la suffocation, p. 167, 1870.

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semblent à des étoiles ; enfin, elles peuvent être linéaires ou en coup d'ongles. La dimension de ces taches est variable depuis celle d’un point imperceptible (ecchymoses ponctiformes, pointillées, ponctuées) jusqu’à celle d’une lentille (tache lenticulaire) et même celle d’une pièce de 20 centimes, de 50 centimes et de 1 franc. Leur nombre est également des plus variable ; parfois on ne rencontre qu’une ecchymose plus ou moins large ; tantôt il y en a tout au plus quatre, cinq, dix, une vingtaine disséminées sur ia surfave totale des poumons ; ailleurs, on en constate un véritable semis dans l’intervalle des suffusions d’une étendue plus considérable. Leur lieu d'élection semble être particulièrement les bords tranchants des lobes pulmonaires, surtout des lobes inférieurs, ou la base concave en rapport avec le diaphragme, les surfaces con” vexes postérieures, ou celles contiguës des lobes, moins souvent les faces convexes antérieures, plus rarement les sommets et le hile pulmonaire (1). »

Si nous comparons ces deux descriptions, nous constatons qu’il existe de grandes divergences entre les opinions des deux auteurs, particulièremont au point de vue du volume, de la forme, de la couleur et du siège des ecchymoses souspleurales.

M. Tardieu n’admet que les taches du volume d’une tête d’épingle à celui d’une lentille ; elles sont nettement circonscrites, arrondies, d’une couleur rouge-foncé, presque noires, tranchent sur les tissus voisins et siégeant surtout au niveau du hile pulmonaire. Pour M. Legroux, elles peuvent être semblables aux précédentes, comme aussi, elles peuvent avoir depuis le volume d’un point presqu’imperceptible jusqu’à celui d’une pièce de 1 franc, être linéaires et ne siègeant pas au niveau du hile. Elles peuvent avoir les bords irréguliers festonnés, être entourées d’une auréole rose et par suite peuvent

(1) Legroux : Loco citato, p. 175.

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se confondre avec les tissus environnants pour devenir des suffusions.

Or, il y a bien des cas où l'on est en présence des taches qui tiennent le milieu entre les ecchymoses et les suffusions ; l’on est alors fort embarrassé pour leur donner un nom, et si l’on n’a pas l’habitude de voir ces lésions, on peut facilement appeler taches de Tardieu, ecchymoses, des taches qui ne sont que des suffusions.

La confusion est d'autant plus facile à faire, que les ecchymoses à bords bien circonscrits, perdent après quelque temps leur caractère de netteté pour gagner la teinte des suffusions ou celle du tissu ambiant, cela, pour plusieurs raisons très bien indiquées par M. Vicq, « soit que le sang ait gardé une fluidité plus grande ou plus longue que normalement, soit que le poumon soit plus ou moins œdématié, soit que le poumon reste en contact avec un liquide qui puisse peu à peu l’imbiber » {1). Cette dernière particularité, signalée par M. Vicq, a eté observée par M. Rieussec et par nous-inême.

Ainsi nous avons trouvé des ecchymoses parfaitement nettes

à l’œil nu, sur l’un des poumons d’une femme morte d’ictère grave. La pièce a séjourné pendant trois jours dans l’eau alcoolisée, temps au bout duquel il nous a été impossible de distinguer quoique ce soit. Ce fait serait-il peut-être dû aussi à l’atération du sang qui a gardé sa fluidité ? * Nous dirons encore, à ce propos, que nous avons voulu faire durcir dans l’alcool à 90° ou 95°, des fragments de poumons de lapins, pour pouvoir examiner des taches circonscrites, nettes, que nous croyions être des ecchymoses ; mais par suite d’une affinité spéciale du liquide pour les globules sanguins de ces animaux, nous avons été obligés de modifier notre procédé.

M. Legroux (2) dit de plus qu’il n’est pas toujours facile de

(1) Thèse de Vicq, p. 24.

(2) Legroux, Loco citato, p. 177.

voir ces taches : car « sur les pièces fraîches, beaucoup de ces taches disparaissent quand on coupe les gros vaisseaux, ou bien quand on insuffle les poumons immédiatement. »

Par contre, quand l’autopsie est faite un certain temps après la mort, le sang s’étant coagulé, l’insufflation rend l’ecchymose de nouveau visible, circonstance heureuse pour la médecine légale surtout : car l’insufflation permet de différencier l’ecchymose de la congestion hypostatique qu’elle fait disparaître. C’est M. Faure qui a eu l'honneur de faire cette découverte. Enfin les ecchymoses présentent un dernier caractère non moins important que le précédent ; elles résistent à la putréfaction (10 mois, d’après Tardieu).

Néanmoins M. Rieussec a fait séjourner un fragment de cœur et un autre de poumon dans un bocal hermétiquement fermé. Au bout de deux mois, il n’a plus pu constater la présence d’ecchymoses. Il attribue ce fait à la putréfaction qui aurait produit de nombreuses vésicules d’emphysème.

Tels sont les caractères macroscopiques des ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques. Ils s'appliquent aussi bien aux ecchymoses de la suffocation qu’à celles de toute autre asphyxie, à toute mort accidentelle en général, sauf à la submersion dans laquelle elles sont plus larges ; elles ont un aspect particulier et sont accompagnées des lésions spécifiques de ce genre de mort.

Nous pouvons dire des morts naturelles ce que nous avons dit des morts accidentelles ; c’est inutile de nous répéter. Toutefois il faut encore faire une restriction pour les ecchymoses des maladies broncho-pulmonaires, d’après Parrot. Nous en avons déjà parlé et nous y reviendrons plus loin.

Il ne nous reste plus qu’à dire, en passant, que des ecchymoses semblables aux précédentes ont été signalées dans d’autres organes. Ainsi Tardieu, le premier, a indiqué les ecchymoses péricräniennes et thymiques. Depuis, un grand nombre d'auteurs les ont constatées. Nous aussi les avons vues

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