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CHAPITRE VI

Pathogénie

Nous croyons avoir suffisamment montré par l'analyse des faits cliniques que l'éclatement musculaire, s’il se complique d'infection grave, reconnaît à son origine une dilacération des tissus qui constitue le foyer d’attrition. Ce foyer n’est donc pas une lésion secondaire comme le serait un abcès ou un hématome, c’est dès l’entrée du projectile qu'il est constitué, c’est donc une lésion mécanique où l'infection n'a rien à voir, sinon à titre de complication.

Dans les blessures de ce genre, deux éléments sont en présence : le projectile et les tissus. Le premier, qui représente l’action, les seconds qui fournissent la réaction, et c'est du heurt de ces deux forces opposées que naissent les lésions que l’on observe.

A. — Le Projectile. — L’Action

1° Sa masse. — Elle intervient dans le calcul de sa force vive, et il semble bien que ce soit cette force vive abandonnée par le projectile et communiquée aux tissus qui soit à l’origine des délabrements produits, mais, dans les cas qui nous occupent, nous avons éliminé les grands dégâts occasionnés par les gros éclats, qui, en raison de leur volume, ont une pénétration difficile et traumatisent violemment tout ce qu’ils rencontrent. La condi-

tion optima paraît réalisée par l'éclat moyen, gros comme

ENCUyES

une noisette ou un pois, ou par la balle de fusil qui pénètre facilement et possède une force vive suffisante.

2° Sa vitesse. — C'est un facteur très important. Il suffit de rappeler la formule de la force vive 1/2 m v 2 pour se rendre compte que les dégâts produits seront en raison directe du carré de la vitesse, et c’est pourquoi les projectiles incriminés dans les éclatements musculaires sont les balles arrivant de plein fouet et les fragments d'engins explosifs éclatant à faible distance du blessé.

3° Son équilibration. — Tous les projectiles, en plus de leur mouvement de translation, possèdent un mouvement rotatoire, et c’est ce mouvement qui leur donne leur équilibration. Pour bien se rendre compte de ce fait, il suffit de regarder tourner une toupie en parfaite équilibre, puis de la troubler par un léger choc. Aussitôt on voit des mouvements d'amplitude de plus en en plus marquée se produire, la force vive s’épuise rapidement, et bientôt la toupie, véritablement affolée, meurt dans une convulsion plus énergique. De même, qu’un projectile dans son trajet à travers les tissus soit troublé dans son équilibration, ses effets nocifs seront accrus d'autant.

h° Projectile, air. — Certains auteurs (Melsens, Laroque, Neudorfer) ont voulu rattacher les lésions à distance à une sorte de manchon d'air comprimé qui se disposerait autour et surtout en avant du projectile. Get air, fortement comprimé par la vitesse de la balle, et dont la pression à même été évaluée (?) à 2,50 atmosphères par Neudorfer, se détendrait dans le trajet intramusculaire et produirait la dilacération du tissu. Cette

RÉ je

interprétation paraît quelque peu fantaisiste, de même que celle de Busch et Beck rattachant les dégâts à l’entrée dans l'organisme et à l'explosion des gaz de la poudre.

5° La force centrifuge. — Communiquée à des parcelles détachées du projectile, soit à des fragments de tissus arrachés par lui dans le canal qu'il trace, cette force pourrait pour d'autres auteurs, les convertir en petits projectiles secondaires agissant dans des plans perpendiculaires au trajet de l'éclat principal et élargissant son effet.

6° La température du projectile a peut-être, elle aussi, une action sur les tissus traversés. En raison de la vitesse considérable que l’on obtient avec les armes modernes, les balles sont portées à une température très élevée, et lorsqu'elles perdent leur force vive dans les tissus, cette déperdition ne va pas sans un énorme dégagement de chaleur. Il y a donc bien vraisemblablement des lésions de brûlure, mais elles sont insuffisantes à expliquer les dégâts observés. Hagenbach et Socin se sont faits les défenseurs de cette théorie, mais les expériences de Melsens, sans la ruiner complètement, lui ont certainement

fait perdre beaucoup de sa valeur.

B. — Les Tissus. — La Réacfion

1° Rôle des membranes. — On sait que les membranes élastiques n’opposent que peu de résistance au projectile. Elles se laissent déprimer par lui, et l'orifice qu'il y creuse est toujours de petite dimension ; mais, si la peau et les aponévroses absorbent peu de force vive, il est possible qu’elles agissent sur l’équilibration de la

balle, qu'elles « l’affolent », lui permettant ainsi d'augmenter ses dégâts.

2° Rôle des masses de tissu. — C’est là que se passe la réaction vraiment intéressante, et depuis Les observations de Huguier en 1848 et les expériences de Busch en 1875, de Kocher de Berne en 1880, la théorie hydrostatique a rallié de nombreux partisans. On sait que cette théorie est basée sur la transmission de la pression développée en un point d’un réservoir rempli de fiquide à tous les points de ses parois. Cette théorie, dont la justesse est évidente en ce qui concerne les réservoirs, et que les expériences de Kocher ont démontré exacte, ne saurait s'appliquer à la lettre dans le cas d'une masse musculaire. En effet, les faits cliniques montrent que si le muscle engainé de son aponévrose est assimilable à un milieu liquide, il n’éclate cependant pas en entier, et surtout que ses parois restent intactes. C’est qu'en eflet, il n’y a pas une seule masse, mais une série de masses constituée par les faisceaux secondaires eux-mêmes engainés de cloisons fibreuses. Il serait intéressant, au point de vue expérimental, de voir les effets d’un coup de feu sur un kyste hydatique, par exemple, et de constater les modifications apportées à la loi de l’éclatement. C'est peut-être cette fragmentation du milieu due à la consitution fasciculaire du muscle qui limite les effets de l'éclatement et sauvegarde les aponévroses d’enveloppe.

3° Rôle des‘vibrations. — Il est évident qu'un projectile animé d'une grande force vive vibre per lui-même et vibre plus encore s’il rencontre un obstacle. Ces vibra-

tions se communiquent aux tissus voisins, et si l’on se

rappelle l'éclatement du verre produit par la voix d’un chanteur donnant une certaine note, il n’est pas impossible que les vibrations engendrées au sein du muscle par le passage du projectile produisent un éclatement analogue. Sans doute, cela n'a pas lieu dans tous les cas, mais combien de conditions échappent à notre observation, contraction ou relâchement du muscle, par exemple, amenant celui-ci à une constitution moléculaire telle qu'il soit à L « unisson » pour l'éclatement.

Qui qu'il er soit de toutes ces explications, il nous paraîit qu'en admettant la pression hydraulique comme mécanisme principal de l’éclatement musculaire, on ne doive pas rejeter toutes les autres interprétations. Chacune d'elles renferme une part de vérité qu’il est bien difficile de doser sur l'organisme vivant dont l'essence même échappe à notre analyse.

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