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CHAPITRE VIT

Traitement

On ne saurait songer à ouvrir toutes les plaies, ni même tous les éclatements musculaires, à inciser tous les sétons que l’on voit si souvent se cicatriser sans complications, surtout lorsqu'ils sont produits par des balles de fusil. Donc, en présence d’un éclatement musculaire, sans signes d'infection, c'est l’abstention opératoire qui nous paraît être la conduite logique. Mais cette abstention ne saurait aller sans une surveillance rigoureuse. Les pansements seront faits le plus rarement possible, ils seront rapides et surtout, ils ne s'acompagneront d’aucune manœuvre brutale. Pas de palpation profonde et prolongée, pas de mouvements, et surtout pas d’exploration. Que de plaies qui auraient évolué aseptiquement si le stylet, la sonde cannelée ou la pince n'y avait été portés, à la recherche d’un corps étranger hypothéthique ou dans un but de curiosité qu'on ne peut s‘empêcher de qualifier de malsaine.

Un coup d'œil rapide, une palpation superficielle, légère, des manœuvres brèves et douces renseigneront très suffisamment. Puis un pansement ouaté peu serré, bien occlusif cependant. Nous serions même volontiers partisan de limmobilisation, peut-être pas dans un plâtre en raison des difficultés du pansement, mais dans une bonne gouttière métallique soigneusement ajustée. Le membre entier est ainsi mis au repos et le blessé est considérablement soulagé.

Mais si des symptômes d'infection se manifestent, la conduite du chirurgien change du tout au tout et, dans cette éventualité, nous sommes aussi résolument interventionnistes que nous nous montrions conservateurs pour les cas précédents.

D'ailleurs, depuis longtemps, on connaissait le danger des blessures musculaires et la nécessité qu'il y avait à les débrider de bonne heure, et Theden, chirurgien du roi de Prusse, en 1777, consacre tout un chapitre de son opuscule sur les progrès ultérieurs de la ch‘rurgie à l « utilité de la section des muscles dans les plaies d'armes à feu ».

Il faut, en cas d'infection, agir vite et large. Le bistouri incisera la peau sur les orifices d'entrée, l’aponévrose sera fendue jusqu'à ce que l’on voit apparaître du muscle sain reconnaisable à son aspect rouge vif, à ses trémulations lorsqu'on l’excite ; le foyer d’attrition sera évacué de son contenu semi-liquide et souvent déjà gazeux. Il sera asséché avec des tampons promenés doucement dans sa cavité, qui ne feront pas saigner, mais qui, cependant, détergeront le foyer et enlèveront, outre le raisiné qui l’emplit, les fibres musculaires nécrosées encore adhérentes à ses parois. Puis le doigt explorera la cavité dans tous les sens et découvrira les clapiers où s’est amassé le sang, les fusées où s’insinuent les gaz, les interstices décollés par la sérosité. IT sera suivi de près par le bistouri, et celui-ci creusera partout des tranchées longues et profondes, canaux d'écoulement des produits septiques et cheminées d'aération.

L'incision sera la règle, la contre-ouverture l'excep-

tion (1) ; qui dit contre-ouverture dit drain, c'est-à-dire tunnel. Or, dans les plaies de ce genre, il ne faut pas de tunnel. Mieux vaut, en effet, allonger et multiplier les incisions longitudinales dans l’axe du membre, étaler véritablement touets les surfaces infectées. Ce travail est parfois assez long, il est toujours délicat, car il faut éviter de léser les organes nobles, et il faut éviter aussi de produire des décollements artificiels. Les surfaces d’aborption et d'extension du processus infectieux sont déjà assez vastes pour n’en point créer de nouvelles, et il faut savoir reconnaître les tissus sains, les interstices non encore entre-baillés et repecter les barrières qu'ils constituent. Puis, lorsque le foyer sera complètement mis à ciel ouvert, on l'arrosera d'eau oxygénée que l’on fera pénétrer par pression douce avec des tampons jusque dans les moindres recoins. On pourra aussi l’inonder d'éther qui, pour certains chirurgiens, aurait une action très favorable sur les infections gazeuses.

Enfin, le pansement demande aussi des soins spéciaux. Il ne faut pas se contenter d'appliquer sur la plaie des plumasseaux de gaze et des matelas de coton qui accolent les plans les uns contre les autres et les étouffent ; on emploiera de la gaze froissée qui sera disposée très lâche, de façon à garnir la plaie en soulevant les muscles décollés, en les isolant et en permettant entre eux la pénétration de l'air et l'écoulement des produits septiques qui vont suinter en énorme quanité. C’est ce que M. Val-

las appelle le pansement « en tutu ». Là, les pansements

(1) Il est bien entendu que nous n'avons en vue que les éclatements purs sous fracture. En cas de lésions osseuses, au contraire, il faut adjoindre à ces incisions des drainages perforant le membre de part en part.

fréquents et rapides sont indiqués. Là aussi l'immobilisation, en calmant les souffrances du blessé, favorisera la cicatrisation.

C'est alors qu’on mettra en œuvre les ressources de la thérapeutique : alcool, boissons abondantes, huile camphrée et toni-cardiaques si le cœur fléchit,.

À la suite de ce traitement, l'amélioration survient généralement rapide, et en quelques jours les plaies se transforment et se mettent à bourgeonner avec une activité surprenante. Au cours de cette cicatrisation, il sera bon de commencer à guider la régénération fonctionnelle par des mouvements d’abord doux et de faible amplitude, puis de plus en plus étendus. Cette mécanothérapie, qui doit être appliquée par le blessé lui-même parce que c’est à chaque instant qu'il faut la pratiquer si l’on veut qu’elle soit efficace, donne souvent des résultats inattendus. Et les cas de destruction musculaire très étendue étant mis à part, on voit des blessés qui récupèrent complètement le libre jeu de leurs masse musculaires. Par contre, d’autres qui ne veulent pas, ou ne savent ps se mobiliser, conservent des raideurs, des adhérences ou des rétractions qui en font, souvent par leur faute, des impotents.

Ce que nous venons de dire s'applique aussi au traitement des cicatrices qui arrivent à s'assouplir et à se détacher dans des proportions considérables, avec la mobilisation, les massages, les bains ou les traitements

électriques.

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