CHAPITRE IV
Anatomie Pathologique
Au cours de l'intervention qui, nous ne saurions trop le répéter, doit être précoce el large, on rencontre plan par plan les lésions suivantes
1° Les téguments ne sont que très peu altérés et c'est même une des caractéristiques des formes que nous étudions, et qui les distingue des délabrements considérables produits par un gros éclat d'obus par exemple. Pas de déchirure ni d’éclatement de la peau, pas de lésions de brûlure avec escarres étendues comme on en voit dans les plaies par grenade. Mais une ou plusieurs érosions qui paraissent très superficielles ; parfois un véritable semis de petites croûtes noirâtres confluentes où l’on a de la peine à discerner la plus grave, celle qui à servi de porte d'entrée au projectile principal qui a fait plus profondément les dégâts énormes que nous allons étudier. é
2° Le tissu cellulaire non altéré au début dans la période de latence est envahi secondairement lorsque l’in- * fection se développe et s'étend. Il s’infiltre d’une sérosité louche, d'odeur fétide qui peut rapidement s’étendre très loin. Dans le cas de pullulation anaérobie, on y trouve déjà des bulles gazeuses fines que la pression fait sortir sur les bords des incisions.
3° Les aponévroses reproduisent les lésions de la peau plus minimes encore s’il est possible, et cela se com-
prend si l’on se rapporte aux expériences déjà anciennes
faites sur les membranes élastiques des feuilles de caoutchouc par exemple. Leur élasticité les fait se déformer, s'incurver sous la poussée du projectile qui les traverse en y laissant un orifice plus petit que son propre diamètre. Et de fait, lorsqu'on explore au doigt ces trajets, on est surpris de l’étroitesse de la boutonnière aponévrotique. Cela est si vrai que si l’on n’est pas prévenu, si l’on ne procède pas avec une extrême prudence, l'index peut passer à côté de la perforation et créer des décollements dans le tissu cellulaire infiltré qui se laisse soulever avec une extrême facilité.
Plus tard, les aponévroses qui ont résisté assez longtemps à l'infection se laissent altérer par el'e, se déchirent, se dilacèrent, se nécrosent et constituent ces débris effilochés, ces paquets d’étoupe, qui s’élimineront avec le pus dans les pansements.
h° Le foyer musculaire, la zone d'éclatement, constitue la lésion véritable, la cavité qu'il faut mettre au grand jour si l’on veut faire œuvre utile.
Bridée par les aponévroses et se moulant sur elle, cette cavité a un volume variable. Grosse comme une noix, comme un œuf, elle est généralement allongée dans le sens du muscle, aplatie en galette ; il est rare qu'elle intéresse toute l'épaisseur du muscle dont un certain nombre de faisceaux persistent encore et serviront plus tard à la régénération fonctionnelle.
D'autres fois elle intéresse plusieurs muscles ; c’est ainsi qu'à l’avant-bras nous avons vu presque tous les muscles de la loge antérieure être plus ou moins atteints simultanément. Le foyer généralement unique peut être
multiple, soit qu'il s'agisse de foyers distincts produits
par plusieurs projectiles, soit que le même éclat ait déterminé des cavités successives. Il nous a été permis chez lé malade de l'observation IT de constater deux foyers, l’un dans le grand fessier, l’autre dans le biceps, communiquant par un orifice qui admettait le passage de l'index. Les parois de cette cavité sont formées par des aponévroses et le tissu musculaire restant ; ce tissu musculaire, au voisinage immédiat de la zone d’éclatement, est lui aussi altéré, brunâtre, friable, et Ch. Beil déjà, cité par Chauvel et Nimier, avait décrit ces altérations : « D'après Ch. Bell, le trajet creusé par une balle (dans les muscles) est entouré de trois zones concentriques. L'une centrale est formée par les tissus déplacés et condensés ; la seconde par des tissus stupéfiés destinés à une élimination prochaine ; enfin, la troisième, la plus extérieure, par des lissus presque sains ou susceptibles de reprendre leurs fonctions ».
5° Les vaisseaux et les nerfs sont en général respectés mème s'ils cheminent en pleine zone d’éclatement. On les trouve quelquefois tendus dans la cavité, privés de leur soutien normal, mais non interrompus dgns leur continuité. Il est vrai que leur destinée est assez compromise car s'ils échappent au processus destructif de l'éclatement et de la suppuration, ils peuvent être malmenés par la cicatrice.
6° Le contenu du foyer. — Ce contenu n'est pas du sang liquide ou coagulé comme on le trouve dans les hématomes, ce n'est pas non plus du pus, mais c'est une sorte de masse en général assez liquide, diffluente, noirâtre, remplie de grumeaux et de débris mus-
culaires qui se laissent écraser avec la plus extrême faci-
lité ; il n'y a pas trace d'organisation ni de coagulation, pas de velléité d’enkystement, pas de paroi séparant celte masse du musele sain ; il s'agit bien de nécrobiose avec infection comme le montrent son aspect, son odeur fétide et l'intensité des phénomènes septiques qui viennent compliquer ces blessures. Dans le foyer lui-même, au sein de cette masse, on peut trouver des gaz qui lui communiquent une odeur horriblement fétide et qui, partis de 1à, vont diffuser avec plus ou moins de rapidité dans les interstices musculaires et dans le tissu cellulaire sous-cutané.
7° C'est encore dans le foyer d’éclatement que lon trouve le plus habituellement le projectile. Rarement une balle de fusil ou de schrapnell, ce sont surtout des éclats de grenade ou des fragments d’obus explosifs, irréguliers, tranchants, et dont le volume ne dépasse guère, pour les plus gros, celui d’une noisette.
8° Enfin, il peut exister des lésions surajoutées, sections nerveuses, blessures des vaisseaux avec hémorragies immédiates ou tardives, fractures simples ou comminu-
tives, ou même simples fissures osseuses.
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