II. — Symptômes des éclats à pénétration ancienne
Nous comprenons par là ceux qui débutent plus de deux mois après la pénétration de l'éclat. Nous avons vu que l'iris est une membrane assez peu tolérante pour les corps étrangers ; mais il y a des exceptions à cette règle, et certains éclats peuvent séjourner dans
l'iris pendant des mois, même des années, sans déterminer jamais aucun symptôme, ni inflammatoire, ni infectieux. Ces corps sont dits absolument tolérés. Ces faits sont rares ; Gruson, dans sa thèse, en signale cinq cas.
Seggel a observé un éclat d'acier ayant séjourné douze ans dans l'iris sans incident. Mais rien ne permet de dire qu'un corps étranger de l'iris, même parfaitement toléré pendant des mois et des années, ne donnera pas un jour ou l’autre des accidents le plus souvent très graves. Dans l'observation de Heath, il s’agit d’un éclat de l'iris, absolument toléré pendant vingt-sept ans et qui, en dernier lieu, a donné naissance à une iritis qui a d’ailleurs guéri. Dans l’observation de Bergmeister (Rene générale d'Ophtalmologie, 1908), il est rapporté qu'un éclat d'acier ayant séjourné dix ans dans l'iris sans occasionner aucune réaction, brusquement sans cause apparente donna des phénomènes d’irritation qui nécessitèrent une iridectomie. Même chose dans l'observation de Birnbacher, rapportée par d'Amico, où des phénomènes d'iritis puis de sidérose apparurent après vingt-cinq ans de tolérance ;
À côté des cas absolnment tolérés, il en existe d’autres où la tolérance du corps étranger est concomitante de lésions traumatiques telles que les cataractes, qui n'offrent rien de bien spécial, si ce n’est leur évolution tardive.
Plus curieux sont ceux qui donnent naissance à des kystes. Les kystes perlés de l'iris succèdent À une plaie pénétrante de la cornée. Le corp: étranger a emporté
avec lui, lors de son passage, un bulbe pileux ; celui-ci est venu s'implanter à la surface de l'iris, s’v est développé, a envahi la chambre antérieure, sans pénétrer dans le stroma irien. Ce kyste forme une petite tumeur blanchâtre, nacrée, ressemblant à une perle. Son excision est le seul traitement. Les kystes épithéliaux résultent d’une inclusion d’épithélium de la face postérieure de la cornée, dans l'iris; ils s’y développent en donnant des phénomènes irritatifs parfois intenses. L’excision est encore de règle. Quant aux kvstes s6reux, ils se développent dans le stroma même de l'iris, à la suite d’une plaie pénétrante. Le traitement est identique aux cas précédents. Ces affections, quoique classiques, sont rares,
La sidérose. — Plus fréquemment observée que les kystes a été étudiée en Italie par d’Amico, en France (thèse de Valla) ; bien décrite dans la littérature étrangère, particulièrement dans les ouvrages allemands ; connue surtout depuis les travaux de Bunge en 1890 et de Hippel en 1897 qui en donne la définition suivante :
« La sidérose oculaire est le dépôt d'oxyde de fer fixé sous la forme insoluble sur la substance organique de groupes cellulaires déterminés. »
. La sidérose survient des mois ou des années après l'accident (éclat de fer). M. le Professeur Rollet à fait des expériences sur des lapins. N'ayant pu les suivre que six mois seulement, il n’a observé de sidérose dans aucun de ces cas. C’est donc un phénomène tardif et
MTS
mconstant, mais qui, lorsqu'il existe, indique une gravité vartable avec son étendue.
Nous diviserons la sidérose en deux cas :
1° La sidérose localisée (petits corps étrangers de l'iris). Une tache en forme de secteur, de couleur rouille, amadou ou feuille morte, avec un point plus sombre au centre, apparaît sur l'iris. La sidérose peut être tolérée quelque temps, peut même guérir pour certains auteurs... ou bien, c’est le cas le plus fréquent, elle se généralise, envahit l'iris, puis l’œil tout entier.
2° La sidérose généralisée fait soupçonner souvent un corps étranger, jusqu'alors méconnu. On constate un changement de coloration de l'iris. La teinte nouvelle est variable suivant les individus, elle dépend de la couleur primitive de l'iris. Les iris bleus deviennent verdâtres, les gris : brun jaune, les bruns : jaunâtres. De plus, l'iris devient terne et ses plis s’effacent : sa mobilité disparaît ; la pupille devient paresseuse et réagit mal. Phénomène dû vraisemblablement à l’accumulation des sels de fer, dans la trame du tissu, lui donnant une certaine rigidité. Le noyau cellulaire persisle, la cellule n’est donc pas morte : elle n’est que momifiée.
Notons que la sidérose de l'iris n’est pas produite seulement par les corps étrangers iriens, mais elle peut se produire et se produit fréquemment pour des Corps situés en un point quelconque de l'œil.
I existe une pseudo-sidérose de l'iris, due aux hémorragies oculaires, qui s'explique par un dépôt sur
l'iris de pigments ferrugineux provenant des globules sanguins, mais cette pseudo- Sn ne persiste pas iongtemps.
D'autres affections peuvent compliquer les cas anciens : il peut survenir une iritis simple, ou une iridocyclite, complication plus grave, l’énucléation en est souvent le résultat final ; soit enfin des symptômes infectieux : iritis suppurée, hypopyon dont les symptômes ont été décrits précédemment. |
-Une complication dont on a beaucoup parlé et qui semble en réalité exceptionnelle peut se voir à cette période : c’est l’ophtalmie sympathique. Elle peut apparaître dès le quinzième jour après la blessure, mais généralement, c’est à la fin du deuxième et dans le courant du troisième mois, parfois même elle apparaît après des années.
L’ophtalmie sympathique est une inflammation séreuse ou plastique du tractus uvéal qui se développe dans un œil, à la suite d’une inflammation similaire dans l’autre œil.
Chez un malade blessé depuis plus ou moins longtemps par un corps étranger de l'iris, les troubles consécutifs au traumastisme se sont calmés, l'œil est indolore et il ne reste plus au blessé que le souvenir peu précis de l'accident. Tout à coup, sans cause appréciable, surviennent dans l'œil sympathisant, c’est-àdire dans l’œil blessé, des ‘phénomènes douloureux ; l'œil rougit, larmoie, devient sensible à la lumière ; la pupille est paresseuse ; il y a apparition d’un exsudat blanchâtre, peu abondant, adhérent à l'iris, obstruant parfois la pupille. La région ciliaire est doulou-
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reuse à la pression ; la chambre antérieure diminue de profondeur ; la vision baisse ; la tension oculaire diminue, il y à atrophie de l'œil, c'est la phtisie oculaire.
Du côté de l'œil sympathisé, c’est-à-dire l'œil secondairement atteint, il se produit d’abord des phénomènes irritatifs et inflammatoires analogues à ceux de l’autre œil. Le début est généralement annoncé par une douleur circum-orbitaire, surtout marquée la nuit, empêchant tout sommeil ; douleur suivie d injection ciliaire, de photophobie, de larmoiïement, d’une décoloration de l'iris. L’humeur aqueuse est trouble. La face postérieure de la cornée présente de fins précipités caractéristiques de l’inflammation ciliaire. La pupille rétrécie réagit mal.
Dans les cas graves, il y a formation d’un exsudat. fibrineux, dans l'angle irido-cornéen inférieur. rappe-
-lant un hypopyon, mais non mobile dans les déplace-
ments de la tête. L'’injection péricornéenne devient alors très marquée, tous les symptômes précédents s’accentuent. La tension oculaire augmente, l'œil devient dur, très douloureux, la vision baisse jusqu'à la cécité.
L'ophtalmie sympathique, autrefois considérée comme une infection propagée de l'œil blessé à l'œil San, par le nerf optique, n'est plus guère admise. Il est probable que l'infection, due à un microbe encore in-. connu, se propage par les vaisseaux sanguins (Morax).
L'ophtalmie sympathique est une affection chronique, sujette à rechutes, évoluant par poussées successives. L'énucléation de l'œil blessé est le seul moyen
RES T Ve
d’enrayer la maladie et de sauver l’autre œil. La guérison spontanée est l'exception. C’est heureusement une affection très rare, bien qu'autrefois Moreau et. Raulin la présentaient comme assez fréquente. Jusqu'ici, nous n'avons pas eu l’occasion d’en observer à la suite d’éclats de l'iris, cela tient probablement à ce que, à la clinique de l’Hôtel-Dieu, les éclats sont enlevés dès le diagnostic établi, c’est-à-dire très tôt. D'après Gama Pinto, de Lisbonne (Encyclopédie d'ophtalmologie, 1905) « on peut formuler comme principe général que le danger d’ophtalmie sympathique est d'autant plus grand que la cyclite primitive où sympathisante est moins intense. Elle est produite surtout par des cas d’uvéite traumatique à marche subaiguë où chronique, alors qu'on se berce dans l'espoir d’une guérison prochaine ».
Statistique
Sur 23 observations de la Clinique de M. le Professeur Rollet, 9 se rapportent aux blessures de querre,
SOLE BD 07 — La topographie des éclats se répartit ainsi :
8 éclats de la face antérieure, 8 éclats inclus dans l'iris,
3 de la face postérieure,
2 du bord pupillaire,
2 de l’angle irido-cornéen.
— 11 fois sur 23, l'iridectomie dut être pratiquée, soit une proportion de 47,7 %.
— Nous avons également recherché le temps écoulé entre le jour de la blessure et celui de l'extraction ; nous trouvons les chiffres suivants :
1° Pour les éclats à pénétration récente :
20 jours dans l'observation VIII et 49 Jours dans l'observation XI (ces deux cas appartiennent à des blessures de guerre).
17 jours dans l'observation XVIII. Partout ailleurs, l'intervalle est inférieur à 10 ; Jours. C’est en moyenne du troisième au sixième jour que les malades se présentent à l'hôpital ; l'extraction a lieu le Jour même de leur arrivée.
2° Pour les éclats à pénétration. ancienne, nous trou- VOnS :
Une tolérance de trois ans et demi (obs. XX) ; quatre mois dans l'observation X XIV ; un an dans l’observation XXVI ; quatre ans dans l'observation XXX.
— Le poids des éclats est très variable ; dans nos observations, il est compris entre 0 gr. 0001 et 0 gr
4 éclats sont de l'ordre du centigramme.
10 éclats sont de l'ordre du milligramme.
6 éclats sont inférieurs au milligr amme., 2 non extraits.
1 de poids inconnu.
Mers
Quant aux dimensions, nous trouvons comme chiffres extrêmes :
épaisseur 0 */" 05 pour le plus petit, 1 */”" 26 pour le plus grand.
largeur 0 */" 27 pour le plus petit, 1 */* 94 pour le plus grand. |
longueur 0 “/" 68 pour le plus petit, 2 "/”" 85 pour le plus grand.
* en MOUSE = Le Rire tent 9
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