ÉCOLES DE LOMBARDIE
La plupart des forces morales et d’opinion des siècles précédais, ayant été détruites ou paralysées par les révolutions qui agitèrent le monde vers la fin du dixhuitième siècle et fe commencement du dix-neuvième, aucun autre appui ne restait a l’ordre social, au milieu du peuple de la Lombardie, que les exercices religieux et les instructions répandues avec zèle par les curés, les dimanches et les jours de fêtes. — Mais quel fruit réel pouvait-on espérer de pareils enseignemens, interrompus par les jours de travail, et offerts a des esprits dont le plus grand nombre peut être comparé à ce terrain pierreux dont parle l’Evangile, sur lequel tomba la se-
mencede la céleste parole, dévorée bien tôt par les oiseaux du ciel? Un système d’idées religieuses et morales qui doit être la règle de la conduite humaine, fùt-il même réduit aux plus simples principes, peut-il être appris de celte façon et par de tels esprits? C’est del'a qu’est née pour notre peuple cette profonde ignorance de toute vérité, fondement et soutien de la vertu et de la vraie pitié; ignorance qui menaçait de précipiter les mœurs dans la plus effrayante dégradation. — Notre gouvernement eut la sagesse d’adopter l’unique remède qui puisse guérir radicalement les plaies morales d’un peuple , et il se fît le directeur et le propagateur de l’instruction populaire , en fondant les écoles publiques élémentaires . En 1821 on vit ouvrir, aux frais du trésor royal, les écoles secondaires de garçons et de filles, dans chaque ville chef-lieu de province. — Dans celles des garçons on enseigne la lecture , l’écriture et la grammaire italienne aux enfans qui tendent, par l’étude de la langue latine, à la profession des sciences, et surtout à ces jeunes garçons qui ont besoin d’en connaître au moins les principes pour l’exercice raisonné de l’art ou de l’industrie qu’ils comptent embrasser ; on enseigne à ces derniers, dans un cours de deux années, les élémens de géométrie, de stéréométrie, de physique, d’arithmétique supérieure , d’histoire naturelle, de géographie, d’architecture, de dessin, et on leur apprend à rédiger toute espèce de lettres et d'écritures nécessaires dans les affaires communes de la vie. — Dans les écoles de filles , celles-ci apprennent à lire , à écrire , à compter , étudient la grammaire , et l'art d’exprimer leurs propres idées avec ordre et correction , elles sont enfin exercées à toutes sortes de travaux
d'aiguille. — En 1822 on organisa aussi dans les paroisses des villes et des campagnes, les écoles primaires pour les deux sexes (a la charge des communes ); le soin en fut confié aux curés, et la surveillance à des inspecteurs ecclésiastiques, nommés par le gouvernement, qui assistent aux examens de semestre et font ensuite des rapports aux autorités supérieures sur la conduite des maîtres et l’état des écoles. — Dans chaque école primaire ou secondaire, une leçon quotidienne de doctrine religieuse est donnée pendant une heure par des cathéchistes chargés spécialement de ces fonctions ; elle fait aussi partie de l’enseignement scolaire. — Cette combinaison a produit jusqu’ici d’imporlans résultats moraux. — Les enfans qui, h six ans, entrent aux écoles, commencent de bonne heure a vivre sous la discipline , a s’habituer à l’ordre, à l’émulation, à agir avec droiture , non par crainte de la punition, mais par le désir de cette paix de lame qui résulte d’une vie vertueuse, du respect et de l’amour du prochain. — Confondus comme sont les riches et les pauvres dans les écoles publiques , que de leçons pratiques les uns et les autres ne doiventils pas tirer de cette association ! Le riche apprend a estimer le mérite dépouillé de toute apparence extérieure, le pauvre prend les bonnes manières du riche, parti cipe à son éducation polie, et ils se stimulent mutuellement par une vertueuse rivalité. — Ces courtes réflexions suffisent à mon avis pour convaincre de la su périorité de l’éducation et de l’instruction publiques sur l’éducation particulière, lorsqu’il s’agit de développer , conformément a la sagesse et a l’honnêteté, les facultés morales et intellectuelles des enfans.
Nos ecclésiastiques, qui reconnurent le bien que Ion pouvait tirer des nouvelles institutions pour acheminer les enfans vers l’exercice d’une piété éclairée, acceptèrent avec zèle les soins que les lois leur confiaient et qu’exigeait d eux l’esprit de leur ministère, et ces soins ne furent pas infructueux. — C’est l’usage parmi nous de faire aux jeunes gens , lors de leur première communion , un présent analogue à la circonstance ; leur ignorance ne permettait pas de leur donner autre chose que des couronnes et des rosaires ; et depuis l’établissement des écoles, sur 100 garçons et filles, à peine les rosaires furent-ils distribués à 5 ou 6 d’entre eux, les autres sachant lire reçurent de petits livres de piété.
On voit quels résultats plus grands et plus durables ceux a qui est confiée la direction des âmes peuvent espérer de leurs travaux, lorsque les fidèles seront rendus capables de s’approcher des sacremens dans des dispositions convenables, pénétrés de la sainteté de leuifcaction, et non plus seulement après une préparation générale , et je puis dire superficielle. On y doit ajouter les heureux effets que les leçons élémentaires de religion, données dans les écoles, peuvent faire attendre a l’avenir des prédications et de l’enseignement paroissial. La masse des auditeurs n’offrira plus cette foule de rustres incapables de comprendre les orateurs sacrés, de les suivre dans leur explication, ni de retenir les préceptes de la doctrine chrétienne; exercés dans les écoles depuis leur enfance h l’attention et au raisonnement, instruits du dogme et de la morale, connaissant aussi les Evangiles qui se lisent dans la liturgie des jours de fêtes, ils comprendront les discours des pasteurs et les sentiront véri-
lablement. Tel me semble être i accomplissement du pieux désir de Saint-Jean-Chrysoslôme. qui disait a ses auditeurs : « Je vous demande qu’un jour de la se- « maine, ou le dimanche même, chacun prenne entre scs « mains la portion des Evangiles qui doit être expliquée,
« et que, retiré chez soi, il la lise plusieurs fois, discute « avec un soin vigilant les choses difficiles, et qu’il les « analyse en marquant les passages obscurs, et ceux qui « lui paraissent contradictoires. Assistez a notre ex- « plication, après avoir ainsi médité, et nous en retire- « rons aussi bien que vous un grand avantage. puisqu’il « nous sera moins difficile de vous faire comprendre le « vrai sens de paroles déjà familières a votre esprit; de « cette manière vous pourrez acquérir plus d’intelligence,
« non-seulement pour comprendre, mais aussi pour in- « struire les autres. Maintenant, au contraire, la plupart « de ceux qui nous écoutent sont obligés d’apprendre tout « a la fois et les passages de l’Evangile et les réflexions « que nons y ajoutons ; si donc nous suivions la méthode «que j’indique, pendant tout le cours d’une année,
« je crois que nous en retirerions de grands fruits. » (Ilomel. I. 14 Tobie.)
La raison voudrait que maintenant je parlasse des imporlans avantages qui dérivent pour la société et le bien-être des familles de l’instruction des femmes ; mais ils sont compris par tout le monde. Elles, aussi, font partie de la grande famille chrétienne, l’Evangile lésa rendues égales a l’homme en les tirant de l’abjecte condition dans laquelle elles existèrent tant que se maintinrent les antiques idées religieuses, et elles ont droit a une éducation conforme a leur tâche difficile et sublime
de mère et de compagne de l’homme. La Lombardie qui, hors des monastères , n’avait pas de maîtresses capables de professer l’enseignement, en compte àr présent i, 076 ; et c’est une grande augmentation à la classe des personnes éclairées.
L’utilité des écoles publiques fut tellement sentie dans toute la Lombardie, que déjà en i83o, c’est a dire après l'intervalle de huit années, il existait 53 écoles secondaires de garçons, i 4 écoles secondaires de filles, 2,267 écoles primaires de garçons, et 1 ,o44 écoles primaires de filles, qui toutes ensemble recueillaient 107,457 garçons et 48,135 filles, nombre qui établit le rapport de 1 sur 13 entre les éleves et la population. On mit surtout a exécution .dans la ville et la province de Crémone l’article important du plan organique qui recommande la formation des Ecoles du dimanche. On y exerce pendant deux ou trois heures les jeunes artisans sortis des écoles (à l’âge de 12 ans) aux études littéraires et religieuses, ainsi ils ne perdent pas le fruit des enseignemens déjà reçus, et au contraire ils s’y perfectionnent par l’usage. Ce genre decole fut si bien accueilli dans le public que de jeunes adultes, âgés de 24 ou même 25 ans, qui ne connaissaient ni la lecture ni les principes des autres arts intellectuels nécessaires à tous , occupés d’ailleurs à exercer leurs métiers dans la semaine , demandèrent l’admission aux écoles du dimanche. 11 fallut ajouter aux études les diverses branches de l’enseignement primaire : les leçons de dessin et d’architecture , à l’usage des artisans , firent aussi partie de ces écoles du dimanche.
Je voudrais pouvoir énumérer tous les avantages de
ces institutions! J’indiquerai seulement a quel point ces adultes, qui n’avaient jamais fréquenté d’écoles, étaient îgnorans, même de leur propre existence, du glorieux privilège d’une âme immortelle, des relations entre Dieu et l’homme, et de la nature et du but delà rédemption, en un mot, des premiers fondemens et des préceptes de la morale religieuse et civile. — Après avoir dissipé cette fâcheuse ignorance, on leur montrait a quel péril, pour eux-mêmes et la société, ils étaient soustraits, quels hommes ils seraient devenus et quels, au contraire, ils deviendraient par l’influence des écoles. Maintenant ils assistent aux offices divins, non plus machinalement, comme les ignorans, mais avec un sentiment de foi réel, et en se servant d’un livre ou d’un manuel de piété. — Cette année les écoles du dimanche sont au nombre de 4 ^ Crémone, et de 55 dans la province, on y compte 806 élèves.
Il y eut des détracteurs du système d’instruction populaire , dans les premières années de son existence ; le plus grand nombre d’entre eux prévoyaient des dangers dans l’émancipation de l’esprit humain, d’autres entrevoyaient dans l’ignorance dissipée du vulgaire la diminution d’un gain répréhensible. — Je ne parlerai point de ceux-ci, que Dieu les sauve des conséquences de leurs propres idées, et donne aux gouverneurs des peuples le zèle suffisant pour les rendre intelligens et pour les éclairer de telle sorte qu’il ne soit plus possible de les tromper ! — Les gens de bien cessèrent de craindre lorsqu’ils virent que la ou l'on fuit avancer du même pas la culture morale cl intellectuelle de la jeunesse , l'a où les maîtres forment en même temps le cœur et l’esprit
des enfans, les écoles deviennent le remède et le préservatif de la contagion du vice. — On vit ensuite combien les enfans élevés dans les écoles et selon les méthodes prescrites, sont devenus humains, intelligens et pieux, combien au contraire ceux qûi ne les fréquentent pas restent grossiers et violens; et l’on fut convaincu qu’il n’y a pas d’autre moyen de prévenir le mal qui dérive pour les mœurs publiques, et par conséquent pour la religion pratique , de l’ignorance, de la négligence ou de la corruption de parens incapables d’élever sagement leurs enfans. Mais dans l’impulsion générale donnée a l’esprit d éducation , on ne tarda pas a s’apercevoir que pour des causes inconnues, les fruits des écoles pu bliques n’élaient pas aussi abondans que semblaient le promettre l'excellence des méthodes, l’importante utilité des choses enseignées et le zèle d’habiles maîtres. Des enfans déjà pervertis dans leurs penchans et leur intelligence, ou même entièrement stupides, furent présentés aux écoles publiques, et ils devint fort difficile de les redresser et de les conduire au degré de progrès que leur âge permettait d’espérer. On en rechercha les causes de plus près, et elles furent reconnues avec évidence dans le système vicieux des écoles dites des Maîtresses (sévreuses ou gardeuses d’enfans), auxquelles parmi nous on a coutume de confier les enfans dès qu’ils savent marcher ; ces causes se retrouvèrent plus encore dans diverses parties de l’éducation domestique. — Qu’on me permette d’exposer les observations faites h Crémone, sur de tels désordres et leurs conséquences.
»° Dans les habitudes morales des enfans on reconnut : l’obstination et les caprices produits par la trop
grande condescendance des parens ; l’esprit de vengeance insinué par l’usage de calmer les chagrins des enfans, en dirigeant leur main pour frapper l’auteur véritable ou présumé d’une injure ; la sauvagerie, la timidité causées par l’isolement dans lequel ils vivent au milieu même de leur famille ; le défaut d’habitude d’ordre et de toute pratique vraiment morale et religieuse.
2 e Relativement a la culture intellectuelle, on reconnut : que tout l’enseignement qui leur était donné se réduisait a imprimer dans leur mémoire quelques amphigouris sots et quelquefois honteux , a leur raconter des histoires de sorcières, de fées, d’apparitions, derevenans et de follets, propres seulement a encombrer leur esprit de vaines terreurs ; qu’aucun développement n’était donné a leurs facultés morales, qu’aucune direction ne formait leur jugement naissant, et que l’ensemble des connaissances qui s’insinuaient dans leur âme encore pure, était surtout propre a la gâter dans ses premières impressions et son premier développement. — Si ces flexibles intelligences sont capables d’apprendre le langage maternel et ses absurdités , pourquoi ne retiendraient-elles pas des choses utiles, dans un ordre tel quelles puissent contribuer à diriger leur raison ?
5° Quant au développement des facultés physiques, d’innombrables inconvéniens résultentde l’usage de condamner les enfans a rester asssis pendant plusieurs heures de la journée, presqu'immobiles sur leurs petites chaises, ou de les abandonner h leur vivacité naturelle et immodérée. La première de ces erreurs produit l’affaiblissement des forces corporelles des enfans et ces difformités qui souvent les rendent malheureux et inu-
tiles durant toute leur vie. — La seconde leur fait quelquefois contracter des maladies graves qui laissent ensuite des traces longues, souvent irrémédiables, et par lesquelles estropiés et mutilés ils deviennent un fardeau inutile à la société. — Ces vices dans l’éducation de la première enfance, portent un préjudice très certain a la force et à la santé du corps, font naître des défauts difficiles a corriger, et sont cause de fausses idées et des faux jugemens qui s’introduisent dans l’intelligence naissante des enfans. — Ces deux derniers inconvéniens sont d’autant plus dignes de remarque, que l’on reconnaît de plus en plus par l’expérience de chaque jour, combien les premières impressions et les premières idées infiltrées dans notre âme dès l’âge le plus tendre sont ineffaçables.
Il est facile de s’apercevoir que la crainte de fatiguer les enfans en les instruisant n’est que l’effet d’une tendresse blâmable de la part des parens, de même que l’opinion que l’enfance est incapable de retenir des idées raisonables est un préjugé. — Il n’y a aucun temps dans la vie de l’homme, dit Quintilicn, qui ne demande de l’attention et de la culture. — Les enfans peuvent apprendre dès qu’ils savent parler, et c’est perdre le temps le plus précieux de la vie que de leur permettre de remplir leurs premières années par des bagatelles. — On pense a tort qu’ils ne raisonnent pas : il suffit pour se convaincre du contraire de les observer dans leurs petits jeux et de les écouter discourir.
Toutefois on ne doit pas en conclure qu’il faille donner une vaste extension à la sphère des enseignemens utiles a l’enfance. La possibilité de l’éducation et de l’instruction établie, nous choisissons seulement ceux quisont ap-
plicables aux enfans, et suggères par les jeux quils inventent d’eux-mêmes et sans être dirigés par un guide ou par un maître.
On observe : i # que les plus jeunes enfans en voyant
un nouvel objet en demandent aussitôt le nom. Et
pourquoi n’exciterait-on pas leur curiosité, tantôt en leur faisant considérer des objets nécessaires ou utiles a connaître, tantôt en leur demandant les noms qu’ils ignorent d’objets qui leur sont bien connus ? On obtiendrait ainsi le grand avantage de leur enseigner les premiers principes de la langue italienne dans sa pureté, et cela sans avoir recours aux règles grammaticales, mais par le fait seul, ce qui convient tout-à-fait a cet âge. 2 0 Ils aiment extrêmement les histoires et les récits, et ils prêtent une attention soutenue aux nourrices et aux bonnes quand elles leurs racontent les sottes niaiseries dont se composent leurs récits. On peut tirer parti de celte curiosité naturelle, et substituer avantageusement a ces contes , vides et insipides l’exposition de l’histoire sacrée qui sert en même temps d’acheminement vers la connaissance des doctrines religieuses. — Les enfans euxmêmes nous guident dans la méthode h suivre pour l’étude de ces connaissances. — En elfet, quand 011 leur montre un tableau représentant une figure ou un fait, ils l’examinent avidement et demandent aussitôt : Qui est celui-ci? Et celui-là? Que fait-il? etc. Choisissez de bonnes images représentant des faits de l’histoire Sainte, vous les leur montrerez par séries et avec discernement ; vous pourrez leur raconter les faits relatifs a la personne et à l’action qu’ils ont sous les yeux, et ainsi les instruire de bonne heure d’une manière insen-
siblc et agréable, clans une branche si importante de la science religieuse. — 5°. C’est encore un fait prouvé que les enfans aiment a chanter, et le chant lui-même, ✓quand il est bien enseigné , sert à concilier la justesse et la souplesse de la voix, et a imprimer a l’oreille le sens de la juste intonation et de l’harmonie. Cela exerce même une certaine influence sur la prononciation familière , et l’habitude de parler d’une voix bien modulée donne de la grâce au discours et nous fait écouter avec plaisir par ceux avec qui nous conversons ; tandis qu’une voix rauque et faussée produit un effet désagréable et quelquefois nuisible. C’est un avantage qu’il ne faut pas négliger que cette justesse du ton de voix, modifiée par le chant ; les sons des mots prononcés à haute et intelligible voix, ou même chantés, se saisissent mieux, et cela sert beaucoup ( l’experience en fait preuve) à prévenir tout défaut de l’organe, qui , négligé ou mal combattu dans le premier âge , amène plus tard le bégaiement • ce défaut est grave, il trouble et souvent rend ridicules et humilie des personnes d’un esprit distingué, que ce vice de prononciation empêche d’exprimer clairement leurs idées. — 4 ° Enfin il ne peut y avoir de doutes sur la tendance qu’ont les enfans pour lire, écrire, et pour énumérer les objets.
On a déduit le plan suivant d’éducation et d’enseignement des observations que nous venons de citer.
i°. Education et instruction intellectuelies. — On se propose d’éclairer l’intelligence par la connaissance des objets usuels et de leurs noms disposés systématiquement et distribués par classes; tandis que les en-
fans les apprenent, on leur en fait distinguer les ressemblances et les dissemblances, le tout et ses parties, les genres et les espèces. — On fait ainsi la nomenclature des parties du corps humain et de l’habillement, des objets naturels les plus commun;, divisés en animaux, végétaux et minéraux , des édifices et de leurs
parties, des alimens, des ustensiles de ménage, etc.
— Ces connaissances et toutes les autres sont communiquées par la méthode démonstrative , qui consiste a présenter réellement les objets, ou leur image fidèle, en dirigeant sur eux l’attention des petits élèves. O 11 rattache encore a cette môme éducation l’étude de l’alphabet, de la lecture, de l’écriture et de l’arithmétique , et celle de la religion, regardée comme la plus importai!le et suivie historiquement comme il convient à un âge pre qu’incapable de saisir les abstractions.
2°. Éducation et instruction morales. Elle se compose : des prières quotidiennes du matin, de midi et du soir et de courtes actions de grâces, extraites des Saintes Ecritures et des livres de la lithurgiecatholique; l’on y joint l’Oraison Dominicale, la Salutation Angélique, et une invocation générale des Saints ; de l’étude de l’Histoire Sainte sur les image;, et de, préceptes moraux, utiles règles de conduite, que l’on déduit de leur explication.
La discipline même de lecole fait aussi partie de l’éducation morale ; l’obéissance et la subordination étant exigées indistinctement, tous s’habituent a l’ordre. Quand on aperçoit de petits dilîérens entre les élèves, on établit alors des principes de conduite et de complaisance mutuelle qui se développent et ne s’effacent plus. Enfin les
psaumes choisis parmi ceux qui renferment un sens moral, et que les enfans apprennent par cœur pour les chanter, contribuent aussi a cette éducation. Ils ne peuvent, il est vrai, en comprendre le contenu , mais le moment viendra pour eux d’en découvrir la signification, et alors, au lieu des idées honteuses ou absurdes que renferment les chansons apprises chez les sevreuses, ils trouveront les maximes d’une morale toute divine.
3° Éducation et instruction physiques. Les organes de la voix et de l’ouïe se forment par le chant, et l’on exerce la vue à savoir aprécier ce qui est beau et harmonieux dans les proportions par l’inspection des images les meilleures et les plus régulières. Les jeux et les exercices gymnastiques , mis à la portée de lage et de la capacité des enfans, contribuent beaucoup à rendre leurs petits corps forts et robustes. On doit considérer aussi comme entrant dans le système d’une sage éducation physique , la vie réglée qu’ils mènent dans l’école ; les fréquentes récréations ; les études mêmes, toujours présentées sous la forme d’amusemens ; leurs repas sobres et pris a des heures régulières ; l’exercice périodique et modéré qu’on leur procure trois fois par jour, les marches dans l’école, et le chemin qu’il leur faut parcourir tant pour venir que pour retourner chez eux.
Ce fut sur ces bases et avec ce réglement que l’on établit une école de l’enfance pour les enfans riches , soit parce que le but proposé pouvait attirer de bons maîtres, soit parce qu’il semblait plus facile de bien réussir, soit enfin parce qu’il importait beaucoup de créer le plutôt possible une école où l’on pût recueillir les lumières certaines de l’expérience, et familiariser par là l’opinion pu-
blique avec le nouveau système, car alors l’utilité en pouvait être démontrée-par des faits, et l’on donnait en môme temps un objet d’émulation aux sevreuses excitées ainsi a travailler a l’amélioration de leur méthode.
Le gouvernement impérial et royal, résidant a Milan, approuva cette idée aussi tôt*quel le lui fut présentée et permit, par le décret du 3o août 1829 , de la mettre a exécution : « Ordonnant que de temps a autre on rendît « compte des progrès de la nouvelle instilution ; consi- « dérant quil est d’un grand intérêt de recueillir des u faits propres à établir la nécessité de l'extension ulté- « Heure d’élablissemens particuliers si utiles. »
Nos idées étaient surtout tournées vers les pauvres et vers les lieux où le besoin et l’absence d’éducation chrétienne se font le plus vivement sentir. Le plan d’une école de l’enfance pour les indigens fut donc soumis au gouvernement, et nous reçûmes non-seulement son approbation^), mais aussi des paroles d’encouragement et de bienveillance. Des souscriptions s’obtinrent dans toutes les classes dès que la chose eut été proposée au public ; tellement que de 1 83o 'a 1 83 1 nous pûmes déjà élever et nourrir 34 enfans.
Les directeurs de la société charitable (Istituto Elemosiniero),voyant que les aumônes journalières contribuent bien peu au soulagement réel du pauvre, et servent souvent d’aliment a ses vices, eureut la pensée de nourrir les enfans dans notre école, jugeant qu’un tel changement, loin de violer les intentions des donateurs , en réglait
( 1 ) Par le décret du 3i août i85o.
seulement mieux l’application, et en augmentait le bienfait. Forts de ces ressources et de quelques autres, nous pensâmes à ouvrir également une école de filles : lapermission du gouvernement nous fut accordée par le décret du 27 novembre i 832 , et l’école s’ouvrit le i5 janvier 1 833. Maintenantnous élevons 94 garçons et 46 filles, et nous espérons que Dieu nous aidera a étendre encore plus cette œuvre. Ayons la confiance qu’il disposera l’àme de quelques personnes pieuses a lui donner un fondement stable. Et comment ne pas l’espérer? Il veut que nos vœux et nos travaux tendent a l’établissement et à l’accroissement de son règne, et en ouvrant les écoles de l’enfance, ne nous efforçons-nous pas d’apprendre a l’homme dès son plus jeune âge a vénérer et a louer l’unique vrai Dieu et son divin Messie, et a connaître et pratiquer les principes de toutes les vertus ?
Que les succès obtenus jusqu’ici a Crémone encouragent donc d’autres personnes à essayer et a poursuivre aussi cette œuvre sainte! Jésus Rédempteur du genre humain nous a laissé cette assurance positive : « qu’il re- « garderait comme fait à Lui-même tout ce qui serait fait « pour les pauvres enfans, qu’il a bénis ; » les ecclésiastiques sentiront cette vérité, et ils donneront leur coopération a la noble entreprise de porter à la vertu et a la piété Famé de ces innocentes créatures ; et le clergé, qui dans les siècles passés fut Tardent promoteur des institutions charitables destinées au soulagement des infirmités physiques, reconnaîtra que notre siècle a besoin d’hospices pour les infirmités morales, et que ce sont les écoles publiques qui doivent en servir.
Oh! puissent les écoles de l’enfance se répandre dans
toute l’Italie i Oh ! puisse la terre classique sentir une fois qu’il ne suffit pas de fournir des modèles au génie, mais que pour atteindre à la gloire toute entière, il faut encore offrir l’exemple de toutes les vertus. Dieu promettait au peuple hébreu, qui était le sien, de le rendre un peuple intelligent et sage : c’est à le devenir que doivent aussi tendre tous nos efforts.