POINT DE VUE ÉCONOMIQUE
Nous avons vu que l'effet de complaisance a pour but de procurer du crédit, d'aider un négociant à lraverser une crise. À cela, rien de mauvais; mais, comme l'emploi de ce moyen-là est à la portée de tout commerçant, il est, dès lors, facile de tomber dans les abus que nous avons signalés. C’est sans doute pour ce motif que la plupart des économistes (*) redoutent les effets de complaisance. M. Cauwès (?) reconnait, en effet, « que l’usage modéré du papier de com- » plaisance n'aurait même aucun danger, mais c’est la faci- » lité d’en abuser qu'il faut craindre et les nombreuses » fraudes qui se produisent, prouvent qu'on n’est pas sans » céder à la tentation »; et plus loin le même auteur, pour justifier ses craintes, ajoute « qu'on ne saurait indiquer aucun » moyen préventif, d'une réelle efficacité, contre l'abus qui en » est fait. [l est donc préférable d'en prononcer la nullité ».
(:) Leroy-Beaulieu, Tr. d’écon. pol., 1896, III, p. 44. 2) Cauwès, Cours d’écon. pol., 8e édit., IT, n. 594.
26 CHAPITRE Il
Cependant, un économiste anglais, Macleod (1), s’est fait le défenseur des effets de complaisance, en disant « qu’il » n'est rien dans leur nature de pire ni de plus dangereux » que dans le vrai papier de commerce, quand on en use » avec modération ». Pour lui, toute la différence entre l'effet de complaisance et l'effet réel consiste en « devoir être » et « avoir été ». L'effet régulier représente une affaire passée : les marchandises achetées serviront à le payer; l'effet de complaisance représente une affaire future : des marchandises seront achelées, dont le produit paiera l'effet.
Certains auteurs se sont montrés d'une plus grande sévérité que les économistes et flétrissent avec énergie l’usage des effets de complaisance. C'est d'abord M. Rousseau (?) qui, après avoir rappelé que, pendant longtemps, la mise en circulation d’une lettre de change signifiait toujours qu’une opération commerciale avait existé et qu'elle en était la représentalion, ajoute : « Des agioteurs et des spéculateurs » créèrent et jelèrent dans le commerce une masse énorme
» de ce signe d'échange que rien ne garanlissait plus, qui
CA
» servait pour la représentation d'opérations qui n'avaient
SL
» Jamais existé. Ce fut l’origine d'un nouveau commerce, on