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V. Elle ne se développe qu'après l’insensibilité

VI. La composition chimique du sang n’éprouve aucun changement bien notable.

nn.

VIT. La température d’un animal qu’on éthérise s'élève d’abord jusqu'au moment de l’anesthésie, puis elle s’abaisse jusqu’au moment où l’on cesse l'expérience. La différence peut être de + 2° 1/2.

S V. — Action de l’éther sur les muscles.

Dès les premières opérations qu’ils pratiquèrent sur des malades éthérisés, les chirurgiens furent frappés de l’inertie et de la flaccidité des muscles qui, d'ordinaire, se rétractent si vivement après leur section. Ce relâchement musculaire qui avait quelques inconvénients dans les amputations, fut rapidement utilisé pour la réduction des luxations.

1° Muscles volontaires. — Si l’on observe le tissu musculaire chez un animal qu’on éthérise, on voit qu’il subit d’abord une excitation passagère qui se révèle par des contractures plus ou moins énergiques ; il perd le principe des mouvements volontaires et enfin cette propriété moléculaire qu’il retient habituellement d’une manière si tenace, sa contractilité. Ainsi les irritations mécaniques d’abord et les excitations galvaniques ensuite, deviennent impuissantes pour réveiller ses contractions.

Suivant M. Gruby, cette contractilité peut encore se manifester sur le champ du microscope, alors que les muscles sont flasques et comme macérés ; plus tard elle se limite à quelques faisceaux musculaires, enfin elle est entièrement abolie. La fibre primitive peut même se désagréger et ses glo-

bules être observés séparément sous les verres grossissants.

Chez le chien qui a fait le sujet de la troisième expérience que j'ai citée, les muscles du cou furent agités d’un tremblement ou plutôt d’une vibration continuelle de la 40° à la 70° minute. Ce fait est, je crois, exceptionnel.

2 Muscles mixtes. — Sous ce nom je comprends les muscles qui sont soumis à la volonté dans une certaine limite, mais dont l'exercice est maintenu indispensable par l'importance de la fonction à laquelle ils concourent. Tels sont les muscles respiratoires, les sphincters. Ils se rattachent tous en partie au bulbe ou au système ganglionnaire qui ne subissent l'influence de l’éther qu'après toutes les autres portions du système nerveux. De là cette ré- Sistance apparente des muscles mixtes aux vapeurs inhalées, résistance qui peut être portée très-loin, mais qui a des limites.

Je ne parle point ici des muscles involontaires, ils sont sous la dépendance du grand sympathique : j'ai analysé déjà l'influence qu’exerçait sur eux l’inhalation de l’éther.

$ VI. — Action de l’éther sur les sécrétions.

Toutes les fois qu’on se livre aux inhalations éthérées, les glandes salivaires fournissent une sécrétion extrêmement abondante, et l’on est obligé de se débarrasser souvent de l’embouchoir de

l'appareil pour expuer ce flux abondant de salive. Cette supersécrétion est-elle due à une irritatiou locale de l’éther, analogue à celle que produiraient tous les autres excitants ? est-elle le résultat d’une action spéciale? Je crois que ces deux opinions peuvent être également admises.

Le premier contact de l’éther active les sécrétions salivaire et bronchique à la manière des irritants. Jusqu'ici la question ne présente aucune difficulté : il y a action directe et réaction inmédiate.

Quelques physiologistes ont voulu invoquer pour léther une action toute spéciale sur les glandes salivaires, se fondant sur ce fait que la sécrétion de la salive augmente considérablement quand on injecte l’éther dans le rectum. Mais je ferai observer ici que l'exemple est mal choisi, que cet éther qu'on pousse dans le gros intestin passe rapidement dans le sang, qu’il est bientôt exhalé par la surface pulmonaire, et qu’il traverse la bouche pour être porté hors de l’économie. Qu'il soit inhalé ou injecté dans le rectum, il est en définitive exhalé; il exerce dans les deux cas la même action irritante locale sur les parois buccales ; le même effet doit donc être observé.

Mais le docteur Lach dit qu’il a observé plusieurs fois une supersécrétion d’urine et plusieurs fois aussi un larmoiement considérable. Dans tous ces Cas, l’éthérisme éait incomplet et les yeux

étaient parfaitement à l'abri des vapeurs inhalées. Ces accidents ne se sont pas présentés dans les premiers moments de l’action de l’éther, ils n'ont paru qu’au bout de quelques instants. L’éther dissous dans le sang et transporté par lui sur toutes les molécules de l’organisme, le feraitil participer à cette exaltation fonctionnelle qui résulte de son contact direct? C’est, ce me semble, évident ; mais cette suractivité des sécrétions est quelque peu particulière à l’éther sulfurique, car j'ai souvent remarqué que l’écume qui s'échappe de la gueule des chiens mis en expérience est beaucoup plus abondante sous l’action des vapeurs d’éther ordinaire que sous celle d’autres éthers qui sont par eux-mêmes plus irritants.

On à vu quelquefois la diarrhée survenir chez des femmes et des enfants à la suite des inhalations éthérées.

$S VII. — Qu'est-ce que l’éthérisme ?

La connaissance de l’action de l’éther sur les grands systèmes de l’économie, nous fournit maintenant quelques éléments pour résoudre cette question importante.

Le point de départ de ce collapsus général qui frappe l’organisme tout entier, est-il dans les centres nerveux? tient-il à l’action du sang éthéré qui exercerait sur tous les points de nos organes des

éthérisations moléculaires, en tout semblables à celles que l’on produit artificiellement sur les tissus dénudés ? faut-il enfin invoquer pour l’éther une aclion purement mécanique ?

Nous trouvons dans le London medical gazette du 26 mars, qu'un médecin anglais, le docteur Black, attribue tous les phénomènes éthériques à la compression qu’exerceraient du dedans au dehors les vapeurs d’éther renfermées dans le sang. S'il en était ainsi, on observerait des congestions générales, une turgescence de tous les organes; c’est ce qui n’a point lieu, car les tissus périphériques se resserrent et donnent lieu à un sentiment de froid ; les viscères seuls se gorgent de sang.

Dans sa thèse inaugurale soutenue le 6 août, le docteur Lach donne une théorie de l’éthérisation tout aussi mécanique que la précédente. Suivant lui, tous les phénomènes de léthérisme s’expliquent parfaitement par l’interposihion des molécules d’éther entre les éléments constitutifs du sang, entre le sang et le tissu nerveux qu'il doit animer. Ge fait, qui lui sert de base, est exact; car, du moment que des vapeurs sont dissoutes dans un liquide, leurs molécules s’interposent entre les molécules de ce liquide. L'interprétation seule nous paraît forcée. Nous ne comprenons pas pourquoi ces molécules d’éther provoquent des accidents si variés, et cela par le fait tout mécanique de leur interposition. Une théorie doit toujours expliquer les faits d’une

manière plus où moins satisfaisante. Or, celle que nous donne M. Lach ne les explique nullement. En définitive, elle consiste à dire qu’il y a de l’éther dans le sang et que cet éther agit mécaniquement sur l’organisme ; quant au mystère de ce mécanisme, il n'est nullement éclairé.

L'éthérisation moléculaire des organes par le sang qui servirait de véhicule à l’agent modificateur, ne me paraît pas admissible. M. Serres a vu que l’éther appliqué sur les cordons nerveux abolissait immédiatement, simultanément et d’nue manière permanente, la sensibilité et la motricité. Il est vrai que léther agit ici, possédant toutes ses affinités chimiques et pouvant les disposer sur les tissus qui sont exposés à son contact.

M. Longet a répété les expériences de M. Serres: seulement il a fait agir sur les nerfs isolésl’éther en vapeur au lieu de l’employer liquide: aussi a-t-il pu, pour ainsi dire, reproduire localement, mais cependant avec une certaine exagération , toutes les phases que développe l’inhalation de l’éther. Je dis avec une certaine exagération, car même dans le premier degré qu’il a indiqué , les manifestations que réveillent le galvanisme ou l’excitation volontaire, correspondent à un état d’éthérisme par inhalation assez avancé.

Si l’on observe la faible quantité d’éther qui pénètre dans l’organisme relativement à la masse du sang et à l’étendue des surfaces nerveuses, on

est étonné qu’une si faible quantité de vapeur puisse produire des modifications si profondes, alors qu’il faut la faire agir avec une certaine intensité sur un nerf isolé pour développer des réactions locales analogues. Si l’on voulait admettre que ces grandes lésions fonctionnelles que suscite l’inhalation de l’éther ne sont autre chose que des éthérisations moléculaires généralisées, que des éthérisations locales multipliées à l'infini, exercées par le sang d’une manière toute mécanique sur la trame de tous nos tissus, Je crois qu’on serait dans l’erreur. |

S'il en était ainsi, l’éthérisme se développerait constamment et toujours de la même manière, pourvu qu’une seule condition fût remplie, la présence de l’éther dans le liquide qui se charge de le distribuer à tous les tissus, quelle que fût du reste la manière dont il y aurait été introduit.

Or, en injectant de l’éther dans les artères ou dans les veines, vous anéantissez toujours la moiricité avant la sensibilité. L'ordre de succession des phénomènes est donc tout à fait l’inverse de celui que l’on observe sous l'influence des inhalations.

Ingéré dans l'estomac, l’éther amène l'ivresse, mais non l’insensibilité. Introduit dans le rectum, il produirait, suivant MM. Pirogolf et Marc Dupuy, la même action que lorsqu'il est inhalé. Seulement il en faudrait une plus grande quantité, ses effets

mt

+ 96 l* PARTIE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE

seraient plus longs à se manifester, et surtout beaucoup plus lents à se dissiper.

Enfin, suivant M. Gruby, les grenouilles qu’on a privées de cerveau seraient plus réfractaires que les autres à l’action de l’éther.

Puisque dans tous ces cas vous avez en définitive réalisé constamment une condition capitale, la présence de l’éther dans le sang, et que l’ordre de succession et même la nature des phénomènes éthériques ont toujours varié, suivant la manière dont cet éther a été introduit dans la circulation, puisque l’ablation du cerveau retarde et annihile presque l’action perturbatrice des vapeurs éthérées, vous ne pouvez rechercher la cause des nombreuses variétés des phénomènes observés que dans les modifications subies par les centres nerveux. Inhalez des vapeurs d’éther, et vous sentirez à chaque inspiration leur influence envahir comme par bouffées le centre de vos facultés intellectuelles et affectives, vous monter au cerveau, comme l’on dit vulgaifement, et avec une rapidité égale à celle de la pensée. Croyez-vous que le sang soit le dispensateur de ces irradiations instantanées? Non. La transmission nerveuse est certainement pour beaucoup dans la propagation de ces influences qui nous rappelle la vitesse merveilleuse de la communication électrique.

Donner une théorie satisfaisante de l’éthérisation n’est pas chose facile; théoriser c’est vou-

DE L'ÉTIIER SULFURIQUE. 97 loir expliquer : or ne sommes-nous pas habitués à ne jouer que le rôle passif d’observateurs, pour la plupart des faits qui concernent la thérapeutique? a-t-on expliqué le mode d’action de Popium, des solanées? On a bien dit que ces médicaments agissaient spécialement sur le SYStème nerveux; mais est-ce là une explication? quel est le mécanisme de cette action spéciale sur les nerfs?

Je crois en avoir assez dit cependant pour prouver que les théories exclusivement mécaniques de l'éthérisation n'étaient point admissibles. On ne peut nier évidemment que l’éther dissous dans le sang n’exerce sur la nutrition interstitielle et sur la fibre nerveuse primitive une haute influence ; mais cette influence ne suffit pas pour expliquer cet ensemble de lésions fonctionnelles qui constituent définitivement l’éthérisme. Outre cette action directe, il faut en admettre une autre qui s'exerce sur lés centres nerveux et qui fait naître lexcitation ou la cause de ces lésions fonctionnelles que nous pouvons constater.

y aurait donc dans le développement de l’éthérisme : 1° action mécanique générale de léther transporté par le sang; 2 action spéciale sur le sr ysème nerveux, action aussi mystérieuse qu’elle est puissante, question qui se renouvelle pour chaque agent thérapeutique, et qui ne recevra peut-être jamais une solution définitive; 3 &rradiation de

58 l* PARTIE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE

l’action précédente sur les organes ; {° réactions fonctionnelles de ces organes, constituant la somme de phénomènes que seule nous pouvons constater.

Voilà, ce me semble,une analyse complète de la marche de l’éthérisation : nous n’en connaissons jusqu'ici que les manifestations tertiaires. Que de travaux et de recherches ne faudra-t-il pas pour expliquer le point de départ! que les théories des causes premières nous paraissent pâles et prétentieuses en face d’un inconnu aussi vaste et aussi profond !

Dès le principe, les chirurgiens et les physiolooistes ont voulu caractériser cet ensemble si remarquable de phénomènes qui constitue le collapsus éthéré. Les uns l’ont considéré comme une espèce de sommeil troublé par des rêves; d’autres ont cru que l’éther n’agissait qu’en produisant une ivresse en tout semblable à celle de Palcool. Lorsque M. Amussat fit connaître ses expériences, il confirma l'opinion de ceux qui considéraient le terme de l’éthérisation comme une véritable asphyxie. Quelques-uns ont assimilé l’éther à l’opium : ils ont pensé que l’un et l’autre ne produisaient qu'un narcotisme plus ou moins profond; certains ont vu dans l’action de l’éther une véritable intoxication. Enfin M. J. Roux, de Toulon, a proposé de donner à l’ensemble des lésions fonctionnelles que détermine l’action de léther, le nom d’éthérisme. Il désigne ainsi comme spécial un état

qui, par le fait, n’a d’analogie avec aucun autre.

Deux opinions seulement ont trouvé des partisans : ce sont celles qui comparent l’éthérisme à l'ivresse alcoolique et à l’asphyxie; ce sont les seules que je vais discuter.

L’ivresse alcoolique ne se développe que lentement; elle occasionne toujours une congestion cérébrale et une turgescence de la face très-apparentes ; elleanéantitla motricité avant la sensibilité, réveille toujours de vives sympathies sur le tube intestinal. Les lésions du sentiment et du mouvement qu’elle provoque ne se dissipent qu’à la suite d’un sommeil de plusieurs heures, et laissent à leur suite un malaise inexprimable qui dure souvent plus d’une journée.

Profond modificateur, l’éther produit des effets aussi rapides à se dissiper qu’ils ont été prompts à se développer : il peut enrayer toutes les fonctions de la vie de relation, aboutir à une véritable mort apparente ; et cependant ces phénomènes, qui semblent si redoutables, s’évanouissent sans effort, laissant à peine sur l’organisme quelques traces de leur merveilleuse influence.

L’inspiration prolongée des vapeurs d’éther peut provoquer un commencement d’asphyxie; mais l'éthérisme n’est pas une asphyxie. Un seul fait suffirait pour le démontrer : c’est que les injections d’éther poussées dans le rectum produisent les mêmes effets que les inhalations pulmonaires.

MM. Preisser, Melays et Pillore, de Rouen; M. Hossard, d'Angers, ont fait respirer à des chiens de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone, de l'hydrogène, du protoxyde d’azote. Ils ont pu de cette manière provoquer chez les animaux une véritable insensibilité qui ne les empêchait pas de pouvoir être ramenés à la vie.

Mais ces expériences sont loin de prouver ce que leurs auteurs veulent leur faire signifier, l'identité complète des phénomènes de lasphyxie avec ceux de l’éthérisme. Elles démontrent seulement que les animaux qui sont sur le point de succomber à un trouble profond de lhématose perdent leur sensibilité, ou n’ont plus la force de la manifester. On pourrait en dire autant pour tous les cas possibles où la vie est sur le point de s’éteindre.

L’anesthésie n’est amenée par les gaz irrespirables, que par un trouble profond des appareils de la circulation et de la respiration. Celle que produit l’éther ne provoque pas le moindre trouble dans les battements du cœur ou les mouvements respiratoires. Quelle différence entre cette face bouffie et congestionnée d’un homme qui s’asphyxie, et cet air calme et impassible de celui qui, complétement insensibilisé, continue cependant d’inhaler des vapeurs d’éther. Dans le premier cas le sang artériel est noir, il est encore rutilant dans le second. Je ne poursuis pas plus loin la comparaison de l’éthérisme et de l’asphyxie; les

différences que je viens d'établir sont plus que suffisantes pour empêcher de confondre ces deux états. Elles ressortiront encore bien plus des effets que produit l’inhalation des éthers, autres que l’éther sulfurique.

En définitive, on doit, je crois, admettre que l’éthérisme est une modification particulière de l'organisme, tout aussi spéciale que l'agent qui la détermine, et qu’il mérite d’être nettement séparé de tous les états physiologiques ou provoqués, auxquels on l’a comparé. |

$ VIII. — Des appareils à éthérisation.

La construction des appareils successivement employés pour développer l’éthérisme, est passée par les mêmes phases que la connaissance de l’éther lui-même. Leur imperfection primitive rend compte de ces insuccès fréquents, qui furent jetés sur Île compte de l’éther ; et aujourd’hui même que leur confection ne laisse rien à désirer, le développement de l’éthérisme est encore soumis à de nombreuses circonstances qu’il faut connaître et apprécier, pour pouvoir les éviter avec certitude, et procéder avec sécurité.

Je n’envisagerai ici que le principe sur lequel ces appareils sont fondés. Je les diviserai donc en deux classes, suivant : 4e qu’ils obligent l'individu à ne respirer que de la vapeur d’éther pure, ou

102 l° PARTIE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE mélangée à très-peu d’air respirable; 2° qu’ils permettent le renouvellement de l'air chargé de vapeurs d’éther.

1° Ce n’est guère qu’en Allemagne qu’on se sert encore d'appareils, qui ne permettent aux individus que l'inspiration de la vapeur d’éther pure. J’en ai vu un qui a été construit à Vienne, sur ce principe: c’est tout simplement une vessie en baudruche munie d’une embouchure, le col de cette embouchure ne porte ni soupapes ni robinets. Les chirurgiens des hôpitaux de Vienne ne font usage que de cet appareil qui produit l’insensibilité dans un temps extrêmement court.

9° À la deuxième classe appartiennent les appareils ordinaires, ceux qui ont reçu les plus nombreuses modifications. Ils ont parcouru toutes les phases de la perfection, depuis le simple flacon placé sous le nez du malade, jusqu’à l’appareil muni de soupapes etd’embouchures plus ou moins modifiées.

Les conditions qu’un bon appareil doit réaliser, quelle que soit sa forme du reste, sont : Un réservoir d’une capacité moyenne d’un demi-litre, des tubes de transmission d'un calibre assez considérable pour que l'inspiration se fasse sans effort, des soupapes fermant hermétiquement et empêchant le retour de l'air inhalé dans le réservoir, une embouchure s’adaptant parfaitement aux lèvres de Pindividu.

Toutes ces conditions sont parfaitement réalisées

par les derniers appareils de M. Charrière, dont voici la figure :

Fig.…3.

C’est, comme on le voit, un réservoir en cristal ou en verre, dont le goulot recoit à frottement un tube plongeur D (fig. 1). Ce tube conduit l'air atmosphérique à la partie inférieure du réservoir d’où il remonte saturé d’éther et exécute son départ au moyen de l’ouverture d’aspiration E, Il est surmonté d’un boisseau qui porte à l’une de ses extrémités un orifice pour l'introduction de l'éther liquide, et à l’autre un robinet à triple effet F, Ce robinet centralise dans un seul point trois actions différentes : aspiration d’air pur, introduction d'air pur dans le réservoir, aspiration d’air saturé d’éther.

Le tuyau représenté en À renferme deux soupapes sphériques dont l’une est destinée à empécher l'air pur d'arriver aux poumons pendant

» l'inspiration, et dont l’autre s'oppose à la rentrée

dans le réservoir de l’air expiré.

C’est à cette partie de l’appareil que vient aboutir le tube flexible qui doit conduire les vapeurs d’éther et qui se termine par l'embouchure métallique. | |

Fig. 3, P : Embouchure modifiée de MM. Bonnet et Ferrand, de Lyon, destinée à couvrir le nez et la bouche; H : Pince à ressort destinée à comprimer les narines.

Afin de favoriser l'évaporation de l’éther quand la température ambiante est peu élevée, M. Charrière a adapté à l'appareil un diaphragme fait de toile de coton (voy. B, fig. 1, et À, fig. 2). Ce diaphragme est fixé à l'extrémité d’une tige B, fig. 2, qui traverse à frottement le tube plongeur de l'appareil. De sorte qu’en pressant ou en soulevant le bouton C, fig. 4, qui la termine, on trempe le diaphragme dans l’éther que contient le réservoir, et l'on force les vapeurs à se tamiser pour ainsi dire à travers son tissu.

Ce diaphragme est représenté étendu dans la figure 4 B. Il est fermé dans la figure 2. Il pourrait être remplacé, mais sans aucun avantage, par des mèches de coton peignées qui entoureraient le tube plongeur et qui arriveraient dans l’éther, comme le représente la figure /.

Fig. 4.

DE L'ÉTHER SULFURIQUE. . 105 M. Charrière a eu l’idée d'utiliser les appareils à inhalation pour l’éthérisation par la méthode rectale. On devrait alors plonger le réservoir dans de l'eau à + 40° ou + 50°, Le voici avec les modifications ou plutôt les additions que lui a fait subir M. Charrière. Ces additions le rendent en grande partie tout à fait propre à remplacer la seringue compliquée de M. Pirogoff.

Fi9.15.

Fig. 5. Appareil disposé pour recevoir la canule à rectum, l'application de la pompe ou du soufflet.

Fig. 6. Canule métallique à double courant, pour léthérisation par le rectum.

Fig. 7. Canule simple en gomme, montée sur

une pièce conique qui se visse sur l’extrémité du tuyau aspirateur.

I serait bien à craindre que les vapeurs d'éther ne pussent se condenser sur les canules, et

que l’éther liquide ne pénétrât dans le rectum, ce qui entrainerait de graves inconvénients.

Tous les appareils que’ je viens de décrire sont évidemment les plus perfectionnés. Mais celui que représente la figure suivante satisfait parfaitement à toutes les exigences de la pratique. C’est le plus simple et le plus commode. Car le diaphragme est à peu près inutile, et l’éthérisation par la méthode rectale n’est pas encore admise, Voy. fig. 8.

Fig. 8.

On a fait naître, à propos de l’embouchure de l’appareil, une discussion à laquelle certains chirurgiens ontattaché beaucoup d'importance. L’embouchure doit-elle être appliquée devant la bouche? le malade doit-il respirer l’éther par le nez seulement ou par ces deux ouvertures à la fois? Que la vapeur d’éther pénètre dans les poumons par les fosses nasales ou par la bouche, elle n’en produit pas moins dans les deux cas, une suractivité des glandes sali-

vaires et une irritation plus ou moins vive sur l’arrière-gorge et les cordes vocales. Mais comme la première impression une fois passée, on a tout intérêt à développer l’éthérisme rapidement, je crois que l’éther peut arriver en plus grande abondance par la bouche que par le nez, et que lPinhalation proprement dite est préférable à l’odoration de léther.

Cette inhalation pure et simple me paraît aussi avantageuse que l'inspiration simultanée de léther par le nez et par la bouche. D'abord cette dernière n’introduit pas une plus grande quantité d’éther sur la surface pulmonaire, et de plus, elle détermine sur la membrane pituitaire, une irritation que l’on aurait pu parfaitement éviter. Il est vrai de dire aussi qu’une double embouchure expose beaucoup moins à une éthérication incomplète, parce qu’elle s'applique mieux à la surface du visage, et que dans certains cas elle est moins susceptible d’être dérangée par les mouvements du malade.

Le 14 août, l’Union Médicale rapporta qu’un fait très-propre à faire rejeter les appareils à inhalation proprement dite, avait été communiqué à la Société médicale du Temple. On avait vu une fois les lèvres roidies et contractées, se rapprocher convulsivement et empêcher lentrée de l'air éthéré dans les poumons. Si l’on n’avait pas enlevé l’appareil et écarté les lèvres mécaniquement, l’asphyxie serait

survenue, le nez était fermé par la petite pince que lon emploie à cet effet. Une embouchure de cristal permettrait au chirurgien de s’apercevoir plus tôt de l’éminence de pareils accidents. Mais ce fait est exceptionnel, c’est le seul qui ait été rapporté parmi les milliers de cas d’éthérisation que l’on connaît : il ne me semble certes pas suffisant, pour faire rejeter les appareils munis d’embouchures métalliques.

M. Maissiat avait disposé en régulateur, le robinet à double effet qui donne accès à l’air extérieur: il avait divisé en 100 parties Le cercle qu’il pouvait parcourir ; mais en définitive, l'expérience a démontré que ce prétendu régulateur ne réglait rien du tout, la quantité de vapeur d’éther introduite dans les poumons, étant soumise à une infinité de circonstances qu’on ne pouvait pas maîtriser (2).

$ IX. — De Péther inhalé, — Des circonsiances qui régissent la formation de ses vapeurs.

L’éther inhalé doit être pur, celui du commerce renferme quelquefois de l'acide sulfureux qui irrite vivement les bronches et provoque des accès de toux. On a voulu encore attribuer cette irritation vive à l’alcool et à l’acide acétique qui peuvent accidentellement se trouver dans l’éther. Je ne

(1) Bulletin de l’Académie royale de médecine, 1847, t. XI, p. 549.

“mentionne ce fait que pour mémoire, on sait à quoi s’en tenir sur sa valeur.

La température ambiante et celle de l’éther liquide, le nombre des inspirations effectuées dans un temps donné, la quantité d’éther que renferme le réservoir ont sur la formation des vapeurs une haute influence. Je ne puis mieux le faire sentir qu’en rapportant les conclusions de l'excellent Mémoire de M. Doyère, sur le dosage des vapeurs d’éther.

« 1° La température de l’éther et de l’appareil qui le contient éprouve un abaissement de 15 à 25 degrés durant une inhalation de 6 à 10 minutes.

2° Cet abaissement de température diminue suivant une progression très-rapide, la dose de vapeur d’éther contenue dans l’air que fournit l'appareil,

3° Cette dose est de 15 à 20 pour 100 en moyenne pendant la première minute de l’inhalation, et de 22,0 pour {00 à l’origine.

h° À la fin d’une inhalation de 6 minutes, elle est tombée de 22,5 à 8 pour 100, si les inspirations ont continué à avoir lieu en même nombre et avec la même capacité.

Après 8 à 40 minutes, l’air inspiré peut ne contenir plus que 4 à 5 pour 109 de vapeur d’éther.

9° La composition de l’éther varie peu pendant la durée de linhalation, si l’éther est anhydre ou très-rectifié; elle varie beaucoup au contraire si l'éther a une densité supérieure à 0,75.

6° Dans un éther dont la densité est de 0,768,

l'effet de cette variation peut être de faire tomber la dose de vapeur d’éther de 15 à 20 pour 100, à moins de 4 pour 400; encore la vapeur fournie dans ce cas, n'est-elle composée de vapeur d’éther que pour une faible partie.

7° L'action des températures artificielles double et triple l’évaporation.

8° La température d’un été moyen doublera presque la dose de vapeur d’éther fournie par Îles appareils actuels.

9° La durée et la fréquence des inspirations sont à peu près sans influence sur la proportion de vapeur d’éther.

10° Cette proportion augmente avec les quantités d’éther que l’on emploie pour les quantités de 95 grammes et de 100 grammes, les quantités de vapeur sontentreelles comme lesnombres 41 et 15.

41° L’agitation de l’appareil accélère très-rapidement l’évaporation; elle peut la doubler et même la tripler suivant qu'elle est modérée ou violente.

19° L'influence des éponges introduites dans l'appareil est de réduire l’évaporation. Cette réduction peut aller au tiers de l’évaporation normale (1). »

Je crois que l’on trouve dans ces douze propositions, toutes les considérations pratiques que peut

(4) Comptes rendus de l'Institut, 19 avril 1847, p. 696.

présenter la manière de fonctionner des appareils à éthérisation.

Avant de terminer ce qui a rapport à laction physiologique de léther, je dois mentionner une considération sur ses vapeurs, que MM. Porta et Buffini, de Milan, regardent comme très-importanie. Suivant ces médecins, l’éther produirait d’autant plus rapidement ses effets, qu’il serait mieux dissous dans l'air, qu’il n’y existerait point à l’état globulaire. Cest lorsqu'il est dans ce dernier état qu’il produit sur les bronches ces impressions pénibles qui suscitent toujours les efforts de la toux.

Enfin, pour éviter cette toux, que l’on a dit si fréquente et si difficile à conjurer, il suffit de n’ouvrir le robinet à double effet que d’une manière très-lente; l'individu s’accoutume peu à peu aux vapeurs inhalées, et bientôt la tolérance est complète.

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