‹ Des effets physiologiques et thérapeutiques des éthersChapitre 24 sur 48 · ACTION DE L’'ÉTHER FORMIQUE · texte numérisé non relu

ACTION DE L’'ÉTHER FORMIQUE

L’éther formique présente avec l’éther acétique de nombreuses analogies, analogies de composition, de propriétés physiques et même de propriétés chimiques. Il était intéressant de rechercher si . ces analogies se poursuivraient au point de vue physiologique : c’est dans ce but que j'ai entrepris les six expériences suivantes.

PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — Le 8 avril, je soumets aux inhalations d’éther formique pur un chien dogue adulte de forte taille et très-vigoureux. L’animal oppose d'abord une résistance extrême et pousse des cris plaintifs. La respiration et le pouls présentent une accélération remarquable. A la 3° minute, il éprouve une émission d’urine et une défécation involontaires ; les yeux sont brillants et injectés ; la résistance s’est beaucoup amoindrie ; le rhythme du pouls et de la respiration est bien moins fréquent. On peut enfoncer profondément des aiguilles dans la face palmaire des pattes et inciser les oreilles sans provoquer la moindre souffrance. Une écume abondante remplit l’embouchure et s'écoule par ses bords,

L'animal livré à lui-même reste d’abord couché sur le côté gauche, ses quatre pattes roides et écartées. Bientôt il se relève, fait quelques pas en décrivant des zigzags, secoue vivement sa tête et

projette de tous côtés une salive blanchâtre trèsabondante. 11 se couche haletant : 2 minutes 1/2 après l’expérience , il paraît n’éprouver que fort peu de douleur quand on lui marche pesamment sur une patte, Au bout de 5 minutes, la sensibilité est entièrement revenue; après 10 minutes, la respiration embarrassée de l’animal me porte à l’ausculter. Je constate dans toute la poitrine quelques bulles fugaces de râle sous-crépitant très-gros : la sonoréité est parfaite.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE. — Jeune petit chien faible, qui a déjà servi aux inhalations d’éther acétique et sulfurique. L'expérience est continuée pendant l minutes. L'animal a poussé des cris violents, il est devenu insensible.

Abandonné à lui-même, il reste sous une oppression suffocante, et rejette une assez grande quantilé de spumosités striées de sang. Le lendemain il est rétabli complétement.

TROISIÈME EXPÉRIENCE, — Sur un chien griffon adulte , extrêmement alerte et de taille moyenne, l’inhalation est prolongée pendant 6 minutes. Comme les autres animaux, il oppose d’abord de la résistance et pousse des cris aigus; son regard s’injecte et la pupille se dilate.

Après l'expérience, la seule lésion fonctionnelle que l’on constate est une démarche légèrement incertaine. On s'aperçoit alors que le robinet de communication avec le réservoir n’a été qu’à moitié

ouvert. Malgré cette circonstance, les glandes salivaires fournissent une sécrétion excessive et filante qui s'écoule de la gueule de l’animal en grande quantité.

QUATRIÈME EXPÉRIENCE, — Jeune chien de taille moyenne. Au début de linhalation, je compte 42 inspirations. L'animal présente les mêmes phénomènes que les précédents. À la 40° minute, la pupille est énormément dilatée, l’œil insensible : l'animal pousse des cris plaintifs et n'offre plus que 22 inspirations par minute. Insensibilité profonde. À Ia 43° minute, le nombre des inspirations est descendu à 15. Les cris ont cessé, l’animal s’aflaisse sur lui-même et ne réagit plus par le moindre mouvement. 76 pulsations.

L’inhalation est suspendue : immobilité complète, insensibilité absolue pendant 2 munutes. La respiration se relève et s'accélère peu à peu (28 inspirations). Au bout de 3 minutes, le train postérieur est agité de quelques mouvements spasmodiques. Bientôt l’animal tente de se relever et de faire quelques pas : il éprouve deux vomissements abondants de spumosités visqueuses. Il ne peut se tenir sur ses pattes que 10 minutes après la cessation de l'expérience.

Les deux jours suivants, il refuse ses aliments et vomit encore trois fois. Il présente une grande gêne respiratoire et une toux profonde. $ jours après seulement il est entièrement rétabli.

CINQUIÈME EXPÉRIENCE. — Je soumets à l’action de l’éther formique le même animal qui a servi à ma première expérience. — 3° minute : défécation involontaire; efforts inouïs pour se dégager ; 25 inspirations ; salivation excessivement abondante; insensibilité complète; — 7° minute : 12 inspirations par minute profondes et régulières ; expiration saccadée, résistance permanente, nouvelles selles involontaires; — 10 minutes : résistance beaucoup plus faible ; 8 inspirations ; — 12 minutes : la respiration s'arrête. J’enlève à l'animal l'embouchure de l'appareil.

Immobilité et inertie complètes. Bientôt les inspirations renaissent et prennent progressivement plus de fréquence ; mouvements spasmodiques antéro-postérieurs de la tête sur le tronc. Au bout de } minutes, l'animal tente quelques mouvements de progression : il retombe impuissant; le train postérieur paraît être presque paralysé. La respiration s’est accélérée, au point de produire un véritable essoufflement ; la sensibilité est excessivement obscure. — 10 minutes après l'expérience, l'animal est encore haletent, fatigué, mais susceptible de faire quelques pas assez assurés.

2 heures après, il est revenu à son état normal.

SIXIÈME EXPÉRIENCE. — Le chien que je soumets à cette expérience est celui qui m'a servi à la troisième. Il a conservé depuis sa première inhalation une toux médiocre et une anorexie qui n’a pas

cessé. Dès les premières alteintes de la vapeur éthérée, il présente 50 inspirations et un pouls extrêmement fréquent. — 6° minule : insensibilité : résistance continuelle ; AG inspirations. — 8° minute : salivation excessive; 18 inspirations ; expiration tremblotante, gémissements, efforts de l’animal pour se dégager. — 11° minute : 5 inspirations : plus de cris, plus de mouvements. — 19° minute : les pattes se roidissent convulsivement, l’animal s’affaisse comme une masse inerte.

L'expérience est interrompue : immobilité pendant une demie minute. Au bout de cetemps, mouvements étendus de la tête sur le tronc d’avant en arrière, contractions spasmodiques du peaucier et de la patte droite antérieure. — 2 minutes et demie après l'expérience, les battements du cœur cessent de se faire sentir, l’animal succombe.

Autopsie, 2 heures après la mort. — Appareil respiratoire. Arborisations très-distinctes de la muqueuse du larynx, de la trachée et des grosses bronches. Dans les bronches de petit calibre, elles sont remplacées par un pointillé d’un rouge vif assez confluent. — Poumons d’une couleur rouge rosée uniforme à l'extérieur, moelleux, crépitants, laissant écouler à la surface des coupes qu’on pratique dans leur tissu, une spumosité rutilante, à bulles extrêmement fines.

Cœur. — Volumineux, cavités gauches et droites distendues par du sang noir coagulé.

Appareil digestif. — La muqueuse gastro-intestinale ne présente aucune lésion. Le foie est extrêmement volumineux, gorgé de sang; la vésicule est distendue par une bile jaunâtre; la rate et les reins sont noirâtres et infiltrés de sang.

Système cérébro-spinal, — Les méninges sont remplies d'un sang rouge noirâtre ; leur injection à la base du cerveau est portée au point de faire croire à un épanchement sanguin au niveau de la jonction du mésocéphale avec le bulbe; les veines spinales sont gorgées de sang dans une étendue de o centimètres à peu près au-dessous de ce point de jonction. Elles cessent d’être aussi apparentes, à mesure qu'elles descendent vers la moelle épinière. Les plexus choroïdes sont volumineux et noirâtres, surtout en avant. La substance cérébrale est uniformément consistante ; la substance grise a une couleur rosée, et présente à la coupe un piqueté qu on trouve beaucoup moins évident dans la substance blanche.

Les méninges spinales sont beaucoup moins injectées que celles de l’encéphale. La substance propre de la moelle possède, dans l'intervalle de la 1" à la 5° paire cervicale, une couleur rosée qu’elle n’a point dans le reste de son étendue.

Le liquide céphalo-rachidien est peu abondant,

CONCLUSIONS

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