‹ Des effets physiologiques et thérapeutiques des éthersChapitre 27 sur 48 · ACTION DE L'ÉTHER IODHYDRIQUE · texte numérisé non relu

ACTION DE L'ÉTHER IODHYDRIQUE

L'action de l’éther iodhydrique paraissait devoir être intéressante à plusieurs titres : cet éther est de tous le plus dense et le moins volatil; de plus, il renferme en quantités énormes un principe essen— tiellement actif et aussi volatil par lui-même, l’iode. Il en contient les L/5 de son poids.

À lhôpital militaire de Strasbourg, j'avais vu M. Sédillot employer cet agent dans des engorgements glandulaires anciens ou des indurations rebelles, à des doses extrêmement considérables. Bien que la quantité d’éther ingérée fût très-forte, aucun accident n'avait jamais suivi son administration. Cette innocuité jointe au peu de volatilité de ce composé, me faisaient croire, à priori, qu'il ne modifierait que fort peu la surface pulmonaire. Les expériences suivantes m'ont révélé des faits inattendus.

PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — Sur un jeune chien vigoureux et de taille moyenne, on observe une résistance qui cesse rapidement, Au bout de 2 minutes, l'insensibilité est complète et l'animal s’affaisse sur lui-même. L’éthérisme dure environ 1 minute ,; et se dissipe facilement.

DEUXIÈME EXPÉRIENGE, — Grand chien adulte j

très-robuste : la résistance qu’il oppose cesse presque aussitôt que les vapeurs éthérées ont accès dans les poumons. L'inspiration , qui d’abord était retenue et saccadée, devient bientôt large et puissante. L'insensibilité est complète à la 3° minute.

L'animal livré à lui-même présente une rigidité générale très-considérable , surtout dans les muscles du cou et ceux du tronc. Un regard effaré et une immobilité absolue qui dure 30 secondes. Bientôt il se remet sur ses pattes, fait quelques pas en vacillant ; 5 minutes après, ses mouvements sont assurés et sa sensibilité aussi susceptible qu’à l’état normal.

TROISIÈME EXPÉRIENCE. — Petit chien , âgé mais très-vivace, ayant déjà servi à d’autres expériences quelques jours auparavant. Résistance très-courte. 9° minute :insensibilité complète, affaissement général ; __ 3e minute : les muscles de la partie postérieure du cou se roidissent à mesure que lexpérience se prolonge. Bientôt la respiration cesse, l'animal a perdu tout mouvement, ses yeux sont brillants et injectés, la pupille extrêmement dilatée. Au bout de 6 minutes, les inhalations sont interrompues.

Roideur permanente des muscles du cou s’étendant ensuite aux autres muscles ; flexion de la colonne vertébrale en arc de cercle à concavité antérieure. Bientôt ces contractions permanentes dégénèrent en véritables convulsions qui agitent le tronc et les membres pendant 2 minutes. Le chien

AUTRES QUE L'ÉTHER SULFURIQUE. 149 se remet alors sur ses pattes, il tourne sur luimême, d’abord de droite à gauche, puis de gauche à droite ; 5 minutes après, il boit avec avidité une grande quantité d’eau. Au bout de 20 minutes, il manifeste une grande tendance au repos, éprouve un vomissement et s'endort.

QUATRIÈME EXPÉRIENCE, — Jeune chien robuste : résistance nulle. Insensibilité profonde au bout de lou 5 inspirations. Affaissement complet, inertie absolue. L’inhalation est continuée pendant 5 minuies Sans apporter aucune modification à cet état. Dilatation pupillaire.

Abandonné à lui-même , l’animal exécute de rapides mouvements de progression. Il s’élance en avant et va se heurter contre tous les objets qui se trouvent sur son passage et qu’il ne voit pas. Lorsqu'il marche plus paisiblement, il lève très-haut ses paltes, comme on Île fait lorsqu'on s’avance dans les ténèbres. La sensibilité a reparu 2 minutes après qu’on a cessé l’expérience.

GINQUIÈME EXPÉRIENCE. — Un jeune chien griffon, très-vigoureux et très-bien portant, tombe dans une insensibilité absolue en une demi-minute. Au bout d’une minute, les muscles postérieurs du cou commencent à présenter une roideur qui s’étend progressivement aux muscles du tronc. La dilatation pupillaire suit une marche croissante analogue, jusqu’à la fin de l’expérience. A la 3° minute, les inhalations sont suspendues.

L'animal reste d’abord immobile, couché sur le côté droit; les muscles de la partie postérieure du tronc, et ceux des membres, présentent une roideur tétanique ; les yeux sont grandement ouverts, et les pupilles fortement dilatées. Au bout d’une minute, l'animal se dresse sur ses pattes; sa démarche est vacillante ; bientôt il s’élance en avant et s'enfuit en faisant de nombreuses pirouettes sur lui-même.

SIXIÈME EXPÉRIENCE. — Sur un vieux chien de petite taille, mais très-vif, l’insensibilité ne se déclare qu’au bout de 3 minutes; à la 15° minute, les yeux largement ouverts sont immobiles; la pupille est tellement dilatée qu’on n’aperçoit plus l'iris (100 pulsations). — 20 minutes : les paupières sont agitées de clignotements convulsifs ; les muscles postérieurs du cou sont fortement contracturés. Je compte 90 pulsations et 48 inspirations. — 25 minutes : mêmes phénomènes, roideur générale, 50 pulsations seulement. L’inhalation est interrompue à la 30° minute; la respiration est très-rare.

Après l'expérience, l’animal reste dans une immobilité absolue pendant une minute; il fait avec effort quelques inspirations stertoreuses ; ses pattes de derrière éprouvent quelques mouvements incertains; un véritable accès de suffocation se déclare pendant quelques secondes. — A la 3° minute, la tête se fléchit sur le côté droit, la pupille reste énormément dilatée. À quelques instants de calme,

succèdent des spasmes violents des muscles postérieurs du cou. De la 5° à la 19° minute, l'animal semble plongé dans un profond sommeil ; lorsqu'on lui marche sur les pattes, il les retire mollement, s’éveille et se rendort immédiatement. — À la 12° minute, il essaye de se relever, fait quelques pas en chancelant, et retombe accablé, — 14 minutes après l’expérience, il rejette par le vomissement des matières visqueuses, sanguinolentes, analogues aux crachats rouillés des pneumoniques. — À la 16° minute, il se blottit et s'endort. Le lendemain, on le trouve mort à la même place.

(Get animal avait servi à d’autres expériences : il m'avait paru entièrement rétabli. )

Autopsie, 21 heures après la mort.—Appareil respiratoire. Le poumon est à sa surface d’une couleur rouge cerise : il présente des plaques ecchymotiques très-larges et très-nombreuses. Les bronches sont injectées et pleines de spumosités rougeâtres et visqueuses. Les poumons sont engoués d’une manière évidente, surtout en arrière des deux côtés; leur parenchyme surnage l’eau.

Les cavités du cœur sont remplies d’une grande quantité de sang noir, liquide, mêlé seulement à quelques caillots; les veines caves sont aussi distendues par du sang, les artères sont vides.

Système nerveux. — Les méninges cérébro-spipales sont très-fortement injectées, surtout à la base du cerveau, au niveau du sillon bulbo-méso-

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céphalique. La substance cérébrale est blanche et très-consistante.

Le tube digestif est parfaitement sain : les viscères abdominaux sont gorgés de sang noir, suintantabondamment sur la coupe de leur parenchyme.

SEPTIÈME EXPÉRIENCE. — Un tout petit chien, très-vieux, perd sa sensibilité en 2 minutes. Les membres tombent dans le collapsus. — {4° minute : je compte 15 inspirations; même affaissement. — 6° minute : les muscles des membres se roidissent tout à coup, l’animal essaye de se dégager. Il exécute avec ses pattes de devant des mouvements de natation. — 10° minute : cris plaintifs, mouvements continuels des membres inférieurs, spasmes des muscles cervicaux postérieurs; les yeux sont fixes, ouverts, les pupilles largement dilatées ; le doigt porté sur le globe oculaire ne provoque nullement l’occlusion des paupières; l’insensibilité est absolue. — 19° minute : 20 inspirations larges et régulières; l’animal tombe dans un nouveau collapsus. — 14° minute : A6 inspirations, plus de gémissements ; mouvements automatiques de la patte antérieure droite. — 22° minute : 76 inspirations. — 25° minute : 50 inspirations; inertie absolue. Je cesse l’expérience.

L'animal reste immobile, essoufflé pendant une minute à peu près ; puis il se roule sur lui-même, tente de se relever et retombe lourdement. Il essaye d'avancer en s'appuyant sur son museau et se ser-

vant des pattes antérieures; le train postérieur n’exécute aucun mouvement. Au bout de 5 minutes seulement, ce chien peut se tenir en vacillant sur ses pattes ; il se couche et meurt dans la nuit.

L'autopsie pratiquée 23 heures après la mort indique à peu près les mêmes altérations que chez le précédent, seulement le dernier renflement de la moelle épinière me paraît beaucoup plus vivement vascularisé.

Les poumons ne sont nullement engoués, les bronches présentent quelques arborisations fugaces.

Les viscères abdominaux sont fortement engorgés ; le sang que renferment les cavités droites du Cœur est noir et semi-liquide,

HUITIÈME EXPÉRIENCE. — Une jeune et forte chienne tombe insensible en 2 minutes; cris aigus, résistance vive, convulsions, roideurs tétaniques des muscles post-cervicaux, défécation involontaire. Au bout de 10 minutes, inertie, impuissance complètes.

Après l'expérience, immobilité, puis tendance à la progression en avant ; l’animal s’élance avec vigueur et: va se heurter contre tous les objets qu’il rencontre ; un accablement profond succède à cette agitation ; cette chienne succombe 16 heures après.

L’autopsie démontre les mêmes altérations des solides et des liquides que j'ai mentionnées dans la dernière expérience ; même injection méningée à la base du cerveau.

NEUVIÈME EXPÉRIENCE. — Un chien très-robuste se laisse aller au bout d’une minute d’inhalation : il ne manifeste aucune douleur aux plus profondes incisions. — Après la 1* minute, il est toujours insensible, mais ses mouvements se réveillent: il semble vouloir opposer une vive résistance aux aides qui le maintiennent. À la 15° minute, cette résistance se calme, il retombe comme une masse inerte.

L'immobilité absolue persiste pendant 1/2 minute ; la sensibilité n’est complète qu’au bout d’une minute ; la démarche est titubante, les yeux excessivement injectés. Au bout d’une heure, tous les phénomènes de l’éthérisme se sont dissipés.

DIXIÈME EXPÉRIENCE. — Une jeune et grande chienne est soumise à l’inhalation de l’éther iodhydrique pendant 18 minutes. Elle présente, comme les autres animaux, ces alternatives de calme et d’agitation, cette accélération du pouls, suivie de son ralentissement jusqu’au moment de l’anéantissement complet.

Après l'expérience, elle est en proie à de véritables convulsions, à des accès tétaniques qui sont suivis de la mort au bout de 3 heures.

L'autopsie, faite immédiatement, révèle absolument les mêmes désordres que j'ai déjà signalés, seulement les bronches sont parfaitement saines.

Les onzième, douzième, treizième et quatorzième expériences ne sont continuées que pendant 2 mi-

nutes, 2 minutes 1/4, 2 minutes 1/2, 3 minutes: l’insensibilité s’est toujours développée avant les 2 premières minutes ; elle a constamment été suivie de mouvements convulsifs des muscles cervicaux et des muscles du tronc ; aucun accident grave n’a jamais suivi ces inhalations. Comme ces résultats sont pour ainsi dire identiques avec ceux des autres expériences que j'ai rapportées avec détail, je me dispense de les développer plus amplement.

CONCLUSIONS

1. L’éther iodhydrique inhalé produit une insensibilité beaucoup plus rapide et tout aussi durable que celle de l’éther sulfurique.

IT. Iagit spécialement sur le système locomoteur et provoque de sa part les réactions les plus variées,

IT. 1] détermine le plus souvent un premier affaissement, puis une excitation violente qui aboutit à un collapsus absolu.

IV. IT paraît porter plus spécialement son action sur la moelle allongée et la moelle épinière. C’est ce que semblent démontrer les spasmes cervicaux et la faiblesse fréquente du train postérieur.

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