APPLICATIONS DES INHALATIONS ÉTHÉRÉES A LA MÉDECINE
Les applications que les inhalations d’éther ont fournies à la médecine, sont beaucoup plus restreintes que celles qu’elles offrent à la chirurgie. On n’en a fait usage que dans quelques cas d’épilepsie ou d’aliénation mentale, dans des névralgies diverses, des méningites et quelques autres maladies isolées, que je mentionnerai. Presque toutes ces affections sont très-graves, et ne sont guère accessibles à nos autres agents thérapeutiques. Aussi, les effets de l’éther, quand ils ont été heureux, nen sont que plus précieux, parce qu'ils étaient plus inespérés.
À. Névralgies. — On sait avec quelle ténacité les névralgies résistent quelquefois aux traitements les mieux dirigés. Ce sont précisément ces cas que, par respect pour la thérapeutique, je n’ose pas appeler désespérés, que l’on a cherché à com-
battre par les inhalations éthérées.
M. Honoré, le premier, a fait part à l’Académie de médecine, d’un succès qu’il devait à l’éther, pour une névralgie faciale. Cette névralgie avait résisté à tous les moyens de traitement, le malade ne pouvait ni dormir, ni manger. L’éthérisation amena la cessation immédiate de la douleur, et cette amélioration devint permanente par la con-
tinuation des inhalations à chaque accès de la névralgie (1).
M. J. Roux. de Toulon, a de la même manière, obtenu un succès remarquable sur un malade fort et pléthorique, en proie aux douleurs les plus vives, causées par une névralgie sus-orbitaire droite, qui depuis plusieurs jours, revenait chaque matin. L’éthérisme a été produit en quatre minutes. La peau du bras traversée alors par deux épingles, ne provoquant aucune douleur, aucun mouvement, M. Roux fait cesser les inspirations d’éther. L’insensibilité complète dure quaire minutes encore, puis le malade revient graduellement à lui. Le pouls, qui donnait 70 pulsations avant l’expérience, était tombé à 57 durant l’engourdissement éthéré. Les douleurs ont cessé complétement pendant un quart d'heure; mais elles ont ensuite reparu avec la même intensité. Une petite quantité d’éther imbibait encore les éponges de l'appareil, on a recommencé l'inhalation. Le malade a respiré pendant 15 minutes l'air ainsi chargé de faibles
(1) Bulletin de l’ Acad. roy. de méd., 19 janvier, t. XII.
DE L’ÉTHER SULFURIQUE. 211 vapeurs d'éther. L’éthérisme n’a pas été produit, mais les douleurs ont été calmées pendant les 15 minutes de celte seconde tentative. Bientôt elles ont reparu avec la même vivacité que précédemment.
Les six jours suivants, chaque matin on a produit l’éthérisme chez le même malade. L’insensibilité a toujours été complète après 4 minutes de l'inhalation de l’éther. On fait continuer encore pendant KL minutes l'aspiration des vapeurs. Des rêves divers, un état de bonheur, en ont toujours été la suite. Chaque jour l'accès « diminué de durée et d'intensité ; si bien, que le huitième jour, la douleur orbitaire, très-faible, n'apparaît que pendant une demi-heure,
Alors, dit M. Roux, «j'ai voulu m’assurer si le sulfate de quinine à la dose de 70 centigrammes, en triompherait plus promptement. Quatre jours de suite, ce médicament a été administré avant l'accès, sans qu'aucun de ses phénomènes ni sa durée aient subi aucune modification appréciable. L'inhalation de l’éther a été reprise ensuite, et après deux tentatives, le mal a complétement disparu. Chez ce malade, l’éthérisation a toujours été simple et facile, et n’a jamais provoqué le plus léger accident. I s’est toujours trouvé bien pendant le reste de la journée, et mangeail Les trois quarts de la ration (1). »
% 1) Roux, Mém. sur l'éthérisme, dans la Gaz. médic., 3 avril 1847, p. 257.
Dans un autre cas de névralgie de la face, accompagnée de douleurs atroces, M. Malle a pu produire une amélioration très-évidente par une éthérisation de 12 minutes. Cette névralgie résistait depuis douze jours à un traitement bien dirigé.
Le même praticien a appliqué avec le même succès les inhalations d’éther à un accès de migraine avec vomissements, qui a été guéri comme par enchantement en dix minutes, et à une gastralgie qui a cédé avec la même facilité.
Ces résultats n’ont rien qui doive étonner,; les inhalations d’éther enlèvent au système nerveux la propriété qu’il a de percevoir la douleur, elles doivent évidemment toujours éteindre les souffrances névralgiques qui sont quelquefois si intenses. Mais cette amélioration est-elle durable? L'action de l’éther imprime-t-elle au système nerveux une modification telle que la production de la douleur ne soit plus possible dans le nerf malade? C'est ce qu’il est bien difficile de décider actuellement. Les cas de guérison sont trop peu nombreux et surtout trop peu détaillés, pour qu’on puisse encore dire rien de bien positif à cet égard.
B. Épilepsie. — Tout ce qu'on avait à craindre de l’éthérisation dans l’épilepsie, était une aggravation de cet état que tous les médecins sont accoutumés à regarder comme incurable. M. Moreau, médecin à Bicêtre, et M. Lemaître, de Rabodanges, nous ont donné les résultats de leurs expériences.
Voici les observations de M. Moreau. Les sympitômes d’épilepsie qu'il a constatés étaient assez prononcés, pour qu'aucun doute ne fût permis sur leur nature. Comme les résultats ont été satisfaisants, je dois fournir à leur appuiles faits sur lesquels ils reposent.
PREMIÈRE OBSERVATION. — C*** est entré (pour la seconde fois) à l'hospice de Bicêtre, le 29 janvier au soir. Le iendemain matin, je le trouvai en proie à des hallucinations de presque tous les sens. Outre cela, il ressentait de temps à autre dans les membres comme des secousses électriques qui menaÇçaient à chaque fois de le jeter à bas de son lit. Ces accidents augmentèrent d'intensité pendant la journée, et le lendemain 30, ils avaient acquis une violence inouïe. Les secousses brusques, saccadées, étaient incessantes, agitaient violemment la tête, courbaient le tronc en deux: le malade perdaitentièrement connaissance pendant plusieurs secondes.
Dès les premières inspirations, les mouvements convulsifs cessèrent brusquement. Après six minutes, il survint une toux assez vive, qui força à suspendre l’expérience.Immédiatementles convulsions reparurent, mais infiniment moindres qu’auparavant. Nous recommencâmes; cette fois, un élève dut maintenir la tête du malade ; même résultat que tout à l’heure; cessation instantanée de tous les accidents. Cependant le malade ne semble
éprouver encore aucune tendance à l’assoupissement; les inspirations sont continuées pendant 40 à 12 minutes; la toux reparaît; les inspirations sont de nouveau suspendues; les convulsions recommencent avec quelque intensité, puis s’éteignent doucement. Un quart d'heure après, fout était fin.
Je quittai le malade; deux heures et demie plus tard, je le trouvai dans la cour, se promenant, et ne se ressentant de rien.
DEUXIÈME OBSERVATION. — L**, épileptique, eut, avant-hier 28 janvier, trois violents accès pendant le jour, et quatre pendant la nuit. Depuis lors, il est resté dans un profond état de stupeur; il était survenu par deux reprises, une violente agitation, pendant laquelle L***, sans proférer une parole, et faisant entendre seulement une espèce de grognement, se livrait aux efforts les plus énergiques, pour se débarrasser des liens qui le fixaient à son lit.
30 au matin, L*** n’est pas sorti de sa stupeur depuis hier; il paraît avoir perdu entièrement connaissance; cependant on provoque très-facilement des signes de sensibilité.
Je ne pus lui faire inspirer de l’éther pendant plus de cinq à six minutes. Il survint une agitation tellement vive, que les efforts réunis de plusieurs aides ne pouvaient lui tenir la tête assez immobile, pour que l'opération pût se faire. Le délire se calmant un peu, L*** avait recouvré en partie sa
connaissance ; il répondit avec justesse à deux questions qu’on lui adressa.
Au bout d’un quart d'heure environ, la stupeur reparut ; nouvelles inspirations ; nouvelle agitation, délire furieux, cris, paroles incohérentes ; la connaissance est revenue en partie comme la première fois. La tranquillité revient aussi peu à peu, et je laisse le malade dans un état de demi-excitation.
81 janvier, les convulsions n’ont point reparu depuis hier chez le sujet de la première observation. C.... éprouve seulement dans les articulations et dans la partie inférieure de la colonne vertébrale, un sentiment de fatigue extrême; à! n’a point eu d'hallucination, mais ses concrétions délirantes sont les mêmes.
L... (obs. 2°) a passé la nuit dans un calme parfait, il a repris presque entièrement connaissance ; il est évident que l'accès touche à sa fin.
C’est avec beaucoup de raison que M. Moreau n’envisage ces deux résultats des inhalations éthérées, que comme deux demi-succès. Deux autres faits communiqués, le 14 juin, par M. Lemaître, de Rabodanges, à l’Académie des sciences, sont un peu plus décisifs.
L'un des malades de M. Lemaître a été soumis huit fois aux inhalations d’éther; chaque fois, trois jours avant la nouvelle ou la pleine lune, à cause de la périodicité de ses attaques.
Toujours l'attaque a été déterminée, huit à dix minutes après le commencement du sommeil éthéré. Cette attaque artificielle qui remplacait l’attaque habituelle a été constamment très-courte et très-bénigne, aussi elle n’a souvent duré que quinze à seize minutes, tandis qu'aucune attaque naturelle n’a jamais duré moins de deux à trois heures.
Le second malade est un jeune hommede 30 ans, sanguin, d’une bonne constitution, épileptique par suite de violents chagrins, ayant jusqu’à quinze attaques en un jour, et alité depuis dix mois, quand M. Lemaître est appelé auprès de lui.
Les antispasmodiques et les antipériodiques amènent une amélioration très-notable: mais le malade conserve une aversion invincible pour toute espèce de mouvement, il s’obstine à garder le lit et bientôt il est pris de délire. Depuis quatorze jours, il se trouve dans cet état, quand M. Lemaître commence à le soumettre aux inhalations éthérées.
Le premier jour le malade respire une once et demie d’éther en 48 minutes, et n’en éprouve ni calme ni sommeil. Le lendemain une demi-once d’éther, absorbée de la même manière, provoque de la gaieté. Le troisième jour 60 grammes d’éther sont inhalés sans produire encore, ni calme, ni sommeil.
Le lendemain le délire et l'agitation n’existent plus, le malade a recouvré la mémoire et la raison,
et depuis cette époque il est entièrement rendu à son état normal.
J'avoue que ce dernier fait me paraît être un succès incontestable, et n’en obtiendrait-on qu'un seul analogue sur cent, on devrait recourir aux inhalations éthérées dans les cas semblables.
Les observations sont encore trop peu nombreuses pour qu’on puisse spécifier d’une manière définitive les cas où les inhalations d’éther sont convenables. Les essais qui ont été tentés, sont faits pour encourager les praticiens. Il serait bien désirable qu'une expérience plus suivie vint les confirmer.
A lhôpital du Gros-Caillou, j'ai vu les inhalations d’éther employées à deux reprises différentes, par M. Barthez, médecin en chef, sur un malade âgé de 40 ans, et affecté de delirium tremens. Cet individu, livré depuis longtemps à labus des boissons alcooliques, éprouvait tres-difficilement l'influence de l’éther, et nous n’avons pu développer chez lui, qu’un tremblement plus intense que celui qui l’agitait habituellement. Les inhalations continuées pendant 20 et 50 minutes, n’ont jamais pu amener le collapsus éthéré.
Je ferai observer ici combien la période d’excitation est longue chez les individus atteints de désordres de l’innervation. EL presque tous les épileptiques et le malade que je viens de citer, ontété pour ainsi dire presque réfractaires à l’action stupéfiante de l’éther.
C. Aliénation mentale. — Ce serait certes une nouvelle et bien belle découverte, que celle qui nous donnerait un remède contre la folie. Il serait, je crois, ridicule de chercher dans l'emploi de l’éther la solution de ce problème thérapeutique. Mais les aliénés présentent fréquemment et quelquefois avec une persistance désolante des exaltations fonctionnelles très-variables et très-tenaces; calmer ces surexcitations maladives, apaiser ces exagérations partielles ou générales des fonctions, n’est pas toujours chose facile, et c’est dans ces cas que l’'éther pourrait être utile.
C’est dans une circonstance analogue qu’il a été employé par un médecin de Pau, M. Cazenave directeur de l'asile des aliénés. Depuis 5 mois, une malheureuse folle ne pouvait prendre ni nuit ni jour le moindre repos. On lui fit respirer des vapeurs d’éther.
Cinq aspirations suffirent pour calmer immédiatement son agitation, et la plonger dans une insensibilité complète, qui dura vingt-cinq minutes. Au bout de ce temps, la torpeur se dissipa insensiblement sans qu'aucun désordre se manifestât.
À l’hospice de la Salpétrière, M. Falret a essayé le même moyen, mais avec moins de bonheur.
Depuis le 10 janvier 1842, il avait dans son service une dame F..., âgée de 52 ans, affectée de lypémanie, avec lésion profonde de la volonté et ten-
dance au suicide. « Cette dame, » dit M. Falret, «est d’une faible constitution, d’un tempérament lymphatico-sanguin et d’une taille moyenne; ses yeux et ses cheveux sont noirs; sa physionomie exprime la tristesse et est remarquable par des yeux proéminant fortement en avant et toujours humides de larmes; son teint enfin est légèrement coloré. Madame F... se plaît dans la solitude, elle évite ses compagnes. Elle n’a pas de volonté, elle est d’une débilité musculaire remarquable, elle se plaint constamment des malheurs qui la poursuivent, et se ‘egarde comme la plus malheureuse des femmes. Elle a des idées de suicide, et « demande la mort jour et nuit, car elle ne dort presque jamais, » ce sont ses propres expressions. Elle n’a jamais eu d’hallucinations ; une seule fois, elle a eu une illusion qui s’est très-rapidement dissipée. Un jour, en quittant un banc sur lequel elle était assise, elle se crut grande, très-grande, gigantesque. »
Le 20 janvier dernier, M. Falret résolut de lui mettre un séton à la nuque, et il décida en même temps que l’on ferait usage de l’éther, «afin, si cela était possible, de lui éviter la douleur, et surtout pour essayer par là, de modifier la nature du délire. Le système nerveux préside à la sensibilité ; léther agit sur elle : pourquoi n’agirait-il pas aussi sur l'intelligence, dont le système nerveux est aussi l'organe?» (L’éther agit sur Pintelligence et d’une manière bien profonde, comme l’indiquent avec la
plus grande évidence, les inhalations pratiquées sur les individus sains.)
« Le 22, madame F... fut soumise aux inspirations d’éther; l’appareiïl était imparfait, on ne produisit qu’une excitation passagère et un peu d’étourdissement, le séton ne fut pas placé.
« Le 25 le succès fut complet avec l'appareil de M. Charrière. Sentiment de brûlure dans la poitrine, étourdissements, bourdonnements dans les oreilles, troubles de la vue, commencement de la perte de la sensibilité : affaissement des paupières supérieures, pouls un peu accéléré, perte complète de la sensibilité : tout cela ne demande que trois minutes. M. Manec posa alors le séton. La malade ne manifesta aucune douleur, ne poussa aucun cri, elle porta seulement un peu le corps en avant; mais à son réveil (quelques secondes après l’ablation de l'appareil), elle répondit à toutes les questions qu’elle n’avait rien senti, qu’elle ne savait pas si on lui avait fait quelque chose, et qu'elle ne se rappelait que l'appareil. Dix minutes après, elle manifesta sa surprise de se voir une bande au cou. On la fit lever, elle trébucha, mais deux heures plus tard, elle se trouvait comme à l'ordinaire sous tous les rapports.
« Elle ne disait malheureusement que trop vrai ; en effet, et nous insistons sur ce point, le délire ne fut pas un instant suspendu ni changé. Aussitôt qu’elle parla, ce fut pour se plaindre, demander
DE L'ÉTHER SULFURIQUE. 291 qu'on continuât à lui faire respirer de Péther, si cela devait la faire mourir, puisque rien ne peut œuérir ses maux. « Je ne trouverai donc pas quelque médecin assez bon pour me donner un poison? Ce ne serait pas un crime, mais une bonne action. »
Je reconnaîtrai en effet avec M. Falret que dans ce cas, l’éther n’a produit aucune espèce d’amélioration dans l’état mental de la malade. Mais j’observerai qu’il n’a été employé qu’une fois, et que pour se prononcer sur son efficacité ou sur son impuissance, il aurait fallu en renouveler plusieurs fois les inhalations.
Les modifications que l’éther imprime à l'intelligence sont passagères et fugaces : peuvent elles communiquer aux aberrations de l'esprit une impulsion telle que ces aberrations puissent s'évanouir ? J’espère que l’expérience se chargera de répondre à cette question.
Tout ce qu’on peut, je crois, affirmer actuellement, c’est que les fous comme les gens dont l’intelligence est saine, sont parfaitement susceptibles de devenir insensibles sous l'influence de l’éther, et que léthérisation pourra leur être appliquée dans tous les cas où ils auront à subir des opérations graves ou très-redoutées.
D. Hystérie. — 1° Les inhalations éthérées provoquent chez certaines femmes bien portantes des attaques hystériques ou hystériformes ; 2° chez des
femmes hystériques elles les renouvellent quelquelois; 3° enfin, quelquefois encore elles les guérissent. Chacune de ces opinions contradictoires pourrait être appuyée d’un certain nombre de faits: il n'est pas de chirurgien qui n’en ait signalé. fl ma été impossible de me former une opinion bien fondée, d’après les observations qui ont été publiées dans les divers journaux. Une seule conséquence m'a paru ressortir de leur comparaison: c'est qu'en général les attaques d’hystérie provoquées par l’éthérisation sont beaucoup moins graves et moins inquiétantes que celles qui résulient d’un état morbide spécial. Quant aux cas de guérison, ils sont contre-balancés par bien des insuccès. En résumé, ici comme pour toutes les autres applications de l’éther à la médecine , la question réclame une expérimentation plus prolongée. Je dirai cependant que la crainte des accès hystériques ne devra jamais porter le chirurgien à négliger les inhalations éthérées dans tous les cas où elles doivent éviter à une femme les ansoisses d’une opération très-douloureuse.
E. Méningite. — Le 10 mai, M. Besseron, médecin en chef de l'hôpital militaire de Mustapha, adressa à l’Académie des sciences une lettre relative à l’emploi des inspirations d’éther dans le traitement de la méningite cérébro-spinale.
Cette affection avait sévi épidémiquement à Mustapha dans le courant du mois de décembre
dernier ; comme elle résistait à tous les moyens de traitement, M. Besseron eut l’idée de faire respirer de l’éther à 13 malades ; neuf ont subi ce traitement.
Trois présentaient les phénomènes propres à la méningite cérébro-spinale : la roideur de la colonne vertébrale, la rachialgie. Le délire a été faible chez trois d’entre eux; violent, quelquefois furieux et ayant persisté plusieurs jours chez les autres. Trois sont entrés dans le coma avec contractions musculaires presque tétaniques.
Le traitement antiphlogistique a précédé chez tous l’emploi des vapeurs éthérées. L’éther a été employé d’après les mêmes idées et les mêmes principes qui guident dans l’emploi thérapeutique du tartre stibié à haute dose. Ses vapeurs ont été administrées à doses fractionnées, 4, 6, 8,10 inspirations renouvelées toutes les deux heures, toutes les heures, et dans les cas les plus graves tous les quarts d'heure.
Les effets immédiats ont toujours été une fréquence plus grande de la circulation et de la respiration, fréquence qui cédait au bout de quelques minutes pour faire place à une sédation marquée. La sensibilité a subi les mêmes altérations.
Dans quelques cas les plus graves, il ÿ àa eu pour léther une intolérance bien décidée: mais cette intolérance disparaissait en 24 ou 36 heures au plus.
Le premier effet de l’éther est, suivant M. Bes-
seron, de faire cesser l’insomnie. Avec l’insomnie disparaissent la céphalalgie, les troubles intellectuels et l’agitation musculaire: En même temps que le centre cérébral recouvre son activité fonctionnelle normale, les autres fonctions reviennent à leur état habituel. Le pouls baisse et devient réoulier, la peau perd sa chaleur et sa sécheresse, elle devient fraiche et normale. Les selles sont naturelles, etc. Le dernier symptôme à disparaître est la roideur de la colonne vertébrale. Ce phénomène ne s’évanouit que d’une manière insensible et graduelle. |
En définitive, sur neuf malades entrés dans le service de M. Besseron et traités par l’éther, deux seulement ont succombé, trois peuvent être considérés comme guéris, deux sont dans un état satisfaisant; des deux autres, chez le premier l’issue est incertaine, chez le deuxième le passage à l’état chronique est à craindre.
Ces résultats sont évidemment favorables, mais faut-il les attribuer à l’éther? M. Besseron nous fait observer quetoujoursle traitement antiphlogistique, c’est-à-dire le plus approprié, a précédé les inhalations éthérées ; et puis, l'épidémie continuait-elle à sévir avec la même intensité? était-elle sur son déclin? — Je trouve que les conclusions de M. Besseron sont formulées d’une manière un peu indécise, elles ne précisent pas les faits d’une manière catégorique et rigoureuse. Deux chiffres auraient
date
suffi, mais il aurait fallu ces deux chiffres : celui de la mortalité pendant le même temps chez les individus soumis au traitement ordinaire, et celui de la mortalité chez ceux qui avaient respiré l’éther.
Des observations de M. Besseron, je dois rapprocher un fait que M. Bouvier a communiqué le 2 lévrier à l’Académie de médecine. I1 à employé avec succes, lesinhalations d’éther chez une femme qui était en proie à un délire intense, survenu à la suite de ses couches.
Des observations que je viens de Citer, découle
une déduction importante, c’est l’innocuité des vapeurs éthérées dans les maladies congestionnelles de l’encéphale, Que deviennent en présence de ces faits , les appréhensions de ceux qui n’osent faire
respirer de l’éther aux individus qui semblent pré-
disposés aux congestions vers la tête?
F. Maladies diverses. — L'éther a été inhalé dans bien des affections différentes de celles que j'ai signalées ; comme ces faits sont restés isolés, je vais me borner à les mentionner, — M. Landouzy à pu amener chez un malade de 40 ans un calme momentané de douleurs intestinales que rien ne pouvait apaiser.
M. Bouvier a obtenu une amélioration très-sen sible chez un jeune homme affecté de coliques saturnines, mais il n’ose pas attribuer ce succès à l'éther.
M. Rochoux a rappelé à l’Académie de méde-
996 IN° PART. — APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES cine (1), qu'il y a quelques années, le docteur Delaroche employait l'inspiration des vapeurs d’éther contre la phithisie; ce moyen calmait toujours la toux, mais il fallait le répéter souvent.
Enfin, quelques médecins ont attribué aux inhalations éthérées des propriétés fébrifuges. M. Fourniol, de Mauriac, prétend en avoir tiré de bons effets dans la coqueluche, etc. On comprend facilement que toutes ces propriétés de l’éther réclament la confirmation de l'expérience. Nous craïgnons que l'enthousiasme des premiers succès n’ait entraîné trop loin quelques praticiens. L'éther est un médicament utile, on avait jusqu’ici méconnu sa propriété la plus précieuse; mais en définitive, si son usage est souvent nécessaire , il est quelquefois contre-indiqué. L’éther est un de nos agenis thérapeutiques les plus actifs, mais ce n’est point une panacée.