DES MOYENS PROPRES À ABRÉGER LA DURÉE DE L'ÉTHÉRISME
L’insensibilité éthérique une fois développée, il est souvent nécessaire de la faire cesser et de rendre à l’individu l’exercice normal de ses fonctions de relation. De nombreux moyens ont été proposés pour atteindre ce but; on peut les diviser en trois classes, suivant qu’ils sont 1° externes, c’est-à-dire qu'ils s’appliquent sur la peau ou sur l’origine des
muqueuses, 2° internes ou ingérés dans les cavités
34 l° PARTIE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE
normales, 3° qu’ils consistent à enlever à lanimal une certaine quantité de sang.
1° Les excitants externes sont ou mécaniques ou électriques. J’appelle les premiers mécaniques , car leur mode d’action s'explique parfaitement par les réactions physiques. Le contact subit de l’eau froide m’a toujours paru abréger singulièrement, chez les animaux, la durée de la torpeur éthérée. C’est, je crois, le moyen le plus simple et le plus héroïque. M. Giraldès l’a vu calmer comme par enchantement un accès nerveux des plus violents, auquel était en proie un malade qu’il venait d'opérer (1). On sait que l’inspiration d’un air frais produit, mais beaucoup plus lentement, le même résultat. Cette action de l'air peut s’expliquer en partie par sa basse température.
M. Ducros a rapporté (Comptes rendus de l Acad. des sciences) qu'un moyen infaillible devant lequel s'évanouissaient constamment toutes les manifestations du sommeil éthéré, c'était la galvanisation à l’aide d’un appareil de Clarke. Ce résultat n’a rien qui doive étonner. Le galvanisme ranime les contractions du cœur, principe de l’activité fonctionnelle de tous les organes. Ces effets ne sont-ils pas directement opposés à l’action dépressive etannihilante de léther?
% Les moyens qu’on pourrait appeler internes
(1) Lach, De l’éther, thèse inaugurale, Paris, 7 août 1847, p. 98.
sont les plus nombreux. Ils peuvent être ingérés dans l’estomac ou introduits par la même surface qui a porté dans l’organisme l'agent dont on veut détruire l'effet.
Les premiers sont les excitants alcooliques. Leur mode d'action n’est pas douteux sur un homme sain. Il n’est pas encore bien établi pour les individus éthérisés. M. Guersant rapporte que M. Ribes se servait toujours de l’éther pour dissiper l'ivresse chez ses vieux invalides (1). Ce moyen était infaillible. Ce fait établit un antagonisme évident entre l’action des alcooliques et celle de l’éther. Puisque l’éther chasse les fumées du vin, pourquoi le vin ne dissiperait-il pas les effets de l’éther?
Dans l'excellente thèse que j'ai déjà citée, mon confrère, le docteur Lach, répond que les alcooliques agissent dans le même sens que l’éther; qu'ils ont comme lui une action dépressive ; qu’ils augmentent l'intensité de l’éthérisme et la débilité générale au lieu de les diminuer. Il rapporte à appui de son opinion lobservation d’une jeune lady qui se fit éthériser deux fois pour se faire arracher deux dents. Pendant qu’elle se rinçait la bouche et qu’elle se félicitait d’être débarrassée de son mal, elle tomba tout d’un coup en faiblesse, ses extrémités se refroidirent. On lui fit respirer des sels, on lu fit boire un peu de vin. Dans la première
(1) Dict. de médecine, 1. XH, p. 413.
heure qui suivit, cette jeune personne était dans l’état d’un homme ivre mort. Pendant l'heure suivante, elle fut en proie à une agitation remarquable (1).
Le docteur Lach attribue au vin tous les accidents que je viens de décrire. J’observerai à mon judicieux confrère que ces accidents avaient commencé à se développer quand le vin a été ingéré, que ce vin n’a été donné qu’en très-petite quantité, et qu’on ne peut pas savoir si cet accès nerveux si soudain se serait calmé plus rapidement ou aurait duré plus longtemps si le vin n'avait pas été donné.
Dans la xiv° conclusion de son Mémoire, M. Longet dit « que l’ammoniaque liquide ou en vapeurs lui a toujours paru diminuer la durée des phénomènes dus à l’éthérisation, alors seulement que ceux-ci n'avaient pas encore atteint la deuxième période, c’est-à-dire alors que la protubérance annulaire n’était pas encore éthérisée (2). » L’ammoniaque agit à la fois comme un irritant sur la muqueuse olfactive et sur la surface bronchique. Gette dernière action est la plus profonde et peut-être la seule efficace. J’ai toujours abrégé la durée de l’éthérisme chez les animaux auxquels j'ai fait faire quelques inhalations d’ammoniaque alffaiblie.
% La soustraction d’une certaine quantité de
(1) The Lancet, 27 avril.
(2) Mém. cité, p. 37.
DE L'ÉTHER SULFURIQUE. Eye
sang veineux ou artériel diminuerait singulièrement la période d’insensibilité,suivant MM. Amussat et Gruby. Il est certain que les chiens auxquels j'ai pris du sang après une inhalation extrêmement prolongée ont parfaitement guéri. Ce résultat est toujours réalisé chez l’individu qu’on éthérise pour lui faire subir une opération sanglante,
Comme complément de l’histoire purement physiologique de l’éther, je vais rapporter l’action qu’il exerce sur le tissu nerveux lorsqu'il est mis en contact direct avec lui, et les effets plus généraux qu’il produit sur l’organisme quand il est administré par la méthode rectale.
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