‹ Des Éléments Constitutifs de la Science DogmatiqueChapitre 10 sur 23 · IS D · texte numérisé non relu

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organique dans lequel la connaissance et l’activité sont réglées par les mêmes lois que celles qui régissent la vie individuelle. Mais cette union du dogme et de la morale n’est pas seulement possible, elle devient même nécessaire, chaque fois que l'éthique semble oublier sa dépendance de la dogmatique et la dogmatique son rapport avec l'éthique, alors surtout que la science des principes fondamentaux du christianisme est ébranlée ,. comme elle l’est de nos jours ; pour la ramener à son véritable caractère, il convient de ne pas séparer deux sciences dont aucune ne pourrait, sans dommage, se passer du concours de l’autre.

Examinons de plus près la pensée de Nitzsch qui est d’une importance capitale. Ge n’est certes pas un médiocre mérite d’avoir montré la possibilité et la nécessité de joindre la dogmatique à la morale et d’en avoir indiqué les rapports en quelque sorte préétablis. Que devient en effet la morale chrétienne alors qu’on en détache le fondement sur lequel elle repose, les prémisses dogmatiques dont elle découle ? Elle perd toute sa- force, toute sa saveur, toute son originalité. Elle n'est plus alors que la morale philosophique, entremélée de quelques passages bibliques. De même qu'estce que la dogmatique, alors qu’elle oublie son but pratique, qu’elle perd de vue les expériences chrétiennes qu'elle veut ou expliquer ou provoquer? Elle n'est plus alors qu'un traité de théologie scolastique ou spéculative qui ne saurait être l'expression de la foi d'une communauté religieuse quelconque. Nous le répétons, il était indispensable, après. les écarts du dog-

matisme au dix-septième siècle et après l'invasion du moralisme au dix-huitième, de faire voir quelle est la relation intime qui existe entre ces deux sciences.

Mais la pensée de Nitzsch a une portée plus grande encore. Les dangers que court, à l’époque actuelle, la foi de l'Église ne viennent pas seulement du dogmatisme ou du rationalisme ; le principe même sur lequel se fonde le christianisme est mis en question. En présence des négalions qui se multiplient et qui gagnent en force, parce qu'elles ont gagné en sérieux, il est nécessaire que le christianisme se raffermisse sur sa base, qu'il soit nettement exposé et compris. Aux doutes que soulève la philosophie, il faut des réponses philosophiques ; en d’autres termes, la doctrine chrétienne doit se ressouvenir de son rôle apologétique. Or, ce rôle, elle le remplira avec d’autant plus de succès qu'elle aura mieux consommé l’union du dogme et de la morale, seul moyen de prouver la vérité du christianisme, qui réclame, comme condition de la connaissance, une certaine disposition du cœur, une certaine inclinaison de la volonté. «En beaucoup de choses, a dit excellemment Vinet, la volonté influe sur la croyance; tantôt elle aide à croire et tantôt elle en détourne; et, s’il ne faut pas appliquer directement la volonté à la croyance, il est légitime de tourner la volonté du côté de l’examen !.»

On le voit, Nitzsch, avec sa profonde perspicacité, pressent que l'heure d’un renouvellement de la doctrine chrétienne est venue. It en indique le moyen. Puisque la vraie preuve en faveur du christianisme est

‘ Études sur Blaise Pascal, p. 40. Paris 1848.

la preuve interne, qui seule aussi est conforme à son caractère éthique, puisqu'il est indispensable d'en appeler à la conscience et aux besoins moraux de l’homme, eh bien! donnez à celte preuve et à cet appel la place qui leur convient dans le système que vous construisez; que chaque dogme légitime sa raison d’être devant le forum de la conscience, et qu’il se débarrasse ainsi des éléments hétérogènes et contradictoires dont il est encore surcharge.

La construction même du système de Nitzsch répond au but qu'il s’est proposé. Le principe fondamental dont il le fait dériver, n’est pas, comme dans la philosophie, une idée, mais un fait, le fait du salut du monde par Jésus-Christ. Aussi faut-il que le théologien fasse des recherches historiques avant de pouvoir se livrer à la spéculation : l'exégèse et la théologie biblique devront précéder les autres branches de la science théologique. La personne et l’œuvre du Sauveur, qui forment l'essence même du christianisme, déterminent aussi la double direction dans laquelle se développera le système de la doctrine chrétienne ‘. Ainsi, d’une part, ce système , faisant découler de la connaissance de Jésus- Christ, l'Homme-Dieu, tout ce qu’il affirme du monde et de l'humanité, ne pourra prendre pour base la doctrine de Dieu (théologie) ou celle de l’homme (anthropologie), puisque le chrétien ne connaît véritablement Pun et l’autre qu’en Jésus-Christ et que par lui. D'autre part cependant, puisque la conscience chrétienne, réglée par l'Écriture et par le Saint-Esprit agissant dans l'Eglise, se trouve être en possession de la connaissance

de Dieu et de celle de l’homme, et exerce une sorte de protection et de tutelle sur la pensée dogmatique, il est permis de préférer à la méthode gérétique par laquelle nous avons appris à connaître Dieu et l'homme, l’ordre logique ou historique si l’on veut, et de commencer l'exposition de la dogmatique par la doctrine de Dieu, avant de parler du fait central du salut opéré par Jésus- Christ!.

Cette concession de Nitzsch est d’une grande importance. À travers un langage obscur et embarrassé et les précautions dont l’auteur se plaît à envelopper sa pensée, nous pouvons saisir la nature de son procédé dogmatique, la source à laquelle il puise’, et les preuves dont il invoque l'appui. C’est la conscience chrétienne, en pleine possession du salut opéré par Jésus-Christ, qui est chargée de la construction du système, de lexécu tion de ses différentes parties; seulement il est nécessaire qu’elle-même reconnaisse l'autorité de l’Écriture et soit placée sous l'influence du Saint-Esprit agissant dans la communauté.

L'idée du salut, qui se trouve être le principe générateur de la doctrine chrétienne, suppose celle d’un bien primitif, sans lequel le mal lui-même auquel se rapporte l’idée du salut n'aurait jamais pu se produire. En d’autres termes, la foi au Sauveur est impossible sans la foi au Créateur, de même que la connaissance du Créateur n'est complète et vraie que par celle du Sauveur?. La première partic de la dogmatique traitera; par conséquent, du souverain bien, de Dieu, de son

'S.421. Voy. aussi un article des Theol. Stud. u. Krit. 1832. S. 471. 2 S, 1924,

essence, de ses attributs, ainsi que du monde, de l’homme et de sa destinée. La seconde partie traitera du mal, devenu possible par la création d'êtres libres, de la chute et de la décadence du monde, qui a provoqué le salut. Enfin la troisième partie traitera du salut lui-même, de sa cause qui est dans l’amour éternel de Dieu, de sa préparation dans le temps, de sa réalisation dans la personne et dans l’œuvre de Jésus-Christ, de son assimilation par l'individu au sein de la communauté religieuse, de la consommation du salut dans le monde futur. Telle est la division du système de Nitzsch, qui ne présente, du reste, aucun autre point digne d’être relevé. *

Dans l'ouvrage de Twesten! le premier volume qui renferme les prolégomènes à la dogmatique doit seul ici être considéré. Le second est consacré à la doctrine de Dieu ou à la théologie dans le sens restreint de ce mot; les autres parties de l’ouvrage n’ont point encore paru. Remarquons d’ailleurs que Twesten, de son propre aveu, n’a pas voulu écrire une dogmatique proprement dite. Il prend pour point de départ les dogmes généralement regardés comme revêtus de la sanction ecclésiastique ; 1l se propose de montrer leur valeur à la fois religieuse et scientifique. Aussi n'a-t-il pas entrepris de réunir lui-même les matériaux qui feront l’objet de son travail ; il à craint qu’on ne soupçonne son impartialté dans le choix qu’il aurait pu faire ; il a préféré se servir du manuel de De Wette qui lui semble avoir réuni de la manière la plus judicieuse et la plus impar-

! Vorlesungen über die Dogmatik der evangel. luther. Kirche. 4ste Auf. Kiel. 4826. Les citations sont faites d’après la 4e édition.

tiale les matériaux qui composent la doctrine ecclésiastique ; il s’est réservé toutefois la faculté de s’éloigner sur quelques points des appréciations de son guide!. Ainsi en résumé, Twesten a voulu faire voir de quelle manière il conviendrait d'écrire à l'avenir la dogmatique, plutôt que d’en composer une lui-même.

Les définitions que Twesten donne de la dogmatique, les développements dans lesquels il entre sur l’origine et sur la formation de cette science, sur ses devoirs et ses rapports avec les sciences correlatives, sont pleins de clarté et de justesse. Ils n’ont certainement pas peu contribué à consommer la révolution qui s’est opérée dans la manière de comprendre et d'exposer le dogme. Ces pages sont écrites avec une grande facilité et non sans une certame élégance; la pensée de l’auteur s’éclaircit par des comparaisons souvent ingénieuses, toujours frappantes. On sent que ces développements ont été présentés de vive voix, avant d’être mis par écrit.

La manière dont Twesten envisage la dogmatique découle naturellement de sa manière d’envisager la religion. Or, pour lui comme pour Schleiermacher, la religion consiste avant tout dans une certaine modifica-

‘tion du sentiment qui entraîné à sa suite des pensées et des actions nouvelles, et en vertu de lois organiques. Il en résulte que les dogmes qui appartiennent à la sphère de la pensée renferment un élément vis-à-vis duquel le sentiment religieux se montre plus ou moins indifférent. Le christianisme , qui est une force divine, appelée à créer en nous une vie nouvelle, est suscep-

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