‹ Des Éléments Constitutifs de la Science DogmatiqueChapitre 15 sur 23 · IL S. 1-4, — 2I.S · texte numérisé non relu

IL S. 1-4, — 2I.S

paeumatologie !. Nous terminerons cet aperçu des vues de Lange par une dernière remarque qui n’est pas sans importance. Il insiste beaucoup sur l'obligation qu'a la science dogmatique d'exposer la doctrine chrétienne, non pas dans la forme qu’eile a revêtue dans le passé, mais dans celle que réclame le présent. Trois facteurs sont appelés à concourir lorsqu'il s’agit de fixer le dogme; le développement historique de la science, les questions ‘qui agitent le temps dans lequel vit le dogmatiste, et qui le portent à mettre en évidence tels dogmes de préférence à tels autres, et enfin l’individualité du dogmatiste lui-même qui doit imprimer son cachet à l’ensemble de son système. Si le caractère individuel d’une personne et d'une œuvre est surtout reconnaissable en ce qu’elle reflète d’une certaine manière la plénitude de l'existence humaine, cela est surtout vrai pour la dogmatique?. Lange réclame hautement pour elle, ce qu'on pourrait appeler, en opposition avec le subjectivisme , l'individualisme en matière dogmatique. La dogmatique, suivant Martensen*, est l'exposition et la démonstration scientifique de la doctrine chrétienne. * Elle rie doit être ni un simple tableau historique de ce qui, à une époque déterminée, a été ou est admis par une communauté chrétienne; ni le résultat d’une réflexion philosophique sur un ensemble de vérités, transmises par la tradition et soumises à l'examen de la raison individuelle. Le terrain où elle naît est celui de la foi chrétienne, et les propositions dont elle essaie de démontrer la vérité, c’est par la foi qu’elle les a d’abord embrassées. Si le point de départ de l’activité dogma-

111, S. 27. — ?JI. S. 25. — ? Die christ]. Dogmatik. Berl. 4856.

tique est la foi, son but est l'édification de l’Église du Christ; elle rend ainsi, à sa manière, témoignage de la vérité chrétienne, tant pour ses membres qu’en vue de ceux qu’elle aspire à gagner; elle a pour mission de raffermir et de propager les croyances des fidèles, et elle réalise ce but dans la proportion où elle réussit à satisfaire à la fois les intérêts de ia science et ceux de l'Église. |

De là les trois éléments dont doit se composer, dans la pensée de Martensen, la dogmatique, de là le triple caractère dont elle doit porter la marque. Il faut qu’elle soit biblique, parce que la Bible est le seul document authentique de la révélation divine, objet de la foi des chrétiens : la sainte Écriture est en conséquence la norme supérieure à laquelle la vérité de chacune des proposilions du système dogmatique doit être éprouvée. Il ne peut naturellement être question de se borner à faire voir que telle ou telle vérité est consignée dans la Bible; il est nécessaire de montrer encore qu’elle répond à un témoignage positif de notre conscience, qu'elle est une vérité pour nous, qu’elle possède une autorité indépendante de son autorité scripturaire: chaque dogme doit être la reproduction: organique d’une vérité biblique par la conscience chrétienne #.

Il faut, en second lieu, que la dogmatique ait un caractère ecclésiastique; elle doit être d'accord, dans ses résultats généraux, avec les symboles œcuméniques de l'Église et avec les confessions particulières de la communauté dont elle aspire à exprimer la foi. CGependant Martensen met deux réserves à cette exigence : il

rappelle qu’en tous les cas, c’est à l’Écriture, comme . norme supérieure de la foi, qu'il convient de prononcer; puis il distingue ce qu'il nomme le type de la formule des confessions de foi. Le type n’est autre chose que la forme, la nuance individuelle et particulière que revêtent toutes les apparitions du monde religieux; la formule, c’est l'expression imparfaite et transitoire dans laquelle s’incarne le type: son importance n’est qu’accessoire et sa vérité relative. Le type que porte la foi d’une communauté est toujours déterminé par le principe sur lequel elle repose, et c’est de ce principe que la dogmatique doit avant tout se préoccuper, puisque c’est lui qui doit, à proprement parler, l'engendrer!.

En demandant que la conscience chrétienne reproduise, pour ainsi dire de son propre fonds et en faisant usage des procédés scientifiques, la doctrine de l’Écriture et de l’Église, Martensen se fonde sur ce qu’on a de tout temps enseigné relativement au rôle que doit jouer dans la vie chrétienne le témoignage du Saint-Esprit. Ce rôle ne doit pas être borné à l’activité pratique du chrétien ; 1l convient de l’étendre à son activité théorique. L'Esprit de Dieu, comme esprit de vérité, rend témoignage de lui-même, dans les pensées, dans les doctrines du chrétien; il y a, comme s’exprime notre auteur, dans la conscience de chaque croyant, une empreinte de la vérité chrétienne qui, grâce à la force qui lui est propre, peut devenir pour le chrétien une source abondante de connaissances, revêtues du caractère d'indépendance et de spontanéilé que réclame la science ?.

Ces trois éléments de la dogmatique que Martensen a cru devoir distinguer et analyser séparément dans ses prolégomènes, il les suppose confondus, intimement unis, agissant en commun dans le corps même de l’ouvrage; pour chaque dogine en particulier 1l interroge sa conscience chrétienne, nourrie de la doctrine scripturaire et ecclésiastique. Gette méthode communique à son livre un caractère remarquable d'originalité, de saveur, de spontanéité, nous dirions presque d’individualisme ; il sait toujours confirmer d’une manière ingénieuse, sans effort et sans monotonie, le témoignage de sa conscience par telle ou telle parole frappante de la Bible, par telle ou telle citation heureuse empruntée à nos auteursecclésiastiques. Il sait présenter, non sans causer une certaine surprise agréable, les véritésanciennes dans des formes nouvelles. Peut-être faut-il regretter, avec certains critiques trop sévères, que Martensen n’ait pas toujours su s’assimiler d’une manière complète Les vérités objectives qu'il avait devant lui, et qu’en dépit de ses précautions et de ses protestations, il soit pourtant tombé dans ce qu'on peut appeler le subjectivisme ; peut-être hésiterons-nous à adopter certaines conclusions où trop vagues ou trop précises de notre auteur ; en tout cas, le cachet pittoresque et, on peut le dire, tout moderne que porte son livre résulte de la reconnaissance et de la mise en pratique des droits de l’individualisme chrétien , et il se recommande, à ce titre, à l'attention sérieuse du public qui s'occupe de ces matières théologiques.

Nous ne pourrions pas en dire autant de la dogmaüque d'Ebrard1 qui, entourée d’un appareil plus scien-

" Christ. Dogmatik. Kônigsb. 1851. 2 Bde.

tifique, semble moins avoir tenu compte des besoins de la foi contemporaine. Il cherche à faire découler la notion de la dogmatique de celle de la théologie en général. La tâche de la théologie, comme science du christianisme, n’est pas de démontrer sa vérité au moyen d’autres vérités qui lui seraient ou étrangères ou supérieures, mais en le faisant passer par le crible et le creuset de l’expérience. Celui qui, en sa qualité de chrétien, à éprouvé la vérité du christianisme, c’est-àdire celui qui a reconnu que le fait divin du salut correspond à un besoin réel et profond de l'âme humaine, est capable, comme théologien, de combiner et de résumer d’une manière scientifique les divers éléments dont se compose cette expérience, ou si l’on veut cette synthèse accomplie entre le fait et le besoin du salut. Encore un coup, la théologie ne construit pas le salut à priorr en quelque sorte ; elle ne se borne pas non plus à reproduire simplement la doctrine biblique du salut ; mais elle cherche à démontrer la vérité absolue du fait biblique du salut, en le comparant, sous toutes ses faces, au besoin du salut constaté dans l’âme humaine, et en faisant usage des procédés de la science.

Quant aux sources auxquelles puise le théologien, il ne peut y avoir à cet égard aucun doute; les éléments relatifs au besoin du salut, il les empruntera à sa propre conscience, sans oublier cependant que les lumières qu’elle donne sont nécessairement troublées par le péché et qu’elle ne saurait se passer de l’action sanctifiante de la révélation! ; quant au fait historique de l’universalité de ce besoin, corollaire indispensable de

Page 1