AS NANTES
logie de Rückert! qui se recommande à notre attention tant par la précision et la clarté de la forme que par la maturité de la pensée. L’auteur est vivement pénétré de la nécessité de prouver qu’on peut admettre tous les résultats d’une saine critique et user de la plus complète indépendance de pensée, sans pour cela cesser d’être chrétien. Nous allons exposer le but et le plan de son ouvrage, ainsi que la méthode qu'il suit, sans entrer dans l’examen des résultats auxquels il arrive.
Rückert commence par protester contre l’étendue que l’on donne d'ordinaire aux prolégomènes de la dogmatique; il remarque avec raison qu'on y traite le plus souvent de notions qui ne peuvent être saisies complétement et démontrées que dans le corps même de la dogmatique, où elles ont leur place naturelle ; il demande qu’on indique d’une manière toute sommaire les notions qu’on juge indispensable d'emprunter, soit à la dogmatique elle-même, soit à des sciences auxiliaires, et que l’on ne s'arrête pas à des développements nécessairement incomplets et qui ne feraient qu’anticiper sur l’ordre naturel du système.
Quel est, se demande ensuite Rückert, le point de départ soit de la dogmatique, soit de la théologie en général? Ce ne peut être l’idée de Dieu à laquelle l’homme n'arrive pas d’une manière directe, qui suppose déjà un travail dela pensée, un effort de la réflexion et qui n'offre aucun moyen de contrôle scientifique. Notre auteur croit devoir insister sur le caractère essentiellement anthropologique de toute activité spéculative : il faut qu’elle prenne son point de départ et ses premiers matériaux
! Theologie, Leipz. 1851. 2 Bde.
dans l’homme lui-même. Au fond il ne peut pas y avoir de doute à cet égard. Celui qui éprouve le besoin de se rendre compte de lui-même, de son origine, de sa nature, de sa destinée devra diriger son examen sur les trois points suivants : qu'est-ce que l’homme en soi ou l’homme idéal? l’homme réel correspond-t-il à son idéal, et si cela n’est pas, comment est-il possible de faire passer cet être idéal dans la réalité? Dans cette recherche spéculative la pensée, sans cesser d’être soumise aux conditions que lui impose son caractère anthropologique, sera amenée à s’occuper de matières théologiques : l’idée de Dieu et tout ce qui en découle trouvera ainsi sa place naturelle et organique dans l’ensemble du système.
Ainsi le seul instrument que nous ayons à notre disposition pour construire une science véritable de l’homme et de sa destinée, c’est la pensée: mais cette activité pensante, à laquelle nous nous confions, est d’une double nature. On peut la décomposer en réflexion et en spéculation pure. La réflexion s'exerce sur des matériaux étrangers à la pensée, sur des faits d’expérience qu’elle s'applique à convertir en notions ou en idées; la spéculation s'empare ensuite de ces idées, en examine le contenu sous toutes les faces et cherche à en tirer des conclusions spéculatives. Mais tandis que l’activité de la pensée pure, au moyen de laquelle s’achève le travail spéculatif, ne puise pas à d’autres sources qu'à cellés des idées que lui fournit la réflexion, celle-ci au contraire a un besoin impérieux de matériaux, d'objets sur lesquels elle puisse s'exercer. C'est en descendant dans son for intérieur, en y contemplant son être, en inlerrogeant sa conscience, que
l’homme arrive, par la réflexion, à se connaître tel qu’il est et tel qu'il devrait être en réalité. Dans toute cette partie de son système, le théologien devra s'appuyer sur des faits de conscience au double point de vue de Ja réalité et de l'idéal”.
S'il devait se trouver, comme cela a lieu en effet, qu’il existe une contradiction entre ces deux points de vue, il ne suffira plus, pour les concilier, de s’en tenir aux seuls faits de conscience; il faudra puiser à une autre source, consulter l’histoire et les faits qu’elle nous présente, à savoir Jésus-Christ et le christianisme. Les faits historiques qui nous intéressent peuvent se ranger en plusieurs catégories et embrassent trois périodes : celle de la préparation du salut, celle de son accomplissement, celle de l'assimilation du salut par l’humanité. La seule source qui puisse nous fournir une connaissance exacte des faits qui concernent le christianisme ou l’histoire du salut est la Bible : la science théologique ne pourrait, sous aucun prétexte, se soustraire à l’obligation d’en tenir compte, et l’on peut dire à priori déjà qu'il n’est pas possible qu'elle se mette en contradiction ouverte avec ses données. Mais il n’en est pas moins vrai que la pensée, dans son activité spéculative, ne saurait, sans abdiquer, consentir à se soumettre à l'avance et inconditionnellement à l’autorité de la Bible. Et lors même que la tentative de mettre d'accord les faits bibliques et ceux de la conscience échouerait une première, une seconde, une centième fois, il n'en faudrait pas moins la poursuivre et ne pas désespérer d'arriver un jour à uu résultat satisfaisant ?,