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DE LA CONSCIENCE CHRÉTIENNE

La foi chrétienne, indépendamment du lien étroit qui la rattache à la communauté dans le sein de laquelle elle est née et à l'Écriture qui lui révèle les objets dont elle se nourrit, a un caractère et un côté individuels. L'idée de foi impliquant toujours un rapport personnel entre l’âme chez laquelle elle se produit et celui qui en est l’objet, il en résulte que les impressions, les sentiments, les pensées, les actes de volonté qui découlent de ce rapport porteront eux aussi une empreinte essentiellement individuelle. On peut même dire que c’est le propre d’une foi vivante, énergique, robuste d'avoir un caractère individuel fortement prononcé : c’est un signe que les faits du salut ont exercé leur action et plongé leurs racines bien avant dans lâme de celui qui les a reçus, qu'il a une conscience bien nette des obligations nouvelles qui en résultent pour lui. Là, au contraire, où la foi est plus faible, plus passive, l’assimilation des grands faits du salut se fait d’une mamère moins complète et moins riche, et les manifestations qu'ils provoqueront seront à leur tour moins puissantes et moins originales. Dans le premier cas, c'est véritablement une vie nouvelle qui jaillit; dans l’autre cas, la reproduction des idées et des sentiments nouveaux déposés dans l’âme par la foi se fait d’une manière plus ou moins mécanique et sous la forme tradiionnelle sous laquelle elle les a reçus. L'âme alors n y mêle rien du sien, car elle n'a rien donné; elle n’a participé que d’une manière molle et nonchalante à

l'œuvre intérieure qui s’est accomplie en elle. Elle n'augmente pas, quant à elle, le patrimoine spirituel des nobles et salutaires expériences que lhumanité possède en propre; elle se contente de le transmettre, appauvri plutôt qu'enrichi, à ceux qui la suivent. Semblable à ce serviteur inutile dont parle la parabole, qui au lieu de faire valoir son talent l’enfouit dans la terre, elle aussi veille avec un soin jaloux sur la forme dans laquelle elle à reçu les objets de sa foi, de peur d’en compromettre le contenu en le soumettant au crible de l'expérience et de l’assimilation personnelle.

Puisque telle est la nature de la foi, la dogmatique qui prétend en être l’exposition systématique, devra aussi porter ce caractère d’individualisme. Elle ne pourra pas s’en dispenser, sous peine de descendre au rang d’une science purement historique. Du moment que l’on fait appel à la réflexion, à expérience du dogmatiste, celuici, alors qu’il s’agit de reproduire et de grouper scientifiquement les divers éléments de la doctrine chrétienne, ne pourra le faire que suivant la manière dont lui-même il l’a comprise et saisie dans son for intérieur, en se plaçant au point de vue qui lui est particulier, en consultant le témoignage de sa propre expérience.

S'il est dans l’ordre des choses que la vérité révélée soit reproduite librement par le dogmatiste qui se l'est assimilée, ce travail, hâtons-nous de le dire, à aussi sa très-grande utilité : il est dans le plan et dans l'intention du divin auteur de notre foi. Au fond , ce n’est que par ce moyen qu'il est possible de constater l’excellence de la doctrine chrétienne et de montrer qu'elle s’adapte aux besoins les plus variés, qu’elle s'approprie aux individualités les plus diverses, qu’elle soutient

toutes les épreuves imaginables. Il devra résulter des formes et des types divers que revêtira la science dogmatique un profit réel, un échange mutuel de lumières, et, somme toute, un progrès incontestable. Plus il y aura de témoins qui, placés à des points de vue divers et souvent opposés, plaideront, par le concert unanime de leurs voix, en faveur de la même cause, en essayant de justifier le contenu de la foi aux yeux de la raison, plus il y a à compter que cette cause sera gagnée. Ge qui importe ici, ce n’est pas que leur témoignage soit uniforme, absolument formulé dans les mêmes termes, mais qu’on y retrouve cette unilé supérieure qui existe même au sein de la diversité et qui est le lien des esprits. Il est beaucoup moins utile d'effacer l’empreinte individuelle que dépose dans les âmes la vérité chrétienne, que de la laisser paraître, alors qu'il nous tient à cœur d'assurer son triomphe dans le monde. La science dogmatique a par conséquent tout à gagner à voir se multiplier les types de la doctrine chrétienne : c’est là une vérité beaucoup trop méconnue encore et qui est bien loin d'avoir obtenu, parmi les chrétiens, le crédit qu’elle mérite.

Mais ici l’on nous arrête et l'on nous signale un grave péril. Eh! ne voyez-vous pas, nous dit-on, que de cette manière vous ouvrez une large porte à ce qu’on peut appeler le subjectivisme, c’est-à-dire l'arbitraire et le hasard en matière religieuse? Sous prétexte d'individualisme, vous ruinez le fondement objectif de la foi chrétienne, l'autorité souveraine de la vérité révélée. Et cela doublement : d’une part vous isolez la dogmatique de l’action lutélaire de la communauté, en autorisant l'individu à préférer au témoignage consacré par les

conciles et inscrit dans les symboles son propre témoiguage, et en lui recommandant de ne pas craindre de donner à cette science un cachet individuel. Et puis, d'autre part, vous isolez la doctrine chrétienne du contrôle salutaire de la révélation écrite, en permettant au fidèle de la reproduire à sa manière et de choisir la forme qui lui paraît le plus propre à faire ressortir la vérité de son contenu.

Disons-le sans détour, il y a dans ce cri d’alarme et dans cette appréhension, l’expression d’un sentiment juste et celle d’une crainte exagérée. Ce qui est vrai, en effet, c'est qu'en laissant à chacun le soin de s’assimiler et de reproduire librement le contenu de fa foi chrétenne, il est à risquer qu'il prenne l'erreur pour la vérité, qu'il obéisse à ses penchants naturels et à ses prédlections plutôt qu’à la lumière que la révélation a déposée en lui, et qu'affranchi de toute règle et de tout guide, il se rende coupable des plus graves écarts en matière de doctrine chrétienne. Mais ce danger , qu’on veuille bien le remarquer, est attaché à toute manifestation spontanée de la vie et de la foi chrétienne. Partout où une individualité fait usage de sa liberté, elle court le risque de failhir : c’est là un inconvénient dont il faut prendre son parti, sous peine de renoncer à l'exercice même de la liberté et de désespérer de toute spontanéité en matière chrétienne. Mais entre la possibilité de l'erreur, alors qu’on soumet les objets de la foi à l'épreuve de l'assimilation et de la reproduction individuelle, et la passivité à laquelle on condamne le chrétien, alors que l'on ne fait pas appel aux forces vives dont il est doué, il nous semble que le choix ne devrait pas être long.

Quoi qu'il en soit d’ailleurs, le danger dont on parle n’est pas aussi considérable qu'on veut bien le représenter. Le chrétien qui soumet à la réflexion les objets de sa foi se garde bien de commencer par faire table rase. Il lui est difficile de faire abstraction de la forme partieulière dans laquelle il a reçu la foi des mains de la communauté; qu'il le veuille ou non, sa dogmatique portera toujours l'empreinte du temps et du lieu où elle est née. De même, et par le cours naturel des choses, la foi du chrétien s’est nourrie de la Bible; elle s’est formée , elle a grandi en quelque sorte sous l’action de son divin contenu; la doctrine biblique a déteint sur elle, si nous pouvons dire ainsi, d’une manière plus ou moins parfaite. Le chrétien, alors même qu'il commence à penser librement et par lui-même, ne peut se soustraire à l'influence de l’enseignement qu'il a reçu; à l'heure remarquable où il cherche à se rendre compte de sa foi, à la mettre en accord avec ses autres expériences et connaissances, à l'adapter aux besoins de son individualité, 1l porte avec lui une série de garanties et d'appuis qui l'empêcheront de faire des écarts trop graves. Sans doute il peut lui arrriver de faire fausse route : il ne saurait nourrir aucune prétention à l’infaillibilté en matière religieuse, ni se flatter d’embrasser la vérité absolue. Ses erreurs peuvent provenir d'une double source. Ou bien, il s’est rendu coupable d'un défaut dans la méthode, d’un vice dans le raisonnement, et dans ce cas c’est à la logique qu'il appartient de relever l'erreur et de la redresser. Ou bien l’erreur dans laquelle tombe le chrétien doit être imputée à Sa sanctification imparfaite, à sa conversion insuffisante; il n'est pas assez chrétien pour comprendre le

christianisme; il a embroassé le -salut d’une manière incomplète, etles ténèbres qui obscurcissent son esprit ont une cause morale. Dans ce cas il est du devoir de la communauté de l’avertir, de le reprendre, de lui faire voir les points sur lesquels il se trouve en désaccord avec la Bible, avec la pensée du Seigneur, avec le christianisme.

Il importe d'ailleurs de remarquer que cette double source d'erreur qui peut se produire, alors que l’on accorde au chrétien, un certain rôle dans la construction de la science dogmatique , existe également là où ce rôle lui est interdit, à moins de prétendre que la forme traditionnelle dans laquelle la foi chrétienne est parvenue jusqu’à nous et qu'il n'est pas permis de modifier, ne contienne aucune erreur, soit au point de vue de la science, soit à celui de sa conformité avec les données de l'Évangile et avec le principe même du christianisme : ce que personne ne voudra affirmer, du moins au sein de nos Églises protestantes.

Mais, est-on en droit de se demander, quel est chez le chrétien la faculté, l'organe à qui est confié le travail dogmatique , tant celui de l'assimilation que celui de la reproduction des objets de la foi? On doit s’attendre à rencontrer dans cette détermination une certaine diversité qui tient aux variations de la science psychologique, à la manière différente dont on envisage les facultés humaines, les fonctions spéciales qui leur sont attribuées et le rang de coordination ou de subordination dans lequel on est habitué à les ranger. Il y a toujours eu , il ya toujours encore des dogmatistes qui regardent l'intelligence ou la raison humaine, comme l'organe

essentiellement religieux, puisqu'elle est, selon eux, la il,

faculté royale de l'homme, celle qui le distingue le me! des autres créatures. C’est par la raison, disent-ils,

que l'homme entre en rapport avec le monde supérieur, avec Dieu; on va même jusqu'à la considérer comme une parcelle de la raison incréée, comme une étincelle ravie à la Divinité et déposée dans l’homme. On distingue généralement, d’après celte théorie, entre la raison naturelle, obscurcie par le péché, dirigée vers les choses terrestres, et la raison illuminée ou régénérée qui a déjà subi l'action de la grâce et qui se trouve élevée à une plus haute puissance par le contact avec les révélations divines.

D’ autres dogmatistes, au bout Bite, assignent au sentiment l’exercice des fonctions religieuses ; ils relèvent la nature intime et mystique de la foi; ils font remarquer que c’est par le cœur que l’homme comprend les plus grandes vérilés, que la religion consiste surtout dans un échange d’affections, et de la part de l’homme dans le sentiment de l’adoration, de la dépendance de Dieu , de sa présence et de son action en nous. D’autres encore insistent sur le caractère essentiellement moral et, Si nous pouvons dire ainsi, personnel de la piété ; ils en placent le foyer dans le siége même de notre individualité, dans la conscience, qui nous révèle à la fois l'existence de notre propre moi, celle d’un Dieu présent et agissant en nous, ainsi que celle des devoirs et des obligations qui en résultent.

Quoi qu'il en soit de ces distinctions et de ces divergences, il est certain que l’homme a en lui un côté par lequelil est accessible aux choses divines, un organe par lequel il peut communiquer avec le monde invisible, caché aux yeux des sens et dans lequel l'esprit de Dieu

peut faire sa demeure. Homo capax est divinitatis. Et cet organe n'est pas seulement passif, comme le supposaient les anciens dogmatistes; mais il est encore, surtout lorsque la grâce divine l’a touché, eapable de mouvements spontanés, doué d'une certaine activité propre, d’une faculté reproductrice et même en un certain sens créatrice. Nous le répétons : c’est ce que l’ancienne dogmatique , suivant nous, n’a pas suffisamment compris et élabli. Elle a trop exclusivement envisagé l'organe religieux de l’homme, sous sa forme passive et réceptive. Peu importe au fond le siége que lon assigne à cette faculté religieuse par laquelle l'homme entre en communication avec Dieu, peu importe le nom qu'on lui donne: toutes ces discussions sur la prééminence de la raison, du sentiment ou de la conscience en matière religieuse ne sauraient offrir qu'un intérêt secondaire. Ge qu'il est nécessaire de bien établir c’est, d’une part, que l’homme est capable de recevoir librement les impressions qui lui viennent du monde surnaturel, et, d'autre part, qu'il peut, par ce moyen, la communication entre lui et Dieu une fois établie, la vie spirituelle fonctionnant et se développant organiquement, produire d’autres impressions, acquérir Ja capacité de juger, de raisonner, de spéculer librement et spontanément en matière religieuse.

Si toutefois il nous fallait absolument nous prononcer en faveur de l’une des facultés humaines de préférence aux autres, nous choisirions sans hésiter la conscience. Sans vouloir le moins du monde amoindrir le rôle de la raison et du cœur, nous croyons cependant que c’est par la conscience surtout que nous entrons en rapport avec le monde supérieur; elle nous révèle notre origine

et notre destinée, notre vraie nature dont le développement n'est pas borné à cette terre seulement, mais qui plonge par ses racines les plus intimes, par ses fibres les plus délicates dans le monde surnaturel. C’est la conscience qui, le plus clairement, nous parle de Dieu : elle porte en elle l’image empreinte du Créateur; elle est merveilleusement préparée à recevoir ses révélations. En même temps, elle règne en maîtresse souveraine dans le domaine moral; c’est elle qui détermine nos devoirs et nos obligations. La langue française a même sur la langue allemande lavantage de ne posséder qu'un seul mot pour désigner cette double fonction (Bewussisein, Gewissen).

Placée sous l'influence de l'Évangile , formée à l’école des révélations divines , la conscience humaine régénérée est capable de projeter les clartés les plus vives. Cependant alors même, elle est loin de nous fournir une norme infaillible. Nous ne sommes nullement embarrassé pour indiquer le degré de confiance, c’est-àdire d'autorité que nous accordons au témoignage de la conscience chrétienne en matière dogmatique. Puisque le chrétien ne saurait prétendre s’assimiler d’une manière parfaitement adéquate le contenu des révélations divines, sa conscience ne saurait pas non plus le reproduire dans toute son intégrité. De même que dans la vie en Dieu nous n'atteignons pas l'entière perfection , de même, dans notre dogmatique, nous ne pouvons prétendre à labsolue vérité. L’infaillibilité, en matière religieuse , ne saurait être le privilége que de l’absolue sainteté. Si donc, dans notre vie morale, il nous reste Jjournellement des progrès à faire, des fautes à éviter, des difficultés à surmonter, il en sera de même dans notre

conscience : sa perfection est une perfection croissante; elle aussi est sôumise à la loi du développement organique. Nous pourrons donc nous résumer en disant que la clarté et la véracité du témoignage de la conscience chrétienne sont toujours subordonnées à la puissance de la vie religieuse que nous sommes parvenus à réaliser en nous: elle se soutiennent et se corrigent réciproquement.

Il résulte des observations que nous venons de présenter, l'utilité de ce que nous pourrons appeler les contre-épreuves, la nécessité, pour le dogmatiste, de comparer le témoignage que sa conscience chrétienne rend aux révélations divines avec celui qui est contenu dans les saintes Écritures ou déposé dans les symboles ecclésiastiques. Étant parti de la supposition que la conscience chrétienne se développe et se constitue sous l'influence de l'éducation biblique et de l’enseignement de la communauté, il nous sera permis d'attendre que, sur le plus grand nombre de points de la doctrine chrétienne, l'accord entre ce triple témoignage sera manifeste et incontesté. Mais puisque, indépendamment des des deux éléments objectifs qui constituent la science dogmatique, la Bible et la tradition ecclésiastique, nous avons admis l'existence d’un troisième, la conscience chrétienne elle-même, mise directement en rapport avec Dieu et douée d’une certaine spontanéité, il pourra se faire, ou bien que l'accord dont nous parlons, paraisse douteux, alors que les formules dogmatiques employées diffèrent des formules consacrées, ou bien aussi que cet accord soit troublé et détruit, alors que les résultats eux-mêmes que l’on a obtenus ne sont pas en harmonie avec l’enseignement officiel.

Dans ces deux cas, qu'y a-t-il à faire et quel part restera-t-il à prendre au dogmatiste® Suivra-t-il le témoignage de sa conscience ou celui de la Bible, ou enfin celui de l'Église? Ce dernier étant subordonné au précédent et devant toujours se soumettre à lui, il ne reste plus qu'à envisager la possibilité d’un conflit entre la conscience chrétienne et l'Écriture. Or, les causes du désaccord qui peut se produire dans ce cas, rentrent dans une double catégorie : ou le témoignage scripturaire à été mal entendu et mal compris, ou c’est la conscience elle-même qui se trompe dans ses affirmations relatives à la vie en Dieu et aux révélations divines. Dans l’un et dans l’autre cas, la difficulté est la même: qui décidera et où prendra-t-on les éléments d’un jugement qui soit conforme à la vérité?

Il est de toute évidence que le dogmatiste ne saurait affirmer comme vrai ce qui est contraire au témoignage

positif de sa conscience, c’est-à-dire ce qui ne lui pa-.

raît pas conforme aux expériences religieuses qu'il a faites et aux lois du monde spirituel qu’il a cru découvrir en lui et autour de lui. Ce serait là, n’en déplaise à ceux qui sont habitués à ces sortes de rupture.avec leur conscience, un acte de muülilation et de violation qui entraînerait les conséquences les plus graves, car tout aussitôt lindividualité humaine devrait abdiquer le rôle éminent qu'elle est appelée à jouer en matière religieuse, et il faudrait, du même coup, renoncer à la conception spiritualiste de la religion que nous devons au christianisme, et qui, de plus en plus, se répand parmi nous. D'un autre côté, il n’en est pas moins évident que la conscience chrétienne , sous peine de menur au nom qu’elle porte, ne peut pas affirmer le con-

traire de ce que dit la Bible, attentivement et loyalement interrogée; le chrétien ne saurait, sans témérité et sans danger, contredire le témoignage scripturaire, et lui substituer celui de sa conscience, quelque assuré qu'il soit de sa validité. La conscience, à tout prendre, peut se tromper, et elle-même doit craindre de porter atteinte à l'autorité de la Bible.

Il ne sert de rien non plus de se bercer du chimérique espoir que le conflit, dont nous parlons, ne se présentera jamais. Bien au contraire, il ne se présente que trop, et beaucoup plus souvent qu’on ne le voudrait ou qu’on ne se l'avoue. Ayons donc la sincérité d'en convenir. Il ne reste, dans cette extrémité, ce nous semble, qu'une seule chose à faire, savoir poser en temps et en lieu opportun des points d'interrogation et de suspension, exprimer loyalement nos doutes, nos incertitudes , nos scrupules, suspendre nos conclusions définitives ou en donner de provisoires, sauf à les rectifier alors que de nouvelles lumières seront venues s’ajouter aux premières, alors que notre recherche, sans cesse reprise, notre examen, sans cesse recommencé, nous aura fourni de nouveaux éléments de certitude. Ce procédé nous paraît infiniment préférable à une affirmation ou à une négalion hâtive, et à ces coups d'autorité qui ne sauraient que nous conduire dans le domaine de l'arbitraire et nous imposer des conclusions prématurées et fautives. Cette sage réserve dans le jusement définitif à porter sur tel ou tel point de la doctrine chrétienne est d'autant plus recommandable que le désaccord entre le témoignage de la conscience et celui de l'Écriture ne porte d'ordinaire que sur des points d’une importance secondaire, et qui n’ont que

peu ou point d'influence sur notre vie religieuse elsur nos progrès dans la sanctification.

Il nous reste un autre point important à examiner. À peine est-il nécessaire de rappeler que la dogmatique doit porter un caractère scientifique et se soumettre en conséquence à toutes les lois particulières qui régissent les sciences spéculatives ; c'est même ce caractère scientifique qui distingue la dogmatique des autres formes d'exposition que revêt la foi chrétienne, des catéchismes, par exemple, et des confessions de foi. Mais quel sera, dans ce cas, se demande-t-on, le rapport de la dogmatique avec la philosophie, qui est la science spéculative par excellence? Ne se rencontreront-elles pas dans le but qu'elles poursuivent, n’y a-t-il pas là une coïncidence, une concurrence qui rendra presque superflue l’une de ces deux sciences? Ou bien sontelles destinées à entrer en conflit l’une avec l’autre, à demeurer éternellement dans un état d’hostilité, de suspicion jalouse l’une à l’égard de l'autre?

Rien de plus simple que la solution de cette question. En principe, les deux sciences dont il s’agit sont unes, de fait elles sont séparées et même le plus souvent divisées. Il y a entre la philosophie et la dogmatique le fait capital de la régénération chrétienne, ou si l'on aime mieux, l’action réparatrice de l'Évangile. Toutes deux aspirent à rendre compte de la nature de l’homme, du problème de sa destinée, du monde, de Dieu. Elles s’exercent donc sur les mêmes sujets, et se meuvent, plus ou moins, dans le même domaine. Seulement, d’après opinion commune, la philosophie a son point de départ dans le doute, c'est-à-dire dans ane ignorance absolue et volontaire de tous les résultats

déjà acquis, de toutes les expériences déjà constatées; elle ne reconnaît aucune autorité au-dessus d'elle, n'interroge aucune tradition, ne subit aucune influence, mais procède uniquement de l’activité propre du penseur qui se livre à ces recherches spéculatives. Elle se dépouille de propos délibéré et en pleine connaissance de cause, ajoute-t-on, de tous les appuis extérieürs; elle se prive volontairement de toutes les sources d’information historique dont la dogmatique s'entoure. De telle sorte que l’on pourrait dire que la philosophie est la dogmatique de l’homme naturel, .tandis que la dogmatique serait la philosophie du chrétien.

Mais dans le fait les choses ne se passent pas absolument de cette manière. Gette ignorance dont la philosophie se vante, cette prétendue impartialité (Vorausetzungslosigkeit) dans laquelle elle prétend s’envelopper est tout simplement impossible, et c’est une œuvre illusoire de faire ainsi table rase comme on dit. Le philosophe lui aussi accepte certaines prémisses. Il est homme: son expérience s’est déjà enrichie de certains résultats, dont il lui est impossible de ne pas tenir compte. [Il a subi certaines influences; son éducation, le milieu dans lequel il vit l’ont prédisposé à embrasser tel système de préférence à tel autre ; il obéit malgré lui à une impulsion secrète; son esprit, par une pente naturelle, incline vers tels ou tels résultats. Placé sous l’influence des idées religieuses, sous la discipline salutaire du christianisme, mis en contact, depuis son enfance, avec l'Évangile, le penseur ne saurait se soustraire absolument au courant d'impressions et d’idées qui en émanent; sa spéculation

portera, malgré lui, une certaine empreinte chrétienne,

dans ses résultats plutôt que dans la forme qu’elle emn-

ploiera. Cette empreinte sera plus visible à proportion

que le philosophe sera plus chrétien, et à l'époque bénie, quoique infiniment reculée où l'Évangile aura pé-

nétré tous les cœurs de son action divine, toute philo-

sophie sera naturellement chrétienne et ne se distin-

guera plus guère de la dogmatique. L'une et l’autre , au

service de la même vérité qu’elles auront librement

et joyeusement embrassée, feront identiquement la

même œuvre : elles rendront scientifiquement compte

de l’homme, de sa nature et de ses besoins, du monde ,de Dieu, du salut de l'humanité en Jésus-Christ.

Mais si la différence entre les résultats de là dogmatique chrétienne et de la philosophie spiritualiste (la seule qui mérite le nom de philosophie) tend de jour en jour à disparaître, peut-être continueront-clles à se distinguer par la méthode qu’elles emploient, par le langage dont elles se servent? Cela même ne nous paraît guère probable. IT faut le dire, au risque de heurter de front une opinion singulièrement puissante qui a presque passé à l’état d'axiome : on a fort exagéré la diffé-

rence de-méthode qui existe entre la philosophie et la ©

dogmatique. Réelle et profonde, à une certaine époque, cette différence lend à s’effacer de plus en plus. En effet, aux yeux de toute bonne et saine spéculation scientifique, quels quesotentlesobjets sur lesquels elle s'exerce, il ne peut y avoir deux méthodes également recommandables. On ne saurait se retrancher derrière cet argument, souvent reproduit, que la dogmatique est obligée, par sa nature même, d'avoir égard à des autorités, à des témoignages historiques que la philosophie peut

négliger. Cela n'estpas tout à fait exact. La dogmatique, nous lavons suffisamment établi, procède directement de la conscience chrétienne, comme la philosophie relève de la conscience naturelle, plus ou moins transformée elle aussi par l'influence de l'Évangile et par l'enseignement de l’Église : l’une et l’autre, douées de ia même spontanéité, ne consultent que leurs propres expériences, et ne relèvent que d’elles-mêmes. Nous le répétons , le point de départ de la philosophie et de la dogmatique, au fait de la régénération près, est absolument le même. Et si la dogmatique, arrivée à son but, -sent le besoin de souméttre ses résultats à une contreépreuve , et de les comparer avec les données de l'Écriture et de la tradition ecclésiastique, la philosophie, quand un jour elle aura pleine conscience de sa mission, de ses limites, de sa portée acceptera avec Joie les garanties de succès, les éléments de certitude qui lui sont offerts dans le dépôt des révélations divines. Oui, quand la philosophie sera devenue chrétienne, dans ses résultats, elle aussi se montrera attentive el reconnaissante à l'égard des sources et des moyens de certitude que le christianisme met à notre disposition.

Reste , il est vrai, la question du langage, de la terminologie scientifique. Rien de plus différent encore, à l'heure qu'il est, que le langage que l'on trouve dans tel ou tel manuel de dogmatique, et celui qu’emploie tel ou tel système de philosophie. Mais là encore, rien ne nous empêche d'admettre qu'il pourra, qu'il devra même s'opérer un rapprochement, une fusion, une sorte de libre-échang®, également favorable aux deux sciences, sans que l’on puisse déjà prévoir, à plus forte raison préciser de quelle-manière 11 devra se faire. On

peut cependant supposer, sans trop de présomption, que la philosophie adoptera la terminologie consacrée par la dogmatique, en tant qu’elle répondra aux résultats nouveaux que la philosophie pourra proclamer, et en tant que celte terminologie satisfera les exigences scientifiques que toute spéculation est en droit de faire valoir. De même, la dogmatique devra emprunter le langage de la philosophie pour autant que celui-ci sera plus clair, plus précis, plus logique que celui dont elle se sera servie elle-même.

Quelles sont «maintenant les lois qui régissent les sciences spéculatives? Évidemment celles de la logique, de cette logique transcendante que la philosophie allemande à appelée du nom de dialectique : c’est elle qui est l'unique norme de la vérité et si nous pouvons dire ainsi l’unique instrument dont puisse se servir la spéculation. Elle ne se montre satisfaite que lorsque toutes les parties des connaissances humaines sont ramenées à un principe unique, que l'harmonie générale est établie, que le lien et les rapports des vérités isolées sont clairement démontrés et que leur conformité avec la raison, Jugesouverain en pareille matière, est suffisamment évidente. Mais la démonstration dialectique, le raisonnement logique sont eux-mêmes subordonnés, il est à peine besoin de le faire remarquer, aux données psychologiques fondamentales, aux prémisses spéculatives antérieures à tout essai de réflexion systématique. En d’autres termes, l'opération dialectique dont nous parlons ne s'exerce pas sur le vide, mais sur un ensemble concret de données constatées pâr l'observation et par l'expérience. Tout le monde aujourd’hui est revenu de celle erreur de la philosophie idéaliste, et en particu-

lier de école de Hegel, qui prétendait faire dériver tout le système de la vérité de ce qu'elle appelait l'idée absolue de l'être, qu’elle déclarait identique à la pensée ; ce qui revenait à dire que la logique ou la dialectique ne fait que déployer ou, comme on s’exprimait, vider son propre contenu. Rien n'est plus erroné et plus'illusoire. Ce n'est pas son propre contenu, ce sont les phénomènes de l'ordre psychologique, moral et religieux que la logique ou la dialectique est appelée à réunir en un faisceau, ou plutôt en un organisme scientifique.

Or, il faut que la dogmatique se soumette aux mêmes conditions, aux mêmes lois. Le raisonnement dialectique du dogmatiste devra s'exercer sur les données psychologiques et religieuses qui lui sont fournies par sa conscience chrétienne, en tenant compte de toutes les influences extérieures, scripturaires el ecclésiastiques, que cette conscience déclare avoir subies. Mais, nous objecte-t-on, avec une apparence de vérité, le raisonnement logique lui-même nè sera-t-il pas atteint, c’est-à-dire modifié par ces influences venues du dehors, par ces changements apportés à la condition primitive de l’homme? Le philosophe ne devra-t-il pas redouter que le raisonnement ne soit faussé, le travail spéculatif arrêté, la raison heurtée et choquée par cette intervention insolite du dehors, par cette influence des idées révélées? Le chrétien se trompe-t-1l, lui qui espère au contraire voir, grâce à cette action du dehors, le raisonnement dialectique rectifié, préservé de tout écart, et la raison elle-même éclairée, débarrassée de toutes les incertitudes, de toutes les ténèbres qui l'enveloppent encore?

La réponse à cette question ne sera pas difficile. Le

christianisme ne veut faire autre chose que restaurer la condition première de l'homme troublée par le péché; si ses dogmes choquent la raison vulgaire, il y a toute apparence qu'ils seront d'accord avec une raison plus haute, et que, tout examen fait, 1l sera prouvé que lantagonisme si souvent allégué entre la nature et le surnaturel n'existe pas aux yeux d’une saine philosophie. D'ailleurs, la conscience du chrétien, en s’assimilant les données de l'Écriture et de l’enseignement ecclésiastique, les a, par cela même, converties en données psychologiques, et le raisonnement dialectique ne peut se refuser dès lors de les prendre en sérieuse considération. Il est vrai que tout cela n'exclut pas la possibilité d’un désaccord entre la conscience chrétienne ou la foi et la raison. Bien au contraire, de même que nous avons signalé la possibilité de divergences entre le témoignage de l’Écriture et celui de la conscience chrétienne, de même ici nous devons prévoir les conflits entre la dogmatique et la philosophie.

Mais ces conflits, disons mieux, ces contradictions n'ont rien qui doivent étonner le penseur. Il est dans la nature des choses et surtout de nos idées, comme Kant l’a parfaitement montré, de rencontrer des antinomies,

-dès que notre raison aborde le domaine de la métaphysique, qui est aussi celui des vérités religieuses. Pour un esprit fini et borné, comme le nôtre, qui ne voit les choses que d’un seul côté, et par conséquent aussi qu’un seul côté des choses, il y aura toujours des points obscurs, des problèmes sans solution. Il doit s'attendre à trouver sur telle question le pour et le contre, à ne pas savoir résoudre telle difficulté, voire même telle contradietion entre deux vérités qui lui paraîtront également

vraies. La connaissance du véritable rapport des choses, le terine moyen, le trait d'union lui manque. Il n’a pas sous la main tous les éléments d'analyse pour opérer la synthèse définitive.

Sans doute, ces antinomies et ces contradictions tendent à disparaître, à mesure que l’analyse devient plus complète et qu’elle est mieux faite, à mesure que les progrès de la connaissance sont plus réels, c’est-àdire pour le chrétien, à mesure qu'il se sera mieux assimilé les vérités révélées et que sa sanctification sera plus avancée. Mais jusqu’au moment béni où la foi sera changée en vue, où la connaissance imparfaite sera abolie , il restera toujours des points sur lesquels la foi devra suppléer à la science, ou du moins en fortifier et en corroborer les résultats. Cette nécessité n’a rien de décourageant : 1l est dans la nature de l’homme, et aussi du chrétien, de ne jamais abandonner la recherche, ni même lespoir de triompher des difficultés et de dissiper les nuages qui lui couvrent encore la vue et la possession de la vérité absolue. C’est 1à une noble occupation, un travail utile, voulu de Dieu, que la dogmatique et la philosophie sont appelées à faire, chacune de son côté, avec des chances et des gages divers de succès, avec des alternatives de progrès et de retards, avec des intermittences et des éclipses, en s’aidant et en se soutenant mutuellement, malgré leur inimitié apparente, jusqu'au jour où elles l’achèveront de concert, alors qu’elles verront face à face ce qu’elles contemplent présentement confusément comme dans un miroir.

Il semble d’ailleurs que jamais on n’a été plus près de comprendre quelles sont les véritables limites dans les quelles peut et doit s'exercer toute spéculation, soit

philosophique , soit théologique. Les études métaphysiques , il est vrai, sont tombées en discrédit, depuis la disparition des grands penseurs dont les systèmes passionnaient l'Allemagne , il y a trente ans. -Un sentiment de lassitude s’est emparé des esprits : à une attente pleine d'ivresse et d'illusions, a succédé un découragement tout aussi peu légitime. Loin de porter le deuil de cette cessation subite de toutes les grandes spéculations philosophiques , on a vu des esprits s’en féliciter et la signaler comme une preuve accablante de l’impuissance du spiritualisme, voire même de toute philosophie. La critique, disent-ils, qui est la vraie science de notre siècle , a fermé la voie pour longtemps à toute nouvelle hypothèse philosophique : elle sourit d'avance des efforts que va faire le philosophe pour embrasser la vérité; elle sait que le système qu’il nous proposera , dans sa naïve confiance, n’échappera pas plus que celui de ses devanciers à la loi fatale de la caducité. Aux élans ardents, aux désirs vigoureux qui jadis poussaient le penseur à la recherche infatigable de la vérité, on oppose une curiosité raffinée et voluptueuse , à laquelle il suffit de saisir la physionomie des choses, leur forme et leur valeur esthétique, en condamnant par avance toute tentative de vouloir comprendre et résoudre l’énigme de la vie.

Mais si ce sentiment de lassitude et de complaisante résignation à eu pour résultat de décourager des études spéculatives bon nombre d’esprits sérieux, de leur fermer les horizons de l'infini et de diriger leur attention sur d’autres domaines, il faut convenir cependant qu’il a eu aussi le rare mérite de rendre plus modestes et plus sincères ceux qui n’ont pas déserté ces nobles oc-

cupations de l'esprit; il les a prémunis contre l’impatience fiévreuse de vouloir conclure, avant de posséder les éléments nécessaires à la conclusion, d’accumuler hypothèses sur hypothèses, avant de s'être assurés de la solidité de leur base et de leur méthode. Ils ont acquis ainsi la vertu difficile de s’arrêter en temps opportun et de s’interdire la précipitation, si fâcheuse en pareille matière ; ils ont compris que leur rôle était plutôt de poser les problèmes que de les résoudre , de préparer les solutions plutôt que de les anticiper, de chercher plutôt à multiplierles recherches spéculatives qu’à les rendre inutiles , en les déclarant closes.

Il a en effet un instinct qui semble devenir de plus en plus général : c’est l'horreur pour les formules qui se donnent pour immuables. Le règne de la scolastique et du dogmatisme est bien près de finir. Tous les esprits sages comprennent qu'il y a une présomption insupportable à vouloir enfermer les choses divines dans les bornes étroites de la raison humaine, à embrasser et à faire contenir Dieu dans une formule logique. L’infini dépassera toujours le fini : il n’est pas donné à la créature de refaire , même par la pensée, l’œuvre du Créateur. Sachons donc que ce que nous affirmons de Dieu et des mystères de notre religion est aussi éloigné de la réalité que la terre l’est du ciel. Notre pensée , en matière religieuse , prend involontairement la forme du symbole; elle appelle à son aide des images ; elle ne peut se passer du langage figuré. Les théories les plus abstraites et les plus idéalistes sur la divinité partagent à cet égard la condition des plus concrètes et des plus grossières, puisqu'elles aussi tendent à enfermer dans des termes limités ce qui est illimité. Loin de condam-

ner l'emploi de lanthropomorphisme, en matière reli-

gieuse , il faudrait l’accepter et s’en applaudir : c'est #

la seule manière dont nous puissions nous rendre #

compte de ce qui nous dépasse et nous déborde de |

toute part.

Il y a donc pour la philosophie une inconséquence véritable à reprocher à la théologie de vouloir essayer d’ex-

pliquer l'absolu et l'infini, aussi bien qu’il nous est pos- |

sible de le faire et de parler de Dieu dans le langage des hommes. Qu'elle s'élève contre tout ce qui est absurde et manifestement contraire à la raison : rien de plus légitime, mais qu'elle ne confonde pas ce qui est faux et ce qui est simplement obscur, qu’elle fasse une distinction entre l'erreur et le mystère. Nous sommes entourés et comme enveloppés de mystères : le nier, voilà qui serait absurde. Et puisque, à tout prendre, l’homme ne peut se passer de déterminer ses rapports avec Dieu et avec les choses divines, puisqu'il Tui faut des solutions, ne fût-ce qu'à titre de solutions provisoires; puisque, en ce qui concerne son salut, 1l n’a pas le temps d’attendre que l'humanité arrive à la pleine lumière et à des formules plus transparentes : eh bien, qu'il lui soit permis d'expliquer l'infini par le fini, le parfait par l’imparfait; qu'on ne lui ravisse point l'appui et la force qu'il trouve dans les dogmes de l'Eglise; qu’on ne lui ôte pas Ja confiance et l'espoir de toujours mieux les comprendre et les définir, qu’on ne le décourage pas, mais qu’on hausse plutôt son cœur et qu’on le rende capable de plus grands efforts encore. Qu'en même temps les théologiens soient assez sages el assez modestes pour convenir que les formules qu'ils emploient ne peuvent pas être définilives et qu'il sera toujours impossible de dire le der-

mer mot sur les problèmes infinis de Dieu, de l’homme et de sa destinée.

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