‹ Des Éléments Constitutifs de la Science DogmatiqueChapitre 5 sur 23 · S, 99. =TA102S5422. — ° TI. S. 499. = AIS · texte numérisé non relu

S, 99. =TA102S5422. — ° TI. S. 499. = AIS

caractère que nous pourrions appeler individualiste ; car même ce qui dans le dogme protestant est le patrimoine spirituel de la communauté; ce qu’elle professe publiquement dans ses symboles, est le résultat du libre concours de la foi et de la réflexion individuelle de ses membres. Le plus sérieux devoir de l'Église protestante est de sauvegarder le développement de la doctrine, d'après les principes de l’individualisme et sans que le repos de la communauté en soit troublé !.

Telle est la large part que Schleiermacher assure à l'individu dans la construction du système dogmatique; il semble loutefois qu’il reprenne tout aussitôt ce qu'il vient de donner. Toutes les vérités qui aspirent à trouver place dans la dogmatique évangélique, doivent, selon lui, pouvoir être ramenées à des propositions contenues dans les confessions de foi protestantes ou à leur défaut à des témoignages positifs puisés dans les écrits du Nouveau Testament?. Il est vrai que Schleiermacher ne regarde comme normatives que celles de ces propositions qui sont communes à toutes les Eglises issues de la Réforme et qu'il demande que ce soit lesprit plutôt que la lettre de ces symboles qui soit pris en considération. De même, en ce qui concerne le témoignage de l'Écriture, il s’agit moins d’invoquer l’appui de passages isolés, procédé qui a nui à la dogmatique autant qu’à l'interprétation des livres sacrés euxmêmes, que de faire voir par l'étude approfondie de ces

1 Voy. sur le rôle de l’individualisme dans la théologie de Schleier macher l’article de Sigwart : Schleiermacher psychol. Voraussetzungen, insbesonders die Begriffe des Gefühls u. der Individualitäf. Jahrb. der deutschen Theol. 1857. H, 4.

livres que les conceptions de leurs auteurs reposent sur les mêmes expériences et sur les mêmes faits que ceux qu’on a pu soi-même constater. Quant à l'Ancien Testament, ayant été remplacé ou expliqué par le Nouveau il ne semble à Schleiermacher jouir d'aucune espèce d'autorité en matière dogmatique.

Mais à côté de ces préoccupations légitimes relatives à l'accord de la dogmatique avec le contenu essentiel de l’Écriture et des livres symboliques, il y a celles qui ont trait à son caractère scientifique’. La nature du raisonnement, la forme dialectique de la pensée et du langage sont nécessairement déterminées par le développement de la philosophie, en tant du moins que celle-ci n’est pas en contradiction avec les données fondamentales du christianisme. Ces emprunts inévitables ne détruisent pas le moins du monde la différence essentielle qui doit subsister entre ces deux sciences, et dont il a été question plus haut.

Mise en contact avec les documents authentiques de la tradition chrétienne et avec la méthode dialectique de la philosophie contemporaine, la dogmatique ne connait cependant qu’une source unique, d’où elle puise son contenu : la conscience religieuse. Or, tous les éléments dont elle se compose peuvent être rangés dans deux catégories : ceux que présuppose déjà l’idée évangélique du salut et ceux qui sont déterminés par elle?. En un mot, tout ce qui directement ou indirectement est en rapport avec l’action rédemptrice du Sauveur doit trouver place dans la doctrine chrétienne, Ce n’est qu'incidemment que les questions relatives à la métaphysique, à la cosmologie et à l'anthropologie

Page 1