‹ Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, laChapitre 10 sur 41 · S6 ÉL£M'ËNT8 DE L ET\T · texte numérisé non relu

S6 ÉL£M'ËNT8 DE L ET\T

mpidement la iDarchedesidéesdel'hamsmté. L'ordre •odal déroulera toutes ses généralités dans ce tabteaa, mail la religion en Formera le centre. Le lien des siôcka ■era ainsi mis & du , et leurs œuvres comparées les ânes snx autres gagneront en clarté et en grandeur.

Plaçons-nous en esprit au milieu des vastes plateaux de l'Asie. Les temps commencent, et déjà fourmillent sur 1m somaieti nonrriderB les membres de la fomille humaine.De quelque c6té qu'ils tournent leurs regards, la mer s'étend devant eux comme un obstacle immense. ImpatieBts de s'élaucor, ils suivent avec inquiétude le» ondulatioBS des Bots, etilsleatrouveotlents à s'eafuir. Ils passent ainsi leurs jours misérables, sans arts, sans société réelle, soutenant avec peine leur vie paries iBOjens les [dus grossen, et, trop nombreux sur le haut de leurs montagnes, le sol ne peut plus les nourrir. Enfin la vagne recule, le soleil dessèche son lit abandcmni, et le flot humain remplace le flot disparu. Ils ae dispersent, ils peuplent çà et là les lieux oîi ils peuvent vivre. Chaque famUle se livre à l'impulsion de ses peachanis ou obéit aux nécessités de sa position. Les fbrâts font naître les chasseurs; les rives des fleuves enseignent la p6che; des pasteurs assemblent autour d'em, dans la plaine, des animaux qu'ils plient à leur service» et ils les conduisent de pâturages en pâturages. Le gfnie du commerce s'éveille plus tard en face de l'Océan, rentré dans ses limites ; le canot s'éqoarrit grossièrement , et il ne hasarde d'abord que des courses timides. Puii ces premiers linéaments s' effacent, et»ut leurs vestiges incertains d'autres images s'arrâtent, plus précises dan3 leurs contours, moins confuses <ku leurs couleors.

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QL&GTIOH SELIfllEUSE. Sf

Les p&(res M fixeot et labourent; la cilénatt, etavec elle les lois. Lea chasseurs deviennent des guerriers qui usurpent et conquièrent ; les pécheurs se changent en navigateurs hardis, qui esploreni les cbtea lointaines: tout s'organise, tout se mélo à la fois et (& distingue. La guerre et les échanges réunissent et séparent les nations , mais toujours en multipliant lenra rapports. Sorti des t&tonnemenu de l'enfance, le genre hamain commeDce à marcher d'un pas ferme ; son adolescence s'agite, combat, détruit, construit ; étonnée de sa puis» sance , elle dépense beaucoup de forces pour de petits résultats, mais son œuvre s'accomplit. An milieu de cet ténèbres de l'histoire, l'Inde nous arrête d'abord. Pays aussi vieux que le monde, et qui, si l'on s'en tient à la théorie de Vieo, est encore aujourd'hui au premier âge de la civilisation. La théocratie , ce goarernoment primordial , y vit aussi entière qu'elle peut vivre sous le joug étranger, et le peu que nous savons des annales de l'Inde no.us la présente régnant sans interruption. Ce qu'il y a de singulier et de vraiment spécial à l'Asie, c'est que sans varier ni faiblir en aucun de ses éléments, en restant toujoursBipleinementlhéocratie,lathéocratie indienne a présidé à tons les développements qui n'ont pu se manifester ailleurs qu'à la faveur des émancipations politiques. La philosophie , sans l'ébranler dans l'esprit des peuples, a suivi toutes les phases de la philosophie grecque et de la moderne. Elle a été aussi la servante de la théologie des brames ; elle a examioé cette théologie dans le but de prouver la foi parla raison; puis elle a douté, elle a nié, eila religion, qui dans d'autres climats s'en allait par lambeaux au soufBe orageux do la discussion, demeurait là debout, reine victorieuM

âS ele)IE:ms de lktat.

souveraine toute puissante , et elle n'a rien relâché du despotisme de son sceptre. Royauté, arts, letires, sciences, patrie même et nalionaliié,-l'Indc a tout perdu; sa croyance lui reste, et elle y trouve son vrai caractère et tonte sa nationalité.

Cette tenaciié merveilleuse, àqooi faut-il l'attribuer ? à la perfection du dogme brahmanique î De plus parfaits ont succombé. Elle a ses racHios , jo crois , dans un fait plus simple , la coniplèic convenance qui esiste antre l'esprit do la croyance el l'cspril des croyants. L'Asie a je ne sais quoi de lellement religieux dans l'atmosphère, c'est un sol si bien approprié à la foi, que les religions y commencent pour ne jamais finir. On y croit ce qu'on a cru , et le dogme, comme une &UIUO immobi'c , voit passer cl se presser autour de . lui les généraiionsqui l'adoriînt. Encombré de mystères, plein de superstitions , cachant sous 'es lotus do son poétique symbole tous les raffinements dune métaphysique ingénieuse , compliquée , profonde et puérile tout ememble, le dogme des brames convient parfuiicmcnt au génie mou el élevé, raffiné et supeistilicui des Indiens. D'ailleurs, quoiqu'il ait beaucoup conservé du fétichisme, et que la hideuse statuaire do son culte défigure â la fois l'homme et les dieux, il conçoit de l'infini des idées élevées. La divinité ternaire, la Dieu médiateur , qui sont les principes vitaux du chris-

tianisme, sont aussi connus, quoique sous r

s formes

plus grossières , par le brahmanisme. Le Lalits-vilsara l'ûurana offre une singulière analogie, pour le fondentre une des incarnations de Bouddha et ctlle de Notre^eigneur. Il reproduit entre autres traits ces Itrpiçi maternelles qui ajoutent un iulcréi si puissant

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ljCKST10.> BELIdIEl'SE. .>9

au spcclactede la croix ; mais dans un momenl muins sublime, et sans l'auréolô ineffable de la vjrgÎDité anie à la maternité, analogie, j'ai hâte de lo dire, sur laquelle il serai! ridicule de baser aucune conclusion , mais que je signale ici dans la vue de rappeler un fait assez constamment oublié , c'est que lo christianisme- ■ est aussi un fruit asiatique. Notre soleil a modifié sans doute beaucoup de ses caractères primitifs, mais il a conservé dans certainsde ses aspects et dans sa saveur, pour ainsi dire , je ne sais quoi qui décèle le terrain natal.

Si , remontant plus au centre de l'Asie , on fixe ses regards surlcThibct, avec des HifFi^rpncefideconli'urB, le fait est le même : immiilabiliié tic la foi vl de l'ubéissance qu'elle inspire. Uerdcr a remarqué avrc raison le rapport qui unit la théocratie thibélaine et le gouvemement papal tel que certains Vont souhaité , et même sous toutes réserves, tel qu'il existe réellement. C'est la ressemblance du portrait et de la caricature. Quoi qu'il en soU, te grand lama n'est pas seulement le vicaire deVieu, mais l'incarnation même du divin Chi-kia. Quand un de ces pontifes vient à mourir, Chékîa , qui ne se lasse point de s'incarner, et qui lient à sa position de grand lama, passe précisément dans lo corps du grand-prêtre élu par lo collège des lamas. La religion thibétnine n'a point la métaphysique haute et recherchée des brames. Elle consiste presque tout entière dans l'exagération de deux caractères qu'on reirouve dans te catholicisme : la chasteté pousiîe jusqu'à la passion , et la contemplation considérée comme lo dernier degré de la vertu. Deux principes asiatiques par excellence, et qui ont pu s'amortir, mais

M ihiutim Di h'ija.

nonseditrainioturiDflHenoe calmants et tempérée de l'Occident. Senlemcnt le catholicisme , qai a éminemmeni le sens social , a borné le deroir d'une chasteté absolue à certaines classes , tandis qu'il honore et sanctifie le mariage pour le reste des hommes. Il n'en va pas ainsi chez les lamas. Ils ont le mariage en horreur aussi bien que le travail, ce qui détruirait bieniôl leur . empire si les montagnards thibétains , gens dévots de leur nature, mais doués du bon sensde l'ignorance, ne se lassaient pas de pécher à l'endroit du travail et du mariage , sauf Ik faire après toutes sortes d'expiations. (1)

La Chine olfreencore une forme diverse de cette invariable religion qu'on vient de voir métaphysique chez les Indiensot monacale au Thibct. Ici elle est particulièrement morale et politique. L'esprit timide et limité des Chinois , essentiellement pratique , aime à savoir à quoi s'en tenir, etane fois cette connaissance acquise, il l'entoure bien vite d'une grande muraille contre l'innovation plus redoutée que lesTartares. Il ne parait pasqu'ils se soient beaucoup préoccupés de métaphysique; quelques légendes en font tous les frais, ei on arrive promptement à la science chinoise par excellence, à la science des prescriptions. Il but presque autant de cérémonies pour se maintenir dans la route du bien que pour se présenter convenablement devant l'empereur. Autre face de l'inleHigence des ha* bitants du céleste empire :ilss'enleriiientdanslechairip étroit d'une pratique dépourvue de théorie , et ils s'occupent i le diviser en mille petites cases uii ils posent

(1) V, l!«rd(r, Idée» phiknophiqu»», Iît, XI, chap. IIi>

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QUBSTIOll ULIOIBIWt. 9l

sipiétriqaement les pieds. Cette indiflirence mitaphysique et cette minutie dans l'acconipligaernent des devoirs explique pourquoi l'empereur de la Chine fut assez focile à recevoir les missionoaires chrétiens, et comment l'intolérance la plus despo'Jque put se donner les semblants d'une large et généreuse tolérance. Ils lODt fort iadifiérenls sur les religions , pourvu qu'elles s'ajustent i la mesure de l'Etat, a Pensez ce qu'il vous « plaira , pourvu que vos pensées se placent i lenr I naméro d'ordre dans nos cases, et qu'elles puissent Vr paraître à leur tour dans notre procession, d c'est la tolérance chinoise. Aussi lorsqu'ils vinrent i comprendre, non pas le calholicisme, c'était trop au-delà de leur portée , mais avec ce merveilleux instinct des gou- Ternemenis, oimbten il dépassait en hauteur , largeur et profondeur , la machine impériale, ils révoquèrent bientôt leur aveugle permission, et la brutalité du renvoi prouva l'ineptie de l'accueil.

Ainsi , dans le coeur de l'Asie , la religion est l'objet principal sinon unique de la vie des États ; les nuances teales différent. Partout le caractère des peuples ennemis des tàtonnemenU se fixe du premier coup, et, rapidement parvenues à leur maturité , les croyances u'; connaissent ui la mort ni la vieillesse. Fixité, dont il est facile d'npliqner les causes immédiates, mais qui n'en reste pas moins surprenante et inexplicable dans tes profondeurs. Elle a quelque chose, dans ses apparences, de si contraire aux lois de l'esprit humain, tellesqu'elles se manifoetenl le plus généralement, qu'on ne peut la faire rentrer dans leur cercle que par la supposition d'un avenir moins immobile. Ces peuples, par la ténacité de leur naiure , s'attachent plus fort»-

83 ÉLËUE.NTS DE L'CTAT.

mcDl que nous aui idées-mèrtis de leur civilisation. lU sont plus longtemps à les épuiser , mais est-ce & dire qu'ils ne trouveront pas aussi la fin du calice T Est-ce à dire que la roue de la civilisation, après s'être arrêtée chez eus, sera désormais et à toujours insensible à tout ce qui pourrait de nouveau la mettre en mouvement? Quand tous ceux des membres derhatnanitë, qui n'ont pas encore joaé leur rdle auront vu tomber leur théâtre, élevé lui-même sur les ruines de nos empires, pourquoi ces peuples endormis ne se réveilleraient-ils pas pour une vie nouvelle? L'Italie n'a-t -elle pas deui fois accompli deux missions aussi (;randes que dissemblables t Elle a vécu et elle est morte , pour revivre et pour mourir encore : pounpioi l'Inde et toute cette vieille Asie n'auraient-elles pas le même sortT Cette hypothèse n'a rien que de très probable , et bien que l'immobilité asiatique présente réellement une exception à la règle générale, loin de me mettre en défiance de la règle , elle no me parait pas même une véritable rxceplion. D'ailleurs, il faut craindre ce puéril atiacfiement au fait qui conduit an scepticisme de la loi. Quand la conscience la prouve , et que par suite la majorité des faits la proclament, il faut croire la lui, nonobstant toute objection exceptionnelle : car elle a le temps pour elle , et noire vie bornée ne peut nous répondre que le temps ne fera pas justice de l'exception, le lendemain mémo de notre mort.

En descendant du centre de l'Asie vers des parties plus proches de l'Europe, le mouvement naît, la vie gagne, les mains de la statue se détachent do corps. An lieu de celte sorte d'éternité imprimée aux inslilu* tions politiques et religieuses, quelque chose de va-

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QLESTIU.N UELIliltLSiL. S3

riable, do fragilQ, mais aussi d'actif et d'înielligeni. Leà vents capricieux d'Europe ont soufflé jusque lit. Saluons Babylone, la colossale Assyrienne, cîié de pillards enrichis : elle est granJe, pompeuse, opulente, bàlie pour les orgies des guerriers. Quels vastes monuments, s'il en faut croire les historiens, quelle ambitieuse architecture 1 Comme elle dé&e les siècles, qui M! sont moqués de son déB ! Ses colonnes modelées sur le palmier à éventail sYpanouissent comme de {irands arbres et paraissent végéter aux yeux. £t plus rien de toutes ces magnificences I s'écrie le poète de lieux communs , qui s'attendrit périodiquement sur toutes les ruines, et crie d'une voix monotone : néant et vanité ! Néant et vanité , sans doute , mais non pas en général dans les créations humaines ; les Pyramides sont debout. Néant et vanité seulement dans les matériaux de l'architecture babylonienne comme dans les matériaux de l'architecture de plusieurs autres peuples. Situés sur un terrain qui leur founnssait abondamment l'argile et le bitume, iU ont cuit l'argilo pnir en bâtir leurs édifices, et lo bitume en a cimenté les jointures. Il y a loin de là aux rochers d'Egypte. Quand ils auraient entassé jusqu'aux cicux quelque Dabel d'argile cuite , l'immensité des proportions n'i'ùt pas sauvé l'édifice, cl nous n'en aurions non plus les moindres débris. D'ailleurs, l'Assyrie ni la Chaldcc n'ont eu ce sentiment de l'éternité que l'Iude a placé dans sa religion, l'Egypte dans son culio et dans SCS monuments. Home dans ses monuments et dans sa gloire. Querelleurs et avides do butin, ils furent prËls à s'attaquer les uns les autres sur le moindre prétcxli", mats ajcunc pensée de suprc^n»

E L BT&T.

domioalioo n'iospira leun armes. CommerçanU , ita roofermërent leurs spécnlalions dans des bornes étroites , quoiqu'ils les appliquassent à tous les raffinements du luxe, mais aucune trace du génie entreprenant et colonisateur de la Phénicie, par exemple. Ils ne trafiquaient que pour eux. Savants, enfin, ils se coQienièrent d'une seule KÎence , la plus proche pour ainsi dire et le plus à la portée, l'astronomie si naturelle Eous an si beau climat, et ils tentèrent peu d'étendre le cercle de leurs connaissances. Tout le resta de leur caractère t'accorde bien avec cette vivacité d'intelligence, qui aime plus lo magnifique que le durable, et qui , lors même qu'elle pénétre plus avant (comme cela eut lieu en astronomie) , obéit encore ji sa paresse en ne suivant guère qu'une route et en ne s'a-^ venlurant pas au-delà. Presque seuls, entre tons les Orientaux, ils aimèrent U société des femmes, et ne les asservirent pas, au moins rigoureusement, k l'cmprisonnemeni qu'on leur fit dés longtemps subir ailleurs. Tout se réunit dans l'existence assez courte de leur empire, pour la rendre brillante, guerrière, active, mais sans grands éléments de durée, même dans I« souvenir. J'allais oublier de parler de leur religion, qut n'eut jamais une influence profonde sur leurs mœurs et se rangea docilement et vite dans la classe dos instruments d'état. Elle consistait dans les deux principes, et naturellement, dans le culte des astres, trop étudiés par ces peuples encore près de la barbarie, pour qu'ils n'en fissent pas des dieux. C'est à cette source que Zoroastre puisa tout ce qui , dans son dogme, n'est pas exclusivement persan.

La Hédie et la Perse, dont l'histoire fut si mêlée i

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QLESTIO^ BELIGtCUSB. )m

celle (l'AHyrie et de Chaldée, conlinnent en efFet leurs idées dans la religion et dans la politique ; maia les mœurs diffèrent es plusieurs points principaux. Ils lOBt tourmentés, comme les Assyriens, par le démon des conqoéiet ; mais l'inBnence d'un bomme de génie, le souffle de Cyrus les anime, et leur guerre a an caractère plus grandiose, plus de suite dans l'ambiiion. Babylone, Sidon, Athènes, une partie du monde connut leurs armes. Toujours fidèles cependant à leur origine, loDjonrs vrais descendant» d'ancêtres pillards, ils ne (ODgèrent qu'à détruire dans leur marche envahistante , sans daigner s'incorporer les notions vaincues. Aussi, le montait de leur gloire la plus haute fut le T^emier de leur décadence ; trois batailles mirent en pièces le colosse dont les membres n'étaient joints par IHcaa ciment. Avec leur empire périt leur religion, dont te culte éuit modelé sur le cérémonial de la cour, et qaelques Parais dans l'Inde smit ce qui reste des i«ctateurs do Zend-Avesu.

En touchaot le sol africain.la première contrée qu'on foule du pied eit encore vraiment de l'Asie ; la mystérieuse Egypte. Son dieu du silence, le doigt sur la bouche, est la muette image de ses institutions. Immob3e comme l'Inde, elle s'enveloppe eitcore d'nn secret I^Ds iuvicdable. Voltaire prête à la doctrine religieuse de ce pays deux opinions fondamentales : la sptritualilèderàmeetl'anité de Bien, Selon lui, les divinités de leur cnlte n'étaient que des génies secondaires sonnis au Dieu suprême et triple, véritablement auteur de toutes choses et premier principe non engendré. C'est aller rapidement en affaire , et décider an galop da questiops ardues, (jni dcmnoderaient A être traita

(IB Kl.liMBNTS DE (,Er*T,

avec plus lio lenteur. Aucun fait posiùl' tic permet ij'af< firmer que TB^yplc crut l'ùmo immatérielle, bien qu'elle ad:ntt lo dogme d'une seconde vie. Tout tcn- (Jrjit, au csnlraire, à faire croire que les prhres de Momphis méconnaissaient le monde des esprits nussi bien dans la sphère divine que dans celle de lAme. Ils considéraient les dieux com-n-i du âtrcs supérieurs d'une autre nature que la n6[re, mais ils n'appliquaient pas même à leurs grands dieux la notion de linSni. Les deux principes sont ce qu'il y a de plus clair dans la doctrine égyptienne; on pourrait même dire les trois principes, car à cAté d'fsis, le principe passif, et d'Odiris, son mnri , le principe actif , on voit s'élever encore Typhon , le mauvais principe. Voltaire ' a beau se fonder sur l'ancienne inscription de la statua d'Isis : a Je suis ce qui est , > ou cette autre : ■ Je suis tout ce qui a été et qui sera; nul mortel ne pourra i soulever mon voile. » Rien ne prouve moins l'unité I I ces paroles conviennent en effet à la mère des choses, d'autant plus qu'Lsis représentait volontiers la terre et i toute la nature créée ; mais celle inscription ne peut faire révoquer en doute l'existence d'Osiris ni cellede Typhon , et en présence de ces divisions, Tuoilé divine . est complètement détruite. Les mystères d'Eleusis ' prouvent avec évidence la multiplicité des principes reconnus par les traditions égyptiennes dont ils ne sont que les images. Cérës, à qui le van est consacré dans ces mystères, plein de fleurs pour exprimer le priatomps, plein d'épis pour exprimer l'été, Cerès, qui est ainsi désignée parce culte, également consacré à Isis, comme la terre productrice des moissons, n'a jamais été considérée par les initiés comme lo dieu uni-

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QiESTiO"* itEr.iGiF.i.-!;e. m

qne et suprême, bien qu'ils [ui accorilassenl tout leur culte. Jupiter ne conserve pas moins son rang royal, et dans le symbole égyptien Osiris est toujours ci^eo même temps qu'Isîs. C'est lui qui esl l'objet des courses de la déesse. C'est lui qu'elle va pleurer sut l'Érica, dont le tronc reni«rme le corps de !on mort. Jamais elle n'npparalt seule ni souveraine. A ses cftiés, el il semblerait assez sur le mémeranf;, s'nssJed encore Ifionysus, la force végétative, ojti-jtuûi J'ùv^ui;, et qui , considéré comme un dieu à part, jouit d'une puissance peut-être supérieure, au moins é(;ale, à celle du principe passif. Ne cherchons donc pas dans le culte égyptien , moins encore que dans le culte asialiqae par excellence «ne idée vraiment dislinclc de l'uniié do Uieu. Les brames semblent parfois l'avoir entrevue ; mais cette aperception est sitAt démentie, sj lonrem contredite, et toujours si peu précise, qu'ils s'en doutent pluldl qu'ils ne la possèdent , et qu'elle ne brille que par éclairs dans la nuit de leur métaphysique.Chez les Égyptiens, ces lueurs mêmes disparaissent, La multiplicité est tellement accusée, les idées grossières et matérielles tellement évidentes en mille endroits qu'il n'y l^ut pas espérer de voir une notion réelle de l'înSni. Sans douie, comme au fond de Ions les dogmes, cette conception de la raison dort sous l'amas des symboles égyptiens, mais elle en est tellement couverte qu'elle y est en germe , mais ni en boutons ni en fleur. Il y a cependant dans cette religion on progrès sur le fétichisme. L'inSni s'y cache, k la Térité , sous l'invisible , mais l'invisible s'est agrandi , ■es bornes se sont reculées, et bientôt en d'autres lieux file» disparaîtront.

H ILEHIHT» Dl L BTAT.

Ce caractère de grandeur inachevée qui m nmar* que dans la religion égyptiMne, l'étendue vaste et étroite toat à ia fois de leur borîzoa le rebt)ove dam leurs arts. Leurs pyramides gigantesques, leurs (riiélisques d'un seul granii, ont, sans contredit, de la majesté et ne supposent point une conception apanvrie. Peut-être mènw dans le désert, sons on ciel ardent, isolées dans l'e^ce, les pjramides semblent-elles la perfection de la grandenr. Mais à ne considérer qne le monument es Ini^nAine, on sent je ne sais quelle immense fatigue, je ne sais quelle sueur de génératiou qui effoce l'idée de génie (ont celle d'une patience d'ttclave qui va parce qu'on le force d'aller. Comme dan* leur culte , oii les dogmes, tourmentés, se croisent ei as divisent sans arriver 1 la vraie perfection du dogffis, l'infini , ainsi leurs rodwrs ae taillent et s'entassent sans arriver i la perfisction de tout monument,' l'idéal. Il se voit mieux dans tel pli de lèvre d'une statue grecque. Là , il est comme étouffé sons le poids de la masse : l'immensité de la macère écrase l'esfHit.

Ils avaient d'ailleurs si peu de géate naturel pour les arts, et leur architecture fot si nécessairemeot iron* quée, qu'ils n'eurent jamais de littérature, cette éi> pression centrale des poésfes de fintelligenee. Herder fîiit remonter aux hiéroglyphes la cause de cette fnea* pactié. Ils peuvent y entrer pour quelque chose, mail on anraittortdelesregardercommela cause première. Tous les peuples ont en des hiéroglyphes , ifs n'en ont pas moins marché en brisant leurs hiéroglyphes. 9i lei Egyptiens se sont arrêtés à cette barrière, c'est dose qu'il y avait an dedans d'eux-mêmes une incapacité qui le» y aiiacbait, et c'est ceU«-Hi m$iD9 (pii lei ■

1, G ooj^ le

eijlSTlÛjN AELICIEUSK. 6S

prirés de littérature. Ce qu'ils avaient naiureUenient, c'était la patience , l'iadiutrie , le goût des arU mécaniqoes et une dose assez riche d'intelligence dam tout ce qui ne demandait qu'une imagination et un raisonnement peu robustes.

Saivonsles cdtes,et à mesure qu'on pénètre plut annt , on s'approche de Carthage. Le génie du commerce fiiisait là sa demeure , et c'est dans cette puistante cité que le monde antique le vit régner sant partage et sans contestation. Partout ailleurs, il n'a qu'une influence secondaire; ici tout est i lui , et on f peni juger de ses défauts comme de ses avantages. Fille et hériUère de la Pliénîcie , Carthage reçut d'elle ta science dans l'industrie et son goàl pour les spéculations industrielles; mais la Phénicie a été surpassëo et laissée dans l'ombre. Beaucoup de ses qualités, il est vrai , ont disparu. Au lien de celle facilité commerciale qui étendait tes relations entre les peuples et les enrichissait, une domination âpre, une cupidité sans frein qui exploite plul6t qu'elle n'échange, qui arrache plulét qu'elle n'achète , qui contraint plutôt qu'elle ne vend. Mais aussi à c6lé de ces vices qui Furent de Ions temps ceux de Carthage , quelque chose de fort , de solidement institué dans la guerre et dans la potilique, une constitution enfin qui a remporté l'éloge d'Arisloiè. Son mérite consiste surtout dans la fermeté et dans le bon équilibre. < Malgré le pouvoir accordé < au peuple , eit-il dit dans la politique , on n'y a ja- ■ mais vu d'émeute ni de tyran. ■ Chose remarquable, en vëriié, dans un état oii l'oligarchie et la démagogie se mêlaient en mesure égale. It y avait de nom (rois pouvoirs : le roi , le sénat et le peuple ; de fait il n'y

70 ELtUE.MS 1>S LEïAI.

CD avait que deux. Lo roi éicclif ne puisait sa force que dans le sénat héréditaire, pris parmi les plus gens do bien et les plus riches , et il ne formait avec lui qu'une soûle puissance. D'un autre c6ié, le peuple devenait souverain , dans le cas ou lo roi et le sénat ne pouvaient s'accorder. Dans cette circonstance, les citoyens avaient non seulement le droit de se faire exposer les motifs dos niagisimis , mais encore de prendre la parole chacun en pailiculicr sur l'objet en discussion. Arislote remarque que celle prérogative n'appartient, dans toute l'antiquité, qu'au seul peuple cai thaginois. Quand on rapproche ce fait de la religioa carthaginoise, tout asiaiique^ naturellement disposée à la théocratie, et par suite ne favorisant en rien le gouvernement républicain , on comprend combien est erroné le principe qui veut raiiachcr touie civilisation aux religions qui loni nourrie et bercée. Beaucoup d'autres éléments peuvent neulraliscr l'action des croyances. Cet élément à Carihagc fut l'espi it d'inclustrie, le caractère positif, les habitudes d'ordre et de calcul. C'était si bien le génie véritable de la naiion qu'il domina bientôt les inspirations do la foi, et qu'avec un cuite qui , en d'aulrcs contrées , n'avait produit que le despotisme et l'immobililé , Carthage fut libre , républicaine, active, etdisputa l'empire do l'univers à Uome , sans être indigne de lutter avec Achille.

L'Afrique ne nous relient plus, mais l'Asie nous rappelle encore. A dessein, j'ai passé sous silence un petit peuple, habitant d'un petit pays, dont l'histoire traversée de guerres sans importance ne retrace que des invasions, des esclavages, des malheuis;un peuple méprisé do ceux qui se rattachent ù ses traditions , en

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QLESllOit RELItilELlilù. 71

«orte qae, raillé par les incréduW, il n'a pas do refuge dans l'eslime des croyants; un peuple, dont les uns ont nié ou calomnié l'inHuence et qne les autres ont exagérée an point de la rendre méconnaissable , les Hébreux , en un mot ; et le moyen de les considérer avec justice, c'estde se placer entre tes deux ntrémes et de ne les voir ni en catholique ni en impie. Voltaire les a ridiculisés parce qu'il les confondnit avec les jésuites de Trévoux. Bossuct en a fait le centre de ion histoire universetle , parce qu'ils lui paraissent le peuple de Dieu. Ecartons la haine et l'enthousiasme. Les Hébreux sont un point vivant decetie immense Asie : leur vie tout entière se résume dans la Bible. Ce livre est à la fois leur dogme , leur loi politique , leur histoire ; il faut examiner sa valeur particulière , à tous ces titres divers, et si , en lui donnant, sous toutes ces kces , la même créance , on ne s'est pas engagé dans de graves erreurs.

On ne peut logiquement placer la critique sur ce terrain qu'en enlevante ta Bible tout caractère sacré, et c'est ce qui résulte trop de tout cet ouvrage pour que j'appuie cette considération. Les impiétés du siècle dernier ont discrédité ce qui n'était qu'une mode , les attaques contre la sainteté des Écritures ; mais , en dehors de ce ju^te discrédit , il n'en reste pas moins permis de reproduire une négation de bonne foi , et en vertu d'une conviction raisonnée.

Les sciences un pou écourtées de la France , Voltaire régnant , ont accusé la Bible de démentir les lumières modernes, dans la cosmogonie de la Genèse. Des travaux plus sérieux ont montré toute la fausseté de CGC accusations. Kn étant de la discussion toute»

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les objections fondées sur la chroDoIogie, et trop îneerlaÏDes pour être de quelque poids , on a reconna dans les traditions mosaïques comme une prophétie et one poésie des découvertes de la physique. Les dévots anssilAt de s'écrier comme Homeoaz : • Miracle I miracle I • je vous liens pour vrais cbresUens , b et de jeter la pierre i ces démons enterrés qui avaient si fort maltraité l'Eglise durant leur vie. Je ne vois pas la raison <1e ces Tanfares. La philosophie du xviii* siècle, préoccupée d'un but excellent et légitime, la négation da surnalurcl directement mêlé à nos affaires, la philoso-' phie du xviii> siècle s'est trop h&tée : elle a agi avec passion; elle a frappé i iaui; elle a fait comme il arrive à tout le monde, quand une conviction s'empare de notre esprit, nous cherchons tous les moyens de la faire partager, et parfois ces moyens sont très mal choisis. Mais reconnaître que la Bible renferme la plus belle des cosmogonies inventées par les religions antiques, co n'est pas s'engager à la tenir , à la lettre, pour l'œuvre do Dieu. Qui ne sait que les démonstrations de la science ne sont presque toujoun qu'une exposition plus logique, mieux fondée et indubitable de vérités que l'intuition des premiers Ages avait pressenties. Les Chaldéens avaient, de leur côté, trouvé de fort belles choses en astronomie ; je ne sacha pas qu'on on ait jamais fait honneur à Dieu. Au reste, les Juifs ne sont pas les seuls, entre les peuples orientaux, qui prétendent au privilège de posséder un livre divin. Si on les a crus, au préjudice des autres peuples, c'est i cause de la religion chrétienne qui s'entait sur leur religion. La Bible, en elle-même, n'a rien qui juslifie une prclcotion si eiagéréo ; elle cit le dernif r mot

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de la miuphyilqoe orienlalo ; sa tapériorïlé est incoDteauble; mais te progris qu'elle maDÎfosIe, comme tons lea progrès humains, ne s'élire que d'un degré au deEsns des croyances inférieures. Mille liens l'unissent A ces croyances, et tout concoori à déceler leur ori{;ine uniforme. La tradition mosaïque , au commencement de la création du monde , nous représente la terre comme une masse informe et nue, sur laquelle flottait une mer ténébreuse que l'esprit de vie agitait en tous sens. Selon cette même tradition, la création des choses commença avec la lumière, qui déchira l'ancienne nuit et sépara les éléments. Il est bien de remarquer la concordance de ce teste sous des brmes poétiques avec les données de la géologie actuelle ; mais lorsqu'on veut tirer de cet accord la preuve que la Bible est un ouvrage surnaturel , il faut donc en dire autant des traditions phéniciennes. Dans leur récit , les principes de la nature, tels qu'un animal endormi , s'éveillent à laluour des éclairs et au bruit du tonnerre. Qu'on préfère l'image juive à l'image phénicienne , comme plus imposante et plus grandiose , je le veux bien ; mais le fond est le même, le feu élémentaire considéré comme le principal agent de ta création. Si tous les fruits de l'intervention divine ne consistent que dans une plus grande beauté d'expression , c'est pour me servir d'un mot de H. de Maistre , « un bien puissant levier employé à arracher de» choux, a D'un antre cAté , tout ne justifie pas, dans la Bible, même aussi imparfaitement que la Genèse, l'omnî-science d'un Dieu : la morale, dans son ensemble, y est pure, comme toutes les morales ; l'homme n'étant parvenu que rarement à éri- (er an principes les vices mêmes qu'il aime le plus |

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niais loin que sa p^fcciion soit un reBetdc la porfeclion idéale, elle tombe en beaucoup de poinls au dessous de la morale des brames. Inhumains, élroiia, inflexibles, ses préceptes descendent le plus souvent au dessous de la douceur et de la générosité qui font le vrai génie des Védes. Enfin, dans la partie historique, te dieu défaillo encore plus évidemment. La chronique qu'on lui fait écrire est menteuse, ampoulée, et dis qu'on la veut faire divine, elle mértic, à mon sens, les railleriesdcrfsffn'fur/edJIfœur/.Prise BU naturel, elle n'a rien qui ne soit pareil à toutes Ie« chroniques nationales des premiers Ages : elle est pleine de miracles, de prodiges, d'exagérations et de vanteries. Malgré Teeprit positif de la Judée, qui la délivra promptement des hiéroglyphes, elle D*en eut pas moins, selon l'invariable loi de toutes les nations, ses histoires merveilleuses. Elles durent se grossir encore à travers l'exil et les souffrances. Super flumina Babylonis. L'usage de récriture abstraite favorisa, en Ica fixant, la multiplicité des traditions, et de prophètes en prophètes, de fables en fables, do chroniqueurs en chroniqueurs, les Juifs se trouvèrent en possession d'une loi écrite. Toutefois, Aki qu'on leur a retranché ce titre ridicule de Peuple de Dieu, ils n'en demcureotqu» plus remarquables. On s'arrête avec respect devant celte humble nation, qui est à la fols racbëvemeni du passé et là promesse de l'avenir. Ils couronnent l'œuvre d'un mondi', ils préparent l'œuvre d'un monde nouveau.

Le travail des religions de l'Asie a été de dégager de ses ombres la grande idée de l'infini; travail infruclucux, si on lui demande un résultat complet; travail utile comme Frayement de route et comme sarclnge de

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broussailles. La religion juive icnnine leur lâche en proclamant et en adorant l'iiifini , le Dieu an. Les deux principes ont enliëremcnt disparu, bien que l'erreur qui les avait produits agisse encore sur la Ilible (et le christianisme lui-même n'a pas échappé h son joug]. Il n'y a plus deux principes , car Satan n'est pas un priacipe. Hais le judaïsme n'arriva pas à comprendra qu'il n'est pas besoin de chercher un auteur au mal ; il n'est pas arrivé à comprendre que le mal n'est qa'ane négation, un efliet de la liberté de l'homme, un acte de sa vofonié. L'idée du bien est seule présente à notre conscience : nous le voulons, et nous sommet dans l'ordre; nous ne le voirons pas, et le désordre nall de cette négation , négation lui-même. Toutefois , il serait injuste de reprocher ce défaut à la religion juive, puisque la nfklre l'a perpétué et consacre; ce n'éiait pas de son œuvre. La question de la liberté hunjatoe n'était pas née; il no s'agissait que do la reconnaissance de l'infini, et la Bible a reconnu l'inSni. Dès lurs l'Orient se ferme pour le philosophe ; sa carrière lODte religicuM est pirconrue : il est vainqueur.

1, G ooj^ le

ELEUENtS D£ L ETAT.

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