Troisième partie : Monde Romain
A bica voir, et n'était que Rome no peut en aucun lieu se passer sous silence, il fondrait n'en dire mot dans la question religieuse. Car, non-seulement la reli;;ion proprement ditoy est aussi peu puissante qu'en Grèce, mais elle n'a pas pour régner à sa place cet admirable auxiliaire de la théologie des Platon et des Arisloie. Dès que Rome prit place au trAne de l'univera, on pot entendre ce cri qui prophétisait une société noavclle : les dieux s'en vont. Absorbée dans sa gloire politique, Rome se fait lecliamp d'asile de tous les dieux de l'antiquité, mais si elle les rassemble ainsi en un seol corps , c'est pour que le clirisiianismo tranche d'un seul coup leur tâte unique. La religion ancienne avait fini son œuvre : Aristoto avait dit tout ce qu'elle pouvait dire. La société grecque , an contraire , trop hcWe à se laisser dominer par la fantaisie, ne représentait qu'A demi la capacité politique des anciens. Anssi voyez comme l'intelligence des nations sert exactement le dessein de l'humanité I Rome ne se préoccupe plus dos religions; elle les range, elle les classe comme on Init des fruits d'une science terminée, et elle marche droit au côté défectueux de l'œuvre antique ,
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su ELEMEnTii DE L ETAT.
la constiiaiinii de l'État. Le gouvcracmenl ne s'est présenté jusqu'à elle que sous la forme de la cité; elle le prend à ce point, puis elle le développe, elle le perfectionne, jusqu'à ce que la ruine, suivant la loi de notre misère humaine , naisse dans le sein même de la pcrfeciion. Rome évite dés l'abord le défaut de la cité grecque, ta méconnaissance des bases naturelles de l'État, ei autant la famille est oubliée dans la politique des Ilellénesî autant, à Rome, elle a de poids et d'importance. Ce qui prouve que c'est lu on vrai progrès de la cite romaine, c'c:it qu'en se donnant un point d'appui inébranlable dans les fondements mêmes do la nature humaine, elle sait se conierver les avantages que la Grèce n'avait pensé acquérir qu'à l'exclusioa dci sentiments de la famille. Je veux dire cet esprit public, cette vie en dehors, cette passion du citoyen, qu'on admire jusiemenl dans les républiques grecques. Seulement Rome les consacra en les liant aux vertus domestiques , et les rendit par là moins inconstantes dans leur durée. De là naquit celle merveille do la cité romaine, la jurisprudence. Elle ne pouvait évidemmenl se former que chez un peuple qui comprit et respectât la famille; et si les Grecs n'ont point eu de légistes, c'est que celte intelligence et ce respect leur manquaient. La famille, en effet, à son état le plus simple, consacre déjà des rapports qui, à mesure qu'elle grandit, grandissent et finissent par s'ajuster aux complications des plus vastes Éiats. Lo maître et le serviteur, le voisin et son limitrophe, la propriété etsct droits et ses devoirs, te m.igistrat et lo subordonné, toutes ces idées de près ou de loin sont contenues dans l'idée de famille. Si toute société est contrainte de
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QtESTion beligieusï:, iJ
les exprimer, sous peine de n'étro plus une société, c'ost qu'il y a dans la nature des choses des liens qn'il n'est pas ea notre pouvoir de rompre. Mais cette ex- |ircssîou est plus ou moins complète et inlelligenie, et ce n'est que d'une élude profonde et savante des rolalions de famille dans toutes leurs ramificationt que le droit peut arriver à élre une science. C'est la marche qae suivit le droit romain.
Cette supériorité en engendra une autre bien remarquable de Rome sur les Etals grecs, l'administration ; non que je veuille prétendre qu'il n'y eût pas d'adminislration en Grèce , mais elle n'y existait certainement que sous des formes ébauchées et insuffisantes. A Rome, elle trouve son perfectionnement, elle s'asseoit sur de larges bases , elle se complique avec un art dont on a imité les savantes combinaisons sans les surpasser dans leur ensemble. Lo droit et l'administration se lient en effutd'unc manière étroite. 11 no peut y avoir de science administrative sans Jurisprudence : c'est une brandie qui suppose même dans le tronc un âge avancé. Les bases de toute administration bien établie sont exactement les mêmes que celles de la jurisprudence , la propricié et ses mesures diverses, les relations de tout genre de l'hoaime social ; et ces bases ne lui sont soli* dément acquises que lorsque le droit les a définies, distinguées, appréciées. L'administration n'est que l'art dont l'économie poliliqueest la science, etl'économie politique est bâtie en l'air, quand une jurisprudence approfondie ne l'éiaie pas de ses colonnes. Il n'y avait donc qu'un peuple légiste qui put créer l'adminisiraiion, et si les Européens surpassent par ce côté rOrienlctla(irèce, ilslc doivent à celle riche iufuiion
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de jarispmdence que le droit romain versa dans les veines du moyen-àge. II est remarquable d'ailleurs qae l'administration a fait le plus de progrès dans les pays dont le droit a été supérieur à toutes les autres jurisprudences. Voyez la France, si habile héritière du droit romain, pins ingénieuse encore à se former an droit national.
On objectera peut>étre que les Grecs n'ont point ignoré l'économie politique , malgré l'absence incontestable de légistes dans leur organisation. On citera ces belles pages du premier livre de la politique oii Arîstote discute si bien les sources de la richesse et ses moyens de propagation. Mais , après tout, ces pages ne sont qu'une magnifique ébauche , et elles ne prouvent rien [que le génie d'ArisIote] contre les Faits cités plus loin dans la politique elle-même. L'examen des cons^tuiions de Crète, de Lacédémone, de Carthage, démontre à l'évidence le vicieux système d'adminislration de tous ces gouvernements , et la grossièreté de leurs ressorts. Sparte, sans doute, avait en quelque sorte une législation exceptionnelle au milieu des États grecs ; mais quelque originale que fût sa vie politique , si elle eût trouvé autour d'elle les applications d'une science administrative avancée , elle eût réformé bientôt , entre autres vices radicaux , cette déplorable organisation financière qui la laissait sans trésor public, etqni abandonnait la récupération des impôts à tontes les incertitudes de la cupidité de chacun. Cette mauvaise administration , qui fiit la grande plaie des républiques grecques, venait, en dernier ressort, du manque de jurisprudence. Les phitiMopbes en connais- MÎentquelqnesvagues principes, et cette connaissance,
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loute iiQpar&ife qu'elle fùi, influait sur certaines parties de la législation ; mais cette science du sol et do Ks habitants, de la personne et de la chose, cette science belle à force d'être utile, et qui est l'économie domestique de la société, le droit, en un mot, no vivifiait pas la politique intérieure des républiques grecques, ei elles ne pouvaient avoir de bonne administration.
Au miliea donc de tout ce fracas de l'histoire romaine, au milieu du bruit des conquêtes, l'œuvro de de Rome, son œuvre spéciale et la plus grande, c'est la jurisprudence. Que d'autres l'étudicntsDusses aspects les plus éblouissants : celui-là est le plus profond et le plus considérable. Que d'autres assistent avec intérêt aux luttes premières où la Jeune louve s'essaie au goût da sang ; qu'ils la suivent dans ses combats acharnés coillre les pays du Latium et de là contre le reste du monde , j'aime surtout à lavoir depuis ces temps rudes et énergiques des XII Tables jusqu'aux temps où les Triboniens achèvent le droit romain, qui, après avoir passé par les adoucissements des préteurs et la jurisprudence achevée des aénatus-consultes, se dresse comme an monument impérissable. Le progrès so montre aussi sans doute dans les faits, mais sur ce sol battu de tempêtes , il change trop souvent de place pour qu'on puisse le montrer dans son vrai jour. Dés qu'on veut opposer les faits et les personnes du présent aux faits et aux personnes du passé, ladiscussion tombe dans des minuties déplorables. Elle épuiso un souffle prodigieux pour faire danser des bulles de savon, et tout ce qui résulte de ses efforts , c'est que le doute s'enracine davantage, et que la nuit s'épaissit !ur les yeux. An lieu qu'ïn s'élerani jusqu'aux idées ,
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le problème, roiiuit à ses éléments véritables, prml quelque chose de simple et de lucide qui a le double avantage de rendre la solution plus prompte et surtout plus incontestable.