CHAPITRE HUITIEME
Quatrième partie : Monde intermëdiaire. Lutte du Pagan du ChrUtian'Ume. Résultats du monde antique.
A peine Bome a-t-elle fait son œuvre, à peine le droit I romain est-il achevé, le monde antique étant terminé, la question des religions se révciUe , indice infaillible du renouvellement de la société. L'Asie vient de meiiro au jour encore une croyance qui va renverser tonte l'antiquité. Sortie de la Judée, elle pandit au milieu des persécutions ; puis, un jour, on la voit sur le iréne do l'univers avec le fondateur de Conslantinople. Rome est à elle ; Byzance est â elle , à elle la Grèce, et elle prêche partout le monde connu. Qu'est donc devenu le paganisme dans ce grand conflit T Est-il mort sans combattre ni crier, ni même exhaler un soupir ? Non, son agonie fut longue , belle et honorée par les efforts du génie. Sa bannière renversée sur le sol fui relevée un instant par de nobles défenseurs, et telle fiitlapuia- «ancc de l'esprit réactionnaire d'Alexandrie qu'il parvint à se mêler en partie, même après sa défaite, au christianisme vainqueur. Témoignage éclatant de la
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liberté de l'homme et de cetie sone de puissance relative qu'il oppose à la marche de rintelligence universelle! témoignage non moins éclatant de son impuissance absolue à l'entraver définitivement.
L'école d'Alexandrie a trois caractères : premièrement, comme sa mission est de résumer pour ainsi dire le paganisme, elle le prend dans sa théologie la plus parfaite : Proclus réunit AHstoie et Platon ()].
Secondement, par un sentiment assez naturel de logique, elle comprend aussi dans son syncrétisme le dogme mystérieux de l'Inde qui avait inspiré Platon , et que l'école avait reçu d'Ammonius Saccas.
Troisièmcnt , en&fi , en remontant aux sources asiatiques, elle se rencontre par certains cAtés avec le christianisme, inétant ainsi au résumé réel des supé-' riorités du passé qu'elle représente, une apparence do la supériorité plus grande du dogme qu'elle combat.
Je dis une apparence, car les Alexandrins ne se rapprochèrent du christianisme que par ses c6iés asiatiques, le mystère et l'extase, qui ne sont pas ce qu'il y a de beau dans le dogme chrétien. On a trouvé leur Iriniié imparfaite en comparaison de la Trinité chrétienne. Je ne vois pas sur quoi se fonde ce reproche d'infériorité. Les deux trini tés ont la même souche : les ternaires de rinde, et la trinité Atexandrine composée de l'essence éternelle, de l'intelligence et de la puissance créatrice ne parait ni plus ni moins rationnelle que celle
(1) Proclus £91 eerlaincmenl ud pur pldonicien, mais il «'«fforre opiuitu^incnt de coDcilier Ariitole «i Plitan. TémoÎD celle phrase rapportée par H. Julei Simao dans s« ihtsv si pleioe d» critique sur l« commentaire du Tioiée par Procluiia^Kit S-n p^oi i™i ^«ijioïi-.; ApiffTt-
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03 ELtyCMÏ DE LliïAT.
du Père, du Fils et daSainl-Esprit. D'ailleurs, dea données si coniraires ù la raîsnu no peuvent fifre soumises à un examen comparatif, puisqu'elles se composcul d'éléments dont le moyen terme ne se irouve pas »!.iiis l'iatelligence humaine. J'esarainerai iihérieiircmeTiilc dogme chrétien do la Trinité, et je n'enirerai, tjuanià présent , dans aucun détail plus étendu. Il est Facile de constater, après un court examen, l'égaliié philosnpliiqu3 de l'école d'Alexandrie et. du Christianisme dans les croyances qu'ils parlagcaieiilen commun.
Quant à la manière dont elle reproduit la théoloj;io du paganisme, elle exagère Platon, et reste par con- Béquont au-dessous d'Arislote. Proclus, on philosojihîe proprement dite, réussit parToîs assez bien à rapprocher quelques opinions d'Aristotc de colles de Platon , et souvent il peut avec raison préférer la doctrine de son idole. Il fat moins heureux en thcodicée, où Platon me semble inférieur, et il conserve au plus haut di'gré dans l'appréciation de l'entité divine le cachet mystique des Alcxandriens. Mais si l'école néoplatonicienne ne représenta qu'imparfaitement en ce sens le progrès religieux du paganisme, elle continua la route qu'il avait ouverte dans les choses de l'esprit, elle cultiva les sciences en digne Kilo d'Aristotc et de PUlon , et le fuyer de lumières qu'elle entretint laborieusement ne contribua pas peu à éclairer, à échauffer le génie des principaux pères do cette église grecque, si bien doice en grands esprits. Néanmoins il lui fallut céder à la force des chnses , au despotisme invincible des lois. Lo ciirislianismc couvrit de son flot tontes les digues qu'on lui avait upposéeset Alexandrie s'abîma.
Avec elle disparut ia vénérable antiquité. Udc noti*
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QUESTION aELlGIEUSe. 03
velle èro s'ouvrit nprûs ente {jrando Ère , cl que ilflus ne verrons pns finir. Avant d'entrer dans cet édifice l);tli par nos pures, et de lo comparer .'l celui qu'il a remplacé, il est bien de résumer en peu do mots les principaux résultats de la civilisation ancienne, nlîn do reconnaître, dans le trésor de nos id^cs, les pièces empreintes de l'effigie de ces vieux peuples cl colles qui sont marquées à notre coin.
Inde, Chine et Tliibet, vaste laboratoire où les religions travaillent à reconnaître l'infini , et oii elles parviennent i^ s'en former une idée confuse. Caractère d'inébranlable immobilité. Assyrie, CliaMée, Médie, Perse, élément mobile; la guerre, principe dominant de cesÉtats.comme la reli{;i(in est ciluides États précédents. Ejiypie, application rij^oureuse des doctrines politiques et religieuses de l'Inde, avec des aspects plus Eonîbres encore et plus voilés.
Cartilage introduit l'industrie sur 'a scène du monde, et subit tellement rinfliimce de ce principe qu'cllo paralyse à l'aide de son action les effets naturels des religions orientales, dont elle suit la loi.
La Judée, enfin , qui clôt le travail métaphysique de l'Asie, parla reconnaissance explicite de l'unité infinie qiic les autres nations avaient ignorée avant elle ou girolles n'avaient fait que soupçonner.
Ainsi, dans ce monde d'Asie, chaque nation a, pour ainsi dire, son travail spécial: la religion de ce côté, sous des formes diverses; de cet autre. In guerre; de cet autre encore, le commerce. La société n'est pas arrivée d ce point de perfectionnement où toutes ses parties s'équilibrent sans se laisser étouffer par une seule d'entre elles.
94 ÉLÉMENTS DE l'État.
Aa contraire, en Grèce, ce perfectionnement commence de s'accomplir. La religion y a son influence, la guerre la sienne, le commerce et la politique la leur. Les idées composées que l'Asie n'avait pas séparées se décomposent, se nomment, se rangent à leur place; aussi, la mission de la Grèce est d'achever seule tout ce que les différents peuples d'Asie avaient entrepris. Son État rassemble les membres disséminés de leur société ; sa philosophie s'élève encore au-dessus de l'idée juive de l'unité de Dieu. Elle analyse le moteur immuable avec la sévère invesiigatron d'Aristote. Elle est le dernier progrès religieux de tout le monde antique, comme la Judée est le dernier progrès religieux du monde oriental. Mais elle n'avait pas accompli le gouveroemeni,etc'est Rome qui se charge de celachèvement politique, par l'introduction dans l'État de la jurisprudence qui crée l'administration.
Le christianisme naît , Alexandrie le combat , en réunissant, parla critique, toutes les idées du paganisme ; mais comme toute critique est de sa nature impuissante à fonder, et que d'ailleurs le christianisme n'est auire chose que le progrès, l'antiquité entre dans le repos de l'histoire, et le monde moderne commence de travailler.
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QUESTIOiS RSUOIEUSE.