‹ Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, laChapitre 14 sur 41 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Ciii(|uièmc partie : Mande inodrrnc.

Les barbares paraisseni. Les Golhs, les Huns, les Vandales; Alaric, Attila, Genseric, trois fl6aux de Dieu, s'ahaiicnt sur l'Eurnpe. Ils donnent le signal, et les tribus |^i>rmaniqueâ se jettent aussildt sur l'empire romain chnn{;é en clianip de bataille. Tout est en confusion : barbares contre barbares^ barbares conirc Romains, une niiîléo générale s'eiigiijje, cl le monde ressemble pendant ce icmps à celle foréi de la Pharule dont les arbres sacrés tombent sous les haches <lo l'armée de César, Qu'ils travaillent ces hardis dcstructi:urâ, qu'ils renversent tout sur leur passa[;e ; à mesuro qu'ils JiMruisent, ils fondent, et ils sont vraiment dignes de prendre la place des vaincus. Peu fi peu la chaTeur du combat s'apaise, l'empire d'Occident est tombé, Piomc n'est plus la malircsse du monde, cl Byzance n'a guère d'autre royaume que celui dont le* fronlièrcs sont tracées par ses murs. L'œil peut dès-lors saisir, dèsci>!le fin du désordre, l'ordre nouveau qui s'établit. On ain-rçoit l'aclion de deux principes qui , en se combinant, vont reconstruire la cvdisation : l'un représentant le passé, l'autre le présent ; l'un romain, l'autre

1, G ooj^ le

96 eleue:<ts de letat,

germain. Lo premier agit d'abord comnio il arrive souvcnl, d'une façon plus apparente et moins cfOcaco, puis d'une maiiière plus sourde et aussi plus utile. Le présent doit naUîrcllomonl subir de la sorte l'action du passé; plus il en est proclio, plus la vivanieima^c de ce passi'- se reproduit d,ins ses traits, plus il en conserve les coutumes, la forme, tout ce qu'il avnit d'extérieur, luliabilc à te conduire IuL-'mûnio , le préicni copie le p.TssJ, son niaitrr, exactement, mais avec une inlelli- {■once nioius complète de ses préceptes que lorsqu'il en pro!i;ei\i pliii liird, en loà nioJiiunt, en y mêlant les fruits dj s:i propic expOiience. Le droit romain, ce flraiid mât (lu vaiss.'audc l'empire, qui suriiri^'^a presq\ic seul dans le naufraj^e, avec l'admitiinijatinn qu'on pnurr;;ii couiparer à un de tesa[;rts, ledrnii romain donne [lins de tiiinesde vie au conum'iiccmcnt du moyen ù;;e qu'au milieu de ce mfme temps. Les barbares se contcntèrenl d'appliquer à leurfiouvernement li's formes compi;{|;Res de radiuînistralion inipérij:!?. L'empire de Ciiarloma^iic n'en fut f;i]ère qu'une reproduelitm plus .;;r.issii're Cl aus^i plus ('liergique , et le |>l.!;;i.'.i est si volon taire, si rcCiviii , la Iradiiioii de Rome est si présente ip;o Charles; tenta de faire revivre le^ Ai'jiL.'.e.s , en rfunîs-iaal prir un maria;;e avi'c fa princcsîo Ir.\ne les empires d'Orient et d'Occident. Cette résurrection factice d'une politique qui devait éclairer, mais non remplacer le {joniemenifnt nou- ■ ve;:u, ne pouvait être dnruhle, mds elle fufcimmc une utile étude de la "science du p,'t.sé. L'i loi dis iniitai!iir:s |.r.''si Ii> avec lriii:!.cur à l(U:s les eonnnenccm.'nis; vn a;;j)i-iid la lai;,'î!;o tn iiiii!;;n! les îjrands m;ditc3 du ;-lvle. Les lia;bar.--; se (îreiii tîoir.aiiis avant

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QtZSTIOR BstmiEcax. t7

de devenir les nations ntodcrnei. Quand Charlemngna ml arraché les racines (In l'invasion en exierni'nait les barbares do la Saso; qoand l'ompiro carlovin-jion, se dccliirant par lambeaux, cul permis aux diverses naiioiiniiii'3 de l'Europe de rcnircr chacune dans ses timites, on vit s'cieindrc peu à peu celte grande lumière des SDuvcnirs romaiiiS que Charles avait religieusement entreienus durant son règne. La barbarie suivit plus friinchcment ses allures , cl à mesure que la féodalité acheva de s'organiser, disparut loule imilaiion de l'adminislration romaine, en même temps que la pratique dudroit romain s'affaiblit sinjnlièrcmcnt. La féodalité, Cûllo œuvre germaine, couvrit tout, envahit tout, sup- Iilfaiouicn apparence. Cepejidant, pour peu qu'on i'eiulecetteécorcodu moyen ftge, la tradition du [lassé coule comme une sôvc abondante. Cela esi surtout vrai en Traiicc, le pays qui joua dès les premiers temps lerèle qu'il ctintiuue aujourd'hui , celui do guide des jieuples et do premier ouvrier de la civilisation ; iransfurmaiion de celte Gau'cque la conquéic de Cisar avait f;:iie romaine, et que la conquête des Francs fil germaine, elle téunissaii ainsi avec plus de pléniludc que les autres pays européens les deuK sources du monde nouveau [I). C'est pourquoi au temps mémo où la féod.ilité s'est définitivi-menlélabliOift son apogée, lorsque, Sfiuallugues-Ciipot , les seignours du midi pouvaient dater leur.-î ac'.i:s « du régne <Ia .Îés^is-Cliriil dans l'at- ':'»■:.' d'un r.ii, " mi ■i'-n\ le ;;i''nie roin.ûn sounlrc rtnns i'éli'iguenn'Ut. Il s'icli.ippe, un p^'u pins d'un t.iÈcle après, sous le pjtroiiago intéressé de Louii-lc Gros,

(I) Sam coin; ter le clinsllenism^, qui fcl si ruissanl Jiit (nUKiil.

M. KLKUEKTS DE l'ÉHT,

et le grand mouvement municipal qui signale ce règne, «st comme un chemin qu'il se fraie dans notre civilisation. Ce fait suffit seul pour prouver la continuité du travail des siècles; d'autres le montreraient encore, mais non plus évidemment. Toutefois, comme ces observations ne sont pas ici directement de mon sujet, je reviens en h&tc au christianisme , ma véritable étude, l'objet spécial de cette question.

Le christianisme, tel qu'il nous est enseigné aujourd'huisous la forme spéciale du catholicisme, a passé par plusieurs phases avant de se consiituer irrévocablement sous cette forme. On peut distinguer quatre périodes dans te travail de sa formation. 1" Cellede Jésus- Christ, 3* celledes Apôtres, 3° celle des Pères, i'cellodc la Papauté. Et dans ces quatre périodes , on ne peut pas dire que la première ait absolument servi de règle au développement des trois autres. Le progrès n'a pas été tellement Gdele à son origine , qu'il n'ait varié , en sens différent, dans le fond et dans la forme.

Je ne veui pas me jeter, au sujet de Notre-Seigncur, dans cet abîme d'interprétation que l'cségèse allemande vient de creuser devant la religion. Il est trop difËcile de distinguer d'une manière convaincante le fait el lo symbole, pour que cette discussion soit jusqu'à ce jour du domaine d'une philosophie qui évite les nuages et les terrains mouvants. Je n'accepte de la doctrine du docteur Strauss que le fondement, c'est-à-dire l'iacrèdulité du miracle et de l'intervention directe de la divinité, mais j'abandonne à ce hardi savant la responsabilité des détails qu'il a en la patience d'explorer. Voyons donc rapidement quels caractères Jésus-Christ, le plus grand des prophètes, offre à l'eiamen de la

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QUESTION KEUCIEtïE. !)U

simple raison. Quand il s'élève au milieu d'an peuple on de ces génies puissants qui le devancent tellement par les idées qn'ils n'en peuvent être compris, il y a toujours eo eux, à côté de cette partie supérieure, quelque chose qui les rattache au sol natal et qui les rend , pour ainsi dire, contemporains de leur siècle. Jésus- Christ n'a pas échappé à cette loi : il est bien ce divin auteur de l'Évangile dont la morale nous domine et dominera sans doute tous les temps, mais il est Juif aussi , et c'est en lui que se forme le nœud de l'esprit héhraïque et de l'esprit chrétien. Il prend la reli{>ion orientale à son plus haut point de perfection, la nconnaissance do l'infînî , et sans se soucier beaucoup de dévi'loppcr cette donnée métaphysique, il se porie aux endroits faiities de la morale, qu'il réédiiîc entièrement. J'ai indiqué brièvement ce qu'il y avait de défrciueux dans la morale juive , le Christ y substitue cette admirable bonne nouvelle qui a créé une rénovation qu'on ne peut trop admirer. Il conserve donc la théologie juivo; le propre de sa loi consiste dans une règle do conduite nouvelle, dans l'exaltation du sacriGcectde la charité, et dans un petit nombre d'actes symboliques destinés ù perpétuer chez ses croyants le souvenir et lo génie de sa mission.

Les apdires ne sont naturellement queles interprètes du Christ, les verbes du verbe, mais l'interprétation est une chose si largo , qui prèle tant aux additions , que djjà la merveilleuse simplicité do la vie do Notre-Seigoeur, qui se fait jour dans le récit même des apôtres, commence à sa compliquer et à perdre sa douce uniformité de couleur. Elle s'empreint demétaphysique avec saint Luc ; avec saint Paul , elle prend quelque chose

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du génie aciif , profond, d'organisntion de ce grand homme; les teintes mystiques se chargent et se colorent dans saint Jean; saint Matthieu et saint Marc serrent do plus prés l'esprit judaïque. Chacun mêle de soncaraclèroau caractère de la doctrine du Christ. Au reste, ce n'est pas encore àcelte naissance de la iradilion que les êiémenis étrangers s'introduisent vériiablement dans le christianisme : il y est pur encore puisqu'il n'a subi d'alliage que celui qui devait inévitablement sortir de la variété de génie de ses prédicateurs ; mais dès que nous arrivons aux Pères , ce n'est plus l'action des hommes qui le modifie , c'est l'aclion des choses, et sa constitution se complique tvidemmcri. Les apôlres ont renouvelé le monde par la parole, el il la conviction produite par leur éloquence, les martyrs ont ajouté celle qui naît du sang. Après ces tcnij)! do lutte, la virioirc est venue; l'action inspirée, la volonté do quelques grands hommes, la volonté, ce principe créateur, a fondé le christianisme, l'intelligence et la réflexion ornées de la science vont, pour ainsi dire, en sculpter le marbrebrut; ce fuilàl'œuvri'dps sa nls Pères. De quelque côté qu'on les prenne, qu'{)n nomme s.iînt Clément d'Alexandrie, saint Basile, saint Ciirysosiôme, 11'- étoiles de l'église grecque , nu saint Augustin, la colonne de l'église latine, ils se pn'sen'teni â nous lînucs de tous les dons du génie, et po>sédaut à un (le;;ré fupé' leur tes scii'nces de Ivur temps. On conçim qui" de tels esprits s'apjiliquanl de tontes leurs furces intclleciiieili's, et si on peut le .iiie de tnuies leurs pasiions, aus Icyiuis ^posliiliques, ils n'ont pu en être li-s inicrprèies passifs , et ont dii néccsssairciiient les comprendre il travers leurs lumiàrca et leurs sriuvctiirs. lissoni

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