QUESTION RELIGIEUSE
inconti'slableincnt les léf;islatcurs du cliristianismc , puisqu'ils en ont presque seuls créé la ihéolosio, mais s'ils l'ont appuyée sur la tratliiion, ils l'ont pi-ise à TétiU degeroiB et l'ont fait épanouir en fleur. Les sainis Pères, en dehors do leur foi , subissent principalement deux influences; celle do l'Asie, et celle de la Grèce par l'intcrmWiaire de Platon. Celle do l'Asie se manifeste do deux manières i ou par l'action directe des mœurs et du climat, comme dans saint Jérôme et ses nscèles; ou par l'action des doctrines religieuses asiatiqu»-s , comme dans h Ioni;ue éducttion manichéenne de saint Aujiiistin, édiicalioti abiiorrôo, abjurée, maudite, mais duiit lesir.ices inûn^es restèrent loiijouri dans l'ima^jlniition (le l'éloquent docteur. Les sources où a'abreuvèrt-nt tous les Pères expliquent le caractère du christianisme dans les mystères et l'interprétation des sacrements. L'esprit asiatique, qu'il ne Faut pas confondre avec l'esprit juif, beaucoup plus positif et moins, niélapliorique que le pronrer, envahit par cette brèche lidiïcfine chrétienne, et no s'y tempère, à piirt l'adonciisement commandé par l'essence de la nouvelle loi, que par l'influence platonicienne, exagération de l'esprit {;rec. Comment s'étonner après cela de toute celte formidable organisation du dogme mystérieux qui cfFrayo la raison du cadioliquo , et qui semble à l'cxanieii indépendant biL'n contradictoire au génie simple cilucideiierÉvangile de Jésus-Christ. Ici l'altération est patente pour toute pensée de bonne foi; au lieu de cette leçon rationnelle sous le voile transparent des paraboles, humble, sagement (iraiîque, explicite et claire ca tout, Yoilù an système philosophique, admirable, je ne le nie pas, mais (jui, en transportant le chrétien dans
103 KLÉUEST& D£ L'éllT.
les domaiDcs déj;i explorés par le prophète de l' Académie , De l'y appellent que pour l'écraser sous des mystères de convenlion et TarrélMit devant des ténèbres à plaisir amassées. Aristole ne paraît pas encore ici, et son absence démeniirail cet héritage constant que se font les sièclesdeleursplusexcellenls résultais, si on ne le retroovait plus tard dans la théologie cailiolique, à une époque où son influence attirera tous nos regards. Mais quand on a réfléchi sur sa théodicée, on comprend facilement qu'elle est trop purement métaphysique et abstraite pour avoir Fait changer le dogoni chrétien. Elle en a seulement précisé une question: la nature du premier moteur : aussi dès l'époque des saints Pères, le dogme catholique est-il accompli, et la quatrième période de la formation du catholicisme, ta Papauté, acceptantde ses devanciers une religion complète, entre dans un ordre d'idées tout à fait différent. Cet ordre d'idées est politique. Cette vue, qui se dégage des écrits du plus ferme génie de noire temps, cette vue de M. de Maisire, me paraît coniirniée par les meilleurs arguments de fait et de raisonnement. Il est constant, en histoire, que l'église romaine ne Gt qu'on regislrer la tradition, el qu'elle n'innova rien en matière de foi : elle est donc tout d'abord écartée du travail religieux du catholicisme. Son action propre est toute réglementaire : elle se borne aux cérémimies, à la discipline, à l'administration, choses qui ne peuvent émaner que d'un pouvoir politique, politiques par ellesmêmes. Tel csile &it établi parles discussions de M. de Maistre. Il va sans dire que je ne m'engago nullement à reconnaître les déductions qu'il a voulu eu tirer, nia souhaiter comme lui aux Étals cbrétiens Usouveraiaeté
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QUESTION BELIGIEOSE. 103
da SaJRl'Siége. It y a même dans sos espérances ù ce sujet quelque chosç de ce ridicule solennel qui accompagne quelquefois les conceptions des génies véhé me nls et eitrémes dans la logique; mats le livre du pape, daosiontce qui concerne la consliiutton de l'Église el les principes sur lesquels elle repose, me paratl lo dernier mot de la quesiion, la solution du problème. On n'est pas pins positivement éloquent , ni plus évidemment vrai.
Le principe vital de tous les (fonvernements, comme le démontre fort bien M. de Maisire, c'est l'infaillibiliié. Ce qui fonde la supériorité de l'état catholique, c'est qu'il n'y a que lui qui puisse admettre le dogme de l'ioMlibité dans toute son étendue. Une société politique né peut pousser trop loin cette fiction sans tomber dans les plus grands inconvénients du despotisme et de l'anarchie. La science qu'cxi[iclegouverncm(>nt d'un grand peuple est si vaste , si mobile , si naturcltemeni progressive, qu'il y a un danger imminent à la ri'nfermerdans un cercle tracé à l'avance. Il faut, pour l'étudier et l'appliquer, des pouvoirs, qui, à la vérité, ne se maintiennent durant leur exercice, que par la supposition de leur infaillibilité, mais sous la condition tacite que cette infaillibité n'est pas irrévocable. Il n'en va pas ainsi pour le catholicisme : sa science toute faite, prête pour le plus imprévu dans le cercle de la doctrine, ne demande à ses interprètes qu'une connaissance parfaite des testes et de la tradition ; jamais les membres de la cour romaine n'ont manqué i cette nécessité de leur position ; ils se sont toujours montrés, dans fordre des idées catholiques, dignes de leur infaillibilité, et it Kt trës-facile d'accepter chez des homunes un
104 ÉLÉMENTS DE L'ktAT.
pareil genre de perfection , qui n'est slirhuniaiQ qu'en npi>arence.
HerJcr, dans iin esprit de louange maligne, a vanté la popularité habile des cérémonies et du culte de l'ôglise caiholique. C'est un fait inconslcstable, mais qui n'a rien do particulier à la politique romains. Tous les cultes sunt nécessairement populaires, et non pas en vertu du calcul des prfiires, mais parce qu'ils ne peuvent être que Texpression symbolique de la foi des peuples. Ce symbole est quelquefois créé par les peuples eux-mêmes, toujours dicté aux ministres par l'influence de leur nationalité et de leurs souvenirs. Le mélange du simple et du magnifique , du trivial et du grandiose, se retrouve aussi instinctivement produit dans les cultes asiatiques, et lepr poésie est aussi^populairo que I9 poésie du christianisme.
Le même philosophe choisit un plus digne objet d'ûdmiralion plus sérieuse lorsqu'il louelahiérarchieecclésiasiique. Son principe est monarchique, monarchique absolu, le pape est souverain de fait comme de nom, et souverain sans contrôle; mais de toutes les formes politiques, la monarchie estcclle qui peut le mieux, sans attenter à l'intégrité de sa nature, admettre le mélange dedivers autres principes. Ainsi, sans se modifier essentiellement, la monarchie catholique accepte en certaine mesure l'élément oligarchique, représenté par les cardinaux, investis du droit d'élire les papes, sans leur être supérieurs, et enfin, dans les conciles, rélémenl démocratique défiguré, et mélangé darislocraiie. Rien ne serait plus détestable et moins solide quclegouvernemenl catholique, s'il admettait ces divers éléments en mesure égale ei dans tome leur force propre et ori»
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flUESTION BELICIEUSE. lOi
ginale, Câr il manquerait d'unité ; mais il n'a conservé d'intact et de franc que la forme monarchique, tout le reste n'étant que des machines appropriées aux néccs- Biles du gouvernement comme les cardinaux , pour suppléer l'impossibilité de l'hérédité, et les conciles, pour donner plus de force, en matière de foi, dans les cas e):lraordinaires, aux décisions du souverain pontificat.
Une seule fois, la savante combinaison du gouvernement ecclésiastique se dérangea de son bel ordre parco qu'on voulut empiéter sur les droits de la monarchie, forme essentielle du gouvernement. L'équilibre se détruisit, et le principe représentatif figuré par les conciles, sembla au moment de ilominer tous les autres. Ce fui au temps du grand schisme d'occident, elle concile de Constance faillit accomplir une révolution mémorable. Il la commença au moins avec une audace digne do la Convention, et je ne sais, en vérité , si un esprit plus factieux ne fermentait pas plus sous les mitres et les chapeaux rouges des Pères de Constance que dans les tftes hasardeuses des terribles représentants. M, do Slaisire, avec ce profond instinct d'uiiramoniain qui le dislingue, a vivement raillé les prcteniions dominatrices de ce concile, et il y eut, en effet, beaucoup diliogalité dans ses actes ; mais , quand on considère le déplorable état de la chrétienté, il faut lemercior les Pères de leurs empiétements sur la loi, puisqu'ils aboutirent à la fin du grand schisme. C'est un spcciacle curieux que la déposition solennelle, cl entre deux messes, du pape Jean XXII. On sent, avant celte grande mesure, je ne sais quelle hésilalion d'o,-prit, qui est !o nuage précurseur de toutes les révolutions. On s'épuise
106 ELKUE.Mâ 1>£ L£TAI.
en formules de respect que démentent l'instant d'apràs des actes d'oppression, et le pape Jean, gardé à nio par ordre du concile , est un pendant assez exact de Louis XV[, après le relourde Varennes.Lesdeui souverains ont quelques poinis de ressemblance , les deux assemblées en ont beaucoup, lîieniôt le fossé est franchi, voilà un pape en déchéance, il en reste deux autres debout I mais ils ne sont plus à craindre. Grégoire XII évite rtiumilialion en abdiquant de bonne grâce, et Pierre de Luna la brave par sa mort, après avoir rendu excommunication pour excommunication , et gardé sa papauté malgré le concile, jusqu'à la tomhe, qui ne s'ouvre pour lui qu'à quatre-vingt-quinze ans. Lacondamnaiion de la doctrine de Wiclef, dans la personne de ses prétendus sectateurs, Jean Huss et Jérôme de Prague, est le seul arrêt religieux du concile, absorbé dans ses grands devoirs politiques. Avant d'élire le pape Martin V, les Pères songèrent à engager l'avenir dans la voie qu'ils avaient ouverte , et c'est là surtout ce qui rend leur assemblée remarquable. Les événements auraient pu être re^jardés comme la cause de leur hardiesse fortuite; ils prirent soin d'exposer euxmêmes leurs principes, et leurs inlentions ne peuvent être méconnues. On voit avec évidence que l'esprit de l'église gallicane personnifiée dans Pierre d'Ailly, a inspiré lesdécisions de Constance, ci leur a donné cette indépendance dont Bossuel soutint plus tard l'orthodoxie.
La session trente-neuvième rend à ce sujet un important témoignage.
a Le premier synode de Constance, statuant sur le» '( conciles, décrète co qui suit :
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ylESTJO.V ItELlGIKLUil':. 10/
a La fréquente convocation des conciles gânéraux a est la principale culture du diampdu Seijjneur. Elle e extirpe les ronces , les épines , les mauvaises herbes « do3 hérésies, des erreurs et des sclrsmcs; elleréprimo les excès, réforme les abus, cl amène la vigne R du Seigneur à produire les fruils d'une abondante a fertilité : c'est pourquoi, par ces édils, nous sancationnons, décrétons et ordonnons que tes conciles a généraux seront célébrés do celte sorte : à partir du 8 jour de la fin de ce concile, cinq ans écoulés, un sco cond concile sera tenu, qui, à partir du jour de sa fin,- » sera suivi d'un autre, aprèà sept ans , puis dans Lt « suite, il s'en célébrera un de dix ans en dix ans. »
C'était là une tenlaiive qui no devait rien moins qu'abolir la monarcliie du pape, en ta mettant fréquemment en coniacl avec ces conciles qui s'allribuaient hautement un pouvoir supérieur au sien. Dans la session XL, les Pères, délibérant sur Icsréformcsquo le papo élu devra opérer de concert avec eilx, oscnl proposer ce singulier sujet de médiiaiion à la coopéralion du souverain pontife :
a Par quels moyens et de quelle manière un pape « pourra être corrigé cl déposé, »
Si les conciles en étaieutlà à leur début, qu'auraiontîls osé par la suile ? Je ne veux point mal préjuger du gotivernemen t <le TÉglise par lc5 assemblées des prélats, mais je ne comprends pas comment ceux qui ontsontenu l|opinion du concile de Constance , ont pensé qu'elle n'apportait qu'une légère modification à la constitution du Saint-Siège. Il neV agissait pourtant que de l'annuler, et nul doute que si les conciles so fussent élevés à la puissance que les Pères do Constance tentèrent de
108 ÉLBUEN-rS DE L'ÉXAT.
leur donner , ils eussent été ou les fidèles serviteurs du pape, et alors àquoi bon les convoquer? ou ses maîtres. Il ne tenait qu'à eux de prendre ce dernier parti, puisque se reconnai«sanlle droit de régler la célébration de leurs assemblées, ils pouvaient la rendre do plus en jjIus fréquente, et se substituer ainsi au pape dans l'administration de l'état caiholique.
Hais cet empiétement d'un des plus faibles pouvoirs catboliques no put être consacré. Il n'aurait passa ca loi qu'à la faveur d'un affaiblissement sans remède de la pnpanté, comme il ne s'était produit qu'fn l'absence et la division du. pouvoir souverain. La cour de Ui>mo n'eut pas grand'pcinc à effacer jusqu'aux derniers vesli<;es d'une innovation que les précédents ne Jusli fiaient pas suffisammeui, ou du m-ins ce qu'il en resta dans ta théorie ne put in!l;icr en rien sur l'clat des affaires. Le concile du Bàlo essaya tiicn de continuer la p'^nsco révoluîioonairc des Pères de Conilance. Il poussa l'imitation Jusqj'à renouveler la déposition du pipe lorsque les circonstances n'excusaient nullement un acte si grave, mais le succès ne couronna pas son audace sans moiifi. Sou ami-pape Féiiï no put être l'occasion d'aucun soulèvement, et Eu;;6ne IV trouva assez de soutiens de son pouvoir lc[{al pour casser au concile do Ferrare les arré;s d/s rebelles de Bile. La monarcliie catholique est domeuréo dans riiniiosanl ciiuihbre qui fait sa force daas le temps et contre le temps (1).
(1) Si les conciles eussfnl priialu, la raonnrchic calliolique serait devenue, comme on dit uujaurd'liuî, coiisitlulionitclle. C'eût Hé pour elle surtotis le pire des gouverne menl». Le scandale dci brigues, la dfsoidiï dei corriipiionf eat a(jli;( iocesiamnien) l'Èglifc. Pas àt
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OUESIIOM BELICIBUSE. 109
En considérant l'œurrs politique du cailiolicisme , on ne peut oublier lo droit canon, une do ses plus belles parties. Herder, en prétendant que la jurisprudence ecclésiastique ne s'appuyait sur aucun objet dcierminé de la sociclé civile et ne vivait que pour «Ile-même, exprime une vérilé dans le premier membre de sa phrase, et dans le second une erreur manifeste. 11 est très vrai que le calliolicismo n'avait en vuo aucun objet déterminé do lu société civile, mais il l'embrassait tout entière bien loin de vivre pour lui seul. Emporté par ses petites rancunes protestantes, le i-liiliisnphc de la nature méconnaît les Ëcrviccs politiques que la papauté rendit au moyen ûge, et co qui est plus grave au point do vue de la science, la {jnindo inimitié qu'il suppuse enirc lo droit canonique et lo Oroit romain montre qu'il n'avait du premier qu'i:no c iiiiaissanccbien vague. Jti ne m'exagère pas l'importance du fait prouvé par M. de Savijjny, que la papauic conserva le droit romain au milieu de la ])Iu3 ïpaisse nuit du mnyen ùr;e. Lo droit romain s'était îinpprofo'id>>mcnt cnélé à la viedes peu|ilcs pour qu'il eût besoin d'étri» conserve parle cl.Ti'é. L'observation (!e.M,dcS;tvi{jny rapporte bien plusàlÉjUscle mérite (le la conseivation de quelques textes, que celle de l'esprit do la jurisprudence roinaiiio, qui n'avait pas besoin de cet iiiicrmédiaire. Mais ce fait montre au moins, ce qu'une élude très peu longue des canons confirme encore davantage, combien est erronée rbo&-
;lz-MNG00g[c
110 tLEWEMS DE LETAÏ.
lilité qu'on veut quelquefois établir entre les deux l6p,isIalion9 , cl combien les légistes canoniques ooG écrit sous l'influence des légistes romaîDs.
Le droit canon eut donc cet avantn{;c d'être tout à la Tois le suppléant et le gardien du droit romain, un suppléant approprié à la civilisation de l'époque , et le gardien de quelques textes précieun dont il était utile de conserver jusqu'à l'exacte formule. Aussi , lorsque les iravauK du XVi" siÈclo rcjiiiuùrcnt dans sa première iniégrilé la statue de la Jurisprudence , dont l'Église n'avait garde que des fragments , on grandit de beaucoup la découverte qu'on venait do faire. On crut qu'on avait opéré la merveille d'une résurrection , et ce ii'éiail qu'un prisonnier qu'on tirait de l'obscurilè d'une geôle pour l'amoner au grand jour.
Le droit canon a trois faces: l'une qui regarde la discipline de l'Église , l'autre les dogmes, et c'est là ce qui constitue son caractère purcnirnt ecclésiastique. La troisième trailcdcsrapporisdcrÉnliso et de l'État, et c'est par ce cùié qu'il sort du temple pour s'appliquer à la vio civile.
La discipline de l'Église a été l'objet favori des attaques du Wni* siècle, et avait été auparavant le champ de bataille de la réforme. En choisissant co point do mire, les philosophes ont autant prouvé leur habileté dans la science du dénigrement que l'absence de tout« conviction religieuse. Ce même choix a frappé de stérilité l'œuvre des réformateurs. La discipline ecclésiastique a (lé détruite par la réforme, qui s'est ainsi privée do toui ce qu'il y a de vie indépendante et de beauté politique dans le catholicisme, sans y substituer rien de meilleur dans le dogme, et les philosophes, on sa-
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ULLST10> RELIUILLME. III
pant la discipline ecclésiastique , déiruisaiçnt les fondemenis de la grandeur chrciienne, bien sârs qu'une fois celte maîtresse pouiro renverst^e, ils auraient bon marché du reste de la maison. Je ne copierai pas, et il n'y aurait qu'à copier les vic'orîouses défenses des de Maistrc et des autres npo'ogistcs, plus humbles en talent, mais non Tnoins fondés en raison. Les attaques de Voltaire sur ce point sont surannées , ses railleries raillées, et ce serait frapper l'ennemi à terre que de leur donner un dernier coup. On a désormais trop compris, pour la mettre en douic, la perfection de cette discipline dont toutes les parties s'encadrent si admirablement dans l'ensemble, et dont l'ensemble loi-même témoigne hautement que le catholicisme, bien que formé dans les catacombes, a profité des enseifinements qne la jurisprudence et l'administration romaines lui donnaient sans [e savoir. C'est en lui-mfmc qu'il trouva la puissance de subjuguer le monde, c'est de Rome qu'il apprit h le gouverner.
Les chapitres préccJcnts ont assez répondu à ce qui concerne les dogmes, pour que je sois dispensé de me répéter ici; d'ailleurs le droit canon n'établit pas les dogmes. II serait à lui seul , dans ce cas, toute la théologie. Il a cependant une partie toute dogmatique, parce qu'il donne forme de loi aux décisions de foi, et qu'il les applique à la condamnation des hérétiques.
Les sources du droit canon sont le bullaire des papes, les actes des conciles et les opinions des docteurs, comme les sources du droit civil, se trouvent dans les ordonnances des rois , les décrets des parlements et conseils, elles écrits des jurisconsultes. Le bullaire, les conciles et les docteurs n'ont pas chacun une mission
1, G ooj^ le
,>ÏS DE l'eT*T.
distincte, ils embrassenlen commun toute la jurispind'^nce de l'Église. Quand on veut se rendre compte de l'égoïsme clérical qu'Herder allribue aux canons, il faut les confullcr dans leur triple représentation : or, depuis les premiers papes jusqu'aux papes de nos jours, depuis les premiers conciles et dans toute la suite des docteurs, à c6t6 des questionspurement ecclésiastiques, on ne manque jamais de faire quelques incursions sur le terrain du droit civil. Je ne puis entrer ici dans un grand détail dc'preuvcs, mais pour ce qui regarde les bulles, sans parler de celle de Jean XXI, qui, en traitant do l'usure, institue un un code complet de finances à l'usage du temps; sans parier du caractère tout politique des bulles do Grégoire VII, lorsqu'il rôclamc de Salumon l'iiommagedu royaume de Hongrie, ou de Clément IV, lorsqu'il fulmine contre Frédéric, je reilsscends aux premiers siècles, à Léon 1", lesaint vainqueur d'Aitila, et on retrouve dans les humbles proscripiions de l'évéquo cailiotiquo ce sentiment politique qui distingue les arrêts de la papauté. Le mariage fut prohibé dans l'Eglise , dès les premiers temps , mais, encoi« au cinquième siècle, il paraît que l'autel avait un assez pressant besoin de ministres pour qu'on admit parmi eux des hommesmarios. Ce fait est consigné dans une lettre de Léon à Rusticus, év^uedeNarbonne.et écrite vers 4*3.11 fournit à la sagesse catholique loceagion do s'appliquer avec sa modération ordinaire, qui ménage si bien la loi ecclésiastique et le bon ordre do !a société. Saint Léon élablitque les diacres aussi bien que l'évêque et le prêtre doivent s'abstenir do l'œuvre conjugale, mais non pas répudier leurs femmes ; principe éminemment social qui respecte et protège la chaslcié
gLEt>TIO\ nF.M(]JEtïiE. 113
du sacerdoce en respociant et en protégeant la paix de la famille et les droits consacrés. Le mémo esprit do prudence-sc fuit sentir dans !a décision du mémo ponlife, qui défend à tous les éviîques d'élever les esclaves aux olficesde clorgie, Qurlfjuos écrivains, dans la vue do metire le catholicisme au niveau des idées de liberté qui agitent le siècle ne cessent de le reprcscnler dans ces premiers temps comme le sauveur, l'ami, le refuge des esclaves. Cette consiilution duSaint-Slége est très* propre à passer l'éponge sur ce qu'il y a d'exagéré dans ces assertions , et à montrer du moins que la parllatjté du christianisme pour les esclaves n'allait pas jusqu'à compromettre en leur faveur la digtiilédu sacerdoce ; je suis loin de l'en blimer. Le clergé no pouvait admettre l'esclave dans ses rangs sans déclarer la i;uïrrc au droit romain en déroltant la chose d'auirui , et celle guerre, l'eùt-il cntrepriâc, n'eût abouti qu'à l'avilissement de l'autel. Les licteurs du prétoire aur^iient puà chaque instant interrompre le sacrifice pour arrachera l'esclave-prétre ses habits sacerdotauxet le ramener chez son maître. La religion n'avait pas bo^ sain d'engager un si violent conflit avec la société civile pour favoriser l'abolition do la servitude. Quelque imparfiiiieetnial comprise que fût la notion de la liberté, on la proclamait trop hautement pour ne pas arriver â la longue à ce premier résultat de la liberté corporelle. Quand le pape Alexandre II déclara au nom du concile que tous chrétiens devaient être exempts de icrviiude , il resta dans les justes limites de l'esprit du catholicisme. Lorsque do néocaiholiques veulent lui f^ire consacrer la liberté politique, ils méconnaissent abiolumcat cet esprit ; aussi seront-ils à jamais trrécoo-
cilUbles avec les interprètes naturels de la doctriae. (Vesi ce que la réforme elle-même, malgré l'impulsion et le caracièrc révolutionnaire de stin origine, n'a pu faire dire à son ciirisiinnisme renouvelé, qui a occasionné, mais non cnfani6, les rénovaliuns politiques que ses sectateurs ont accomplies.
Après cela, il paraîtrait superflu de demander si l'aciion de la papauté fut utile au moyen âge. Aussi ne m'arrélcrai-je qu'un instant, moins pour mettreen question une uiiliié si évidente que pour spécifier son véritable caracièrc. M. de Maistre a eu raison do dire que la papauté était le catholicisme : on peut les disiini;ucr en théorie, on ne les distingue pas dans la pratique. Les choses ne se séparent pas aisément de leurs formes, et nonobstant toutes distinctions philosophiques, en pareil cas , qui tue l'enveloppe tue le fond. Cela est vrai de toutes les institutions et de la pai'aulé plus que de toutes les autres, parce qu'elle s'est incorporée jusqu'à l'unité avec la religion dont elle est le gouvernement. C'est donc bien par elle qu'il faut juger l'influence catholique , et c'est en elle seule qu'il faut rechercher la raison du caractère de cette inSuencc. Le siècle précèdent avait pcrsifilé la papauté; ill'avait attachée en riant au pilori , il ne l'avait pas jugée. De nos jours , le jugement a été libéral , quoique par certaines plumes présenté sous un faux jour. On s'est plu, et parmi les meilleurs esprits, & faire du Sainl- Siége une sorte do paladin de la cause populaire, UD avoué des droits de l'homme contre l'envahissement des rois. Le beau mot de république chrétienne a élâ trouvé et répété, mais Herder peut dire avec raisoa; v Un beau mot I où est la chos« ? » Dans sa première
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gLESTION EELIGIEISE. 115
période, vassale de l'empire groc, tiiiiisliraïusa puissance de sa populariléctdo l'impuissance de ses seigneurs nominaux, la papauté fut inulo pacifique, et lors du premier cahos des {guerres du moyen âge, habile à môler ses iniérôts à ceux du plus fori. Plus lard, lorsqu'elle eut acquis une certaine force maloricUe et qu'elle fut parvenue à l'apojîpc de son autorité morale, comme durant la querelle des invrsiiturcs et des Croisades, elle marclia hardiment, léte levée, l'épée et l'excommunication en main, vers la suprématie européenne. On sait quel rôle actif, populaire, révolutionnaire même, elle joua pendant ce temps. Mais celte ambitieuse popularité d'Hildebrand et de ses successeurs ne s'occupait nullement de la liberté des peuples. L'indépendance de l'Itdlie, par elle l'indépendance du Saint-Sié{>e, par l'indépendance du Saint- Siège, son universelledomination, voilà toute la pensée poliiique d'Hildebrand et de la papauté. Mais quand le concorda t do Worms eut en définitive donné victoire aux papos , sinon en consacrant en droit cl en fait cette variable suprf!<niaiiesur les trônes qu'ils ne possédaient que dans l'opinion, du moins en terminant à leur avantage la querelle même des investitures; lorsque surtout Rnit, au temps da la bulle d'or, cette longue SDiie de guerres guelfes et gibelines, qui placèrent encore longtemps le pontificat en dehors do la cause commune des trônes, on vit alors, malgré les faux semblants passés, combien peu libérale était la papauté. Aussitôt qu'el<e fut assise dans ses limites natukIIos , et qu'elle eut ajouté à un spirituel immense et inconiosié un temporel suffisant et tranquille, toujours prête à se plier aux circonstances, elle do fut constame
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et invariable qne dans le soin qu'elle mil à unir ses inlérëls à ceux des monarchies. En retour des concessions qu'elle obtint, elle les couvrit de la Méduse divine, qui (autrefois) pétrifiait la rébellion. Elle déclara les rois les représentants de Dieu sur la terre. Bans la chaire catholique, pendant que les prédicateurs enseignaient aux peuples l'obéissance absolue, tout enseignait aux rois l'idolâtrio d'eui-mèmes, et, sous l'avis banal de rendre leurs peuples heureux, le dogme inviolable de leur omnipotence. Non, le catholicisme n'a pas été et tie pouvait pas être un véhicule do la liberté politique , les temps no le demandaient pas. Au contraire, et malgré les agitations où l'ont entraiaé les nécessités politiques, sa gloire consiste à avoir été le seul point lîxe et central où se sont rattachés les atomes du moyen fl^een fusion. Somme toute, lapapauié a contribué à élever les moilarchies sur les débris do la féodalité, et si , dans le détail des événements, ceiio proposition peut paraître contestable, on ne lui refusera pas du moins d'avoir sanctifie la victoire des monarchies. On ne lui refusera pas d'avoir contribué de toutes ses forces à l'avènement de celte puissance nouvelle qui a inauguré les temps modernes, la royauté, et d'avoir fait on grande partie , que- lorsque le pousoir du pape no fut plus qu'une puissance esclusivcnient morale, l'adoration des peuples se reporta sur le roi: second colosse dont les ruines accompagnent déjà celles du premier. Elle a donc été un principe d'auioriiéj les réminiscences du municipe romain, les efforts et les besoins de l'industrie, mieux que tout cela, !c développement des facultés humaines ont poussé les peuples à chercher loin d'elle ce qu'elle ni; pouvait lui donner : la liberté I
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QUESTION RELIGIEVIiE.
CIIAPITIIE DIXIEME.
ComplémcDt de la métaphysique chr(!tiennc. Le onzième livre de la métaphjsiqup d'Aristote, et environ trente (lUCStîODS de la Suninie de saint Tliomas.
Cependant que la papauté accomplissait ainsi son travail politique, un siècle et quelques années de plus avant la fin des lunes du Saint-Siège et de l'empire, la métaphysique chrétienne acheva de se perfectionner. Les Arabes, ces instituteurs savants de la civilisation moderne, les Arabes 'avaient paru. Ils apportaient Arîstote , ce levier de l'esprit humain au moyen âge , ils le commentaient en outre avec une sagacité merveilleuse, et une émanation de leur esprit subtil pénétrant les clohrcs , ils préparèrent les prodiges philosophiques du siècle de saint Louis. Saint Thomas d'Aquin , ce nom qui glorifie seul l'intelligence d'une époque , leur dut d'avoir pu connaître Aristole. Quand on compare la Grèce, si pleine de soleil, de mélodies, de raison et de science à ce sombre moyen ègo tout bardé de fer , et dont les cuirasses semblent ne couvrir que des corps sans intelligence, on n'hésite dans la préférence que lorsqu'on est par métier auteur de romans ou de drames. Mais si l'on prend Aristote d'un côté, et de l'autre saint Thomas, l'équilibre se rétablit.
l'égalité se suppose plus volontiers, et on reconnaît alors que la pensée, pareille à ces chevaliers aux armes noires, si fameux dans les lc{;cndes des tournois, arrive au momcnfoù on l'aiicnd le moins et frappe par sa victoire imprévue.
Dans mon rapide passage à travers les vieux temps delà Grèce, j'ai indiqué la ihéodiece d'Aristole coninie le monument suprême dé la méiaptiysique des anciens: je vais eu rassembler ici la substance, afin qu'en entrant dans l'examen des questions de saint Thomas , on saisissemieuxlessimîlitudes et les différences en dehors desquelles l'appréciation du progrès est impossible.
rt f^mouvcmentcst leprincipedeschoses. Le temps luUméme n'estqu'une de ses modifications."^ Tout mouvement suppose un premier moteur :'car il faut savoir s'arrêter dans la recherche des principes. Le premier nioieur, uniforme dans son action , est la source de réicrncllo uniformité; mais comme à cAié de cette uniformité le monde contient aussi l'éternelle diversité, elle a sa cause dans un second principe agissant par l'impulsion du premier moteur. Tous deux réunissent la cause do l'éternelle diversité , qui contient l'un cl le multiple, l'immuable et le mobile.
« Ce premier moteur est lui-même immuable. Il meut à la façon du désirable et de l'intelligible , qui meuvent sans être mus. Le Dieu, c'est-à-dire le moteur immuable, meut en tantqu'aimé, et ce qui est mu par lui donne le mouvement à tout le reste. Il est nécessaire, car il est immuable. Comme il est l'intelligence aussi bien que rinielllgible en sol, sa pensée, qui est la pensée par excellence, ne s'applique qu'à ce qui existe 1b plus el le mieux, c'est à dite à lui-même, o Dieu est
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gLESTiO» OELICIEtTSE. 113
a donc l'action de ]'intclligence, et cette action prise « eo elle-même est sa vie parfaite et éteroelle. Aussi f nous dirons que Dieu est le vivant (Ij éieroel et « parfait. De sorte que la vie et la durée continues ap- « panicnnent à Dieu. Et c'est là Dieu. > Le premier nioteurn'admet aucune étendue puisqu'il eet infiai, et de ce qu'il est infini , il est légitime de conclure qu'il est simple et indivisible. »
Arislolo revient ici au principe de l'éternelle diversité qui est pour lui le ciel. Il lui subordonne les mouvements éternels des planètes, et entre dans des détails nslronomiqucs que ce n'est pas le lieu de rapporter.
A ce propos, également, il jette un coup-d'œil sur la myttiologie nationale. On remarque celte phrase : «Tout le reste sont des mystères ajoutes pour persuader le vulgaire dans l'inicrét des lois et pour l'ulitilé commune. D Elle montre que le caraclère tout politique et llu'olo^iquement nul du pnganisme n'échappait pas aux grands esprits, m(me nu temps de son règne.
11 revient enmilc au Cliap. L\ , sur la nature intellectuelle du premier moteur. L'Être Suprême est la pensée en acte. De plus, comme il y a des choses qu'il vaut mieux ignorer que counnitre, Dieu ne pense que ce qu'il y a de plus cxcclleni : lui-même , l'intelligible, le bien, le beau en soi. Changer d'objet pour lui, ce serai tdécheoir. « Dieu donc se pense lui-même, s'il est d co qu'il y a de plus parfait, et sa pensée est la pensée a de la pensée. Il est certains moments où l'inielligcnco R humaine, comme toute intelligence qui tient à un
(I) Le scni de itcanl donné au mol i^râcv, pir M. de Maislre, me Mmlilc pin* btau q'ie ctliii d'animal, donn* ['ur M. Comin.
139 ÉLÉUENI& DE l'État.
a composé, contemple son souverain bien , l'être parti fait différent d'elle-mânie , et le contemple non pas a successivement, mais d'une façon continue et indi- « visible. C'est de celte manière que la pensco divine a so contemple éternellement. » L'Univers contient le souverain bien, comme une armée contient le bien qui lui est propre. En effet, le bien d'une armée, c'est l'ordre, et surtout le général , auicur de l'ordre. Il y a un ordre dans tontes clioses. Tout dans l'Univers a des fonctions distinctes dans un plan commun , et tout diffère sous la condition de conspirer ensemble au mémo but. Le monde, qui ne veut pas éire ma! souverné no reconnaît qu'un maître :
Voilà bien le dernier mot (1) de la métaphysique
(1) Dons lo ibéie qac j'ai ié]i tilée, sur le cammcni.iiri; de Timée |isr pTDclua, M. J. Simon, eiaminant tes leolalivcs dt rapprochement faîlei par Froctus enire la doclrine de Platon et celle d'Artsiolc, [irécîlémenl i propo* de la eomparaison des principes de tbiïadïcCe des deat philosophea, écrit cette pbrase : a Aussi Proclus fail-il remarquer que D les priacipei de Piston sont ibéologiques, el qu'Arislote se sert plus a qu'il ne convient de principes logiques. L'un recourt a une èmo, l'aun Ire à une loi. i On ne peut pas mieui dire, et cela eanËrmc la jirétèrenee donnée ici A Arislole sur Platon. Car, certes, le prcgr^a philoso- ]diique a aurioui eansistA i suivre la voie d'Arlaioie, c'est-à-dire à eipliqiicT les choses par des lois. Il est â remarquer que LcibniU, qu'on peut appeler le dernier colosse de la philosophie moderne, a eu recours A la vCrtlé dans son eiplicslion des rlioses A des âmes el il des lois, mais en soumellanl les Amci aui lois, ou pour parler plus clairement, en expliquant le jeu et l'cxisleucc même des imcs par la force ordatmalrice des lois. (Vojel les principes de vie el l'harmonie préélehlie, et loule sa doctrine. Kant, depuis, s'til encore hien plus eicliisivcment jeti> dam l'esplication p»r les loij, mais \i, il n'y a pas prpçiés sur Lcihniii.
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QUESIIOH aELtGIBUSE. ISl
grecque. Dieu, premier moteur élernel et immobile; îo ciel , éternel et mobile, second moteur ; et sous lui les planètes , mouvements clernels. Incapable de connailre le mal , Dieu, absorbé dans la conteniplalion do sa nature, se pense lui-mémo pendant lo temps et se lient en dehors du gouvernement du monde. Il est l'ordre de l'univers, mais par la seule et inerte venu dosa nature, et non par une détermination de sa volonté. L'aspiration des élres qui se tournent vers lui comme vers l'objet aimé n'est pas capable d'attirer sa pensée. Voyons comment, au moyen âge, un {jrand docteur, élève à la fois du Christ et d'.Vrislote , a mêlé la tradition de ses deux maîtres , et comment il a su les perfectionner l'un par l'autre.
Nous voici en pleine Somme de snini Thomas. Il y a loin pijur la forme du stagyriie au bœuf muet de Sicile, Cl lorsqu'on quitic le commerce de ce style attique, si dimx dans sa sévérité, pour s'enfoncer dans les ambages barbares du lalin du xu' siècle, on éprouve quelque répugnance à croire que la vérité ait pu «'exprimer do deux manières si opposées. Hais on s'habitue bieniôi à la laOïiuc du docteur angélique , et quand on a pris son parti de la motononie perpéiuelle de ses syllogismes, on découvre dans celte mélhode, détestable au point de vue littéraire , un mérile qui va presque jusqu'à la justifier. Ce mérite immense, surtout lorsqu'on traite "des questions aussi ardues que celles de la nature de Dieu , c'est la clarté , c'est l'expression franche et facile à saisir de résultats brièvement exprimés, et loFrqu'on ne peut écrire avec la majesté simple d'Aristote , il faudrait avoir le courage impossible d'argumenter comme saiut Thomas. Ceux qui étudient la
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]T2 tLEUB»IS 1>£ L£IAT.
pliilosopilic seraient dispensés par là do bien des efforts inutiles pour percer des ténèbres qui ne voilent aucun jour. Quoiqu'il m soit , de tous Icit philosophes sntni Thomas est peut-être le plus agréable à lire pour ceux qui , ne scpréoccupanique delapcnsécd'unauleur, Bouhailpntaïanttoutqu'ellc se montre sans nu.iges. Ses trois poîntsinfvilablesd'arQumeniation, et sa conclusion non moinsinéviiable.donnenttoujoursd'une façon aussi concise qu'iii telligible une réponse calégwiqucauxquestionsqu'il se pose lui-même avec une parfjiie précision. La Somme aborde la tliéologic en s'occupant de l'unité de Dieu. Je remarque ce fait, si simple qu'il paraisse au premier abord , parce qu'il est en réalité très important et que l'inHuence d'Aristole s'y révèle déjà. Les Pères, saint .\u|ju5lin particulièrement, le plus théologien d'entre eux , no font point une question spéciale de l'uniié de Dieu. Je veux dire que, dominés par rinfluonce asiatique et platonicienne, l'unité divine no se présente jamais à eus distincte de la irinité, et que c'est toujours dans cetlo dernière manifestaiioii qu'ils étudient la métaphysique de l'élre. !-es quinze livres de Trinitatc, de saint Augustin , devraient logiquement commencer par une appréciation de celte unité éternelle dont il veut prouver la triplicité : ils n'en disent pas un mot. Le tcrRuire absort>c tout, et naiurellemont, le sujet étant lout entier du ressort de la foi et en dehors de la raison , la discussion roule sur quelques textes sacrés et sur quelques excursions malencontreuses à travers une psychologie controuvée. Au contraire, si l'ange de l'école n'éviie pas la question de la irinité , capitale pour un si illustre orlliodoxe , il la rojeito cependant à la fin de *«
QUESTION KELlGIEtSB. 13S
méditations sur l'uniié, et tes raisonnemenls qu'il consacre à ce dogme sont tout-à-fait indépendants de ceux <)nn[ il fippuie la trinité. Arisiole prévaut dans la balance , et si , dans celte occasion , on ne distingue pas bien le poids qu'il y a jeté, les emprunts que saint Thomas lui fait à chaque instant , montrent bien vite dani ([unlie mesure il modifie la théologie chrétienne.
De Di'u , s'il existe ? Cette qupstion une fois posée , s.iint Thomas se demande si on peut démontrer Dieu. Il argumente en forme, puis il conclut qu'on peut le démontrer aposteriari, mais non àpriori. Cette expresse conclusion ne l' empêche pas toutefois de prou« ver l'existence de Dieu précisément par le premier argument du douzième livre de la métaphysique, qui est bien de ceux qu'on appelle à priori.
Article III. Dieu exlsie-t-il? je passe la longue dis- * loctiquo, inutile à rapporter. Il conclut : e II est nécessaire de trouver dans la nature des choses un premier Jtre immobile, premieragissant, nécessaire, sans cause, parfaitement bon et excellent , premier roi par l'intelligence et dernière fin de toutes choses, qui est Dieu, e
Voilà le premier moteur immobile.
Puis vient , à peu près comme chez Aristoie, la question de la simplicité. Saint Thomas la complique d'une foule de discussions scholastiques , mais il la résout ea bon péripatéticien. Il Rnit par une décision trop remarquable pour être passée sous silence, et qui répond tant bien que mal, mais en peu de mots, au panthéisme.
Dieu enire-t-il dans la composition d'êtres étrangers ? Conclusion : a Dieu étant la première cause efficiente, l'être et le moteur simple par essence, il est impossible qu'il entre dans la composition d'aucun
134 ÉLÉMENTS DE L'ÉTÀT.
toe, soh comme &me du monde, Eoit comme sa forme oa sa matière, ainsi que quelques-uns Vont faussement pensé.
La perfection et l'inBnilé de Dieu sont ensuite disoiilées,et aussi parfoitementquelesdonnées catholiques permettent de le faire.
Mais un passage qui, assez peu considérable par sa portée religieuse, révèle pourtant un beau génie-métaphysique , c'est celui de l'existence de Dieu dans les dioses.
a DicD est-il dans toutes choses ? Conclusion : Dieu « étant l'être essentiel , existe intimement dans toutes a choses. D
Quoi de plus simple 1 tout ce qui a vie n'est qu'une brauche de cet océan de vie. Nous tenons tous t'étro de l'être essentiel, mais comment notre individualilé en serait-elle empêchée?
Ce qui suites! plus décisif.
a Dieu est-il en tout lieu? Dieu est en tout lieu pitrco qu'il est dans les choses qui les remplissent , par l'aclo de sa volonté qui les conserve en leur place. II est en tout lieu, non comme un corps qui empêche les autres de se mettre dans le même endroit que lui, mais comme la cause qui fait que les choses sont en leur lieu et les remplissent, d
Suivons toujours:
Dieu est-il partout par essence, présence et puissance î Dieu est partout par puissance, parce que loul nous vient de lui. Dieu est partout par essence, parce qu'il a tout créé sans iniermédiaire. Dieu est parloul par présence, parce qu'il connaît tout, s
Sous celte aridité de formes, que cette pensée a do
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QtESTtOTf BELIGIBUIE. Ilfi
beauiùs pour l'esprit. U semble même qu'ainai iasoueianic do ses vôiementa elle séduit davantage l'intelligence, qui la voit dans son immatérielle nudité.
Pourquoi vous, qui préoccupés de l'Eternel, confondes vos personnes dans son immensité, pourquoi ioïenter celle Ame du monde, cet être unique dont vous n'êtes que des qualités secondaires? Dieu est présent partout, qui voudrait le nier? mais présent à la façon des esprits, et sans se limiter en un lieu. Il est présent comme être , présent comme cause , présent comme intelligence. Partout où est l'existencf, il s'y trouve, lui qui est l'existence en soi. Partout où ii's effets et les causes secondaires sa manifestent, la grande et suprême cause est là, comme motrice oa comme créatrice. Partout, partout enfin, sa présence cclatc, parce qu'il connaît tout. N'est-ce pas «n effet une présence réelle de l'esprit dans l'objet connu que la connaissance qu'il en a. Ce dernier trait surtoutme parait l'cffbrtde la métaphysique. Saint Thomas ne l'a pas pris à Arislote. C'est là le pur froment de la théologie chrétienne, si haute ta où elle n'est pas mystérieuse ou seulement subijle.
Dieu immuable, Dieu éternel, Dieu UD.passent devant nos yeux dans celte revue sublime. Tout à coup cette question s'élève : Comment Dieu est-il connu de nous î l'ne intelligence créée peut-elle voir Dieu dans son espace? Et saint Thomas répond au nom delà théologie catholique : aCommeladernière béatitude de l'homme a consiste dans celte souveraine opération, qui est la • claire vision de l'essence divine par l'esprit, il est a constant qu'une intelligence créée peut voir Dieu par « essence. •
Quelque fausse application qu'on pviase fake d'ut tel principe ea faveur des TÎsioiinairesorihodosB ei des illuœinéa hérétiques, au-dessus do toutes ces mi- «ëresde parti n'est-ce pas le cri de la conscience qui inspire en ce moment saint Thomas. Plus loin, à l'article BuivanI, il dit que c'est par unit certaine similitude entre l'esprit créé et l'incréê que le premier parvienl i comprendre l'essence du second, à l'aide, en cuire, de ce qu'il nomme une lumière de gloire. Dans la pensée de l'ange scholastique, il no faut pas se le dissimuler, celte lumière de gloire n'est rien autre chose que U grftce. Mais pour ceux qui ne sont pas cloués à a dogme, a celle lumière do gloire qui rcconTorte l'esprit» et lui fait voir l'essence suprême, n'est-ce pas cette i dée de l'infini qui illumine notre raison? Cciic idée de l'infini n'est-elle pas l'idée del'essence deDieuî et cetie essence, ne la voyons-nous pas en effet par l'idée!
Le chapitre de la Science de Dieu est curieux par la lutte qui s'y livre entre le catholique et le péripaiéiicieo réunis dans une même personne. On a vu que le Portique n'accordait à Dieu d'autre connaissance que celle de lui-même. Dieu se connaîl-il ? Réponse affiiniative et facile. Dieu connaît-il ce qui lui est étranger? Grand embarras pour concilier les deux cultes. Oependantla conciliation s'opère telle quelle : e Dieu se coaa naissant lui-même connaît les autres choses, non a par leur espèce propre, mais en vertu do son csa senco. n Dieu connatt-il le malt Ici Arisiote est franchement abandonné pour une doctrine évidcninient supérieure: u Dieu connaissant le bien doit iiéa cessairement connaître le mal par le bien, dont le a mal n'est que l'accident, o
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QUESTION HSLIGIEUSE. 13T
Les idées de Platon se retrouvent également dans saint Thomas, et naturellement par l'intermàdiaire des Pères. « Comme tout a élé créé par Dieu dansun but, a et non par hasard, i! est néce^îsaire que ses idées a aient objcctivemenl préexisté Huns son esprit, ù la Il ressemblance desquelles la créaiion a été firmi^e. s
La volonté de Dieu est éiudi/e avec celte inex|iérienco du sujet qui caractérise toute» les {ihiliisophies, avdnt celle de ce siècle. Mais on trouve a ccuc occasion une uiplication de l'ciisience du mal, telle qu'on pouvait la donner avec une connaissance- parfuite de la faculté volontaire.
a La f olonté de Dieu est-elle la cause du mal ?Commo a Dieu ne veut rien davantage que sa b<mié â laquelle ■ est contraire le mul du péché, il ne le veut donc en « aucune façon, mais le malde la chute naturelle, mais « le mal de la souffrance, il lui convient parfois de le a vouloir, a
L'expression sans doute est vague, incomplète, hésitante, comme en une matière où la vérité nous possè'if pliiiAt que nous ne la possédons. Mais au-dessous de ces fluctuations, quel est le sens qui se montre évidemment, c'est celui-ci : Dieu n'a pas voulu le péché, mais il a voulu que l'homme pilt le vouloir. Le péché a été dans son plan, à raison delà liberté de l'homme, et cependant on ne peut pas dire qu'il ait voulu le péché ; il n'a voulu que la liberté. C'est en ces termes, sans équivoques, que le docteur se serait exprimé, s'il était parti d'une connaissance bien assise de la conscience humaine, mais la voix intérieure se fait si natureltem?ni eniemlre aux plus sourds dans ces questions de psychologie, qu'elle parvient à leur imposer nno
laS tLEMEXTS DE L ETAT.
vérité qui, parfois même, dément le reste de leur syslèmo.
Je ne sais conimeat on a jamais po recoasaUre au cbrislianisme un sens droit et vrai de la liberté, car doq content de l'éiouffer dans l'homme, il pousse la logique jusqu'à l'étouffer en Dieu! < Dieu a-t-il le libre itt biire? Dieu jouit du libre arbitre jk l'égard des cboseï a étrangères à lui, et qu'il ne veut pas nécessairea mt^nt, mais à l'égard de lui-même, il n'a âucuoeti- « bcrié, parce qu'il se veut nécessairement, s Toujours et partout la même courusion, le même déplaeement du centre de la libertél Que nous ne concevions pu que Dieu change le comingent en nécessaire, et reci* proquemcnt, parcequesa volonté n'exécutant que les conscilsd'une infaillible sagesse, il ne pourrait démeutir les lois du monde tans tomber dans l'erreur, j'eu conviens. Mais cela ne limite en rien la liberté. Dieu ne peut se tromper par défaut de lumières, mais s'il voulait faillir, qui l'en empêcherait î Dès qu'on lui reconnaît une volonté, elle ne peut manquer de la ptii*< sance de l'alternative.
En touchant le dogme de la Providence, saint Tfaew» est encore une fois purement chrétien et oublie touti'fait son péripatétisme^ Cette fois, est-ce pour suivre une voie de progrès qu'il quitte le Dieu aràtotéJique, si admirablement égoïste dans sa vie du la pensée î jt crois qu'il y a lieu ici h une distinction.
Il y a une Providence de vieilles femmes (I) qui fait
[1] DerniiremiiDl, ù propos d'une tulle entre le peuple cl r*uiarilé, un journal, paya par le gouvememoDl, renilail grice i h ProvidfBCe de ce que les genJgrmes avaicul peu soulTerl des sltaqne» des reballes, ÏA protiilcnce dont jo pai'le Id esl celle qui prolège lei gendsrilMh
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QOXSTrOTf fiEltOISUSE. 1S9
sans cesse intervenir l'Eternel au milieu de nos misères on de nos joies non moins misérables, et qui, en compromeitant la dignité du grand être, compromettrait aussi noire liberté d'action. Et cette sorte de ["roTidenceesi adoptée par le catholicisme. Saint Thomas se demandant si tout est soumis à la Providence divine, résout le problème en disant : a Dieu étant la pre- < miéro cause de toutes choses, et, connaissant tout ff en particulier, il est nécessaire que lont soit sou- ■ mis i, la divine Providence, non-seulement univcrt Bellement, mais encore singulièrement. > S'il fallait, par malheur, au lieu de rejeter deux erreurs, choisir entre elles, je choisirais l'apalhie du vivant d'Aristole, plutôt que la méticulnsiié despotique du dieu chrétien. Ou voit d'ailleurs quel principe déiestlble a poussé le catholicisme à cette risible conséquence; c'est celui de la prescience, absurdité anlilibéralo, et contre laquelle les plus bcaui génies ont brisé la vigueur de leur dialectique en voulant la défendre.
Oa ne s'est pas contenté d'écouter noire raison, qui ne conçoit Dieu que comme parfait et infiai, on a voulu se rendre compte de sa perfection, la détailler pour ainsi dire, comme si c'était là une œuvre humaine, et comme si notre imperfection pouvait autre chose à l'égard de la perfection que de la concevoir. Aussi, comme on a craint de manquer cette inabordable perfection , on a exagéré, exagéré, raffiné, ralfîné tant qu'on est parvenu à parfaire la plus ridicule perfiection à notre usage. Dieu connaît tout ; ce n'est pas assez. Comme nous avons chee nous beaucoup de curieux prophètes »ïui 66 piquent de connaître t'avenio on a pensé quo
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130 ELEMENTS ItB L ETAT.
la perFection ne pouvait manquer de le connaître. Mais d'abord pour Dieu, il n'y a pas d'avenir, l'avenir n'existant qu'à )a condition d'une snccession dans le temps, laquelle n'est pas d'accordavec les notions de l'infini. On est assez vite convenu de cette vérité, nial(;ré le coniradicloiredesternies,tnaisona voulu faire cnnnatireàD:cu notre avenir, et on l'a doié de la prescience, don magnifique 1 Qu'est-ce que la presciercoî c'est la science de ce qui n'est pas. Or, on conçoit que, lorsqu'on est en quête de la perfection, on ne peut pas en trouver une plus merveilleuse. Dieu voit les temps d'un coup d'œil ; d'un coup d'œil ce que nous appelons passé, présont, avenir : pourquoi pastLe temps est indépendant des divisions dont il nous plaît de le scinder. Mais, nous autres, ombres chinoisrs, qui passons tour à tour sur ce fondscommun du temps, nous ne sommes pas tout d'une pièce. Nos divisions sont réelles, et non pas seulement de convention. Il y en a parmi nous qui ont été, d'autr«s qui seront, d'auiresqui sont; ils ne peuvent paraître qu'à leur tour de rôle devant les yeux du spectateur immuable des générations. Et vouloir que la science éternelle embrasse Jusqu'au nonêtre, c'est mettre la philosophie sous la férule de Molière, et rapetisser le i;ran(léire3ui proportions île ce gentilhomme qui savait tout avant d'avoir rien appris. La question se réduit donc à ce point : Dieu conn.ilt-il tous les actes à mesure qu'ils le commeiteni? Et dans ces termes, elle peut se résoudre affirmativement. L'omniscience subsiste, la prescience s'abtmedans la ridicule. L'inSni ne se divise pas et n'admet pas do succession quant à ce qui le concerne, mais dans ses lapports avec le fini, essentiellement divisible ci sou-
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QUESXIO» nEUGIEUSE. 131
mis A la successioD, il faut bien qu'il le prenne tel qu'il l'a fait. (I)
Quant ù l'aulrâ manière d'envisager la Providence, c'est-À-diro dans son action sur l'universel , il est de louie nécessité de la reconnaiire. Elle s'explique pour moi de la mêmij sorte que l'pxisicnce de iJieu dans les choses. Dieu être, présidam à la vic, Dieu cause, présidant â la création parsa volonté qui la conserve aprèa l'avoir ijfée du néani, Dieu intelligence, présidant aux intclli{;ences par les lois qu'il leur a données, c'est là toute la puissance providentielle, et c'est ce qu'Arisiole n'a vu qu'imparfaitement. La resiriciion pourra surprendre par l'habiiiule où l'on est de direabsolument que le Dieu péripaiéticien n'est pas providentiel , mais elle se justifie quand on remarque qu'il est expressément nommé l'ordre du monde. Cela ne ditTèrc alors de la Providence chrétienne dans son sçul sens rationnel que par cette omission, importante âla vérité, de ne pas exprimer que Dieu est volontairement Tordre de la création.
Telle est toute la partie delà Somme de saint Thomas qu'il importait d'examiner en regard de la ibéodicée d'Arisiote. Elle a sufB pour constater que le slagyrite avait été admis à verser dans le trésor catholique toutes les richesses du génie grec, dont il est le suprême représentant. Il est évident que la chaîne des temps n'a point été interrompue, et que la doctrine du Christ a recueilli, par tous les c6tés, l'héritage des siècles en ce qu'il ado meilleur. Par la Judée , il s'est
(1) Voir le complément ic U discussion sur la prescience dam le liv. Il, i prapoe d« Leiboiti.
181 iLÉHBIlTS DE L'BTATt
appropriéte suprême travail de l'Orienl, Par uncontact avec l'école Alexandrie et la ferreur platonicienne des Pèrefl, il s'est approprié Platon. Par saint Thomas, enfin, il 8 lermioé son compte arec le passé, en s'appropriant Arîstole. Ce qu'il a ajouté de son propm fond est beau, (;rand, immense, pour qui appréciela lenteur de r«8prit humain, et on a pu le voir, ec abrégé, dans la métaphysique de la Somme comparée i la plus haute métaphysique do l'antiquité. Ce qu'il a ajouté surtout, c'est l'Évangile, c'est la morale presque entièrement renonvelée dnns ses préceptes et totalement dans son esprit. C'est Jésus-Christ, en un mot, la plus noble expressiou (le l'humanité qui se soit encore produite, et la phis proche sans doute de la divinité. J'ai plus appuyé sur co que l'antiquité a donné au catholicisme que sur ce. qu'il a fait de particulier, parce que c'est là généralement le QÔlé méçonou du sujet , et que d'ailleurs cette manière est aussi propre que l'autre à montrer la supériorité du catholicisme. Une institution qui résume tout le travail des mondes détruits le perfectionne nécessairement, et elle est nécessairement aussi le dernier progrès accompli par l'humanité.
Une autre ifLchc maintenant me reste à terminer. Le christianisme Psi le progrès actuel de l'humanité, ost-ii le dprnior î Jai dpjà montré qu' il renferme beaucoup de drf^iuts importants déjà redressés par la raison cultivée, pi qui, bien qu'ils ne puissent ni se corriger sans changer l'essence du catholicisme, ni amener sa ruine tant qu'un non sera qu'aux corrections et h la critique, doivent cependant, scion la loi jusqu'ici suivie par l'humanité, exciter une doctrine nouvelle qui réu* nira une plus graude somme do vérîiér.
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QUUTion aiLiantuai.