‹ Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, laChapitre 21 sur 41 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Oc la hiénrcliie de nos faculté.

L'homme intérieur est une unité dont les mille manifestations se rangent sous trois classes principales : il veut, il pense, il sont. Aucun acte du moi ne sort de ces limites.

La volonté est , pour ainsi dire , lu héros de cet ouvrage. La discussion a porté en grande partie jusqu'ici sur le rôle qu'elle joue dans notre 4me : on ne doit lô.

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donc pal s'attendre à ce que je m'étende beaucoup sur une faculté qui a déjà été tant de fois un objet d'examen et qui le sera encore. Je resBererrai au contraire en peu de mots ce que j'ai à dire sur la rolonté et sur let premières notions de la psychologie. Je ne les résume ici qu'afin qu'elles troureni place dans la question philosophique dont elles dépendent si expressément.

Beaucoup ont nié la volonté, beaucoup l'ont acceptée sans la connaître. Quelques-uns même parmi les disciples de l'école qui a le plus contribué à la mettre dans son vrai jour, n'adoptent pas dans son intégrité ce qui fait son caractère propre et ce qui est implicitement compris dans les notions premières dont ils reconnaissent l'exactitude.

Le caractère propre do la volonté, c'est d'être «ui generis, et non seulement d'être sut generis, mais encore de se détacher qiieux qu'aucune autre faculté de toute influence extérieure, et, par suite de celle force intime d'abstraction , d'être la puissance abstractive par excellence dans toutes les opérations du moi humain.

Ainsi des esprits distingués confondent la volonté avec le désir , ou , ce qui est la même chose , lui donoent lo désir pour mobile. Malebranche disait quelque chose d'analogue , mais si c'était permis à un philosophe que n'éclairait pas la doctrine de Leibniiz sur la cause , c'est une étrange hérésie chez un descendant de ce même Leibnitz, d'autant plus étrange qu'on l'autorise du nom du matire ; car, je le demande, qnelle nouveauté a éié introduite par Leibnitz sur ce sujcl, si ce n'est la causalité virtuelle de la volonté, lo oisus préexistant d'oii la détermination tire son impulsion-

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QrBSTIOH PHILOSOPHIQUE, 15T

première? Leibnîiz a donc implicilementprotesté contre toute iaterprétation de cette nature, qui est, au vrai , l'anéautissement de seg vues. Si la lecture du texte de Leibnitz suffit pour montrer le vrai sens de ses paroles, une simple observation suffit pour montrer la fiauaseté intrinsèque du sens qu'on voudrait y substituer. Un homme a de mauvais penchants , il désire le mal , tout son être s'y précipite, mais sa conscience lui dit que le mal n'est pas le but delà vie, et il ne veut pas suivre ses mauvais penchants. Il les dompte. Le désir l'aiguillonne, la volonté te relient. Comment méconnat' trait-on ici une action double, une lutte, et par conséquent deux antagonistes ; le desîr d'un c6ié, la volonté de l'autre, Elencore, bien que ^r une subtilité de parole on viendrait dire que ce que j'appelle volonté n'est rien que le désir du bien opposé à celui du mal , je demanderai toujours en vertu de quel principe s'accomplit le triomphe de l'un des deux désirs, quelle Force active décide ce combat , qui , sans elle , se prolongerait éternellement. Mais c'est trop discuter dans les faux-fuyants une question qui ne va rien moins qu'à mettre en doute cet article de foi de la liberté humaine , que nul n'ose plus guère nier ouvertement et an grand jour.

La volonté est l'acte libre, et la cause première de tout acte humain.

Le sentiment est aussi sut generis : il naît de soi, en vertu |de sa force naturelle, et tout ce qui lui parait cause n'est à peine qu'occasion. La volonté n'a donc aucune action sur lui comme mobile, mais elle en a comme frein. Et encore, ce qui fait bien comprendre cette invincible puissance des forces >piriiu«llei, la volonté

ne peut re^éner le sentiment qu'en ce sens qu'elle est matiresse de conlf>nir ses épanchcmcnls esiérîeurs, ses tnanifi'siaiions visibles. Mais elle est tout à fait impuissanie à l'enlamer en Iui-m6me. Il faut remarquer toutefois , qu'au coiitraTre do la volonté dont l'exercice est libre , le seniiment suit fatalement sa loi , et qu'il peut beaucoap moins sur lui-même que la volonté ne peut sur lui.

Je distinj^uc les sentiments en deux (jrandcs classes, au-dessous desquelles il convient (le placer les divisions ordinaires, mais qui ne peuvent être suppléées par celles-ci. On dit le plus souvent que la sensibilité se maniftstepar lasensation, l'appétit, le désir, lesentiinenl; maisic seniim'ïntestrexprcssion propre, le fait g;cnérique de la sensibilité, c'est sur lui qu'il importe de fonder l'appréciation de l'cnsomble, Or le sentiment lui-même n'est pas uniforme, en ce sens qu'il varie suivant ses objets. 11 ne faudrait pas conclure de celle proposition qu'il y a autant de sentimenis que d'objois sentis, ce serait en outrer les termes. Mais il y a trois principales divisions dans la nature, qui en marquent certainement dans le sentiment. Les choses, les personnes , les idées ; le inonde est tout entier dans ce) trois généralités. On aime les choses, on aime les personnes, on aime les idées, on ne les aime pas delà môme manière. C'est la même force qui s'applique, mais qui se modifie en s'appliquant. Une nuance plus ou moins vive, suivant les individus, disingue le seniiment voué à une personne du seniimeni voué à une chose, mais lorsqu'il s'attache aux idées, le sentiment varie profondément dans son application.

Les sentiments d'idées sont «n petit nombre. On dit

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QUESTION PHILOSOPHIQtE. 150

vulgairement : je suis épris de cette idée, cette idée me passionne, à propos de l'idée d'alli?r à la campagne oa de l'idée-mère d'un mauvais roman. Ce n'est pas ce que j'entends. Les seniimenis d'idées ne sont que ces affcclinns apiriiui'lles suscitées en nous par certaines des idées éternelles. On peut les coinpter ; ce sont le sentiment du beau, le sentimentdu vrai, le sentiment du juste, le sentiment del'iiiiini, le sentiment de la force, cause ou puissance, le sentiment du bien, qui tous se réunissent dans le sentiment religieux, mais peuvent exister sans qu'il s'exprime d'une manière bien précise. Ces sentiments fatalement excités en nous par les diverses émanations de l'idéal ne sont pas semblables à ceux que nous vouons aux personnes ou aux choses. Ils sont beaucoupplus purs, plus impersonnels, sans espérance de retour, ils se nourrissent d'eux-mêmes et représentent ici-bas les sentiments qu'on prête aux êtres supérieurs. Ils sont moins du ressort de la sensibilité proprement dite que toutes nos autres affections. Le cœur y est moins engagé et l'esprit davantage. C'est pour ainsi dire un terrain mixte entre la sensibilité et l'intelligence, un point oiileur fusion s'opère, oùleun frontières se confondent, un moment continu deTÂme oii l'inleliigi'ncc aime et où lasensibilitécomprend.

Cessentimentssontcommuns au grand nombre. Mais ce qui les distingue encore des auires, c'est qu'ils sont d'autant plus foris que l'intelligence est plusélevée, et qu' ils disparaissent presque totalement sous les ombrea d'une vie grossière , ignorante ou abandonnée. Ils ont plus que tons les autres sentiments des degrés bien accusés ; depuis le plus minime jusqu'au plus élevé , tous se comptent. Si on les avait remarqués dans l'ito-

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lemenl qui leur couvient, on aurait troQvi dans l'observation de cet actes de la Tie du moi, une faculté qus nul, je crois, n'a pu saisir jusqu'ici dan^ l'&me humaine, bien que beaucoup l'aient inventée à tout hasard : je veux dire l'inspiration. On a été obligé d'en faire une faculté céleste, Burhumaine, instanianée : je la verrais, ce me semble, bous des couleurs plus vraies dans le plus hiiut degré des sentiments d'idées. Un poète a l'idée du beau : le seniiment chez lui eà est vif, ardent, passionné; il vent réaliser sa conception de la beauté. Qui est-ce qui l'inspire dans son œuvre ^ L'idéel Elle est trop impassible de sa nature, comme toute idée. La volonté ? Elle ne fait qu'accomplir le mouvement et que (aire marcher la création du poète. C'est évidemment le semioient, la passion du beau, qui est l'inspiration.

Un philosophe a l'idée du vrai, le sentiment du vrai, la volonté de l'exprimer. C'est la passion du vrai qui sera le souffle vital de son œuvre.

Un homme al'idéc du juste, le vif sentiment du juste, la volonté de le pratiquer. Il sera un grand homme de bien , et d'autant plus qu'il aura plus avant dans le cœur la passion do la justice, noble inspiration de sa vie. Toutefois, sans cotte passion ou petit pratiquer la vertu. C'est une différence qu'il faut remercier Dieu d'avoir établie entre la pratique de la vie et la pratique des arts. Le sentiment du beau , absent du poète , le condamne  la médiocrité 1 L'honnéle homme peut se passer de la passion du juste. La maîtresse part appartient ici à la volonté. Mais il reste constant qu'on sera plus par^tement irréprochable avec an ardent amour de l'équité.

Telle est donc la vraie nature de l'inspiration» et com*

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QUESTION PHILOieVHIQDE. Ifil

meol est elle parlie intime de l'àmo humaine. Quand elle moule jusqu'à la prophétie , au délire, à la folie, c'est lODJours l'exagération du même état. Si la nuit de Walpurgis danse parfois dans le cerveau de quelque pauvre poète , c'est que le sentiment du beau est plaa fort chez lui que l'intelligence du beau , et que le con* tacid'Hélène, trop brûlant pour ses forces, a boulevené ses facultés. Les fanatiques de vertu lorsqu'ils sont sincères ne le deviennent qu'à force d'aimer la vertu.

La volonté accomplit , le sentiment inspire, voilà les ouvriers ; où est la matière à mettre en œuvre ?

L'intelligence la fournit. La raison pure, ce miroir de i'aittolu, la conscience, cette voix du moi qui se révèle au moi, fa perception qui le met en contact avec le n»&de extérieur , tels sont ses principaui moyens de connaître, avec la mémoire qu'on peut considérer aussi comme un de ses moyens de connaissance puisqu'elle en est le nœud.

Ces trois facultés principales : la volonté, l'inspiration, la raison pure , trois manifestations culminantes de la liberté, de la sensibilité, de l'intelligence , agissent , se développent, se mêlent, se séparent, et ne sont cependant que la même vie d'un même moi, un et identique, immatériel et par conséquent immortel.

Et dans ce tableau du moi se peint, ce me semble, le résumé à la fuis ei l'enseignement de la vie humaine : la volonté qui exécute, le sentiment qui inspire, Vinlelligence qui révèle etqoi apprend.

BLEMI]<ITS bi LSTÀT.

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