‹ Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, laChapitre 24 sur 41 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

c 11 snite des idées pbilosophiqnes depals le ci

du xTi° siècle jusqu'au temps présent. — 1° Pbilosopbie da

Pendant que Lulhcr remuait de fond en comble la chrétîenlé par ses innovations ihéologiqucs, la pliiloso* phie suivait tranquillement son chemin. Elle élait si bien convaincue que sa mission et celle de Luther n'avaient pas le même but, que, malgré l'audace d'esprit, le caractère brouillon et aventureux des philosophes de ce temps, ils se tinreni généralement à l'écart, les uns regardant, les autres ne regardant mâme pas ce duel, où le gros moine allemand et le délicat Léon X rompaient des lances inégales. Le reproche que la réfutation de l'écleciisme adresse à Juste Lipse de ne s'être pas mêlé des débats religieux de son temps, retombe sur tousses confrères, et si c'est là ce qui frappa de stérilité la philosophie de ce savant homme, il faut aussi appeler stériles les philosophies de Cardan (I), de

(1) Je croii que Cardan n'a [n^Doncé qu'une fois le nom de Lulher; c'est dsQS son cenlum genUuTarum. 11 eianine l'horos(!Opc prél«ndu de Lulher, et il penche i le croire mensonger, parée que, dit-il, il ne marque deî idduences assel énergiques ni en bien ni en mal. Opinion de critique lr4« détinUresib,

Giordano Bropo, de Vanini, et de tonte cette élite d'imaginations riches qui se distingua parmi les penseun du temps. Je crois, poar ma part, celte indifférmee fondée, et je ne pense pas qu'elle ait arrêté les progrès de la science. Le W siècle, en retrempant la philosophie aux sources antiques, en la préparant par l'imitalîon exacte) mais intelligenle dans sa servilité, à la virililé desoD indépendance, n'avait pas si bien soigné son éducation pour qu'elle se remit au service de la théologie. L'élève qui venait d'entendre Platon, d'assister aux brillantes leçons d'Alexandrie, d'écouter Arîstote, Aristotodans toute sa splendeur, dépouillé de sa robe cousue de thèses subtiles et déchirée dans le combat, do tel élève De pouvait plus descendre sur le terrain du pain charnel. Questions trop entraînantes & la fois et trop vides, qui l'eussent détourné de cette belle voie qui mène à Descartes pour le jeter dans l'ardent conflit des disputes d'église. Qu'aurait-on gagné â ce que Bruno devint un Luther à la suite, comme Bucer on CarlostadtT

Rien de moins connu que le caractère général de la philosophie du xvi* siècle. Tennemann, qui la range dans la même catégorie que la philosophie précédente, montre qu'il n*a compris ni le génie particulier des philosophes, ni le génie de leurs doctrines. Il estTrai qu'au premier abord le lien qui les unit entre eox et le lien qui les rattache auxTi* siècle sont cachés et difficiles à saisir. Ce n'est qu'après une investigation patiente, intime, du détail de leurs ceuvres, qu'on en comprend l'harmonie , et qu'on devine quelle est la concordance de leur but. Cette obscurité tient i ce que ce but n'était pas présent à la pensée de» pbilotopSeï

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QUESTION PElLDtOPHIQOE. 111

de eelte époque, et qu'ils y vont eu vertu 'd'une loi et du plaa de l'inielligence de l'humanité, bien plus que par une détermination raisonnée et volontaire de chacun d'eux. Ce but est celui que nous reconnstlrons aussi aux penseurs de J'époqiie suivante : la recherche, la passion, l'idolâirie de l'unité. Le panthéisme, qui est le dernier mot de la logique de l'Âge cartésien, est le fond de tous les systèmes du xvi° siècle. Ceux-ci le prennent i l'anliquiié , cenx-là le composent avec leur pi-opre génie, d'antres le mélangent d'accessoires étrangers et même contradictoires, mais tous sont inspirés du dieu Pan, et le révent, le pressentent ou le démonlrenl. Voilà donc le signe philosophique du xvi' siècle, et il est le même que celui de l'âge postérieur. Cependant, quelle différence entre ces deux siècles I qui, en ne considérant que leurs aspects, oserait même lâur donner une œuvre commune, tant lesaspecls sont diversl D'où vient donc cette diversité? De la situation du xti' siècle dans le temps, et du génie individuel des philosophes qui l'ont illustré. Au sortir de la geôle où la scholastiqae avait renfermé la pensée, au sortir de cet escla> vage plus fructueux qui l'avait asservie pendant la XV* siècle à l'imitation de l'antiquité ressugciiée, l'esprit philosophique jouit el use de sa liberté avec toute l'ardeur d'un usage inaccoutumé, avec tout l'emportement d'une première jouissance. C'est une ivresse qni le saisit en présence de ce vaste champ dont les horizons lui sont découverts et qu'il peut parcourir sans chaînes. C'est l'aiguillon d'io qui le presse et le pousse sans relâche à travers la méditation de l'inconnu. Aussi tons les penseurs d'alors, avec divers degrés do talent, «ont des poètes ; dH poètes, même lorsqu'ils emploient

183 XLÉUBHTS DE L ETAT.

Varsviagna do Raymond Lulle; dps poètes, même dans le sac du syllogisme, infime dans le carcan de l'argumentaiion en forme. Et certes, pour qui a tant soit peu vécu avec leur pensée, il est certain que bien des esprits, même émineots, ont employé le langage poétique, qui n'avaient pas la richesse de leur imagination.

On s'étonnera peut-être de no pas voir le nom de Telésio uni à celui des maîtres de la philosophie contemporaine. Aïeul de Bacon, philosophe de ta nature physique, la première voix peulêire, et sans contredit la plus autorisée qui proclame que Vespérience et l'obgervaiion sont les principales et absolues conditions dé la connaissance des choses, Telésio est, à la vériié, une des intelligences les plus remarquables de ce temps, et un do ceux dont l'influence sur l'avenir est te plus incontestable. Mais, outre que sa philosophie est plus généralement connue, au moins d'une fa^on sommaire, il est encore une raison qui me porte à ne lui accorder qu'une place secondaire dans ce chapitre. C'est qu'en premier lieu il serait aussi inutile qu'ennuyeux de rapporter ici les opinions de Telésio sur la physique, puisque la plupart de ces opinions sont absurdes, et, d'un autre cftié, c'est que, si on dégage ce qu'il y a do proprement philosophique dans son œuvre, on trouve que le caractère en, a clé bien plus vivement exprimé par ceux que j'ai nommés plus haut. Ce côté proprement philosophique de Telésio, c'est toujours le panthéisme, et qui paraît avoir eu sa source dans Parménide. Mais Parménide est aussi l'ancétro et l'ancêtre bien plus direct de Gtordano Bruno de Noia, par exemple; et celui-ci représente le panthéisme dans des proportions plus magniiiques et plus nettes à la fois que ne l'a fait Telô-

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QUBSTIOH PHILOSOPHIQUE. 183

sitf. Bacon (I ) appelle la philosophie de ce moine napoliiaiD une philosophie pastorale, et quelques esprits disiingnés lui trouvent un certain rapport avec Malebranche. J'avoue qu'il m'est difScile de saisir sous la croûte barbare du latin moderne la couleur poétique et l'aspect littéraire des ouvrages de Telésio, mais il me semble, en eifet, qu'il y a en lui quelque chose de la réflexion douce, pénétrante, profonde du philosophe de l'oratoire, et aussi une certaine passion de l'univers, qui imprime de la force et de la majesté à ses recherches sur la nature.

JérAme Cardan est le personnage le plus bizarre de ce ternaire philosophique qui me semble résumer la pensée du xvi' siècle. Le plus ancien des trois, celui qiii par conséquent est le plus proche du moyen âge et du sv* siècle, il est aussi rbéritier le plus direct de l'influence de ces deux époques, surtout de la première. Sa marche est plus indécise que celle des autres ; il a moins do plan ; il y a plus de désordre et de mélange dans ses idées. Si on cherche dans Cardan une doctrine, unsysième, une croyance dominante, on ne la trouvera pas. Ceux qui l'ont appelé sceptique ont rencontré son vrai nom, s'ils reconnaissent que son scepticisme n'est pas de pani pris, n'est pas chez lui un fait dont il ait parfaitement conscience , mais le résultat d'une crédulité mobile, inconslanie, passionnée, qui se porte successivement ou même tout à la fois sur les objets les plus divergents. Le panthéisme chez lui n'est pas à

(1) Il y a de l'ironie iM$ ee terme de Bacon [voyei le* P tet Origine$), mats U qualification n'«a eit pu moins, en Mna, Toadee tn \triit.

Ml iitaxKTS m l'iTkX.

rétat da dogme, ma» de fagae pressntiBtMt II aipin l'anhé comme h»i9 ceux de bob siècle , mais H n'a pu d'idée claire de l'imité. Ce cerveau fébrile , arène od combatuient Mns les contraires, celte imaginstio» puissante, mais vagabonde, qni atteignait tout sans rien pénétrer bien avant, n'était pas ^itc pour comprendre la vraie DOtioa do simple. Il la cherchait cependant, et il a écrit un Hvre de Uno qui est curieux comme un monament da premier pas 'du xti' siècle dans la médîtaiioo de cette unité que Bruno devait dé> gager avec taut d'éclat. Mais ce premier pas montra que Cardan ce s'engageait pas dans la véritaUe voie. Ses idées sont «nssi coafa««s, aaasi grossières qoe possible. S'il reoumalt, avec cette exagération pvticnlière à son siècle , que l'un est le bien et le multiple le mal (I), quels sont pour lui les synabcdes de l'anitél la cohabitation de rbomme et de la femme ; le solcnl et la Inné, qui lui prouvent que l'unité est la cause de la mnltifdicïté , tandis que la multiplicité ne ponrrall causer l'unité, parce qoe, selon Ini, le soleil et la Ibh ■ont les causes des animaox, qui n'ont pu causer ces deux astres. Enfin, il va chercher dans les ailes des papillons et l'écaillé des poissons des témoignages assa incompréhensibles de l'amour que la nature a toujours eu pour l'unité , parce que , dit-il , ces écailles et cet ailes sont ornées de peintures symétriques. On voit là qu'il confond ces deux idées si distinctes de l'unité et de l'uniformité , et tout le reste des exemples [nvave sans réplique que le simple et l'indivisible étaient en-

t (1) Unuts bonom cK : plun mA mtliiiu. (Cardui «pvn, UMi tom. I, p. 277, UbaitCno-)

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fouis dans soa esprit comme dme cehu de ton ihonuee, iBsîs«iiis7preB<lreiiiieail^u-dév^i(^>pemeBiL^pr^oc- CBpatJoa Bpécial«, eelle qui at mUtn i« piw ^éaéraiênent et dans la mesttre U plus éteadae à l'iacoansvabie âiversiié de seB aoéditaUoiis, c'est celle de l'àautào^n. Uéd'Xiin, maifaémuticien , naiurali^is, hitfomn , pbil»- H4>he, il est tout cela sèpuémttai, mai» Msjoara il est astrologve. Ce songe mervdlleox dm moyen Ige , es rêve de tant de «èdcs qnî «Hstt bieBiAt fiatr, .c'est U OB <jifS coatiane arec te j^tis de peraévétasee. C«tt MolMieBl dMB cette ^>bèf»qn'il cet coasttlit. Et bob endement, il «et Asbiik^ne, nuis eliir»Bi*acieB, nait nuagicies, mail cainliste. Il n'est pas aae braadH ds ctUtb vaste, vi^ a ud>tile scàeoco deb divioatio* qn'il n'ait eiplorée, régularisée, résamée. H eM diffidie, par Bvite, de tirer des oombroBses et activei recbercbes qa'il a faites tài en pliyûque, soit en ckine , «oit ea astrononiieqaelqQeréaàhaiTéi^bdemefttscMiifique. On |teBt8eBlemeut,etiX)mnieiMie CDrtDntéasHztodiffin-eDtfidii r^e, troDTXH''iMe£OTtaiKereHeiiiU4ioced3m le détail et dans l'eepnt, entre le grand onTra^deCH'daa de Herum varietsOe , et le côté pbysitrtofiiqne des idées de BerdersBT tHustoire de l'humanité. LeiHrto> rieme a logtqsement inspiré d'nne manière analogue deux philoBopbeesidistmts sous tons les npports. Les aii^eB sont pour l'ancien ommne ponr le nsdaite un gnmd et fréqaent (fbjet de oompannaoe avec l'homn», «tsi Herder, à deux siècles de distmioe , nons âédarc q«e tente notre supériorité repose snr le princqrade là Btatien droite, Cardan avait ebti nn nréme -e9fHit«B ffaçast )estitnBde-ceite«upénorîtédansJa possessinn

iW ÉLÉUimiS DX l'étu.

logio avancée dn ministre allemand donne à ses recherches un intérêt qui manque absolumpntà celles du méilccin milanais, et son intelligence poétique le défend des aberrations grotesques dans lesquelles celui-ci est tombéen comptant parmi les su périorités de l'homme la barbe au menion, et d'éire propre à Vi^nus ea tout temps, philiisophie que la comédie a justiciée par les mains île Beaumarchais. Mais , à part les progrès de la science, les tendances sont identiques : expliquerle moral par le physique, ne donner à c^loi-ià que le développement permis par celui-ci , et la philosophie de Cardan aurait pu, aussi bien que celle de Herder, dire que laparoleest le germede la raison, et que la conformation du cerveau est la mesure dernière du travail iatelkctuel des nations.

Dans le livre de la divination, du même ouvrage, oii on ne s'aiteitdrait guère à trouver de bonnes choses, je lis une pensée fort remarquable en soi , mais surtout qui explique le procédé favori de tout le xvi* siècje et de Cardan en particulier. 11 se demande si la divination est une science réelle et si elle peut être le partage de tous. Il convient qu'elle est le privilège d'un petit nomhre de favorisés, puis il ajoute : a Nous dirons que la a divination existe dans certains arts , tels que la méa decine, l'agriculture, la navigation, l'astrologie. Bien aplus, chaque science a son genre de divination. oJe ne sais si je me trompe, mais cette dernière courte phrase mescmble un de ces regardsdu talent qui éclat- . rent les choses. A propos d'un rêve , d'une puérilité , d'une sotte prétention de l'esprit, voilà une preuve non vulgaire de jugement sain et de vue perçante; voilà tout le secret d'un uicle expliqué. Chaque science a son

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QOISTION PinLOSOPUlQUE. 187

genre de divination ; c'ést-à-dire, aa-delà de l'étude , au-delà de l'espérience, au-delà du raisonnement, audelà do tous les moyens scientifiques par lesquels non» arrivons à connaître, il y a quelque cnose de hasardé , mais de vif et de généreux qui nous fait en quelque sorte ileviner une forme plus haute et plus sérieuse de la vérité. Cette sorte de divination propre à chaque Ecienr.i-, c'est ce que, dans la conduite dn la vie, le cardinal de Belï ap<>elle le jugement héroïque, et qui consiste  distinguer l'exu-dordinaire de l'impossible. Elle discerne, elle, dans sa sphère, la vérité générale , universelle , d'avec ce qui n'est que le vrai relaiif et borné. Elle sait risquer l'hypothèse qui parle là où la science se lait , qui devine lorsqu'on ne peut plus rien apprendre, comme le jugement héroïque risque le coup hardi et les mesures décisives là où le jugement ordinaire ne verrait qu'obstacles infranchissables. Et c'est bien là une maxime qui devait venir du xvr siècle, car il a poussé jusqu'à l'abus l'usage de celte excellente sorte dedivination. Deviner, voilà son ambition, lerère ardent de ses veilles. Ce rêve était aussi celui du moyen âge ; mais comme le xvi« siècle ouvre les temps modernesdontletempérament est si réfléchi, il régularise son caprice, il veut baser solidement sa fanlaiue. De là deux de ses caractères : le raffinement de la sciencelo^iqueetla hardiesse de l'imagination. Ce Cardan, ce Bruno, ce Vanini, qui ne souhaitaient rien de moins que d'expliquer les plus impénétrables mystères, ces intelligences avides de secrets, brûlantes, hâtives, s'occupaient pourtant au minutieux labeur des procédés du raisonnement. Bruno qui suivait, qui devançait Alexandrie dans ses excursions ultrà-mondur

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14* SLÉHEna DS L'sTiT.

net, éorirait l'iniunt d'aja-às sar la lutpe oon^aalotr* de Raymond LuUe. Mais Cardan sarioat est particulièrement ces caractères, qui fiireitt aussi ceux des esfo'iii du XVI' siède qui prolongirent le noyen Âge : curio- Hté aana boroes , espérances cbimirïqnes, travail opi- Bi4tr«, les plus hautes méditations sur la nature de Dieu et de rhomme , et des digresstons crédutea anr la ssraaiurel de l'espèce descbals.

On peut ramasser pièce è pièce dans les «Hivragei philosophiques de Cardan totu les divers caractèrea de «a pensée. Mais il y a un petit livre oix il s'est légni hii^ème & la postérité, et oit il vit tout entier. On peut Wmparor le de Fità proprià à ces fioles qu'Astolf^ie vit dans le monde lunaire , et qui renfermaient l'eaprit de certains mortdi. L'&me de Cardan est là couervéa en dépit de la mort : &me folle , &me équiioqBe , pétrie de vices caract^isés et de venus indédsos , mais qui par ses vertus comme par ses vices i^ète admirable* ment la couleur générale du siècle. On voit là comme m abrégé de la conduite de la plupart des pMIosopbm do ce temps : cette hoirear du repos, ce perpétuel mouvement, cetamour de la vie nomade, cette iaoon»tance des pieds pour ainsi dire, qui n'était qu'un sjrmb<^e de celle du cœur et qui feit que leur csisteoee •e passe sur 1^ grandes routes. Bruno quille son couvent de Nola , va voir à Genève Calvin et Bôze, esprits roides qui ne purent sympathiser avec la mobilité de son g^ie. Il se brouille avec eux , puis il eii9ei{^ dans plusieurs villes d'Allemagne. On le voit ensuite à Paris, iPadoue, à Venise, enfiu à Home, où il fut brùlé. Vaniii parcourut l'Italie et la Franco pour veùrtioarerUniâmesartjk ToaltHiae, dansia trepte*»

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QUESTION PHILOSOTBIQUB. ICt

quatrième aniiôe. Cette ioqaiétuda était dans l'air. Cardan échappa moioi que peraonoe à l'épidémie. Aujourd'hui gueux, demain riche, it professeà l'avje, 1 Milaa, k Bologne. Le voilé quicfaevaucfae ren i'ËcuKe, où il va guérir l'hydropisie de l'arcbevéque de Saint- André. Il avance lentement, par k chemin des éccdiera, parce qae le voyage lui ut payé et que la route l'amuse. Maintenant il tire l'IioHMCOpe do roi Edouard. Plus loin , il lera à Venise dans une atUwrge. Là il donne un grand coup de poignard par le visage d'ua homme qui jouait avec lui, parce qu'il te soupçonne de le friponner ; il re^u-end l'argent qu'm lui avait pria et vole celui de son voleur, selon la loi de l'équité naiu* relie. Puis, Bur set vieux jours, il meurtà Rome, pensionné du pape pour tant de hauts faits.

La conMance tient dans la vie de Cardan la mime place que l'unité dans sa philosophie. L'homme sa préoccupe autant de l'une que le penseur de l'autre, mais au même titre et avec le ntéme succès , et il ne comprend pas plus ta constance qu'il ne comprend l'unité. Il se croyait très constant , et voici comme il 1« démontre : quand il lui arrivait des malheura qu'il ne pouvait supporter, il se battait les jambes avec dea verges, il se mordait fortement le bras gauche, il jeAnait, il se soulageait par des larmes lorsqu'il lui arrivait de pouvoir pleurer. L'aveu est nalF, et montre la profondeur de l'illusion. C'est comme s'il disait : je Bopportc avec constance tons les malheurs qui m'arrivent, seulement pour ne pas me laisser aller au déses* poir, je me frappe la tète contre les murailles.

Généralement, au xvi* siècle, on ne concevait pai la eoiuiance. Uontaigne la contp'eod Battement, mail

iM BLÉBISNTS DE L'eTAT.

guère mieux : a Le jeu de la constance, dit-il, se jône « priocipalement à porter do pied ferme les inconvèa nicnts où il n'japaint de remède; de manière qu'il a d'j a souplesse de corps ni mouvement aux armes de ■ main que nous trouvions mauvais, s'il sert à nous « garantir du coup qu'on nous rue. » La constance, selon Montaigne, n'est qu'une comédie d'impassibilité qu'on joue devant l'irréparable.

Il est remarquable, sous un autre point do vue, que dans presque tous les auteurs de ce temps on trouve un ou plusieurs chapitres, quelquefois un traité tout entier, sous ce titre : De Constantid. Etait-ce illusion, regret ou vanterie? tout cela ensemble. Il n'y a pas seulement de l'hypocrisie dans les fanfarons de vertu : ils s'aveuglent, ils ont honte, et ils )Ouent.

Cardan a aussi la foi de sou siècle. Dans un des premiers chapitres, il découvre sa plaie dans un endroit bien humble, bien resserré, et qui vous demande de ne pas le voir. Il se dit en toutes lettres parùm pius, médiocrement pieux. Je le crois bien : lui l'astrologue, le successeur de Philippe Bombast do HohenhooJm, et qui par son commerce avec les esprits frisait les fagots ■de l'inquisition 1 II ne faut pooriant pas se hâter de croire : voici un chapitre vingt-deuxième qui déroute louie conviction à ce sujet, avec ce titre solennel : Retigion et Piété. Saint François-de-Sales n'aurait pas autrement .écrit. C'est tout un TeDeum chanté avec fer- Ti'ur, un cantique d'arrivée an port : a Je me félicite de ce que, par un miracle de la sagesse divine et un secours de sa gr&ce, né dans un siècle aussi turbulent, a exposé à tant d'occasions de chute, chargé de misè- « res, an contact et par tant de cdiés avec des bommei

QUESTION ]PHItO£âPHI0IIE. 191

« non senlement étrasgers, mais hostiles à la religion, je n'aie point éléébranlédansma foi. nPuiaencore: « J'ailribue ce bonheur à l'efficacité d'une prière que a j'avais composée moi-même dans mon enfance, et qui a consistait à dire : Seigneur Dieu, dans ta bonté infia nie donne-moi une vie longue, la sagesse, la santé a du corps et celle de l'esprit. Aussi suis-jo demeuré « dans la plus stricte observance (obsemantissimus) <j de la religion et du culte de Dieu. >

Excellente philosophie du xti" siècle ! elle se flattait en général d'avoir échappé an mauvais frottement de Luther ; elle s'avouait parfois qu'elle n'assistait pas régulièrement à la messe, mais au besoin elle savait se rendre Justice sur sa religion , et la retrouver au fond de son cœur aussi catholique que possible. Ella n'était pas protestante, oh! nullement, elle pouvait se porter ce témoignage. C'était pi ul6t quelque chose d'indécis, de païen, d'idol&tre, qui adorait mille divinités sous le nom génériqae de merveilleux , et dont tout le culte consistait dans la curiosité.

Lorsqu'on passe de Cardan à B^uno, il semble qu'on ait traversé un siècle. Les caractères sont de même trempe , la fièvre contemporaine les anime à peu près de la mémo fac^n, mais on dirait qu'il y a entre les deux philosophes le travail de plusieurs générations. Pour la clarté, la précision, la profondeur du système, Bruno est an élève des anciens. Pour la forme et la style , il est d'une originalité et d'une richesse inimitables. Il s'est le plus souvent servi d'un mélange de dialectes italiens naturellement douésdegraces vives et énef' grqiies,et il a parfaitement su en tirer parti. C'est dans ce dialecte que sont écrits ses deux principaux ouvrais.

m tiLBMBNn M L'bUT.

gH, 1*00 intitulé De//* infinito univerao et muitdi, l'antTfl Della eauaa , principio et uno. Il y a encore de liû DD Irailé très remarquable, le Summa terminomm m«> laphysicomm , qui est en laiin ; maii lA, le génie poétique de Bruno rie trourant pas matière à g'eiprimer, i cauie de l'aridité do sujet, on comprend qu'il ait dé* daigné de se lerrir de l'idiAme moderne, qu'il préférait évidemment à la langue scholaitique. La gloire ett bien injuste. On conçoit que dee écrits comme ceux de Té'* lesiOideVanini, de Cardan, ne trouvent aujoord'hui que des curieux ou des philosophes pour lecteurs , mais que des ouvrages aussi spirituels, aussi charmants que ceui de Bruno tombent dans l'onbli réservé aux in-folios pédantesques , c'est un caprice de la renommée qu'on ne lui passe pas volontiers.

Les cinq dialogues particulièrement Della cituaa, principio et uno , sont une de ces œuvres finies , complètes, oA la pensée du philosophe s'exprime avec le talent du grand écrivain. Le premier de ces dîalo* gués est comme une exposition de comédie. U en a le ton, l'agrément et le style. On y fait connaissance avec les personnages , et on y voit des traits piquants dtt satire contemporaine. Il y a même un gracioso dont l'unique emploi parait être do faire rire, emploi diffi* cileà concilier avec la gravité philosophique , mais qui, grâce h l'éminente facilité de Bruno, n'engendre pas de disparates.

Je veux citer en entier cette sorte d'exposition da drame de la cause , du principe et de l'unité , parce que rien n'est plus propre à donner la mesure du talent littéraire de Bruno, et i montrer sur quel rang élevé il js place parmi Im écrivains de son temps :

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QDBtTIOIf PHILOSOPHIQUE. IM

< Phtlolheo, — Quâ per uno Irovarete quel dotto , a hoiiesto, amorevole, ben creato et tanto fidèle amico < Alestandro Dicsono , cfae il noiaan ama quanto gli « pcchi Buoi , il quale è causa che qnesla materia sia a aiaia messa in campo. Lui è iniroduito corne quello a cbe porge materia di considerazione al Theophilo. 8 Per il fecondo havele Tbeophilo, che sono io , che « secondole occasioni regno a distingnere , definireet e dimosirare cerca la suggetta materia. Per il tcmo « havete Qdirasio, bomo che non è de la prcfessione, a ma per passa tempo vuole esser présente aile do cona f^enze et è nna persona che prende per una corne- « dia gli faiti de Polihinoio, et dapasso io passogtî « dona campo di fargli esercitar la sua pazzia. Questo « sacrilego pédante haveie per il quarto

a Qoeslo è un di quelli che quando ti harran fatta a una bella constrtimoae , produtta nna eloganta episa tola, scroccatanna bella phrase de la popinaciceroa niana, quàe risnscitato Demostene, quà vegDtaTulIio, « quA vive Salustio, è un Argo che rede ogni leitera a ogni sillaba, ognidizione. Quà Radamanio umbras vo- « catille ailentum, quàMinoerediCretaurnOOTmore^ « chiamono al essanima le orazioni , Fanno discuzzione a de le phrase coo dire : queste sanno ai poeta , queste a dicomica,quQStedi oratore

a Qaesta voce non è tosca, non è usurpala, da Boca caccio , Petrarca et altri probati autori. Non si a acrive homo, oià omo ; non honore , ma onore ; non 8 Polihinnio, ma Poliinnio, Con questo trionfa, si cona tenta di ae, gli piaceno piii ch'ogn'altra cosa i'fatti « IDOi. ...........•«.■

194 ÉLÙICESXS 1>£ L'eIÀI.

a Se avien che rida , se chiama Democrito ; s'avien a che sidolga se chiama Heracliio; se dispuia, se chiama a Crisippo. Se discorre, se noma Arisloiele ; se fa chia mère, se appella Platon; se mu(;ge an sennoncello, se

a iniitula Demostene; Et iii fine menlre verbuta

s terbo reddit , et infilza salvaiiche synonymie

<iO temporal 6 mores! Quanti son rari quei che ina tendeno la natnra dei participii, dcgl'adverbii.delle a conjunctionil Quanlo tempo è scorso che non s'è troa vato la rafigione et vera causa per cui l'adjeclivo a dtive concordare col sustantivo, il relative col l'anteo cedente deve coire , et con che rcgola hora si pone « avant) , hora addielro de l'orazione ; et con que mia Bure etquaii ordini s'iniermesceno quelle interjeca tione dolentis, gaudentis heul ohl ahl ahlî homt ohel a hui 1 Et altri condimenti senza i quali tulto il discorsa è insipidissimo. »

Si on cherche dans ce morceau un renseignement historique, on y trouvera toute la différence , tout le progrès qui sépare la philosophie du xvi" siècle de celle daxV*. L'ivresse d'érudition est passée, et non seulement Rabelais le romancier , mais GiorJano le philosophe, ridiculisent lepédantisme, qui, cinquante ans avant eux, était l'idéal de la science. Si on se borne i éiudii-r la vivacité du langage et celle des pensées, la vérité du comique, la finesse de la plaisanterie, on ne trouve pas de parallèle plus juste à établir qu'entre !b génie satirique de Bruno et celui de Rabelais. Qu'on compare, en effet, soit ce que dit l'immortel Alcofribas sur maître Thubal Holofenie, soit l'éloquent discours qu'il prête à matire Janotus de Bragmardo en fin de restitution de cloches , et on trouvera uoe grande simî-

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QUISIION ÏRtLOSOPaïQUE. ttâ

Ittnde de moyens comiques , une frappante analogie entre les allures de leurs phrases. Je ne saîsoù la rerve est ta plus franche, mais chez Rabelais elle a souvent de la trivialité, et il n'y a qu'une finesse élégante dam la verve pourtant large de Bruno.

Le génie philosophique de Giordano n'appelle pas des comparaisons moins élevées. Il me semble voir en ]ai plus qu'un germe, un digne précurseur de Leibniir. Non seulement l'entreprise qu'il a tentée dans la Somme des termes métaphysiques est tout à fait dans le goût de Bon illustre successeur, mau encore il a formellettietit reconnu les principes de vie qui jouent uo si grand rMe dans la doctrine du philosophe allemand. Leibnïtz, en effet, dit lui-même (tj : o Je vois plusieurs personnes a qui se complaisent dans les sciences mathématiques a n'avoir que de l'éloignement pour la métaphysique, <r parce qu'ils trouvent de la clarté dans les unes et a dans l'autre des ténèbres. La vraie cause , à mon ff sens, est que -les notions générales, et même celles a qu'on croit le mieux comprendre sont obscurcies par a la négligence humaine et par l'inconstance de la méa ditation. i> Ce défaut de tenue dans le langage philosophique n'avait pas échappé à la pénétration de Bruno. La Somme de termes métaphysiques est cpmma un dictionnaire raisonné de toutes les notions générales, et s'il y a du hasardé dans les définitions qu'il en donne, il les expose du moins avec ce talent de logique que l'école possédait éminemment. La substance, ta cause , la vérité, la bonté, l'unité y sont tonr à tour

(1) De primE Phnlosapbi» Emandiliona tt d* rfolione SalnUDtio, ' 1(7(, t. in. p. 131, «dit. Dut«p*-

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t96 ÉLÉMfiHTB DE L'ÊTAT.

analjvées comme les diffêrenteB Taoes d'an même toa(. Ce ne sont pour lui q«e les espreesions diverses de ce grand être qu'il appelle natta-a ruAvram.s, la natere naMrant on se développaat par «es propres forces, et qu'il pose en regard delà KâturatM^MriiriKMderaDivers crëf . Ces deux chos» sont toujours prësentes k sa peosée dans ses excarsioDs terminologiques, et il distingue partont stHgnensement ce qni est de leur dofnaîne propre. Le vrai est doaUe, dit-it, la sobstann est double : on ne cotrprend pas bien d'abord le seu 4e celte distinction oiédiodtque , et on est tenlé de la prendre poar une puérilité d'école. On s'i^>erçoit tHeot6t qae c'est le regard du paaihèisle qai sépare la kmîére de ce qui n'est que son reflet , l'^re de ce q« n'est que sa manifestation , le vrai éternel , qui d« s'augmente ni ne diminue , et le vrai passager qui sert de motif habituel à notre croyance, par oppoution avee ce qne nous appelons le faux.

Mais pour trouver l'expression véritable et ccMDpiètt de la doctrine de Bruno, c'est dans ses dialogues, siff» tout dans ceux que je viens de citer, qu'il fautU cher* cfaer. Dans le second dialogue sur la cause, le principe et l'unité , qui est véritablement celui où s'engage la discussion philosophique, il commence par établir avee une méthode louable le sens propre du mot cause et celui du mot principe. Il remarque fort bien que tout principe n'est pas cause; remarque qui deviendra « féconde entre les mains de Leibniz, et qui l'aidera puissamment à éclairer, en les distinguant, la notion da substance par la notion de causalité. Puis il passe à l'étude de la cause. Il en reconnaît plusieun sortes : la cause efficiente qui est aussi formelle , puit la cauM

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Qxnaraaa Pvaosoï^igDi. m

Saaie , motrice de la première. Théophile , iatanogé pM-Dicsono [on ae sourient qna ee sont les denxprÎB- (apanx interlocntear^ sur k nature de ces caosea, ré» pond : « Je dis qne l'ef ficiente physique aniversellA est l'ntelligence nnivetseUe (piï est la premi^e et prind* p)^ failli de l'àme da moi^ , laquelle est la fora» auverselle de ce monde. »

Voili en apparence lepnr panthéisme. Qu'on (àiss UteotioB toutefois que Bruno, soil dissimulation , soit (pie ce f&l c^ez lai tue convîctioD sérieuse , n'admet cette âme du monde que comme an intermédiaire entre la vie particnlière , individuelle, et la vie divine, c Son «tre sorte de ini^etto, dit-il; il divino cheitutio; il c muiidanoctie&intto:glialtriparticolari cbeufaano a tntto. Perehe bisogna che tra gTestremî se ritreve « questo mezzo , il quale è vera cansa efficiente non ■ tanto estriaseca corne ancho intrinaeca de tuite cose < aaturali. » L'Âme du monde , dans sa doctrine . ne joue pas na rAIe bien diffèrent de celui qne le ciel remplit dans la ihèodicée péripatétidemw. £t dès lors, on voit facilement que celte sorte de pandiéisme mène bien phitàt à Leibnitz qu'à Spisosa.La naturta naturanj que ce dernier a prise à Bruno n'a pas dans son auteur le sens que l'imitateur lui a dono^. La natwa naturans, du moins dafls les lermes explicites de Bruno, n'est pas Dieu. C'estlaforcedumontle, la cause de tout le cré6, et comme 11 laisse néanmoiusaux intelligences irtdividuciies leur distincUon et leur œiivro propre, en mûmo temps qu8 son Dieu est à peu prc» le Dieu arislolélique , principe et non cause, que son iota du monde est quelque cbose comme le eiei, premier moteur mobile, on comprend qu'il otwws lo^poito

IM ÉLiÇSBTB SX L'ÉTIT.

aux monades, à l'échelle des priocipes de vie , et mémt qu'il commeoce à en tracer les graodes divisions. Tout est âme pour lui. On le plaisanta sur cette force vitalo qu'il veut voir partout, et on lui demandesi ses soulier» vivent, il répond : a Je dis que la tablecomme table n'est pas animée , ni mes vêtements, ni le cuir en tant que cuir, ni le verre comme verre ; mais comme choses mturellcs et composées, elles ont en elles la forme et la matière. Il n'est donc pas si petite et si minime chose qui n'ait en soi quelque pari de substance spiriioelle. » I^ panthéisme de Bruno a cela de pariiculier que s'il ne démontre pas assez clairement la distinction de Dieu et de l'homme, du moins il laisse concevoir la possibilité de cette distinction, même sans s'écaricr beaucoup de sa doctrine, et c'est par là surtout qu'il prélude dignement à Leibnitz.

La mort est également pour lui un non-sens. Après avoir dit que ce que les scholastiques appellent substance n'est qu'un véritable accident, il ajoute :

a Ils disent que cela est vraiment un homme, qui résulte de la composition de certaines parties , que cela est vraiment une àme , qui est la perfection et l'acie d'un corps vivant, ou ce qui nak d'une certaine symétrie de complexion et de membres ; ce n'est pas merveille dès là qu'ils se fassent un si grand monsire, et qu'ils prennent lani d'épouvante de la mort et de U dissolution, comme {jens aux yeux de qui la ruine de l'être est imminenie. Contre une telle folie, la nature crie à haute voii, nous affirmant que ni les corps ni les âmes ne doivent craindre la mort , parce que ta matière aussi bien que la forme sont des prïncipei «onsianis. »

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QUESTION PHILOaOPHIQtl- IM

Opinion un peu déclamatoire et qui ne résont nullement la difficulté, car ceux qui redoutent la dissolution de leur être s'inquiètent peu si les particules de leur corps s'anéantiront ou se transformeront senlement ; ils savent qu'ils ne seront plus ce qu'ils sont, et il y a toujours là une dissolution, qui, essentielle ou apparente, n'en estpasmoinsd'uneattente pleine de mystère et d'effroi.

Enfin, selon Bruno, l'unité universelle est la substance du i;rand tout et de chacune de ses parties. Tout concourt à la former, comme elle concourt à la formaiton de toutes choses. Puis il termine son travail par celte louange aux dieus, h àglidei, » selon la coutume de ces païens du xviie siècle : a Lodati sieno gli dei et a magnificala da tutti viventi la infinita , semplicis- <t sima, unissima , aliissima, et absoluiîssima causa, a principio etuno. d

Il mourut à Rome, dans les flammes de l'inqnisition, en l'an 1600. Son bâcher inaugure l'ouverture de ce xvi* siècle , dont son intelligence épurée, transformée, agrandie, devait éclairer la fin dans les écrits do Leibnilz.

Vanini n'est pas à la hauteur de Bruno. C'est de Cardan qu'il se rapproche davantage par l'incertitude, le défaut de fixité de son esprit. Sa déplorable fin lui a donné uno célébrité que ses écrits ne justifient qu'imparfaitement. Il est vrai qu'il est mort très jeune, à 31ans, mais il eût fallu une subversion totale dans celte intelligence pour qu'elle pût porter des fruits vraiment sérieux. On s'est demandé quelquefois s'il fut réellement athée , el si , eu égard aux lois de l'intolérance sanguinaire qui régnait alors, il a , en quelque sorte ,

MO XLBMBNTI DE L'ÉTIY.

mérité l'arrêt du Parlement de Toulouse. En préseocc de l'éloquente et formelle dénégation qu'il fit devant ses juges, la simple équité commandait évidemment de l'ablondre ; mais eette dénégation étatt-elle arrachée par ta crainte et comme un sacrifice auxeiigencesdu moœenil Dans la courte vie philosophique de Vanini, il y a deai phases qu'il ne fôut pas confondre : l'one, marquée par l' Amphithéâtre dîvin'magique, chrétien-physique, attroîogo-catholique del'étertuUe Providence, publié en 1615 ; l'autre par les Dialogues sur les admirables secrets de la nature, reine et déeste des mortels, publiés en 1(09, un an et quelques mois avant l'instmction de ■on procès. Dans l'un comme dans l'autre de ces livres il est facile de se convaincre que de tons les philosophes contemporains qui , tous, furent hérétiques , Vanini estceiui qui était te moins capable d'avoir une foi solide. Ou voit, on sent à ne pas s'y tromper que c'est une léle à tous vents, qui se passionne poardes contrai- TES, et chez qui la veille ne répond nullement du lendemain. D'uQ autre cAté , il est également facile de se convaincre par l'eiamen de ces livres qu'ils ne renferment aucune doctrine positive d'athéisme. Il est certain cependant qu'il n'est pas clair pour le lecteur Ja second ouvrage que l'auteur croie sincèrement en Dieu. Hais suivons la marche de la pensée de Vanini. Génie trop impatient on trop faible pour concevoir un problème vraiment grand et difficile à la recherche duquel il pût se consacrer, il tenta cetteenlreprise impossible, ce mauvais et absurde éclectisme qui consiste, non pas à marier des idées, mais des systèmes, non pas à concilier, en vertu de rapports naturels, des notions jnsquelà regardées comme divergentes, sorte d'éclectisme qni

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QUXSTIOn rBILOlOTHIQUB. SOI

n'est antre chose que le travail même de toate pensée humainet mais à concilier des hommes différents, det docirines opposées. Cette tentative de Vanini a pour monument sod Amphithéâtre, et voici quel était son objet, que le titre explique du reste avec franchise : arriver à une solution des grands problèmes philosophiques avec les données de la cabale, de l'astrologie, de la scholastique et du catholicisme. Et il se met coaragensement & l'œuvre pour construire seul cette Babel de la synthèse. Il débute par de très beaux calculs d'ariihmélique sacrée, que pourraient envier plusieurs penseurs de nos jours, et quoiqu'il admire suffisamment le ternaire , c'est le novenaire qui lui semUe la vraie formule du monde, comifiD l'unité la vraie expression de Dieu, comme le temoveuaire le chifire général de toutes les divisions de la création. Sa classification des êtres est par conséquent celle-ci : 1* les supprcé- Icstes ; 2° les célestes ; 3° les sous-célestes ou démons. II y a neuf hiérarchies d'élressupercélestes ; neuf mondes célestes ; neuf hiérarchies de démons on sous-célestes, comme Scaliger avoue l'avoir appris des mystères chaldéeûs. Voilà qui complète le lernovenairs supérieur.

Les êtres corruptibles se classent de la même foçon : lo êtres animés; âa élres inanimés; 3a les principes. Neuf classes d'êtres animés , neuf classes d'ioanimés, neuf principes , qui sont : lole repos; S'iemouvemeot ; 3o l'harmoniD ; (" l'accident ; 6* la privation { 60 la fin ; 7o l'efficient ; S* la forme ; 9* la matière.

Quel mélange! Aristote et la Chaldée, la scholastique el la cabale, pour prouver m point de va* cadidiqua l'euileBCfl de Dieu.

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