‹ Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, laChapitre 25 sur 41 · SOS ELÉUXHTS DS L'ÉT&T · texte numérisé non relu

SOS ELÉUXHTS DS L'ÉT&T

Le reste de l'ouvrage est entièrement consacréfSoit à l'extension de cette idée éclectique, puisqu'il va jusqn'i prouver la Providence par les oracles delphiens, qu'il recounalt véridiques, soit à une discu&sion fort étendue contre les athéesde l'antiquité. Quelques-uns oni prétendu que cette discussion n'était pas sincèrci et qu'elle n'était qu'un moyen , renouvelé depuis par Gassendi , -de faire triompher ses propres opinions en ayant l'air de les combattre dans autrui. Ja ne vois rien dans la discussion même qui puisse fournir de preuve décisive, mais ce qui me rend suspecte la foi de Vanini à l'esistencede Dieu, c'est l'ardeur qu'il meta établir que nous ne pouTono le connaître par les lumières naturelles. Cette seule proposition , indépendamment de sa Fausseté, aurait dû le fairç traduire comme hérétique , car elle est manifestement contraire à la doctrine orthodoxe, comme à toute doctrine tendant A démontrer l'eiistence de Dieu. On se rappelle le beau passage de saint Thomas, cité dans le premier livre, où il dit que l'intelligence de l'homme peut voir Dieu par essence, en vertu d'une certaine similitude entre l'esprit créateur et l'esprit créé. Cette grande vérité catholique, qui doit être reçue par toute saine philosophie, n'a jamais éii niée que par des matérialîsies, et dès qu'on la nie , on arrive nécessairement dans leurs ran^s.

Mais sans rien prononcer à cet égard , on voit dans les Dialoguet sur la nature le terme où la seule confusion des idées de Vanini devait l'amener, même sans dessein arrêté. Il n'y a plus dans cet ouvrage l'ombre d'une croyance , plus un principe, plus une viritable doctrine. Ces dialogues sont , en ne considérant que 11 Bpécialiti de lear objet, un empiétement Hir ■• terrain

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de Teinsio. Mais aa lieu de celte discussion vraiment Bcienlifique dans son ignorance qui disiingtte le philosophe napoliuin , au lieu de cette bonne foi , du cette candeur du savant qui font la gloire de Tclesio, des puérilités sans compensation et l'envio de briller poussée jusqu'au ridicule. Non-seulement une physique monstrueuse, mais une réflexion crédule aux mervvides de la magie dont on ne voit aucunu imce dans le de rerumnatwà.'ÏOMXiQ passe entre les interlocuteurs en bavardages sans fin sur la pluie et le beau temps, et surtout sur la génération dont il avait déjà parlé dans X Amphithéâtre, Celte matière, qui ne peut être philoso* phique qu'autant qu'on la traile au point de vue des faits, comme Telesio en avait donné l'exemple, est l'objet d'une étude graveleuse, si je puis dire, qui fournit i l'auteur l'occasion de parler d'une de ses maîtresses, de conter des anecdotes plus que légères , et qui, sous la plume d'un philosophe étant déjà d'une ridicule absurdité, prend sous la plume d'un prêtre un caractère plus grave d'inconvenance. Mais enfin, ouest l'athéisme dans ce livre? Nulle part si l'athéisme est un système; partout s'il n'est que l'absence de toute croyance. Il est évident pour tout lecteur de bonne foi que l'intelligence de l'auteur d'un pareil livre est vide de principes, et qu'après avoir voulu en concilier d'inconciliables il est arrivé à ne plus se soucier d'en reconnaître aucun. C'est cet athéisme ténébreux, enveloppé, moral, qui a éveillé contre Vanini une telle indignation parmi ses contemporains. On ne savait, on ne pouvait lui reprocher rien de précis , mais comme on sentait pourtant qu'il y avait dans ce coeur une impiété radicale, on le rendait coupable non pas seulement d'une spécula-

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lion philosophique contraire A la doctrine cbrétienna « mais de tooies les opinions impies, de la créance A lottes les infamies superstitieuses que le mystère antiqne, la cabale, l'astrolosie et sa propre imagination avaient pu inTGDter.

Avant do terminer ce chapitre , }0 dirai qnelqnel mots de Mariana, considéré seulement comme philsnpbe polilique. Il y a là comme une préface de HobbM qu'il est intéressant de saisir. On dit généralement qa« le point de vue de Mariana et celui de Hobbes sont ideniiqoes. La crudité avec laquelle le philosophe attglais a eipoeé les conséquences du principe de l'auto» rilé proclamé sans aucun contre poids, a fait qu'on lui a prêté une passion du despotisme, qui, comme j'aurai occasion de le montrer , n'était ni dans sa nature, peu passionnée sous tous les' rapports , ni même dans set opinions. Comme Mariana, avec des caractères très dl^ fôrenls, est cependant l'admirateur du pouvoir absolu à l'exclusion de toutes les autres formes de gonvernemcnt, quelques-uns ont trouvé une similitoda complète entre les deux philosophes ; quelques nutres ont même été jusqu'à rabaisser Hobbes au rang de co* piste de Mariana. Je crois qu'une étude attentive du dé Rege et Régit institulione, de Mariana, en regard dee Elementa philosopkica de Cive, le principal ouvrâfc* politique de Hobbes est très propre à détruire ce qu'il y a d'erroné dans l'un et dans l'autre de ces jugements, et àAiontrcr toute la supériorité philosophique du penseur de Malmesbury.

Loin que ce soient les ressemblances qui frappent entre les deux écrivains, ce sont tes différences qui sautant aux yeux, et non^eulement les difKrencet d'ei*

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prit, mail let différences de détail. D'alxtfd, 'paar n* parler que do celleB^i, Hariana, loin de reconnallr* l'état de guerre comme l'état primitif et antè-sodal dt rhumeoité, commence son livre par une agréaMe peioture de l'âge d'or, et si la royauté et la société se COBSlitii«)t, ce n'est pas que l'impérieux bttioin de la paix le commande, c'est que la fiiiblesse de notre natur* k soif de cette grande et paternelle protection, qui, dan* le système du jésuite espagnol, est l'essence même da la royauté. Mais, sans multiplier la citation de ces différences textuellea, on peut dire que {es d«ix penseurs partent d'une idée-mère entièrement opposée. Hariana, qu'on ne l'oublie pas, est beaucoup plus nn faistcnien qu'un philosophe. Les habitudes de son esprit le C(HIduisaient beaucoup pluiftt i l'appréciation pratiqua dea choses qu'à l'examen des idées et des principes. En outre, il avait, comme tout jésuite, cette politique des circonstances qui ne se prenait jamais aux lois fondamentales d'une forme de gouvernement, mais qui, l'acceptant comme ^i, tichait de l'adapter, de raccommoder aux nécessités du moment. Aussi, bien que Mariana dise que la royauté est lo seul bon gonvernement, ce que Hobbee n'a jamais dit, il ne faut pas croire qu'il la constitue sur des bases véritablement solides, et qu'il ne pose des principes qui, s'ils sont qaelquefotsen apparence plus équitables que ceux de Hobbes , n'en vont pas moin* directement dans la pratique à la ruine de toute royauié. Car, c'est une chose remarquable dans la constitution des sociétés, que l'esprit exclusivemeni pratique, qui paraîtrait, selon l'opinion vulgaire, devoir prendre des choses une jdée plus juste et plus appropriée, ne construit cepen»

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dant rién de solide, et ne bàtitque pour nn joar. Av contraire, la théorie, lorsqu'elle est logique, lorsqu'elle est, même exclusivement, mais avec intelligence, \'i^ plicatioR des véritables prindpes, est précisément ce qu'il y a de mieni accommodé aux besoins du gOBvernemnit qu'il s'agit d'établir et lui donne une grande force conti« le temps. Ainsi Marîana, tout en faisast de la royauté une émanation du ciel, une image de la divinité, n'eu reconnaît pas moins que 1° pour la concession do l'impAt; 2** pour l'abrogation des lois établies ; 3* pour toyt ce qui concerne le droit de succession ; V enfin, pour réprimer la tyrannie, la société a un pouvoir de droit supérieur k celui de son roi. Cela fiatte plus que les rudes propositions de Hobbes le sentiment de droit et de liberté que chaque homme porte en soi. Lorsqu'on voit Mariana exiger du' prince de grandes vertus pour compenser et justifier sa grande puissance, le cœur est moins froissé que lorsqu'on lit quels inflexibles pouvoirs Hubbes accorde é son souverain. Mais toutes ces choses, fort bonnes à dire dans le conseil d'un roi, qu'il est honorable pour Marrana d'avoir franchement exprimées dans un livre dédié à Philippe III, non-seulement au point de vue de la pbilosoiihie n'apprennent rien sur la nature ni le mécanisme du gouvernement en question, mais encore, an point de vue de la pratique, sont tont-à-lait impniasaniescontre le développement logique des principesde ce gouvernement. Mariana, ami delà royauté, instruit par l'histoire même de ses compatriotes, par le souvenir des libertés aragonaises, des bornes de la patience populaire, cherche, non pas à constiiuer de véritables libertés, mais à inculquer aux rois les leçons les plus

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propr«s à faire supporter leur pouvoir. « Rien no confirme le pouvoir royal comme la mesure, dit-il. d Mot profond autant que snge, muis qui, bon comme conseil, est nul comme principe. Dans son horrt-ur. prudente delà tyrannie, dans la crainte habile qu'il veut en inspirer aui rois, il va jusqu'à écrire qu'il est permis de tuer un tyran par le fer, lorsqu'il n'est pas possible de s'en délivrer autrement. Mais toute révolutionnaire que soit cette proposition , qu'a-t-elle da véritablement répressif des excès de l'autorité, el qui garantisse sérieusement les libertés publiques? Hobbes n'a point de ces préoccupations; au fond, pour ce qui ne regardaitquele fait, illui était parfaitement indifférent que le monde fAl en royauté ou on république. Il ne cherche point, comme Mariana, les meilleurs moyens de f^ire durer telle ou telle forme de gouver- . nement, il en étudie les principes. On n'a pas voulu remarquer, comme je le redirai encore, qu'il n'a pas chanp,é sa définition de l'autorité pour la démocratie, qui ne lui inspirent dédain, ni emportement, et il n'est pas si coupable qu'on le dit, dans son eiagéralion des droits du pouvoir d'un seul, parce qu'il ne prêche pas qu'on doive l'établir ainsi, mais qu'il montre seulement que c'est là la mesure logique, l'application entière des principes desquels le pouvoir royal tire son droit et sa jaison d'être. Si quelqu'un aime la royauté, ce n'est pas Hobbes , qui en développe froidement la théorie, c'est Mariana, qui , sans l'étudier véritablement, se préoccupe surtout des moyens de rendre la royauté durable. Aussi, la couleur des deux écrits n'a pas la moindre ressemblance : Hobbes est ferme, sobre deparoles, plein d'idées ; Mariaaa est abondant, quel-

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que peD diffus, il vise k la réthoriqne. Hobbes ne trait* que des grands ressorts, des grandes lois de la politique ; Mariana développe de petites thësea panicBlières. Il a un long chapitre consacré aux nourrices, où il prouve, comme Ronssean, que les mères dolveDl allaiter elles-mêmes leurs enfants, surtout , ajoate-t-il, si ces enfimts sont des princes, parce que la noblessedo sang royal t'abâtardit par le mélange d'un lait plébéien, a Ineptes que nous sommes, dit-il, dans noi a champs nous soignons avec une active diligence a nos vignes et nos oliviers, et nous abandonnons i a des esclaves l'éducation de nos fils. * Il a un antre diapitre, en façon d'amplification sur la gloire. Enfin, le menu détail de l'administration, la monnaie, le blé, sont sa plus grande affaire. Je ne sais si Hobbes avait lu Mariana, quand il composa le de Cite, mais certain ncment ce n'est pas là qu'il a pris l'inspiration de son livre. Ce n'est pas là qu'il a pris ses principales propositions. Mariana, en fidèle milicien du pape, dé^nd an prince de rien statuer sur la religion; Hobbes veut qu'il soit le souverain régulateur de la conscience da sessujcts. Le prince de Hariana est souœisaux loist le prince de Hobbes est logiquement, et il le fat M fait en France et en Espagne au xvik siècle, le princt de Hobbes est au-dessus d'elles. Il est donc contre U vérité d' établit une similitude réelle entre les trayant de ces grands écrivains, mais l'un annonce néanmoint l'autre. Mariana, dans un siècle où l'unité est recherchée, mais rarement comprise, où l'eipHt révolutioft> naire a eu, en outre, des succès qui oat dû donner i penser aui partisans de l'autorité, comprend avec itt* décision l'unité politique et la pousse aux con«eHioH

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pour ai^nrer son existence. Hobbes, dam un liAcle où i'uniié est admirablement mise en lumière, où le mouvement révolutionnaire n'est plus qu'un souvenir Bans r^ullats directs dans la sphère qui l'a produil, et où tout semble tourner i une autoritéimmuable, comprend l'unité politique comme un fait vivant et puissant, et l'étudié jusques dans ses dernières conséquence).

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