‹ Des éléments de l'état ou cinq questions concernant la religion, laChapitre 3 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si Ton veut résumer l'objet des recbercbes de la [)liilosopbie dans lear iudéÛnie variété, on trouve que le problème universel , uoique, constant, que les siècles s'altucbcnt a résoudre et que cbacun résout à sa manière , c'est ta conciliation de Tunilé et de h multiplicité. Comme en toutes choses Tud et le multiple sont les grandes et extrêmes divisions , comme il faut que tout ce qui a vie , que cède vie soit idéale ou ma* ttirielle, ait un principe duquel dépendent tous Eei développements , il n'est aucune question de

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XII ÏLiilEHTS DX t'BTAT.

la science bumaiae où ae se rencontre cctle dou* | ble difficulté de coonallre cjuel est le principe et ' quel est son rapport avec ses développements.

Il est facile de montrer que là se ramènent tous les débats de la pensée. La lutte d'Ariman et | d'Ormusd, celle lutle aujourd'hui reléguée parmi les fables orientales, bien que sous d'autres formes elle se prolonge encore , n'est qu'un symbole restreint et grossier de ce combat apparent que l'unité et la multiplicité se livrent dans l'univers. L'âpre et interminable discussion que la tbéologie engageait au sujet de la liberté de l'homme, de la prescience, de la grâce et delà ; providence de Dieu, qu'est-ce autre chose qu'une tentative de savoir quel rôle l'unilé divine joue dans la multiplicité des actions bumaines , et si chaque homme est en lui-même une véritable unité, c^esl-à-dire cause première de ses actes? Qui est-ce qui inspire le fatalisme de certains historiens et la tendance de certains antres à tout ox pliquerparriniluencedeshoramessurles affaires, si ce n'est cette autr* face de la même question coDsisIe il démêler le fatalisme des lois de ce qui

IKISOOUCTION. XIII

monde de la liberté de l'individu? A quoi aboutit loule la pbilosophie d'Ârislotc , lorsqu'arrivé su douzième livro de sa niétagiliysique, it aiialyse la suprême essence dt; l'Élre, si ce n'est à distinguer ces deux pivots des clioses , le principe de l'éternelle unirormitc ctlo principe de l'éternelle divcrsilé? Qu'esl-ce que la pI)iloso[>bie de rialoi) , si ce n'est la négation de l'entité de In multiplicité des êtres, pour ne reporter cette idée d'entité réelle que sur la seule unité? Spinoza n'a-t-il pos suivi la même voie et atteint les mèmeE résultats, avec d'autres procédés et un différent langage? Son unification de la substance n'esi-etle pas, dans les termes où elle est conçue, une véritable négation de la multiplicité des êtres? Leibnitz n'est-il pas venu rétablir l'équilibre et reconnaître par son système des forces l'éclielle d'unités secondaires qui forment la multitude créée par Téternelle et première unité? Bacon et le xviiie siècle ne sont-ils pas tombés dans l'excès opposé à l'excès de Spinosa, et n'ont-ils pas nié h leur tour l'unité qu'il faisait seule réelle? '

XIV ELKMXHTB Bl I. IT1.T.

Partout, sur quelque fioiut dit temps et de Tcspace (|u'on porte son attention , dès que l'îiil('lll[;ence s'est émue , elle a embrassé de ses regards l'un ol le multiple; et telle est la dlfGculté de Icsroncilier que, dans la suite des gi^nies qui se sont voués à la résoudre, il n'y en a que deux qui sont parvenus, non pas h la complète réussite, elle no s'obtiendra que par lo concours dos géncrniions, mais seulement à poser d'une monicreiiqiiitnblc les éléments de la question lArislole et [.cibtiitz. Eui sf'uls, sans jicncber plus ver riinité que vci's la mutlilude, plus vers lii multitude que vers l'unité, Ica ont arceptccs eomme parties essentielles dti Télre, cl n'ont prétendu reléguer ni Tune ni l'autre dans ledomaine idéal des obstraelions.

C'est sous celte forme et dans ces conditions que j'ai envisagé le travail pbjlosopliiqne Ce qui m'a paru plus important que la solution ('e quelques questions partidiles, c'est celle solution qui les détermine toutes, celle de la coneiliolion de l'unité et de h mutliude; solution quej'iii leiilée, non pas crt léniérairo avec les

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isTionrcTio't.

[iirees isolées Hc mon esprit , maïs arec celles de h Ipadilion do nos mollrcs en pliiloso|tliie , cl coniriic une conséquence naliirelle de leurs mtdilnliuas. Pour atteindre ce bu t , j'avais plusieurs poiiils de vue à clioisir; je pouvais rester d:ins la cliamp de la pliilosopliie pure et me contcnlcr d'étudier Tun et te multiple sous leur forme mélapliysique de la substance et de lu cause. Là est I3 source, et tout dépend de la manière dont l' alliance des deux idées est établie par celle discussion promièi'e et fondamenlali;. Je pouvais partir d'une idée religieuse, d'une idée morale, d'une idée estliétique, d'une idée exclusivement Voliliqiic; partoutj'aurais trouvé sous des facc3 diverses la question qui me préoccupait. J'ai cru que pour développer et continuer difjnemenl le travail Iraditioanel de la pliilosapliie, cl lui donner la conclusion provisoire que chacun ambitionne de formuler , il clail mieux de me placer su point de vue le plus compréhensif , à celui qui découvre le plus neUcraenl à son borizôn le»

gronda objets de rintelligence. L'État m'a semblé cepoiolde vue. C'est M le sommet central et cul-

\M ÉLÉHE\TS DE L'ÉTiT.

minant d'où rimivors liumain apparaît dans toutes ses généralitos, parce que la société est depuis un temps imméniomi le théâtre des manifestations de notre nature. L'homme a crcù la socitilé à sou image ; il s'y est imprimé tout entier , toutes les phases de sa vie s'y rattachent par des liens plus ou moins directs; donc, lorsqu'on Teut embrasser les questions qui l'intéressent , il faut les chercher dans l'État, qui résume tout parce qu'il contient tout. Ainsi la religion , la philosophie, la morale, l'art, la politique, ces cinq colonnes de la vie sociale , je les oi considérées comme supportant la voûte de TËtal, et le constituant dans son ensemble.

Cn autre motif m'a encore dirigé dans moo choix ; j'aurais pu , comme beaucoup d'émineàts penseurs de nos jours, faire de la religion l'objet principal de mon livre , dire hautement qu'il faut refaire la foi et la refaire comme em , à ma guise. Mais,- outre que je ne sens pas en moi le souffle prophétique , il ne me parait pas aussi nécessaire qu^on le dit de jeter ce souffle brûlant sur les nations. Quoiqu'on soit obligé de

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ISTROmCTIOX. XVII

reconnoUrc que le cbrislianisme n'a pas plus que tout autre dogme les coodilions d'immortalité que tout dogme s*atlrîbue, bien qu'il ne puisse être le dernier progrès religieux de rhumanilé , jusqu^à présent il Test encore ; jusqu'à ce jour il sufGt Dux masses, el comme le paganisme vivait d'une \ie très forte du temps que la mythologie ne suffisait plus à Socrale ni môme à Cîrcron , le catholicisme est beaucoup moins proche de sa fin que se Timagioent les grands esprils qui ne le croient plus. Aussi l'œuvre religieuse, que Ton tente avec tant de fracas el de génie , n'est-elle pas l'œuvre véritable de la France, dans ce siècle-ci. Lorsqu'on envisage de sens rassiselsans lesballucinalionsde Tenthousiasme la mission que l'histoire nous a léguée, on voit que le catholicisme est destiné à régner encore sur bien des générations. D'ailleurs les doctrines , qu'on nous propose comme nouvelles sont loin d'être à la hauteur du dogme qu'elles prétendent remplacer; et comme elles partent toiiles d'une interprétation, plus ou moins satisfaisante de rllvangile , dont le catholicisme sort également ,

XMII ELEMENTS DE L ETVÏ.

elles ne peuvent que mulliplior les sectes tt les litrésics , Q l'instar de la roforme , mais elles ne 8'iiit pas plus capables que l'œuvre de Lutlier (le renouv<'lerlafacc du monde. Lecalliolieismeprégidera, aussi bien que toutes ces réformations pa rliellosnux progrès sociausquo nouâdevonsoccom- [ilir, et celles-ci représentent sans doute le mouvement précurseur d'une rénovation religieuse, mais cUesne l'accomplissent pas. Où est le nouveau, je le demande? M'oublions pas que les réformes sont toujours mensongères ; on innove, on ne réforme pas. Le Christ, qui lit un monde, était un novateur et non un réfurmaieur.

Dansceltesptière, je m'en suis tenu à la critique et à la démonstration par les faits que le eattiolicisme ne peut être le dernier progrès religieux de riiumanité. Mais une autre idée m'a pnru bien plus applicable aa temps où nous vivons. Jane sais par quelle fatalité, ou plutôt par quelle action funeste de la constitution politique sur les esprits , en même temps qu'on fait sonner bien haut les espérances de rénovation et qu'on cherche dons le passé tous les exemples qui peu-

IMBOfiUCTIOX. XIX

reat les nourrir, on ouMie le passé et le commencemonl Je rénnvatiou qui sont le plus pi es douons. SouTcnons-nnus que nous 'sommes fils de lu Uôvululion française, ne réputlioRs pns riiéritage de nos pères, f t nous verrons clairement quel est te travail qui réelame nos efforts. L'oHivre polilifjue comincnfée en 89 csl-elle aclievce, csl-elle môme véritalilement conliiiuée? qui le croira, je tlis parmi ceux qui oseraient l'arCrmcr? Fixons donc nos esprits au lieu de 1 s porter au hasard sur mille objets; aclievons l'œu* vre commencée au lieu de la quitter pour courir à une autre que nous n'aclioveroiis pas. Constituons la sociclé poliliqtic qui li>mbe en mines, comme une maison dont l'odificalion est désertée, au lieu de simger à la société religieuse , encore vîvanle , putâsontc et mieux constituée qu'aucune de celles qu'on voudrait lui substituer. C'est par cette raison quo la poncée de l'État a dominé ce livre et que je mo suis proposé d'eu élU'licr lis éléments.

Je n'ai pu passer tout 5 lait sous silence relie loi du progrî-s qui est comme le lieu commun d«

XX ÉLÉMBMS I>B l'ÉIàT.

la pliilojopliic de ce siècle. Mais rien a'esl plus viJe ni plus emplialique que ce mot de progrès $i on ne te'prècise rigoureusement dans son objfl; aussi ai-je toujours eu lesyeuxsur rbistoire des siècles qui Eont le plus direclcmeut les pères de noti c époque , et sur noire époque elle-même, aûu de bien montrer l'origine cl la filiation de ce qui me paraissait un progrès à continuer ou à mettre CQ lumière pour la première fois. Cette question delà perleclibilité buniaine, si défigurée h la fois et si cultirée de nos jours , ne mérite pas en elle-mèuie tout le bruitqu'on en fait. On néglige pour elle les hautes et fécondes difficultés de la métaphysique et ou ne sent pas que cet enthousiasme pour un résultat de la critique historique, est stérile comme ce résultat luimême , si ou s^y attache exclusivement. Le progrès , c'est là ce qu'il faut eETectuer; et i) est aussi utile que juste de le reconuattre comme une loi de rbumanité, si l'intelligence s'éclaire et s'encourage, par la reconnaissance de cette vérité, i la poursuite de toutes les autres, si elle inspire un respect équitable de la tradition , si elle excite

;iz-MnG00«^Ic

IMSODUCTION. XXI

les siècles et les peu|)les à se dévouer porticulièremeat à Tœuvre que chacun doit accomplir.

Mais si l'esprit s'absorbe dans la conlemplation de cette loi , qui n'éclaire que.les faits accomplis, »'il s'endort dans Tudmiration de sa découverte, s'il s'en va criant : le progrès est constant dans la marche de riumanité , et qu'il ne tente point d'ajouteraux progrès accomplis, il vaudrait beaucoup mieux qu'il ignorât cette loi, comme dans certains grands siècles qui ont précédé , et qu'il fi t autantqu'il faisait alors pour l'accomplir à son insu. Je n'ai donc donné à la perfectibilité que la place secondaire qu'elle doit occuper dans toute pliilosophie générale. Elle soutient toutes les recherches sans être l'objet d'une étude spéciale, etellejettele jourqui lui cstpropresur laqueslion universelle de l'unité et de ta multiplicité, qui enveloppe toutes les questions du livre et se résout séparément dans chacune d'elles.

La constitution de l'État telle qu'on peut et qu'on doit l'asseoir de nos jours, voilà donc le but de cet ouvrage. L'analyse des éléments de l'État , Religion, Philosophie, Morale, Art et Po-

^LiHE>TS DE l'État.

titique, voilà les moyens et le plan; cd mÈrne temps on poursuit, par la réalisation de ee but pI de ce plan , ime solution de rétornel problème soumis à la pcnf^éc huiiiaiiie.

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