CHAPITRE QUATRIEME
Conp d'a>il snr la niltc des taiSn^Jca.
Les antécédents de !a réforme , les sectes auxquelles elfe se rattache, sinon par la conformité dea opinions , du moins par la communauté du but , des intentions et de l'esprit, les hérésies, en un mot , monireni clairement qu'elle ne pouvait élrc plus remarquable par le caractère religieux. On sait que les hérésies ont commencé avec lo christianisme. Simon le magicien ouvrit, du temps
(I) Dans l'ordre polîlii|ue, on ne doit pis oublier i[ue c'est la réforme ^i a engendré le puritanisme, et par suite celle belle démocralie des ElaisTUnis, don! le puritanisme est comme l'âme et le premier fon-
38 itSHIHTS SB L'ÉTAT.
des apAfrea , une route oA la ibule se précipita après lui, et, dès le cinquième siècle, Saint- Auj^ustincomple d^jà quatre-vingt huit hérésies. Il semble qu'une appréciation favorable de ces doctrines opposantes { I ) soit une conséquence forcée de la croyance au progrès , et comme une bbligalion du système. Champions coaraficax, luttant sans cesse pour le maintien de l'indépendance, les hérétiques paraissent dignes delà sympatlie du philosophe. L«s esprits prévenus peuvent !cur accorder toute bienrcillaDce, mais lorsqu'on ne regarde que les faits et qu'on ne prend d'inspiration que do la raison, c'cstun jugement calme, mais peu favorablp, qui est commandé par l'histoire. Tontes les hérésies, on peut l'affirmer sans crainte, sont ou beaucoup plus choquantes que l'orthodoxie pour les lumières naturelles , ou tout-à-fait inférieures dans la doctrine et dans la inorale. On pourrait s'étonner du mauvais succès des tendanccsiibéralcsde l'csprithumain, si on ne réfléchissait à une règle confirmée par toute la suite des évènoments : les grandes institutions qui régissent l'humanité ont toujours un temps pendant lequel , malgré leurs défauts , leur règne est le meilleur, et leur influence, la plus salutaire. Durant tout cet intervalle , les critiques qu'elles subissent , les corrections prétenduesou réelles qu'on leur fait supporter ne sont et ne peuvent être que partielles , parce que les opposants eux-mêmes sont ■oos l'empire des idées et des principes de l'institntion qu'ils attaquent. Ces critiques, par cela seul qu'elles BOntdodétail, n'ont donc pasde force contre l'ensemble, en admettant môme qu'elles soient fondées : car il est
(1) De atmc que l« riformc, qoDlqsc pir d'tutrei rilnDi.
QUESTION SELIGIEOSB. 3t
également de principe qu'une institutioa a'ett définiii- Temeot renversée que par une institniion meilleure et différente, et non par les escarmouches cl les qnerellei de la critique. Si elles sont sans force , c'est qu'ellca ne renferment pas les éléments de puissance de l'inslilution qu'elles veulent ébranler , c'est qu'elles se la valent réellement pas. Il en a été ainsi , et il en sera encore longtemps de mémo pour toutes les hérésies, parca qu'il est évident qao le catholicisme est toujoura la centre do nos idées religieuses , malgré les blessures qu'on lui a causées , et bien qu'il s'affaiblisse eensiUement. Mais tant qu'à l'horizon n'apparaîtra pat l'éloilo messagère d'un nouvel évangile , tant que , pour nourrir la foi des peuples, une religion plus parfaite De sera pas formée , le catholicisme , comme un monarqne homérique , tiendra le sceptre dans sa mais (remblante et la couronne sar ses cheveux blanchis. Et n vieillesse sera longue , belle- et vénérable , parce que son énergique jeunesse s'est passée dans le bien.
Il ne faut donc pas éire surpris de la médiocre valeur philosophique des hérésies , et même de l'insigne preuve qu'elles apportent , en général , des aberrations de l'esprit. Je les suivrai néanmoins dans leur marche , parce qu'il est cnrieux de voir ces filles du doute et de l'examen nier, pour la plupart, la liberté humaine aa lien d'en revendiquer les droits ; et cela , qu'on le remarque , parce que la liberté , proclamée par le ci.rittianisme, ne pouvait satis^re le sentiment intérieur. On sentait vaguement que cette liberté factice, eocbahiée , véritablement esclave , n'est pat la Tierga impérieuse qui vit, commande et régne sans contrôle en nous. Va e«nl, on Breton, Pilag« «at la gloire éa
30 KLEHSMS DE l'eTAT.
tenter le redressement de l'égtise sur ce point , tandis qno tous les autres ne s'opposaient à elle que par un plus grand délire d'erreur.
Pour bien saisir le fil conducteur au milieu de cette foule incohérente d'hérésies , on peut les distinguer en deux classes : les unes, procédant du passé , s'abritent BOUS le nom du christianisme, mais ne se pénètrent aucunement de son esprit. Les autres, véritablement sœurs de la doctrine nouvelle, nient seulement une ou plusieurs vérités de foi. C'est là leur caractère uniforme. tes premières en ont deux : ou bien elles prennent leur source dans la partie mystérieuse du paganisme; on elles suivent la tradition mosaïque. Mais qu'elles soient en réalité ou parla seule apparence nées do la légénération chrétienne, it est remarquable que les unes et les autres ont vécu presque toutes autant qu'elle , et que leurs liges ennemies ont verdi àTentour du vaste tronc. Tant il y a de vie dans les idées, et tant il est erroné d'assigner à leur origine ou à leur dcstnicttoa une date constante et déterminée I
Le paganisme transformé en hérésie se montre, dès tes premiers pas , sous son masque nouveau. Simon le magicien commence cette métamorphose. Son système est un curieux mélange de mythologie et de christianisme, assez semblable aux romans du moyen-âge, où Jésus-Christ vit en compagnie de madame Vénus. Il croyaitleSaint-Esprit, qu'il voulut acheter des apdtres/ etilprétendaitétre cru Jupiter. D'une certaine Hélène, , sa maîtresse, il fit nne Minerve, et son image avec celle de cette fille fut reçue dans le Panthéon , ce complai- MDthâpital des dieusdu mondeamique. Il est probable qo'il joignit à fout c«la dos noiious de dualisme , car
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QlIESTIOTf BXLIGIEUSE. 31
tons ses disciples, les Ménandriens, les Basilidiens, les Sainmintens professaient la croyance h des gf nies créateurs de l'univers, àl'insu de Dieu ou contre sa volonté. Ce qui le prouve aussi, ce sont les noms mystiques qu'on irouvedans leur doctrine et qui représentaientdcs nombressacrés. Tel est, par exemple, le mot grccaCfiwl. Il formait par l'addition de ses lettres le nombre de 365 que Basilide regardait comme celui de la série des cieux. Les violcni:es faites à la nature , les rites Itcencicux, qui sont le^ caractères inséparables des mystères païens, s'observent également dans toute la filiation des hérésies parties de ce côté. Les Archoniiques,lcs Marcionites, les Sévériensqui avaient le vin en horreur , les Tatiens qui repoussnieni le mariage, les Quiniilliens qui offraient le sacrifice avec le sang d'un enfant , les Valésiens qui se ch&iraient eux-mêmes et qui ch&b-aient leurs hAtes, tous, ils empruntent quelque chose, soit dans le dogme, soit dans les cérémonies, toujours dans l'esprit , aux mystères Cabiriqnes , aux pratiques des Corybantcs, on anx religions de l'Inde et de rÉgypto, mères-patries do tous les mystères. Hais les deux hérésies qui , dans ces premiers siècles de l'Eglise, résument avec te plus d'éclat tes signes mystiques, ce sont les Priscitlianistes en Espagne, et les HanicbèeDS en Orient; surtout ces derniers, car tes Priscilliaoïstcs n'ont hit que modifier la doctrine do Hanès. Ils en avaient pris la cmyance aux deux principes, ea y ajoutant des notions cabalistiques qui TÏMiDent bien aussi de l'Orient, mais de ce qu'il y avait de plus libre, de plus vif, de plus savant, de moins ««atique en Asie , de l'Arabie et de la Cbaldée. Mais «'W chez le« Maqiefaéeag que le mystère revit totit
33 lËLSUENTS DK L'BTAT.
eulier : ils en avaient jusqu'A la constitution extérieure; A leur léte dominaient douze maîtres, doat un treizième était le chef. Ils ordonnaient les évéques au nombre de soiiante -douze, qui eux-mêmes ordonnaient les prêtres en nombrepareil, honorant ainsidouze et ses multiples. Divisés en flus et en auditeurs, ils no révélaient qu'aux premiers la doctrine parfaite et n'initiaient les seconda que par degrés â la pleine lumiôre. Le secret impénétrable des initiations païennes présidait i leurs initialioQS :
Jura , perjara, tecrelum prodere noU.
Jure, parjure-toi, disait-on à l'initié, mais gardeloi d'enfreindre le secret. Ce qu'ils prenaient da chrisr tianbme se souillait anssitftt de quelque imparetâ mystérieuse. Ils ne recevaient le pain eochariitiqne qu'arrosé de liqueur séminale, prétendant purifier par là le levain sacramentel. Ils regardaient , en effet-, la liqueur séminale comme une création du Diea bon , tandis que le reste de la chair relevait du Bieu méchant. On pourrait même induire de quelques parties de lenr système, s'il y avait quelque induction possible au seiii de pareilles obscurités, qu'ils confondaient, dansletit pensée, l'&me et la sperme humain. Cela me lemUe indiqué par lenr opinion snr l'alimentation sacrée : die consistait i croire que l'ftme se forme de la substance des aliments, d'oà l'expresse obligation de les choisir dans le domaine du principe tùenreillint. Eu rap^vocbant ces deux points de leur doctrine, l'irrigatioD fpermatiqne de l'eudiaristie et la formation de l'Am* par les aliments i il o'nt peut-iire pu dtoni d« loni*-
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QUBSTIOK BKLtfilBUSE. 33
ment de dire que les élus regardaient la liqueur séminale commo rame mime de l'homme [t). ïl n'y a rien dans celte opinion qui répugne au grossier spirilualisnndes mylhes égyptiens, et la métaphysique du Phallus Fépond bien à l'hérésie manichéenne. Aussi Toit-on clairement, lorsque les Manichéens veulent partir de tels principes pour nier l'incarnation du Christ cl la Térité du sacrement eucharistique, qu'ils n'ont rien compris à l'Évangile ; qu'ils ne sont pas , à proprement parier, hérétiques, mais païens; qu'ils mesurent la nooTellc loi avec des idées qui lui sont tellement étrangères , qu'il ne peut rien sortir d'un pareil rapprochement que bizarreries , monstres et blasphèmes.
Il y avait encore, parmi ces débris do la civilisation païenne, quelques hérésies qui reproduisaient les opi- DÏonsfles philosophes anciens ; par exemple, li's Séleuciens, qui adoptaient lo principe commun à toule la sagesse antique, la coéternité de la matière et do Dieu. Mais CCS hérésies sont si peu nombreuses et si peu importantes que je n'ai pas cru devoir les mentionner plus en détail.
La tradition mosaïque Fut suivie par les Ccrinihiens, qui niaient la divinité de Jésus-Clirist. Ils ajoutaient ila loi juive beaucoup de superstitions de leur propre fond. Selon eux , la résurrection de Jésus-Christ, tout homme qu'ils le proclamaient , ne s'éiait point opérée, mais s'opérerait après un laps do mille ans. C'est de là qae rient leur noiti grec do Chiliastes. A cette époque
(1) II Ml certain d'ailisurt qit« U question do aaioir si IcB imes sont en germe dani ii liqueur semioale auiii bien que les corps fui tauie'ie par Lonjia ei occupa le) philoiopbes d'Alexandrie.
34 BiJNXNXs DE l'État.
marquée devait s'étendre le royaume terrestre An Christ. On se l' imaginerait plus moral et plus chaste que le nôtre. Ce n'était pas l'opinion des Cérinthiens. Ils disaient que toutes lesjouissiinces de la chair, toutes les débauches y seraient licites , et qu'on s'y livrerait en toute puir>3unco et liberté. Celte secte comme loutei celles d'origine hébraïque eut peu d'inBuence de son temps , et il n'y aurait aucune utilité à la rappeler, si ce n'était un spectacle assez philosophique de trouver dans ces Chiliastes des ancêtres en bizarreries roligienscs de ce forcené révolutionnaire d'Harrîson, jugeboucher du roi Charles, et d'une partie des rcligiODnaircs de son temps. C'est ainsi que revivent au grand soleil des idées longtemps ensevelies dansl'ombre, et que ce qu'on nous donne pour neuf n'est souvent qa« poudreuse friperie qu'on n'a seulement pas pris la peine do brosser.
On peutrangcr dans la mémç catégorie les Caïniens, les Sethiens, les Sectateurs do Mcichisédec , qui sans remonter directement i la loi du temple , se raltacbeQt cependant à la Bible et y puisent la plus grande partie de leur foi. Co sont, pour ainsi dire , des hérétiques de l'ancien Testament à bien plus Juste liire que du nou- Teau. Ils en conservaient les pratiques, la circoncision et d'autres cérémonies, ci d'ailieurs le Jehovah juif planait toujours sur leur dogme, quoiqu'il n'en Ml pasleprindpe immédiat. LesMclcbisédàciensadoraient Melchisédec, non seulement parce qu'ils voyaient eu lui le prêtre du Trôs-llaut , mais la vertu même de Dieu, se perdant ainsi dans une métaphysique dont je uo me charge pas d' expliquer les ambiguïtés, mais qui montre que toutes ces sectes se formaient sous l'inspira-
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QUESTION BEUGTBUS8. 8&
tion (lo la Bible , bien qu'elles ne la tniTifteat pas liliéralement.
Pour arriver à la moltitude des hérésies , il faut se tourner vers celles qui naissent de l'Evangile. C'est là , comme il esl naturel de le penser , que pullulent les fantaisies religieuses, et qu'elles ont dans leur aspect le plus de variétés etde caprices. Cesontles Calaphrygiens , qui s'allribuent lo monopole du Saint-Esprit, à l'exclusion des apôtres , et qui tiennent les secondes noces pour infâmes ; les Alogisles qui rejettent le Dieu Verbe, l'évangile de saint Jean et l'Apocalypse; les Noéiiens qui croient que lo Christ est à lui seul le Pare et le Saint-Esprit ; les Ariens qui pensaient que le Fils esl la créature du Père elle Saint-Esprit la créature du Fils. Cette hérésie n'est pas plus remai-quable en cllo TCi&tnc queles précédentes, mais outre lo bruil historique dont elle a rempli le monde , puisque l'Arianismo menaça an instant d'engloutir l'orthodoxie, il est important de la considérer à sa source. On peut voir dans la liste des hérésies que je rapporte qu'un grand nombre d'entre elles a pour but de revenir à l'unité du principe suprême sans Iriniié véritable. L'esprit humain, npréa avoir ccn^uis avec tant de sueurs l'unité divine, no la voyait qu'avec peine s'obscurcir sous les nungi^s du Ternaire indien et platonicien. En même temps la irinité platonicienne elle-même semblait faire une plus large place  l'unité que la Triniié chrélienno, puisqu'elle faisait du Verbe une créature du grand Lire, et qu'elle n'identifiait pas les trois termes de son Dieu en une seule et même personne. Il y avait probablement nno hiérarchie semblable entre les hyposlases des philosophes Alexandrins, s'il esl possible do con-
K xLiuENTs t>B l'État.
cevoir quelque opinion claire et certaine sor ce point de leur doctrine. Aussi est-il à considérer qne plusieurs des Père* grecs , notamment Origène , ont explique Is Trinité catholique comme le ternaire platonicien, et ainsi ouTcrtemcnt enseigné l'hérésie d'Arius. C'est surtout par ce cAlé que celte hérésie est remarquable. Elle n'est pas seulement une fantaisie d'Arius, mais bien le résultat le plus direct de l'inSucnce de Platon sur la religion do l'Évangile. Les Apostoliques, qui ne recevaient dans leur communion que ceux qui araient fait vœu de pauvreté et de continence, sont remarquables par une autre considération. Ils ne méritent en eux< mêmes, non plus que les autres qu'une simple mention commémoralivc. Je m'y arrête cependant , parce qu'ils peuvent éclaircir un ^it controversé. Bossuet a discuté arec une verve, une logiqueet une érudition admirables, la succession des églises prolestantes, et il a prouvé surabondamment que cette succession n'était qu'une affaire de parti. Il montre clairement que les Vaudois ont commencé au xi° siècle, sans antécédents réels, et que ces Vaudois eux-mêmes n'ont aucun rapport de génération avec les protestants du xti* siècle. Il a donc parfaitement raison au point de vue des faits ; au point de vue philosophique, ta question change de face. Lasuccesion des églises n'est qu'une chimère, celle des idées est réelle. Les Apostoliques ne sont pas les premiers Vandois, mais ils émettent les premiers l'tdée que les Vaudois reproduisirent. Toute la réforme se trouve dans les hérésies comptées par saint Augustin, bien que, je le répète fortement, l'on doive dire avee Bossaet qu'il n'y a ni suite réelle ni tradition ecclésiastique de ce» hérésies à la Réforme. La jialice mpuUe
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QUESTION BZLiaiBUSB. 17
qne le dernier père de l'Eglise attribuait sans restriction à Luther , comme une nonreautô qui lui éiaîl propre, la justic» imputée était une doctrine des Eunomiens, qui royaicnt dans la trinitë trois dieux distincts ■ans unité d'essence. Saint Augustin leur donne cxprcsiéinentcctteopinian,qne,dèsqu'onala Fui, l'accomplis- •oment du mal et la persévérance dans le péché ne peuvent empêcher la jusiification.C'est là, dans Ici termes, le dogme caMniste de riDamissibilUé de la justice, mais ledogme avait été lui-même déduit par Calvinde la justice imputative , et il la suppose nécessairement. Les idées ne meurent pas ; elles filtrent sous le sol quand elles ne conlent pas h la surface , et lAl on lard elles trouvent une issue par où s'échapper. La justice imputée a sa source dans les Eunomiens , et , après des siècles de coors souterrain , elle a son embouchure dans Luther. Les Antidicomarites devancent aussi la Réforme dans la négation de la virginité de Marie. Les Ariens lui transmettent la haine do l'oblation pour les morts et de la hiérarchie ecclésiastique. Les Donatistes lèguent aux Vaudois le principe de l'indignité du prêtre enchaînant la vertu des sacrements. Une autre bérésie avance , avant Zwingle , que les incrédules païens ont étésaavés.LesAbélonienscommencentuoeaorto de confrérie Murave par leurs couples chastes unis dans l'abstinence ei perpétuant leur famille sans souillure par l'adoption.
D'autres hérésie mort-nées ne figurent dans ce lableau que comme des grotesques delà pensée : les Massaliens, qui prétendaient que lorsqu'un homme est purifié, une truie et des marcassins lui sortent delà boodw et qu'an feu qui ne brûle pas rentre i leur place ;
88 ÉLÉHEnTS DE h ETAT.
les Adamécns(l), qui marchaient tout nus en mémoifo d'Adam, et qui détestaient lo mariage en mémoire d'Eve ; les Piiternicns, qui disaient que les parties iaferiourcs du corps humain élaienl créées par le diable, et qui les lui abandonnaient volontiers. Mais passons sur CCS délires pour atteindre l'i seule hérésie qui , aa milieu de cette confusion , montre que l'c^^rit ne perd jamais entièrement le sentiment de ses droits , de sa nature et de ses besoins , je veux dire lo Pélagianisoie. Dans toutes les histoires oIScielles, on a bientôt jugé le Pélagîanisme en l'appelant l'excès opposé de l'hérésie fataliste des Prédcstinatiens, et en louant l'église, qui s seule marquait lo sentier d'un pied ferme , en reconnaissant la double puissance do la liberté et delà er&co, l'action directe [2] de l'individu daas le cercle des lois divines. > On juge promptement quand oopro DODCO sans entendre. On va vile en besogne, quand il s'agit, en quatre mots que l'auteur n'entend pas luimême, de se ranger à la suite des cent milto moutons do Panurgo qui sautent sous la boulelle do l'autorité. Uais voyons au fond , et à quel prix l'église gardait cette inébranlable fermeté.
Il faut le reconnaître pour être vrai , le dogme catholique renferme un grand progrès , dans le scnsde ia liberté morale, sur toutes les religions antiques. CelIcKi proclament explicitement le fatalisme , celui-là le rejette avec horreur. Mais , s'il a suivi on ce pdîni et né-
(1) On en ni pourtanl au XV' si^cic.
(3) L'aetioD directe est merveilleuse autant qu'iacompréhensible, Car ri OD veut dire l'action deproprio m'ilH, on tombe daD9UFéla|iaBi>Rie, •JDOii, qu'est-ce que cette actkiD dircciaT
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QUESTION BELIGIBUSE. 39
cessairemènt, on peut le dire , les tendances de l'humanîlé , il ne résulte pas de là qu'il ait compris meta* physiquement la question do la liberté , ni par conséquent qu'il l'ait Fifelicment admise. II la déclare et il la dément. Elle eU étrangère, non pas à l'intcnlion, mais au teste de son dogme. Il la veut , en un mol , et il la méconnaît. Cette belle phrase , pour citer mon auteur , de l'action directe de l'individu dans le cercle des lois divines , cette phrase parfaitement hérétique ou parfaitement incompréhensible , est dans le sens catholique une négation de la liberté , ou, pour miens parler, de la volonté.
Car, c'est réellement d'elle qu'il s'agit , et c'est de ion nom qu'il faut se servir pour toucher au cœur du problème. Cette expression de liberté est trop vague, trop variée dans son sens , elle fait face à trop d'objets pour avoir la précision nécessaire dans une matière si simple, à la vérité, mais rendue si difficile. Quand l'Église nous dit, pour me placer tout de suite dans mon sujet, 8 sansia grâce l'homme ne peut pas faire son salut, s onpeutacquiescersans réserve à cette proposition et sans que le libre arbitre perde un pouce de terrain. Faire son salut , ne pas le faire , c'est en effet une chose qui,tout-à-faitextérieureànou3, échappe 6 notre puissance sans que nous soyions pour cela encbâtnés dans notre action. Au contraire , vouloir ou ne pas vouloir, voilà le cercle étroit, mais profond, de la liberté ; voilà le point intérieur de la conscience où elle réside , et moins il a d'importance apparente , plus il est nécessaire de le conserver intact et d'empêcher qu'on y porte la plus légère atteinte ! la plus légère , d'ailleurs , est décisive, et il n'y a pas de dcmi-maniére de com-
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40 ELEUSIfTS DE L'HTAT.
prendre la liberté. Laissons donc dire à l'Eglise, (( sans la Qrftcc l'homme ne peut faire son salut ; » mais gardons-nous , sous peine d'abandon de noire propre oatnre et de ce qu'il y a de plus haut et de plua moral en nous, d'accepter ce qu'elle dit aussi : « Sans la grâce , l'homme ne peut vouloir son salut, » Saint Thomas, je ne puis rien choisir de plus oribodoie, fait de la grAce (l) non-seulement ■ une puissance intermittente t dont l'action vient par moments nous porter au bien, c mais encore dans l'Ame des justi&cs, une puissance t habituelle qui les pousse constamment à vouloir la ■ vertu, s Cela seul serait décisif. Veut-on quelque chose do plus clair et de plus irrécusable encore, il s'csprime ainsi à l'article du péché originel :
« Art. in. Si le péché originel affccle plus particalièrement la volonté que les autres facultés.
«Conclusion : Puisque la mattrcsso racine du mérite 6tdu démérite est la volonté, le péché originel , considéré suivant son inclination à se produire en acte, après l'essence de l'âme , qui est sou premier substrat, s'attache A la volonté I (3)
Les termes sont formels. C'est la volonté , le siège unique do la liberté , qui est la proie du péché originel, sa victime de prédilection. Le péché originel, qui nous condamne à vouloir le mal ; la grAce , sans laquelle nous ne pouvons vouloir le bien : je pense que la tolontéhumainenepeut être sous de plua solides verroux. Qu'à cAté d'une pareille doctrine, on reconnaisse la
(1) Snnitis iheologJM prims aecundic. Quxitio CX, irlicul. ïl. EdJt. (!) Siinmi tliwl. prim. ace. Quciiio LXXXm, itlicnl, 3. IBOt.
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QUESTION BXUGIEESB. 41
]il)erté, ce n'est plus qu'un cadavre qu'on înlronise, qu'une reine morte qu'on lire du cercueil pour tenir un simulacre de royauté. Qu'osl-ce qu'une liberté qui dipendl qu'une volonté qui no peut vouloir sans la permission delà grûce ou l'impulsion du péché originel î Ce n'est qu'un mannequin d'esclave couvert des habiis d'un homme libre; c'est tout au plus un misérable affranchi, dans le palais de son patron, et qui foit ce qu'il veut, sous la condition que son maiueluî aura préalablement permis de vouloir.
En partant de ce fait do conscience , que rîen ne pent nous empêcher ou nous ordonner do vouloir, on voit combien est juste et libéral le principe pélagiea que nous pouvons accomplir la loi de Dieu sans la grâce, et que loin d'être un véhicule d'action , elle serait tout au plus la récompense de nos mérites ; en même temps apparaît loutet'hosiitité de fait sinon d'intention dudogme catholique contre la liberté humaine , qu'il étrangle dans les lacets de la gr&ce, avec tous les ménagements et l'honnêteté possibles, mais qu'il ne laisse pas moins bien et dûment étouffée sur le carreau. Je ne sais si le Breton Bangor avait parfaitement vu, au V siècle , ce qu'une psychdogie avancée aurait de nouveau découvert de nos jours , le point précis de la liberté de l'homme , la volonté. Mais il est certain que, soit Ini* tÎDcl, tut sagacité philosophique anticipée, il >'est porté aux endroiu du calholidsme lef plus redoutaUei à la liberté : la grice et ce qui nécessite la grâce, le pécbé originel. Cette monstrueuse tradition est la porta d« la geAle où le cathcdicisme enferme la liberté ; brî- ■ez-la, et le [mionnier s'échappe, car avec elle tombent et cette imponibilité qu'elle élève dn triomphe eo nou»
43 Kléments be l'état.
de la volonté du juste, et cette intervention divine qu'elle commande pour suppléer notre impuissance. Honneur donc à Pelage, d'avoir eu h la fois le noble sentiment de la dignité humaine, et la pénêiration de génie qui l'a fait Frapper droit aux do{;mes qui la comprimaient I honneur à lui , sous l'anathèmc solennel da concile de Carihage I fidèle à l'inspiration de sa conscience , il se disiingae seul entre tous les hérétiquet par ce grand caractère qu'il ne céda pas au vain démoa de la dispute , qui soulevait les Aériens, les Eunomïens, les Pneumatomaques , mais à celte raison intérieure, à cet amour do la vérité qui poussa un pauvre moine à réclamer contre toutes les puissances, en faveur de la liberté qui criait au dedans de lui.
S'il m'est permis de rapprocher ici des époqaes que le temps a si grandement séparées, je présenterai quelques considérations sur les dispnlesdes Jansénistes et de Port- Royal. Elles ne sont point étrangères à Pelage, non seulement par leur sujet mais encore parce que la conduite de la cour de Rome, dans cette occasioa , la rapprocha de ce Pélagianisme qui a toujours été en si grande horreur dans l'Église. Sans doute le Saint- Siège ne put revenir à Pelage d'une manière franche etcomplète. Il eût fallu déserter le Catholicisme, passer sur les corps augustes douces fatalistes orthodoies , les Augustin et les Thomas; il eAt fallu renier toute la tradition. Toutefois, les intrigues des Jésuites, eo donnant gain de cause par devant le Saint-Siège A Molina contre Jansènios, firent ainsi légitimer ane sorte de semi-pélagianisme qui n'était pas plus vraiment favojable à la liberté que la pure orthodoxie, mais qui montre coiQbien étaient déjà loiq les temps ije Teotièro
QUESTION RRLir.IEUSE, 4^
ei rigoureuse foi. On codait à demi à la voiï do h conscience , on cdmmcnçnit à l'écouler même de préférence à ta lettre du dogme , et ainsi , sans arriver & la reconnaissance d'une vérité nouvelle, on allait cependant à se désister de l'ancienne erreur.
C'est une chose généralement mal comprise que la querelle de JanséniusetdeMolina, soutenue par Port- Royal au nom du premier, contre les Jésuites au nom du second. Jansénitis et Molina sont aussi fatalistes l'un que l'autre aux yeux do la saine et rigoureuse philosophie, qui sait que la liberté est intacte ou qu'elle n'existe pas. Âfais lequel dps deux est le plus fataliste , Jansénius évidemment. Car ils font do la grâce un principe d'action nécessaire, irrésistible, invincible, sans lequel il est absolument impossible à l'homme de faire le bien,, avec lequel il lui est impossible do no pas le faire. Le pouvoir qu'ils laissent à l'homme , car ils prétendent ne rien lui retrancher, esl un pouvoir dont il ne peut user vis-à-vis de la gr&ce , et qui, par conséquent, est comme s'il n'existait pas. S'ils avaient nommé ce pouvoir suffisant, on aurait pu Jeur rétorquer la plaisanierio de Pascal contre la grAce des Jésuites, suffisante sans l'être, Nicole, pour prou- Ter que la grâce ne touchait en rien au libre arbitre, s'est servi, dans un dialogue placé à la fin de son édition latine des Provinciales, d'un argument assez plaisant, dont j'ai vu des hommes d'esprit do noire temps ébranlés , et qui est pourtant bien vide. Un des interlocuteurs de ce dialogue propose à l'autre de se jeter par la fenêtre. Il s'y refuse, le premier insiste et lui demande s'il ne le peut. Le second convient qu'il le peulmais déclare qu'il ne le fera pas. Eh bien I reprend
te premier, l'adion de la grAce sur l'Iiommc est de même Borle. Elle ne retranche rien au pouvoir do rhomme, mais elle fait qu'il ne veut pas s'en servir ; et voilà juslement, pour coinballre Nicole avec les armca de Molière, ce qui fait que mademoisellQ votre iille est mueitc;voilàjustement le fatalisme! Dieu pouvait nous empêcher de fiiire sans que nous cessions d'i^ire libres si D0U8 conservions notre puissance de délerminaiioa spontanée, mais dès qu'il meut notre volonté, la liberté humaine est anéantie, car dès lors ce n'est plus nous qui nous déterminons. La plaisanterie de Nicole est nulle comme argument, car elle prouve précisément le contraire de ce qu'elle veut prouver ; elle confond les termes avec un aveuglement intrépide. ]2st-ce que, dans la question de la liberté, il s'agit de toutes les puissances de l'homme ? est-ce qu'il n'y a pas parmi ces puissances des forces fatales qui échappent entièrement à la détermination T est-ce que la liberté est intéressée à ce qu'il puisse ou ne puisse pas faire, qu'il soit conformé de manière à pouvoir se jeter par une fenêtre, lorsque l'envie lui en viendra î C'eBt-ù-dire qu'il n'y a qu'une seule puissance humaine libre , celle de la détermination , et c'est celle-là que Nicole ciouSe dans son exemple, parce qu'il l'applique à la gr&ce , et qui servie rait à prouver la liberté de cette puissance, si on le voulait bien ; car si cet homme ne se jette pas par la fenêtre, quoiqu'il en ait évidemment le pouvoir, c'est que la puissance libre est plus forte que la puissance feilale, et qu'elle seule en détermine l'emploi , c'est qu'il ne vtut pas se jeter par la fenêtre.
Au contraire» les Jésuites, quoique également dant ^erreur nir ce point, puisqu'ils demeuraioni calholi-
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QUESTION BELIQIBUSB. 4ô
ques, se rapprochent néanmoins davaniaj>c de la vérité, ou plutôt unissent par une alliance contradictoire la vérité et l'erreur. Les Jansénistes ne voulaient que do l'erreur. Si les Jésuites enchaînent la liberté à l'aide de la grjlcc suffisanic, Jes liens sont beaucoup plus faibles que ceux de la terrible et impitoyable grâce efficace, et en outre, ils reconnaissent à l'homme le pouvoir prochain d'agir : terme ambigu dont Pascal raille avec raison l'absurdiié, mais qui n'est ambigu qu'à cause de la grâce suffisante, et qui n'a certainement eu d'autre modèle dans la pensée de Molina que l'opinion de Pelage sur la force ïirlueilo do détermination qui appartient à l'homme. Le pouvoir prochain d'agir, d'agir seul, libiemcnt, de proprio motu, avec ses seules forces, concédé à l'homme, tranchait véritablement la question cl devenait du pur Péiagîanisme, si les cerveaux sorbonniqucs n'eussent forgé ces termes do prochain , de grâce sufflsnnlc et autres adoucissements qui réduisent la chose à n'être plus qu'un scmi-pélagîanismc, que dis-je, qu'une moitié de semi-pélagianisme, car celui-ci a toujours été repoussé par l'Église, tant elle a toujours eu en exécration la vraie doctrine de la libertémorale etde la forcchumaincde la détermination. J'aurais beaucoup â faire s'il me fallait suivre, dans tous leurs détours, les systèmes que la sophistiquerie grecque b&tit sur des pointes d'aiguilles. Ncstoriens, Euiychiens, Monophysites , Monoihélites , merveilleuses toiles d'araignées, querelles do théotoques et de chrislo toques , je ne remuerai pas votre hérétique poussière, d'autant qu'elle n'a rien engendré chez les modernes , et que , stérile dans la vie , elle l'a encore été dans la mort. Ce n'est pas que ces misérables di.-