DI4GN0STIC CLINIQUE DU LUPUS
Le malade atteint de lupus de la face se présente généralement avec une plaque rouge jaunâtre ou rouge brun que l’on a comparée à la couleur du « sucre d’orge ». Cette lésion a débuté depuis très longtemps; le plus souvent, c’était une rougeur, comme une engelure par exemple, ou bien un bouton que le malade a gratté et qui s’est étendu progressivement jusqu’à arriver à l’état actuel.
A ta vue, cette lésion est arrondie avec, sous la peau par endroits, des saillies de volume variable (grain de millet, pois, noisette) de plus, cette plaque a une tendance à s’a '.croître par la périphérie où l’on trouve un semis de granulations jaunâtres, ou semis de Trélat^ pendant que le centre de la lésion aurait au contraire tendance à régresser, ou à subir un arrêt dans son développement.
De plus, sur ces mamelons, nous trouvons des squames blanchâtres et entre ces mamelons, des sillons où la peau semble rétractée comme sur une cicatrice.
Si nous touchons cette plaque rougeâtre, nous avons la sensation de nodules plus ou moins durs, quelquefois douloureux à la pression, avec infiltration de la peau que l’on sent très bien si Ton presse les téguments. Tel est dans ces grands caractères l’aspect d’une plaque de lupus (cas typique).
Mais il s’cn faut que le lupus se présente avec des caractères aussi nets dans tous les cas. Il y a en effet plusieurs variétés de lupus que nous allons passer rapidement en revue. La plupart des caractères précédents s’y retrouvent, nous n’en reparlerons plus, mais, tantôt sur une plaque rougeâtre généralement indolente, quelquefois prurigineuse, les tubercules forment des saillies à peine visibles et que l’on ne sent presque pas au toucher.
- Ces lésions tuberculeuses ou plutôt nodulaires sont quelquefois si peu sensibles qu’on peut les confondre avec une variété de lupus â forme érythémato-tuberculeuse. Disons tout de suite, parce que nous n’y reviendrons pas, que cette variété de lupus est peut-être de nature tuberculeuse qu’elle se présente le plus souvent sur les joues sous forme de taches rougeâtres indurées et tendant manifestement à se transformer par atrophie du derme, ce qui faisait proposer au Congrès de Vienne 1892, la dénomination d’ « érythème atrophicans » par Malcom Morris. C’est là, la variété dite : lupus plan. Si nous n’insistons pas sur cette variété, c’est que sa nature franchement tuberculeuse a été et est encore sujette à des con- \ *
, troverses. Pourtant, étant donnée sa fréquence dans les
familles de tuberculeux, nous serions tenté d’en faire une ■ manifestation nette de tuberculose cutanée, en lui reconj naissant une atténuation plus grande encore que dans le i lupus franc, parce que les inoculations faites jusqu’à pré-
j. sent ont été plutôt négatives et que, histologiquement, les ! éléments du lupus (follicules, cellule géante, bacille) n’ont
pas été observés.
Tantôt au contraire, ces saillies nodulaires dont nous
venons de parler sont très marquées, on trouve des nodules plus ou moins gros suivant leur ancienneté, affaissés et sclérosés, ou bien ramollis, végétants, donnant au nez ou aux lèvres Taspect d’une tumeur recouverte d’une croûte verdâtre.
C’est une variété dite : lupus proéminent. Dans ces deux derniers cas, le diagnostic peut encore se faire assez lacilement, mais, là où commence la difficulté, c’est dans le cas où l’on a affaii-e à la variété appelée « lupus exe-
dens ». Là en effet, l’aspect est totalement changé, les
tubercules ne sont plus durs mais ramollis, caséeux, ulcérés, avec par place formation de croûtes d’aspect varié, jaunâtres ou verdâtres ; les ulcérations saignent facilement, elles ont un fond sanieux, ou purulent, ou saj;iguiD oient, ces ulcérations peuvent être limitées ou s’étendre en surface et en profondeur et donner un lupus serpigineux ou phagédénique. On les trouve le plus souvent à l’extrémité du nez, ou sur une des ailes du nez, et de là, elles envahissent la joue, l’oreille ; elles déterminent par le tissu cicatriciel formé, de l’ectropion des paupières inférieures, ainsi que nous l’avons déjà observé. Les lèvres envahies, la lésion peut gagner les gencives, le plancher de la bouche, la voûte palatine qu’elle perfore, et donner au malade un aspect hideux, repoussant, et, puisque le lupus peut envahir les muqueuses non seulement par propagation, mais encore directement, combien difficile peut être à ce moment le diagnostic ? Cette perforation de la voûte palatine, si fréquente dans l’hérédo-syphilis, ne peut-elle nous induire en erreur ?