‹ Des éléments symtomatiques établissant le diagnostic différentiel entre le lupus, la syphilis et le cancer de la faceChapitre 7 sur 14 · DIAGNOSTIC CLINIQUE DES SYPHILIDES · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC CLINIQUE DES SYPHILIDES

Prenons maintenant le cas d’un malade chez lequel Tinterrogatoire ou les symptômes concomitants : déformations osseuses, triade d’Hutchinson, souvenir du malade qui a entendu dire que son père avait la syphilis, prenons, disons-nous, ce cas où la syphilis héréditaire est sûrement en cause et où la lésion porte sur la face, le plus fréquemment nous constaterons ceci:

A). — Nous nous trouverons en présence d’une plaque rougeâtre ou rouge brun dont le début remonte souvent à une époque déjà éloignée, car nous savons que la syphilis héréditaire peut avoir une marche très lente. La lésion siégeant sur la face a envahi la joue, ou plus souvent le nez.

Au toucher, nous constatons sur cette plaque la présence de tubercules indolores, plus ou moins saillants, de la grosseur d’un grain de millet à celle d’un pois en général, plus ou moins durs à la pression, se laissant déprimer par places ou au contraire ne « s’écrasant pas sous la pression » en d’autres endroits. Au palper, nous sentons d’une façon très appréciable une « infiltration en nappe », un épaississement du derme.

Ajoutons que ces tubercules peuvent être recouverts

de squames blanchâtres donnant à la lésion un aspect de pseudo-psoriasis et nous aurons la syphilide à forme sèche.

Si Ton veut bien se reporter à la description sommaire du lupus type que nous avons donnée plus haut, ne se trouve»t*on pas en présence d’une reproduction à peu près exacte de la lésion lupique ?

Cette ressemblance va s’accentuer avec une autre forme de syphilide, la syphilide à forme ulcéreuse.

B). — îci, sur une plaque rouge brun nous voyons des tubercules qui sont ulcérés, ramollis, par place nous trouvons des croûtes noirâtres, en d’autres endroits, des ulcérations plus ou moins creuses avec un fond sanieux, bourbillonneux ou encore saignant facilement. Ces lésions envahissent la joue, la lèvre supérieure, le nez, les paupières, le front, absolument comme le lupus et même l’épithélioma.

Comme d’autre part, le plus souvent la forme ulcé-

reuse succède, après une période relativement longue, à la forme sèche^ la lésion peut présenter des caractères objectifs mélangés, propres à chacune des deux formes de syphilides et donner, comme le dit notre maître M. le professeur Fournier, la syphilide tuberculo-crustacée, ou tuberculo-ulcéreuse, suivant que les croûtes sont recouvertes de squames ou que l’infiltration tuberculeuse aboutit à des destructions suppuratives et profondes.

Nous ne parlons pas bien entendu des cas où une autre dermatose, impétigo par exemple, vient encore compliquer le diagnostic en masquant certaines lésions ou en les déformant du tout au tout.

Nous avons supposé dans les quelques lignes qui précèdent que nous avions des stigmates d’hérédo-syphilis absolument nets et qui nous avaient permis de poser un diagnostic ferme. Mais il peut se faire que le malade ne nous donne aucun renseignement non seulement sur lui au point de vue de la syphilis acquise qui, maligne, serait arrivée rapidement à la forme tertiaire, mais en»core sur ses ascendants au point de vue de Thérédosyphilis car il faut bien savoir que cette dernière est quelquefois on ne peut plus difficile à « dépister » et nous allons en citer un exemple d’observation personnelle que nous avons eu sous les yeux lorsque nous étions externe de M. le professeur Fournier.

Nous n’en avons pas l’observation détaillée, mais nos souvenirs sont encore très précis car le cas nous avait frappé : Vers le mois de mai 1896 il nous est arrivé un matin à la salle Henri IV un tout jeune enfant accompagné par sa mère. Il pouvait avoir environ deux ans et portait sur la face des syphilides absolument nettes, quelques éruptions bizarres aussi sur les cuisses et les fesses. Notre maître fît le diagnostic de syphilis héréditaire et on fit venir le père et la mère, ceux-ci n’avaient jamais eu la syphilis, on interrogea le grand-père, rien encore, c’est seulement sur le bisaïeul que l’on put trouver des signes très nets de syphilis acquise. L’hérédo-syphilis avait donc sauté deux générations. C’est un cas très rare et l’on comprend facilement qu’il n’est pas souvent possible d’aller rechercher la syphilis aussi loin. Eh bien, dans ce cas encore, quelle n’est pas la difficulté pour le diagnostic ?

Comme Ta très justement fait remarquer notre maître M. le professeur Fournier, il y a des caractères permettant quelquefois de différencier ces deux lésions, (lupus et syphilis) caractères très nets : différence de couleur en général, ou plus spécialement de Taréole entourant le tubercule (teinte de Swédiaur) différence de consistance du tubercule ou des croûtes, bords plus ou moins décollés, taillés à pic, ulcérations plus ou moins anfractueuses, saignantes ou bourgeonnantes ; mais ces signes différentiels très nets sont en réalité relativement rarement rassemblés, nous entendons par là qu’à côté d’un signe très net de syphilis nous pouvons trouver un signe non moins précis de tuberculose. A moins donc d’avoir une très grande habitude, une expérience acquise par de longues années de travail, expérience que nous ne reconnaissons qu’à nos maîtres, il sera difficile au jeune praticien de poser un diagnostic ferme ; et pourtant, quels inconvénients terribles peuvent en résulter I Car nous nous trouvons en présence de la déformation repoussante hideuse qui ronge le nez le plus fréquemment, s’étend à la joue, au front etc. et qui fait pour ainsi dire mettre à Findex, rejeter comme un paria, un lépreux des siècles passés, le jeune homme et surtout la malheureuse jeune fille qui en sont atteints.

Il importe donc de les en préserver par un traitement approprié rapide qui les mette à Fabri d’une récidive grave, et atténue au moins la lésion le plus possible, s’il ne la fait pas disparaître complètement. C’est dans ces cas que le jeune praticien inexpérimenté, comme nous le sommes tous au début de la pratique médicale, devra peser mûre-

ment tous les symptômes objectifs pouvant faire croire à la syphilis ou à la tuberculose et se souvenir que la tuberculose, cet aboutissant presque fatal de toutes les dé-

chéances phijsiquesy comme le disait Jaccoud, trouve dans la syphilis un adjuvant de premier ordre, pour lui donner un terrain approprié à son parfait développement. C’est du moins ce que nous pensons à ce sujet.

Ici donc encore de combien de difficultés s’entoure le diagnostic précis ?

Husson

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