‹ Des éléments symtomatiques établissant le diagnostic différentiel entre le lupus, la syphilis et le cancer de la faceChapitre 9 sur 14 · HYBRIDITÉ · texte numérisé non relu

HYBRIDITÉ

Si nous avons montré dans les quelques pages qui précèdent combien se ressemblaient les lésions cutanées dues à la syphilis, à la tuberculose, et moins fréquemment au cancer, nous devons ajouter que souvent l’hésitation dans le diagnostic se trouve amplement juslifiée par ce fait que l’on peut parfaitement, et c’est d’une fréquence relative, trouver des lésions hybrides dans lesquelles tuberculose et syphilis sont associées, ou bien syphilis et cancer ou enfin lupus et cancer. Tune ou l’autre de ces trois affections pouvant se greffer sur la lésion initiale.

La complication du lupus par le carcinome a été signalée déjà maintes fois (Devergie 1854, Weber de Berlin 1859, Hébra de Vienne 1867, Lang 1874, P. Raymond 1887 etc), soit que l’épithélioma se développe tardivement sur un lupus guéri, soit au contraire qu’il se développe sur un lupus en voie d’évolution, avec son point de départ sur un point du lupus déjà cicatrisé.

Le lupus dans ces différents cas peut offrir un aspect différent du lupus exedens en ce sens que les lésions sont beaucoup plus accentuées ; il y a formation de croûtes noirâtres ou brunes très épaisses pouvant envahir toute la figure et plus spécialement la face dorsale du

nez, au point de rétrécir considérablement Touverture des narines. Si on fait tomber ces croûtes, on trouve en dessous une surface profondément ulcérée saignant facilement avec des granulations molles et de grosseur variable.

De plus, sur les parties avoisinantes, infiltration du derme très prononcée et souventenun point distinct de la lésion, présence d’une tumeur avec croûtes, tubercules durs et ramollis par place, peu ou pas douloureux.

‘ C’est cette tumeur, lorsqu’elle est bien nette, qui facilitera le diagnostic de néoplasme venant compliquer le lupus mais il faut qu’elle soit très précise ; si au contraire la lésion est diffuse, étalée sur le lupus, le diagnostic sera très difficile. Ce qui pourrait aider le plus au diagnostic, serait le retentissement sur les ganglions sous-maxillaires ou préauriculaires, ou sous-mentaux dans le cas par exemple où le cancer aurait envahi le menton. Mais d’autre part, le malade ne nous indiquera évidemment pas le moment où l’ulcération qu’il portait à la joue, ou au nez par exemple s’est compliquée. Nous ne savons pas quand débute l’ulcération de nature cancroïde.

Nous pourrions en dire autant lorsque nous nous trouvons en présence de l’association de deux éléments : syphilis et cancer. Ici Félément syphilitique remplacerait l’élément lupique dans les mêmes conditions que dans les lignes qui précèdent. Au lieu d’un lupus exedens, ce serait une syphilide à forme tertiaire, ulcérée, sur laquelle le cancer en venant s’y greffer donnerait à peu près les mêmes caractères objectifs.

L’association du lupus et de la syphilis est aussi assez fréquente, nous croyons même que cette association est la

plus fréquente de toutes. Pourquoi ne pas supposer en eiTet que dans un organisme atteint par Pune ou Fautre de ces deux diathèses qui minent si profondément toute notre économie, pourquoi ne pas supposer, disons-nous, qu’il y a un « locus minoris resistentiæ » qui permettra si l’une des deux existe déjà, le développement plus facile de l’autre ?

C’est justement à cause de cette fréquence du lupus et de la syphilis que dans certains cas nous pouvons expliquer le succès de certaines interventions thérapeutiques dont nous parlerons un peu plus loin.

La dénomination de lupus syphilitique qui a été donnée à cette forme hybride ne nous paraît pas exacte parce que le lupus et la syphilis cutanée sont deux entités morbides absolument distinctes et qui ne doivent pas être confondues par la dénomination. Seulement, il peut se faire que la syphilis se développe sur une plaque de lupus et réciproquement qu’une plaque lupique se développe sur une syphilide ; ce serait même à notre avis le cas le plus fréquent puisque nous avons considéré ces deux maladies comme caractérisant au plus haut point l’expression de la déchéance physique, la syphilis aurait préparé le terrain, et aurait donné à la tuberculose un organisme en état de réceptivité beaucoup mieux approprié.

Au lieu de « lupus syphilitique » nous proposerons dans l’expression de plaque « lupo-syphilitique » ou « syphilo-lupique » suivant que la tuberculose ou la syphilis ont été les premières en date dans l’évolution de la lésion cutanée.

Kaposi et Lang rejetaient d’ailleurs l’expression de « lupus syphilitique » mais parce qu’ils n’admettaient pas l’hybridité de la lésion. Aujourd’hui nombre d’observations sont venues prouver la concomitance des deux affections.

Nous en avons trouvé dans les Annales de dermatologie depuis leur fondation (année 1879, 1880, 1887 etc) dans les Annales des maladies de la peau de Cazenave nous avons été à même d’en voir un grand nombre, et da- > tant de vingt ans, dans les merveilleuses reproductions du musée de l’hôpital St-Louis. A. ce propos que l’on nous permette une légère digression : nous ne saurions trop engager nosjeunes confrères à aller passer souvent quelques heures au musée de St-Louis. Ils trouveront là toutes les variétés admirablement reproduites, des affections cutanées, ils verront là combien les caractères objectifs de ces lésions sont fréquemment ressemblants au point de s’y méprendre. Ils feront en un mot et très facilement « V éducation de Vœil » si importante en dermatologie.

Terminons ces quelques considérations rapides sur l’hybridité des lésions qui font le sujet de notre étude en disant que nous avons pu examiner un malade que le M. le docteur Gaston nous a envoyé et chez lequel, surtout au début, les lésions de la face ressemblaient à la fois à la syphilis et à la tuberculose.

Ce n’est que devant des manifestations viscérales très nettes que le diagnostic de lupus s’est confirmé.

Ce malade a d’ailleurs été présenté plusieurs fois à la société de dermatologie de l’hôpital St-Louis (Voir obs.XII).

DIAGNOSTIC ANATOMO-PATHOLOGIQUE

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