‹ Des embolies pulmonairesChapitre 11 sur 49 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Embolies de matière cancéreuse; caucer du cœur (oreillette gauche), cancer de

la plèvre et du poumon.

La nommée D.... (Geneviève), cuisinière, âgée de 02 ans, entre à l'hôpital Lariboisièrele 26 février 1861, dans le service deM. Hérard. Depuis trois ou quatre mois,sa santé, jusqu'alors très-bonne, s'est

(t) Virchow, Archiv filr Pathologie, Band V, Hclft II, p. 5 1 5.

(2) Bulletins de la Société anatomique, 1858, p. 516.

(3) Comptes rendus de la Société de biologie, 18G1.

altérée d'une manière graduelle. Amaigrissement, diminution progressive des forces, toux de plus en plus fréquente, expectoration à plusieurs reprises de crachats sanglants , tels ont été les principaux symptômes de cette phase de la maladie. Depuis un mois, dyspnée avec point de côté à droite.

Le 27. L'anxiété et la gêne de la respiration sont extrêmes : il existe une matité absolue, remontant en arrière jusqu'au milieu de l'omoplate, avec absence de respiration ; au sommet, souffle caverneux , résonnance œgophonique de la voix; en avant, la matité et le silence respiratoire occupent les deux tiers inférieurs de la poitrine; sous la clavicule, respiration soufflante et sonorité exagérée avec timbre hydro-aérique.

Le diagnostic porté fut le suivant: épanehement dans la plèvre droite; tuberculisalion probable.

1er mars. La thoracentèse est pratiquée : elle donne issue à 2 litres et demi de sang presque pur.

Amélioration passagère.

Nouvelle thoracentèse le 9 mars.

Mort le 16, à quatre heures du matin.

Autopsie. — La cavité de la plèvre droite contenait, avec 1 litre et demi d'un liquide rougeâtre, de volumineux caillots sanguins; des adhérences, nombreuses sur le sommet, unissaient les deux feuillets de la plèvre ; de petites masses arrondies, grosses chacune comme un noyau de cerise, entourées d'ecchymoses et constituées par de la matière cancéreuse, faisaient saillie sur le feuillet pariétal.

La plèvre pulmonaire se confondait avec la surface du poumon eu un détritus cancéreux. De grosses masses cancéreuses avaient en \ahi une partie du parenchyme pulmonaire; la plus volumineuse avait détruit le tissu voisin de la bronche droite. Les tuniques de ce conduit aérien étaient attaquées, et le tissu morbide, après en avoir défoncé la paroi presque immédiatement au-dessus de la division en bronches secondaires, formait une végétation à pédicule allongé,

se rendant à la partie supérieure , et remontant jusque dans la trachée. Ce prolongement, de couleur rougeâtre, était ramolli et friable.

Le poumon gauche contenait dans son lobe inférieur un petit noyau cancéreux non encore ramolli.

Plusieurs ramifications volumineuses des veines pulmonaires avaient été complètement désorganisées, et se trouvaientconfondues dans le détritus de la masse cancéreuse du poumon.

Le cancer avait envahi le cœur: la face supérieure et une partie de la face antérieure de l'oreillette gauche étaient transformées en un tissu squirrheux, criant sous le scalpel, fournissant au raclage un suc laiteux, et montrant, au microscope, tous les caractères des productions cancéreuses. Les veines pulmonaires droites s'ouvraient chacune par un seul orifice, maintenu béant par l'induration cancéreuse des tissus voisins.

L'endocarde était lisse, et avait été respecté tant dans la cavité de l'oreillette que dans celle du ventricule. Cette intégrité de la membrane interne du cœur démontrait jusqu'à l'évidence que des débris cancéreux, dont on constatait la présence dans le ventricule gauche, provenaient d'une source éloignée. Ces débris, facilement reconnaissables à l'œil nu, au moins comme ayant une apparence distincte de celle de la fibrine coagulée, étaient d'une teinte jaune terne, un peu grisâtre, assez grave, la plupart formant de petites masses granulées du volume d'une tête d'épingle. Les uns étaient libres, les autres retenus dans les colonnes charnues du cœur; d'autres enfin enchâssés dans de véritables caillots sanguins, intriqués eux-mêmes dans les fibres tendineuses de la valvule mitrale.

Le cœur droit contenait quelques caillots peu volumineux et exclusivement formés de cruoret de fibrine.

L'examen microscopique a prouvé l'identité de structure des débris cancéreux contenus dans le cœur, et de la masse cancéreuse qui siégeait dans le poumon.

g 111. — Des lésions pulmonaires consécutives aux

OBLITÉRATIONS PAR EMBOLIE.

Le transport d'un caillot né sur un point éloigné du système veineux, au sein des vaisseaux pulmonaires, ne produit pas toujours une oblitération pure et simple : toutes les fois qu'une mort subite ou très-rapide ne vient pas mettre un terme à révolution pathologique, l'artère s'enflamme, les poumons se congestionnent; des adhérences s'établissent entre le corps étranger et les parois vasculaires, et diverses altérations peuvent en être la conséquence.

Virchow, dans ses nombreuses tentatives pour introduire, par les veines, des obstacles de diverse nature dans la circulation pulmonaire, a vu des lésions fort variables se produire selon la nature du projectile employé (si je puis m'exprimer ainsi), depuis la pneumonie enkystée que déterminent les fragments de caoutchouc, jusqu'aux altérations gangréneuses que produisent les fragments de chair musculaire, les caillots sanguins et d'autres substances d'origine animale.

On comprend d'ailleurs que le caillot, une fois logé dans Tarière, subira lui-même des modifications intimes : il pourra s'incruster de matériaux calcaires, et subir une ossification apparente à l'instar des phlébolithes : il peurêlre remplacé par une bande de tissu celluleux qui rend permanente l'oblitération vnseulaire; on a même

prétendu qu'il pouvait devenir le noyau d'une tumeur cancéreuse, opinion que nous ne chercherons point à discuter. Dans la majorité des cas, s'il est peu volumineux, il subit la transformation graisseuse, et se résorbe progressivement; mais une force impulsive toujours présente vient l'assiéger pendant ce travail intime: l'impulsion du sang le pousse toujours a quitter les grosses branches pour s'enfoncer dans les ramifications de plus en plus ténues : c'est ainsi qu'une embolie primitivement volumineuse peut donner naissance, en se dissociant, a une multitude d'obstructions capillaires. Enfin

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