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OBSERVATION VII

Kmbolie pulmonaire ayant déterminé la gangrène d'un lobe du poumon [1).

Une jeune femme accouchée dans le courant du mois d'octobre 1858 à la Maternité, est sortie de cet hôpital neuf jours aprèsson accouchement, dans un état de santé en apparence satisfaisant.

Au commencement de novembre, elle entra dans le service de M. le professeur Trousseau, à l'Hôtel-Dieu, pour y faire soigner son enfant. Vers le milieu de novembre cette femme est prise d'une phlegmatia alba dolens à gauche. Peu après la circulation sembla se rétablir dans le membre affecté : mais tout à coup la malade ressent une vive douleur dans la fosse iliaque droite et le mollet du

(1) Dumont-Pallier, Comptes rendus de la Société de biologie, décembre 1858.

icôlé correspondant : celle douleur disparaît bienlôl, et n'est point ssuivie d'œdème du membre droit.

Dans les premiers jours de décembre, elle conservait du malaise I plutôt que les signes d'un étal morbide bien déterminé, lorsque Ile 8 du même mois elle est prise tout à coup de douleurs dans la -poitrine du côté droit, accompagnées d'une forte dyspnée: les i inspirations sont courtes et fréquentes ; l'auscultation permet de ; reconnaître des râles humides, puis du souffle et du retentissement de la voix dans la portion supérieure et postérieure de la poilriner ; tandis que dans la partie inférieure de la région ihoracique on i entendit plus lard du souffle et de l'œgophonie. L'expectoration sanglante n'était point celle qu'on observe dans la pneumonie t franche; dès le. deuxième jour des accidents, les crachats ressemblaient à ceux de l'apoplexie pulmonaire : à partir du quatrième jour, ils eurent une odeur gangréneuse de plus en plus accusée, et le septième jour la malade succomba.

Autopsie. — Les veines du mollet, les veines poplitée, crurale et ïsaphène, étaient remplies de caillots, de coloration, de consistance t et de structure variables ; libres dans leur plus grande étendue» adhérents par places aux parois vasculaires.

La veine fémorale, dans sa partie supérieure et au niveau de l'arcade de Faîlope, présentait dans son intérieur un caillot fibrii lieux de couleur rose, parfaitement organisé, dur à la pression, à stries longitudinales, adhérent aux parois vasculaires dans toute ■son étendue, qui mesurait 4 à 5 centimètres de longueur. La surface interne du vaisseau n'était point lomenteuse, mais des Iaimelles el filaments de tissu celluleux unissaient intimement le caillot . au vaisseau, si bien que le caillot ne pouvait être soulevé sans qu'il ;y eût déchirure des éléments de réunion entre ce dernier et la ; séreuse vasculaire.

Le tissu cellulaire périveineux était induré, œdémateux, et cra- «quait sous la pointe du bistouri.

Le caillot fibrineux qui vient d'être décrit se continuait dans sa

portion inférieure avec un caillot demi-fibrineux, demi-sanguin, trèsbien organisé, mais non adhérent, dans les veines iliaque externe, iliaque primitive et cave inférieure.

Dans la cavité de celte dernière veine se trouvait un caillot fibrineux, qui oblitérait incomplètement la circulation du vaisseau. Ce caillot était rosé, fibrineux, résistant à la pression, strié longitudinalement, non adhérent. Il avait 5 centimètres de longueur sur 1 de diamètre : il était sensiblement aplati d'avant en arrière, et se terminait un peu au-dessous de l'abouchement des veines- émulgentes, sous forme d'un moignon déchiqueté, ramolli, auquel étaient appendus par des pédicules filiformes de petits caillots fibrineux au nombre de 5 ou 6 ; quelques caillots de même nature flottaient librement dans la cavité du vaisseau.

Le caillot de la veine cave inférieure, que nous avons représenté se terminant en moignon, se continuait par sa partie postérieure avec un caillot membraneux, fibrineux, de très-minimes dimensions, lequel allait lui-même rejoindre au delà des veines émulgentes un gros caillot fibrineux. Ce dernier, non adhérent, occupait presque toute la cavité du canal veineux dans sa portion hépatique, où il recevait d'autres caillots fibrineux très-nombreux qui appartenaient aux veines sus-hépatiques. Il arrivait ainsi dans l'oreillette droite, puis sous le ventricule, après avoir envoyé un prolongement fibrineux dans la veine cave supérieure et le tronc brachio-céphalique.

Le caillot fibrineux du cœur se continuait avec un caillot cruori que, d'origine évidemment récente, qui remplissait le tronc pulmonaire et ses principales divisions.

Poumons. Pleurésie séro-purulente à droite. Au niveau de la scissure interlobulaire supérieure et de la portion inférieure et postérieure du poumon droit, la surface de l'organe avait une teinte d'un brun noirâtre dans une étendue de 4 à 5 centimètres carrés. En cet endroit, il existait une perforation pulmonaire qui conduisait dans une vaste anfracluosité gangréneuse qui aurait pu loger un œuf de poule. L'aspect du tissu pulmonaire et l'odeur des parties affectées

ne laissait aucun doute sur la nature gangreneuse de la lésion locale.

La grosse branche de l'artère qui dessert le lobe supérieur du poumon droit, dans lequel se trouvait l'excavation gangréneuse, offrait dans sa cavité un caillot fibrineux adhérent aux parois du vaisseau, de couleur rosée, à fibres longitudinales, en tout semblable au caillot de la veine fémorale et de la veine cave inférieure. Il avait 3 centimètres de long et se continuait en arrière avecun caillot fibrineux moins bien organisé, et, en avant, avec des caillots cruoriques ramollis.

Il est évident, d'après celte intéressante observation, que l'oblitération d'un rameau considérable de l'artère pulmonaire peut amener la gangrène du lobe correspondant. Il ne viendra certainement à l'esprit d'aucun observateur sérieux de considérer le fait qui vient d'être rapporté comme le résultat d'une coïncidence purement fortuite. Mais l'artère pulmonaire peut-elle être considérée comme le tronc nourricier de l'organe respiratoire? et peut-on comparer ce genre de sphacèle à celui qui s'empare d'un membre dont la principale artère est oblitérée (1)? Nous manquons de faits pour résoudre la question ; cependant l'observation suivante, que nous devons à l'obligeance de notre excellent maître, M. le Dr Barlh, semblerait venir à l'appui de cette proposition.

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