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DU SANG DANS LES VEINES

La formation d'un thrombus sur un point quelconque d'un système à sang noir est le préambule obligé des accidents emboliques de I l'appareil vasculaire des poumons; il nous paraît donc impossible de ne point examiner les conditions générales qui sollicitent le sang à se coaguler dans les veines, avant de passer à l'énumération des i maladies qui prédisposent aux obstructions métastaliques de l'ar- 1 1ère pulmonaire.

Malgré le talent incontestable des observateurs qui ont recberché lia cause directe de la coagulation du sang, soit au dedans, soit au (dehors de l'économie, il n'existe encore rien de positif à cet égard; mous nous dispenserons donc d'analyser les diverses hypothèses qui «ont été proposées pour expliquer ce phénomène. Nous laisserons (également de côté les causes mécaniques qui peuvent donner nais- ! sance à des concrétions sanguines ; ce sont les modifications généi raies de la composition du sang que nous allons rapidement exai miner.

On peut les subdiviser en deux groupes : tantôt il existe une aug- : mentalion absolue de la fibrine; tantôt, au contraire, les proportions | physiologiques de cet élément n'ont point été dépassées, ou sont « demeurées au-dessous du chiffre normal ; mais il existe une tendance 1 marquée à la coagulation ; la fibrine est dans un état particulier qui I la prédispose à se précipiter dans les vaisseaux qu'elle parcourt. Il

est, on effet, presque universellement admis que les substances albuminoïdes du sang n'existent pas toutes formées dans ce liquide, mais s'y trouvent à l'état de combinaison.

C'est aux dispositions spéciales qui favorisent les coagulations vasculaires sans augmentation de La fibrine dans le sang que Vogel a donné le nom générique d'inopexie (1), dont nous avons déjà fait usage pour désigner ces conditions morbides.

L'influence de l'anémie et des étals cachectiques avait déjà frappé Laënnec. « Ce n'est point, dit-il, chez les sujets jeunes, pléthoriques, et éminemment sujets à l'orgasme inflammatoire, que se forment tout à coup les concrétions polypeuses du cœur. » Cette opinion est aujourd'hui généralement adoptée; M. Barlh admet que les concrétions cardiaques peuvent se produire par le simple fait d'une cachexie avancée ; et l'on doit à M. Bouchut un travail consciencieux sur la même question.

Mais si l'état anémique vient à se compliquer d'une de ces affections qui déterminent une prédominance de la fibrine dans le sang, les conditions les plus favorables au développement du thrombus se trouveront réunies. Voilà pourquoi les phlegmasies intercurrentes, qui surviennent assez souvent chez les gens débilités, sont une source féconde de coagulations veineuses; il en serait de même du rhumatisme, s'il venait à se manifester chez des individus profondément affaiblis. Les affections diphthéritiques, qui méritent par leur nature exceptionnelle une place à part parmi les inflammations, réunissent toutes les conditions qui prédisposent au développement des thromboses; il en est de même de l'albuminurie, dans laquelle la proportion de fibrine se trouve augmentée (2), tandis que des matières

(1) De îç, îvôç , fibrine, et *rï£t«, coagulation. Vogel, in Vlrchow's Handbuch , t. 1, p. 400.

(2) Becquerel et Rodier, Nouvelles recherches d'hématologie, |>. 22 ; 1852.

irritantes, pénétrant clans le torrent circulatoire, viennent solliciter directement la coagulation du sang.

JNIais, parmi toutes les causes de l'inopexie, l'état puerpéral tient la première place. Non-seulement il existe, chez la femme parvenue

aau terme de la grossesse , une augmentation notable des matériaux plastiques du sang, mais encore la composition de ce liquide est viciée par une multitude d'éléments nouveaux. Le sang (1) , dit M. le professeur Simpson, renferme dans l'état puerpéral plus de matériaux destinés, les uns à l'excrétion, les autres à des sécrétions nou-

welles, qu'à toute autre époque de la vie ; voilà pourquoi il subit si facilement l'influence des causes pathologiques; car, pendant les premières semaines qui succèdent à l'accouchement, l'utérus subit

lune sorte de métamorphose régressive; les produits qui résultent de cette transformation passent inévitablement dans le sang, avant d'être éliminés. En même temps, un travail d'excrétion se fait par les lochies ; et les éléments d'une sécrétion nouvelle (le lait) circulent au même instant dans les vaisseaux.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la fréquence des oblitéra-

t lions vasculaires et des concrétions cardiaques dans les cas de fièvre

[puerpérale; l'intervention d'une phlegmasie aiguë, d'une compression directe ou d'un état fébrile, ne paraît même pas indispensable audéveloppemenldes thromboses chez les nouvelles accouchées; c'est ce que semblent démontrer les cas de coagulation spontanée dans les veines jugulaires, que M. le Dr Mac-Clintock a observés à la Ma-

: lernité de Dublin (2).

Aux causes générales qui viennent d'être énumérées, il faut joindre

I la pyohémie,la leucocythémie et les influences épidémiques. On sait

(que dans l'épidémie de grippe de Saint-Omer, observée par M. Ré-

Ci) Simpson s mcmoirs, t. II, p. 67; Édimboui y„ 1856. (2) Dublin quarlcrly journal of médical science, août 1856.

vier, et celle de rougeole, observée en 1841 par M. Périer, tous les malades succombaient avec des polypes fibrineux du cœur. Cette complication avait été déjà signalée par Huxham.

§ II. — Des principales affections qui peuvent donner

A. Etal puerpéral.

Toutes les oblitérations veineuses peuvent devenir le point de départ d'une embolie (t). Nous avons donc à noter, en première ligne, les conséquences depuis longtemps connues de l'étal puerpéral. Les auteurs qui ont traité des maladies des femmes en couches ont cependant négligé, pour la plupart , de signaler la possibilité d'une semblable lerminaison de la phlébite oblitérante. L'ouvrage de Burns renferme une allusion indirecte à des faits de ce genre (2) ; chez les femmes récemment accouchées, il a vu, dit-il, l'imprudence des malades amener quelquefois une mort subite. Des faits analogues ont été observés par Copland (3) ; il cite Denman et Blundell à l'appui de ses assertions.

Dans son excellente monographie de la phlegmalia alba dolens Dronsart (4) rapporte, d'après Davis, l'observation d'un homme q mourut subitement en se mettant sur son séant; il cite égalemen M. le professeur Cruveilhier (5), qui a vu subitement mourir un

(1) Virchovv fail observer que le système porte doit être mis hors de caus Cette restriction est parfaitement juste ; mais, comme nous l'avons vu, les affe tious du foie sont, elles aussi, capables d'influer sur les oblitérations pulmonair quand les veines sus-hépatiques ont été envahies.

(2) Traité des accouchements, Irad. Galiot, p. 387.

(3) Diclionary of pracliv.al metliclnc, t. III, p. 350.

(4) Monographie de la phlegmalia alba dolens, p. 30; 1840. (ô) Analomie pathologique. 27e livraison.

{femme atteinte de cette maladie après un long et violent accès de dyspnée. A l'autopsie, on trouva les veines du membre œdématié .complètement obstruées par un caillot fortement organisé. Enfin, à 'ii'article Pronostic, Dronsart(t) s'exprime en ces termes: «Plus d'une fois on a vu mourir des malades qui. deux jours avant, ne donnaient pas d'inquiétude sérieuse.»

Des faits semblables ont été observés par M. le Dr Bouchut(2), et i un cas de ce genre est rapporté dans le mémoire de M. le Dr Moyuier sur les morts subites (3). Dans une intéressante dissertation inaugurale. M. Dehous (4) rapporte l'observation d'une dame qui, à la suite d'un accouchement, fut affectée d'un œdème douloureux fort grave; les symptômes paraissaient s'amender, lorsque tout à coup, en voulant aller à la garde-robe, cette dame tomba par terre; avant qu'on pût appeler du secours, elle était morte. L'autopsie n'a pas été faite; mais, d'après les symptômes observés, l'auteur admettrait volontiers que le bouchon fibrineux qui oblitère les veines du membre inférieur peut se détacher, et, entraîné par le torrent circulatoire, aller former sur un point quelconque un obstacle assez puissant pour enrayer les rouages de la vie.

Nous avons rapporté plus haut quelques cas de ce genre. L'obser- \ation suivante, que nous avons publiée en 1858 (5), offre un type parfait de l'embolie veineuse et des accidents qui en sont parfois la conséquence : nous la reproduisons donc en entier, malgré son étendue.

(!) Op. cit., p. 76.

(2) Mémoire sur la phlegmatia alba dolens, p. 25.

(3) ItL, p. 34.

(4) Th èse sur les morls subites pendant la grossesse, l'accouchement, etc.

(5) Cliarcot et Bail, Sur la Mort subite, etc. (Gazette hebdomadaire, 1858).

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