‹ Des embolies pulmonairesChapitre 44 sur 49 · OBSERVATION XXXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXIII

Mort subite au terme de la grossesse , précédée par une douleur assez vive au côté interne de la cuisse gauche ; caillots blancs , solides , résistants, dans les veines pulmonaires.

Une jeune femme, parvenue heureusement au terme d'une seconde grossesse, se plaignait depuis quelques jours d'une douleur assez vive au côté interne de la cuisse gauche; il existait une sensibilité exagérée au contact en cet «ndroil ; pour la soulager on avait prescrit un repos absolu dans la position horizontale.

(1) Ce fait intéressant est cité par M. le Dr Richardson , mais sous un litre complètement erroné ; il en parle comme d'un exemple de mort subite par obstruelion de l'artère pulmonaire, avec dépôt fibrineux du ventricule droit. On verra, par la lecture de l'observation, qu'il s'agit uniquement d'une obstruction des veines jjulinonaircs.

Le jour même de l'accident, elle se trouvait dans d'excellentes conditions physiques et morales; elle avait mangé avec beaucoup d'appétit à trois heures et à six heures de l'après-midi : à huit heures du soir, étant couchée sur son lit, elle pousse subitement un cri, agile violemment les bras, et s'écrie : « Oh ! ma tête ! je ne puis plus respirer ! je vais devenir folle! donnez-moi de l'air ! » Pendant cinq minutes elle fut en proie à une violente dyspnée : la main était appliquée sur la poitrine, la face était livide, les genoux rapprochés du menton. Elle finit par se calmer, et dit à son mari : «Je me sens beaucoup mieux à présent. » En prononçant ces mots, elle expira.

A Y autopsie , on trouva le sang noir et fluide dans toute l'étendue de l'arbre vasculaire, excepté dans les veines pulmonaires, qui se trouvaient remplies par des cylindres fibrineux, composés de deux couches stratifiées et renfermant au centre un caillot noirâtre et mou. La consistance de ces concrétions était assez grande pour permettre de les extraire des vaisseaux et de les manier sans les rompre ; enfin le cœur gauche était complètement vide, le système artériel remarquablement étroit; le cœur droit (oreillette et ventricule) était distendu par du sang fluide et noir, et les veines offraient une ampleur extraordinaire; la veine cave inférieure avait 1 pouce et demi de diamètre. Il n'existait de thrombose nulle part.

On voit que chez cette malade une obstruction des veines pulmonaires a déterminé tous les symptômes de l'embolie artérielle des poumons : la mort avait été presque subite ; les symptômes observés étaient ceux d'une oblitération de l'artère pulmonaire; enfin l'on pouvait soupçonner l'existence d'un caillot dans la veine fémorale gauche : on aurait donc été parfaitement fondé à formuler un diagnostic que l'autopsie n'aurait point confirmé.

Nous venons d'étudier attentivement, au point de vue clinique, les diverses espèces d'obstructions vasculaires des poumons, pour en faire ressortir les différences et les analogies. Nous ne croyons pas

devoir passer en revue les autres affections de l'appareil respiratoire, qui pourraient être confondues avec les embolies : nous croyons qu'une exploration attentive de la poitrine permettra dans la grande majorité des cas d'éviter toute erreur du diagnostic.

Nous ne dirons qu'un mot sur la symptomatologie des embolies capillaires. Dans le cas où il s'agit d'une oblitération pure et simple des vaisseaux, on n'observe que des symptômes fort indécis : le malade tousse et crache; mais l'exploration physique de la poitrine ne peut fournir aucun renseignement sur son état, les lésions étant d'une trop faible étendue; quelquefois il se produit une excavation sanguine, une pneumonie circonscrite : on voit alors se développer les signes de ces diverses affections.

Lorsqu'au contraire les parcelles entraînées par le courant sanguin sont douées de propriétés septiques, on voit survenir des symptômes typhoïdes : l'invasion de la maladie est marquée par des frissons violents, un malaise général et une céphalalgie plus ou moins intense. Bientôt la fièvre s'allume, une agitation plus ou moins vive se déclare, et le délire survient quelquefois ; enfin le malade succombe dans I'adynamie, après avoir souvent présenté, sur le point malade, des signes de pneumonie circonscrite.

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