CHAPITRE V
Pronostic et traitement des embolies pulmonaires.
Nous avons vu dans les chapitres précédents que, dans une multitude de circonstances diverses, des caillots peu volumineux peuvent se transporter dans l'artère pulmonaire sans occasionner aucun accident sérieux ; c'est ainsi que, dans plusieurs des cas rapportés par Virchow, Klinger et d'autres auteurs, on a pu constater, à l'autopsie,
des oblitérations pulmonaires limitées à des rameaux peu volumineux de l'artère, dont l'existence n'avait point été soupçonnée pendant la vie. Les observations 18 et 19 de celle thèse en fournissent également des exemples. Un cas de ce genre s'est récemment présenté à notre observation : chez un phlhisique qui, pendant les derniers jours de la vie, offrait de l'œdème des membres inférieurs, nous avons trouvé, à l'autopsie, un caillot blanc, ramolli au centre, adhérent aux parois de la veine fémorale; et dans plusieurs ramifications pulmonaires, de cinquième et sixième ordre, il exislait des caillots blancs, peu volumineux, n'offrant qu'une faible adhérence aux parois artérielles; aucun symptôme particulier n'avait révélé leur existence pendant la vie.
Lorsqu'on réfléchit d'ailleurs que dans un grand nombre de maladies qui se présentent journellement dans la pratique , il existe inévitablement des coagulations sanguines dans les vaisseaux capillaires du poumon, on comprend aisément que de pareilles obstructions doivent se résoudre sans difficulté.
Lorsqu'il ne s'agit point d'une masse cancéreuse ou putride, dont la présence est toujours une source d'irritation pour les tissus voisins, la gravité de l'accident est subordonnée au calibre des vaisseaux oblitérés; et comme le diagnostic n'est possible que pour les embolies les plus volumineuses, on comprend sans peine comment de pareilles lésions ont dû être envisagées au point de vue du pronostic.
L'oblitération de l'un des troncs principaux de l'artère pulmonaire est en effet l'un des accidents les plus graves qui puissent survenir dans le cours d'une maladie. Il est cependant permis de croire que des cas fort graves, dans lesquels l'obstacle occupait une branche de premier ordre, ont pu quelquefois se terminer d'une manière favorable. Il existe en effet des cas où les accidents les plus menaçants ont subitement cessé pour faire place au rétablissement complet de l'état physiologique. L'incertitude qui pèse toujours en pareil cas sur le diagnostic ne permet jamais d'affirmer, d'une manière positive,
qu'un caillot déposé dans l'artère pulmonaire a été résorbé ; mais celte hypothèse a souvent toutes les probabilités en sa faveur : l'observation suivante, qui appartient à M. le Dr Jacquemier, présenterait, selon toute apparence, un exemple de guérison dans un cas d'embolie pulmonaire (1).