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OBSERVATION II

Oblitération des veines du membre inférieur droit jusqu'à l'iliaque primitive inclusivement ; kyste céphalique creusé d'une cavité centrale remplie d'un liquide boueux; thrombose de l'artère pulmonaire.

J (Victorine), âgée de 27 ans, couturière, est entrée, le 15 juillet 1860, à l'hôpital Lariboisière, dans le service de M. le Dr Charcot, salle Sainte-Élisabeth, n° 27.

Accouchée depuis un an, cette femme présentait des symptômes de tuberculisation pulmonaire depuis deux mois, lorsqu'elle vint solliciter son admission à l'hôpital.

Le 8 août, on remarqua pour la première fois un œdème douloureux du membre inférieur droit; il existait un cordon assez prononcé sur le trajet de la veine crurale, avec un léger refroidissement des parties correspondantes.

Le 24, elle fut prise d'une dyspnée extrême, qui alla toujours en croissant jusqu'à la mort de la malade, qui eut lieu le 27 août.

A ulopsie. — Tubercules très-nombreux et excavations volumineuses au sommet des deux poumons, avec induration périphérique. Les deux tiers inférieurs des poumons ne renferment point de tubercules.

Au niveau des parties non indurées, on trouve, en ouvrant les ra meaux de l'artère pulmonaire, des caillots décolorés, d'origine évidemment ancienne, non adhérents aux parois du vaisseau, dont quelques-uns atteignent le volume d'une petite plume d'oie ; leurex-

trémité* libre et arrondie est tournée vers le cœur. Dans les gros troncs pulmonaires, il n'existe point de caillots.

Cœur peu volumineux, caillots récents dans les deux cavités; mais dans le ventricule droit, on trouve, vers la pointe, dans les cavités trabéculaires, des caillots adhérents, enchevêtrés dans les trabécules, et faisant saillie dans la cavité du ventricule sous forme de polypes: ils offrent une surface irrégulière, une couleur grisâtre, et renferment un liquide couleur lie de vin.

Les veines principales du membre inférieur droit , à partir de l'iliaque primitive, sont oblitérées par des thrombus parfaitement adhérents, spongieux, décolorés, d'un aspect jaunâtre, et d'une structure lamelleuse. Au niveau de l'embouchure de la veine iliaque primitive dans la veine cave inférieure, le caillot obturateur présente un renflement oviforme aplati d'avant en arrière, sans adhérence aux parois vasculaires , qui pénètre dans la veine cave, dans une étendue d'un centimètre et demi. Ce renflement terminal ou tête de caillot, libre et arrondi de toutes parts, est constitué par un kyste fibrinenx à parois assez minces, qui renferme un liquide couleur lie de vin.

Les veines oblitérées étaient fortement distendues; on remarque, à l'extérieur, leur adhérence très-intime avec leur gaine celluleuse. A l'intérieur, après avoir détaché les caillots en raclant la membrane interne, on met à nu une surface blanche, opaque et dépolie. Les tuniques vasculaires, prises dans leur ensemble, sont fortement épaissies.

Les veines du membre inférieur gauche sont libres de toute obstruction.

La malade qui fait le sujet de cette observation était évidemment parvenue à un degré de marasme éminemment favorable à la déposition de la fibrine dans les vaisseaux ; c'est un cas d'inopexie trèsprononcée; les concrétions trouvées à la fois dans les veines périphériques, le cœur droit et les ramifications de l'artère pulmonaire

en font foi. Nous considérons les caillots blancs et décolorés qui siégeaient dans les petites branches de l'artère comme des produits de coagulation spontanée: leur forme arrondie aux extrémités, leur situation dans les petites branches, et l'absence de toute espèce de coagulation dans le tronc pulmonaire, nous autorise à le croire ; mais ce qui parait surtout le prouver, c'est la disposition parfaitement régulière de la tête du caillot veineux, qui démontre jusqu'à l'évidence qu'il ne s'en était détaché aucun fragment.

Ce n'est pas cependant sur ce point que nous désirons attirer l'attention pour le moment. Il s'agissait évidemment, dans ce cas, d'une série de concrétions sinon fort anciennes, du moins fort avancées dans le travail de régression que nous venons de décrire ; l'état des masses polypeuses situées dans le ventricule droit nous en fournit évidemment la preuve , et la forme spéciale du renflement terminal du caillot obturateur nous paraît offrir un type de la disposition anatomique que nous avons signalée dans l'observation précédente.

C'est ici un véritable kyste de forme globuleuse, renfermant un liquide particulier à l'intérieur. C'est un degré plus avancé de la transformation singulière, qui réduit une masse fibrineuse solide à l'état d'une bouillie semi-liquide. On remarquera que des adhérences intimes unissaient partout le caillot aux parois vasculaires, tandis que le prolongement qui avait envahi la veine cave inférieure était libre de toutes parts; il en est toujours ainsi, lorsque le caillot n'a point été brisé par le mécanisme que nous avons décrit plus haut.

Le renflement terminal n'offre pas toujours une forme globuleuse : il est quelquefois aplati d'avant en arrière, et se présente sous forme de languette, comme dans l'observation suivante.

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