OBSERVATION IV
Cachexie tuberculeuse, thrombose cachectique, caillot canaliculé (Ij.
Le sujet de celte observation était un homme âgé de 32 ans, qui a succombé aux progrès d'une phthisie pulmonaire arrivée au troisième degré. Cinq semaines avant la mort on avait observé une phlegmatia alba clo/ens du côté gauche, et huit jours avant de mourir le malade avait présenté les signes d'une phlegmatia alba dolens du côté droit.
Voici ce que Y autopsie nous a permis de constater :
Côté gauche : 1° Oblitération en apparence complète des veines fémorale, iliaque primitive et iliaque externe, formée par des caillots fibrineux d'ancienne date, adhérents aux parois vasculaires ; au milieu de ces caillots fibrineux on voyait très-manifestement des lamelles celluleuses qui divisaient les caillots ; la direction de ces lamelles ou trabécules était oblique, transversale ou parallèle au vaisseau; mais tous ces prolongements celluleux venaient s'insérer sur la séreuse vasculaire, et se confondre avec elle au point d'insertion. II y avait un échange multiple de ces lamelles et trabécules entre le caillot et les parois veineuses.
Ces lamelles , en se réunissant entre elles sous des angles variables, laissaient des espaces libres, petites cavités qui étaient remplies de Fibrine jaunâtre, décolorée et presque blanche. Celle disposition donnait à l'intérieur des veines un aspect semblable à celui d'un tissu caverneux. Le stylet passait d'une petite cavité dans Pau-
(1) Comptes rendus de la Société de biologie, décembre 1858.
tre, puis are-boutait contre la paroi vasculaire, puis retombait clans une autre cavité de forme variable, pour finir par retomber dans la lumière du vaisseau.
Côté droit: Les veines fémorale et iliaque externe présentaient les mêmes lésions à un degré moins avancé.
Dans la veine fémorale droite on observait un très-beau caillot adhérent, rosé, strié, envoyant des prolongements celluleux à la paroi veineuse, et segmenté lui-même par un cloisonnement celluleux de formation récente; dans la veine iliaque externe, dont les parois n'étaient que faiblement épaissies, et dont la séreuse était normale, on remarquait un très-beau caillot fibrineux de 8 à 10 centimètres de long, entièrement libre d'adhérences. Ce caillot était creux, à la manière d'une gaine vasculaire; les parois étaient épaissies et résistantes; dans sa cavité il renfermait de la fibrine ramollie en petite quantité, puis des prolongements et trabécules analogues à ceux qui ont été déjà notés.
En un endroit de sa longueur, immédiatement au-dessus de l'arcade de Fallope , cette gaine fibrineuse renfermait un autre caillot qui se terminait en cône tronqué et se reliait par son extrémité inférieure avec le caillot de la veine fémorale.
En coupant perpendiculairement les vaisseaux qui présentaient la structure caverneuse, la section les montrait divisés par une ou plusieurs cloisons celluleuses très-résistantes , qui leur donnaient l'aspect de fusils à double, triple, quadruple canon. En pressant le vaisseau avec le manche du scalpel, on faisait saillir les extrémités des caillots fibrineux qui comblaient les différentes loges cellulaires.
La veine cave inférieure renfermait un caillot continu avec les caillots des veines iliaques. Ce caillot était fibrineux , terminé en cône à surface lisse; il était adhérent et renfermait une grande quantité de fibrine ramollie.
L'examen microscopique, fait avec l'aide de M. le Dr Charcol, a donné les résultats suivants :
Les lamelles organisées offraient, à un grossissement de 360 diamètres une structure fibro-celluleuse et des dépôts considérables de matière amorphe, avec un grand nombre de globules graisseux de petite dimension.
2° Les lamelles en voie de formation présentaient la même structure, avec celte différence que les fibres-cellules étaient plus rares et moins bien accusées.
3° L'examen de la fibrine dégénérée présentait de la matière amorphe, des fragments de fibrine, des globules de sang pâles, des globules graisseux libres et des globules blancs gorgés de graisse, très-gros et identiques à ceux que M. Charcot a décrits dans les caillots du cœur.
L'analyse de cette intéressante observation nous apprend que si le ramollissement du caillot se produit habituellement du centre à la périphérie, il n'en est pas toujours ainsi, et que des points irrégulièrement disposés peuvent devenir le siège de ces modifications. La veine oblitérée prend alors une structure caverneuse, et l'on rencontre quelquefois une disposition analogue dans les obturations de l'artère pulmonaire. Il peut même arriver quelquefois que le bouchon fibrineux se réduise en matière pultacée sur un point quelconque de son étendue, sans que les autres parties du caillot aient participé à cette altération localisée : la masse oblitérante se trouve alors coupée en deux. Il ne s'agit point, en pareil cas, d'une phlébite enkystée, comme on pourrait le supposer, mais bien d'un ramollissement local du caillot, obturateur, comme on le voit dans l'ohservalion suivante :