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donner encore un peu de chloroforme. Plaçant alors mon avant-bras dans le creux popliét, je fléchis la cuisse et je lui imprime des mouvements d'adduction en même temps que de rotation en dedans. Au bout d'un instant la tète saute dans la cavité cotyloïde avec un-bruit caractéristique, perceptible pour tous les assistants. Effectivement le membre a repris sa position et sa forme normales, et on peut lui faire exécuter tous les mouvements avec facilité.
Le tout a duré six à sept minutes, pendant lesquelles M. Kaltenthaler a versé sur la compresse une trentaine de gouttes de chloroforme tirées d'un flacon gradué. A ce moment on me fait remarquer que le blessé est très pâle. Son pouls est faible, mais sa respiration est régulière quoique superficielle, et j'attribue ces symptômes à l'état nauséeux, provoqué par l'action du chloroforme, renforcé par la morphine.
J'hésite d'abord si je ne dois pas laisser le malade à terre jusqu'à ce qu'il soit revenu à lui, mais je me décide à le faire transporter dans son lit dans une position strictement horizontale pour pouvoir lui donner des soins plus réguliers.
Le blessé est toujours pâle et nous nous attendons à le voir vomir. Je m'occupe de lui fixer le membre dans l'adduction pour prévenir la reproduction de la luxation, quand nous nous apercevons que sa face prend une expression cadavérique et qu'il cesse de respirer. Immédiatement je lui ramène la base de la langue en avant, mes aides pratiquent la respiration artificielle par des pressions alternalives sur le thorax, qu'on fouette également avec un linge mouillé. On lui injecte en même temps sous la peau une seringue d'éther sulfurique. Au bout de trente à quarante secondes le malade refait spontanément des inspirations régulières et profondes, sa face se colore un peu ; je le crois sauvé et il l'aurait été si les accidents avaient été causés par le chloroforme. Le pouls est cependant encore très faible.
Je m'éloigne du lit pour voir un enfant qu'on vient d'apporter, recommandant à M. Kaltenthaler de rester près de lui et de le surveiller. On me rappelle presque immédiatement; la face est redevenue cadavérique, la respiration et le pouls ont cessé, la mort est définitive malgré tous nos efforts : position déclive de la tête, galvanisation du diaphragme, trachéotomie, etc.
Procès-verbal de V autopsie , faite le même jour, à cinq heui-es du soir, par le professeur rf^» Recldlnyliaasen.
Enveloppes du cerveau fortement injectées et œdématiéas. — Substance cérébrale, trè.s humide. — Aceumulalion de liquide dans les ventricules, surtout dans le Iroisième.
Cœur distendu par du sang entièrement liquide, dont on recueille plus d'un litre. Il ne présente aucune odeur de chloroforme. Le cœur droit en particulier est distendu »t aminci, mais ne renferme aucune bulle de gaz.
Dans la paroi du ventricule droit il existe plusieurs places atrophiques, où la musculature manque entièrement. — L'oreillette droite est tout à fait transparente, formée seulement par les séreuses entre lesquelles rampent des libres musculaires disséminées.
Les deux poumons sont fortement gorgés de sang dans leur partie postérieure. Sur plusieurs points des lobes inférieurs, et même à la base des lobes supérieurs, on trouve des ecchymoses sous-pleurales. — Dans les deux artères pulmonaires on trouve des thrombus, avec des parties blanches et d'autres rouges. Ils se rencontrent déjà dans les branches moyennes et pénétrent dans celles de troisième et quatrième ordre, mais sans s'étendre dans les dernières ramifications. Ces thrombus sont arrondis à leurs deux extrémités comme des embolies, et ce n'est qu'à droite qu'on trouve une légère adhérence. Dans le cœur il n'y a pas de thrombus. — L'exa-
men microscopique montre dans les deux poumons des embolies graisseuses, extrêmement étendues et intenses, remplissant notamment les petites artérioles.
Foie, rate, reins, gorgés de sang, mais normaux.
La tête du fémur droit est dans la cavité cotyloïde, dont la capsule fibreuse offre une large déchirure en dedans du ligament de Bertin; le ligament rond est déchiré et infiltré de sang. Infiltration sanguine dans les muscles psoas et iliaque, de même que dans les adducteurs, qui présentent des déchirures à leur partie supérieure.
Les veines iliaque et crurale droites ne renferment que du sang liquide ; par contre on trouve dans la veine poplitée un thrombus en tout semblable à celui des artères pulmonaires. Il s'étend dans la veine tibiale postérieure et surtout dans les veines du mollet fortement dilatées. Ces thrombus, assez secs, ne sont pas formés par des couclics concentriques,^ ni manifestement soudés à la paroi.