ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L’anatomie pathologique de l’endocardite infectieuse subaiguë nous offre à considérer des lésions änatomiques constantes de l’endocardé et, suivant son évolution et ses complications, des lésions variables du système artériel, de la râte et dés feins.
L’éndocarde présénte au niveau des valvules des végétations polypeuses, irrégulières, exubérantes, volumineuses. Elles sont d'âge différent, calcifiées, fibreuses ou molles ; se prolongent sur l’endocarde des cavités. On ne voit pas d’ulcérations, pas de nécroses, pas de rupture des tendrons, pas d’anévrismes intracardiaques comme dans les endocardites malignes aiguës, où l’endocardité est purement végétante. On peut, en étüdiant au microscope la structure des végétations, suivre facilement tous les stades de leur développement depuis leur formation jusqu’à leur transformation scléreuse ou leur dégénérescence hyaline. Au niveau du myocarde il n’y a qué fort peu de lésions ; tout au plus le microscope permet:il de constater des altérations limitées à la zone sous-endocardiaque.
Les cavités cardiaques sont parfois obstruées par de volumineux caillots qui peuvent présenter dés aspécts variés : ce sont le plus souvent de grosses végétations globuleuses, adhérentes au niveau de l’endocarde auriculaire dans les logettes desquelles elles envoient de véritables pieds d'implantation. Quand les caillots
sont de dimension restreinte, ils peuvent se cacher complètement dans les logettes de l’auricule et passer inaperçus. Les auricules ont alors un aspect particulier: ils sont boursouflés et comme injectés au suif. Les caillots peuvent se pédiculiser et donner lieu à de véritables polypes fibrineux, ou affecter la forme d'un galet roulé, modelé par les tourbillons sanguins.
On ne constate nulle part de foyers suppuratifs comme on en voit dans les endocardites infectieuses aiguës ; par contre l’autopsie montre beaucoup plus d'infarctus qu'on n'avait pu le supposer pendant la vie. Ces infarctus d’âges différents et de volumes variés siègent toujours au niveau de la rate, du foie, du rein. Ils ne S'accompagnent que de lésions inflammatoires modérées.
Les lésions artérielles sont très importantes. Ce sont tout d'abord dés artérites oblitérantes d’origine embolique. Elles siègent dans tous les territoires vasculaires de l’organisme. Suivant l’âge de la lésion, on trouvera l’artérite embolique à sa phase de réaction inflammatoire où d’organisation cicatricielle. Les conséquences de ces oblitérations se marquent par des lésions capitales fort variées du reste : ramollissement cérébral, infarctus du myocarde, de la rate, du foie, du rein, gangrène des membres. |
Les lésions d’artérite ectasiante constituent une des particularités essentielles de l’endocardite infectieuse subaiguë: on qualifie ces anévrysmes, d’anéviysmes emboliques parce qu’on les considère comme détérminés par la désorganisation des parois artérielles au contact d’un caillot vecteur des microbes. Nous
ignorons en réalité les détails de leur genèse, nous en connaissons par contre leurs caractères principaux : leur siège varié : on les rencontre aussi bien au niveau des membres que des gros troncs abdominaux ou des artères nourricières des viscères ; 2° leur localisation absolument exceptionnelle au niveau de l'aorte et en particulier au niveau de la crosse aortique ; 3° leur fréquente multiplicité ; il n’est pas rare de rencontrer à l’autopsie un ou deux anévrysmes en plus de ceux que l’on avait pu reconnaître pendant la vie; 4° leur évolution aiguë qui se termine, tout au moins en ce qui concerne les anévrysmes viscéraux, par la rupture suivie d'une hémorragie fatale. Lindbour a signalé deux casavec inflammation aiguë et purulente de la paroi vasculaire, rupture des tuniques moyennes et de la membrane élastique.
La rate est augmentée de volume, elle est parfois énorme, entourée de périsplénite fibreuse. Elle présente des infarctus multiples : les plus anciens ne sont représentés que par une cicatrice fibreuse rétractée, les plus récents figurent une masse blanchâtre, plus ou moins volumineuse de tissu nécrosé. Même loin des infarctus, le tissu splénique est lésé comme le montre l'examen microscopique : il y a dégénérescence des éléments vasculaires avec sclérose des corpuscules de Malpighi.
Le rein est toujours gravement atteint. Sa forme et son aspect sont modifiés par les cicatrices d’infarctus. Il existe en outre des lésions de néphrite. Lœhlein, puis Bachr ont décrit une forme de néphrite propre à cette endocardite maligne. Elle serait caractérisée par
des altérations parcellaires, irréguliérement réparties dans le parenchyme avant tout constituées par des thrombus localisés à quelques capillaires glomérulaires. Baehr a rencontré ces lésions vingt-trois fois sur vingtcinq endocardites infectieuses subaiguës observées, tandis que cinquante-quatre endocardites aiguës ne lui en ont pas fourni un seul cas. Cependant M. Debré ne considère pas ces lésions comme assez particulières pour justifier la création d’une entité anatomique et pour lui, les reins montrent des lésions multiples de glomérulo-néphrite comme chaque fois qu'une infection prolongée a frappé le rein.