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DE LA NATURE DES ALTERATIONS

On peut, ce nous semble, diviser en deux périodes le travail morbide qui s'accomplit dans l'endocardite.

La première est caractérisée par la production d'éléments nouveaux. La seconde par la transformation de ces éléments.

Quelle est la nature des altérations premières? Il ne saurait y avoir de doute à cet égard. Elles sont d'orignne inflammatoire, qu'on comprenne l'inflammation comme un phénomène éminemment vasculaire et exsudatif, qu'on y voie au contraire, comme Virchow, un phénomène plus g-énéral, une irritation nutritive.

Tous les auteurs sont aujourd'hui d'accord à ce sujet, et si l'opinion de M. Bouillaud a trouvé au début des obstacles souvent peu scientifiques , elle en a triomphé avec le temps, parce qu'elle est vraie.

Il n'est pas aussi facile de juger l'orig'ine des lésions de la seconde période. Les unes, en effet, appartiennent réellement à l'inflammation , les autres sont le résultat des prog-rès de l'âge. Disons tout de suite qu'il n'est pas facile de les différencier sur les cadavres des individus âgés; mais, lorsqu'on les rencontre chez des sujets adultes, elles appartiennent manifestement à l'endocardite. Ici encore l'opinion de M. Bouillaud rencontra dès le début une violente contradiction, et c'est peut-être à celle-ci qu'elle a dû d'être légèrement exagérée. Elle ne le serait pourtant pas aux yeux des Allemands , comme on peut s'en assurer en jetant un coup d'œil sur les statistiques que nous avons rapportées.

Laënnec seul soutint que les incrustations calcaires

ne résultaient jamais de Tintlammation. M. Andral partagée sous ce rapport à peu près complètement l'opinion de M. Bouillaud. Pour MM. Grisolle, Piorry, Monneret, pourStokes (1) les incrustations seraient moins fréquemment le résultatd'un travail inflammatoire; la plupart du temps elles ne seraient que les conséquences de l'état senile. Suivant MM. Hardy et Béliier, l'endocardite peut en être la cause éloignée, mais les transformations subies par les produits organisés ne seraient pas le résultat d'un travail inflammatoire chronique.

M. Cruveilliier (2) s'exprime ainsi : « On peut dire que l'induration fibreuse , cartilag-ineuse et osseuse des valvules est souvent consécutive à l'inflammation, qu'elle peut être considérée comme une de ses conséquences éloig-nées, mais qu'elle n'est pas l'intlammation proprement dite ; car elle peut survenir sans inflammation préalable : ainsi, en admettant la classe des irritations, telle que l'avait conçue Dupuytren, devrait-on faire une classe à part sous le nom d'irritation, de transformation de l'espèce de travail morbide, qui a pour conséquence le passage d'un tissu à un autre tissu. »

Pour nous, les contradictions apparentes disparaissent si l'on supprime le mot inflammation. On ne verra plus alors qu'une irritation nutritive arrivant au même but plus ou moins rapidement, et méritant le nom d'inflammatoire seulement, quand le processus est actif et rapide.

(1) Maladies du cœur, 1864 ; trad. du Sënac.

(2) Anatomie pathologique générale, t. II, 1852.

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