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OBSERVATION IV (I

Endocardite aiguë à forme typhoïde.

X , âgée de 24 ans, domestique, entrée à la Charité le 11 juin

1862, salle Saiute-Madeleine, no 14, service de M. le professeur Bouillaud.

Pas d'anlécédenls rhumatismaux dans sa famille; elle habile Paris depuis dix-huit mois. La malade n'avait jamais eu de maladies graves lorsque, le 5 avril dernier, elle a été atteinte de rhumatisme articulaire aigu; la plupart des articulations ont été attaquées. On l'a traitée alors par des sangsues appliquées autour des poignets et par le sulfate de quinine. Au bout de deux mois de traitement, le ôjuin, cette femme sort guérie de l'hôpital; elle reprend ses travaux et les continue jusqu'au 20 juin. Toutefois elle raconte que, cinq jours après sa sortie, elle a été prise de frissons, suivis de sueurs, de céphalalgie, d'un malaise général; de[)uis lors, la fièvre persiste, mais elle présente, pendant le jour, une rémission qui permet à peine à la malade de continuer son travail. Tous les jours, vers sept heures du soir, un frisson se déclare et est suivi, au bout de quelque temps, de sueurs abondantes; la fièvre dure toute la nuit,

Étal actuel . Un [leu de toux; respiration oppressée, précipitée; l'auscultation, la percussion, ne dénotent rien d'anormal dans la poitrine. Peau chaude; pouls plein, fréquent, 108. Le cœur ne parait pas augmenté de volume; riiiq)ulsion cardiaque est assez forte; à l'auscultation, bruit de souffle rude au premier temps, s'entendant dans toute la région cardiaque, mais ayant son maximum d'intensité à la base, couvrant le premier bruit et comprenant toute la durée du petit silence. Ce bruit de souffle se prolonge dans la caro-

(1) Due à M. le Dr Auguste Voisin.

tide et correspond à la systole. Pas d'appétit, peu de soif; pendant dix jours la malade a eu de la diarrhée; mais celle-ci a cessé depuis ce matin; gargouillement dans les deux fosses iliaques. Sur l'abdomen, petites taches rosées disparaissant par la pression; langue blanche, sèche à la pointe, sensation de sécheresse à la gorge. rrailement. Saignée de 3 palettes; diète.

23 juin. Pouls à 120. facilement dépressible, peau chaude sudorale, céphalalgie, bourdonnements dans les oreilles ; ventre ballonné, sonorité exagérée, douleur dans la fosse iliaque gauche et la fosse iliaque droite.

Trois selles depuis hier. Impulsion cardiaque forte. M. Bouillaud porte le diagnostic suivant : Eidocardite aiguë entée sur une endocardite chroni(]ue ; apparence typhoïde.

Le sang de la saignée d'hier n'est pas couenneux, mais glutineux.

Traitement. Ventouses scarifiées sur la région cardiaque ; 300 gr. de sang. Diète; deux lavements émoUients.

Le soir, un peu de surdité, céphalalgie frontale, langue blanchâtre à la base, rouge sur les bords et à la pointe; nausées, soif intense. Plusieurs selles liquides.

36 inspirations, 104 pulsations; pouls régulier, à peine résistant sous le doigt, faible, dépressible. P«au chaude, sèche ; toux sèche; expectoration d'un liquide spumeux, clair.

Le 24. Dix selles liquides pendant la nuit, depuis hier soir, plusieurs involontaires. Pouls, 104; forte oppression par moments; la pointe de la langue est nn peu sèche, soif vive. Ventre reste ballonné, douleur vive dans la fosse iliaque droile. gargouillement Irèsmanifeste; mêmes lâches sur le ventre. Toux fréquente, expectoration muqueuse. Abattement, rêvasseries cette nuit, toux; pouls, 104, résistant; bourdonnements dans les oreilles. Une seule selle liquide depuis hier; ventre moins ballonné; le gargouillement persiste, quelques taches, pas d'épistaxis.

Le 26. Faiblesse assez grande, langue sèche dans la partie moyenne ; 3 selles depuis hier matin, 96 pulsations, pouls dépressible; respiration suspirieuse; 32 respirations par minute; gargouillement trèsabondant dans la fosse iliaque droite, moins de douleur abdominale à la pression, ventre plus souple. On entend toujours le bruit de souffle cardiaque.

Le 28. Prostration. Pouls régulier, 100 pulsations, langue sèche, respiration suspirieuse; ventre ballonné, gargouillement abondant dans la fosse iliaque droite; crachats muqueux, haleine fétide.

Le 30. Abattement. Réponses faites avec peine; laugue sèche. Pouls ample, dépressible, irrégulier ; respiration suspirieuse; 2 selles liquides depuis hier, pas de gargouilleraeuts ; douleur au niveau de

la fosse iliaque droite, quelques lâches lenticulaires encore sur le Tcntre; peu de toux, rêvasseries la nuit, hallucinations.

1" juillet. Deux selles liquides; langue croûteuse en partie, à bords humides. Pouls, 108, régulier, bis feriens par moments, ga'rgouilleraenls; pas de douleur, toux humide; œil vif.

Le soir. Un peu d'abattement; 100 pulsations, pouls fort, à peine ùis-Jcncns. Râles sous-crépitaots moyens dans la moitié inférieure du poumon gauche eu arrière; quelques rhonchus, diminution de sonorité dans le tiers inférieur du poumon droit eu arrière; retentissement de la voix, râles crépitants, fins, presque secs, s'entendant pendant l'inspiration, un peu pendant l'expiration. Toux assez fréquente, humide; deux crachats mucoso-spumeux, jaunâtres, presque adhérents au vase.

Trailemeul. Vésicatoire à droite, en arrière.

Le 2. Stupeur. Mêmes phénomènes pulmonaires; souffle bronchique, dyspnée, pas de douleur thoracique. Pouls, 120 pulsations, 36 inspirations.

Le 3. Pouls, 108. Langue sèche, toux grasse, gros râle en arrière et en bas à droite.

Le 4. Amélioration dans l'aspect extérieur, langue moins sèche; gaigouillements moins abondants; pouls, 120, râles sous-crépilants lins en arrière et à droite. Même état du cœur.

Le 6. Pouls, 120, irrégulier ; respiration mêlée de râles humides. Corps couvert de sueurs; narines et dents couvertes de fuliginosités; langue sèche ; convulsions, toux, oppression extrême, râles humides nombreux des deux côtés de la poitrine.

T'-attiment. Lavement avec I gr. 50 de musc.

Le 8. Mort.

lutopx'e. I.e cœur est presque complètement couvert par le p lumon gauche. Péricarde transparent, cœur plus gros qu'à l'état normal, donne eu hauteur 0,10 cent, et 0,09 en largeur. Les valvules auriculo-ventriculaires gauche et droite sont rougeâtres, épaissies, indurées; plaque blanchâtre, un peu indurée à l'origine de l'aorte. Les lobes inférieurs des deux poumons sont très-coloré«; le tissu pulmonaire est noirâtre, friable eu certains points, va au fond de l'eati, dans certains points on trouve du pus, toutefois ces lésions sont plus marquées dans le poumon droit. Pas d'ulcérpfion intestinale; les plaques de Peyer ne sont ni boursouflée,'*, ni tuméfiées, elles ne sont ni colorées, ni ulcérées. La rate est un peu ramollie.

Nous nous contenterons de relater cette observation, qui, dans l'état actuel de la science, est un fait trop ex-

ceptionnel et trop contraire aux idées g-énéralement admises, pour que nous cherchions à en tirer des conchisions.

Plus récemment, MM. Hardy et Béhier, tout en montrant une g-rande réserve, ont émis sur la nature de l'endocardite ulcéreuse des opinions un peu différentes de celles dont nous avons parlé ci-dessus. Pour eux, «l'ulcération et le ramoUissement de l'endocarde sont la conséquence du mauvais état g-énéral de l'économie au moment oià se mianifeste l'inflammation de cette membrane, laquelle ne leur paraît pas capable de produire, en tant qu'ulcération infectante, les phénomènes g-énéraux indiqués. Ce serait donc seulement une endocardite développée chez un sujet cachectique. »

A une époque encore plus rapprochée de nous^ MM. Dug-uet et Hayem, dans le travail dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, ont proposé une autre explication. Selon ces observateurs, a il y a là une maladie malig^ne et g-rave d'emblée, caractérisée par des lésions viscérales multiples, et particulièrement par des lésions du cœur. » Ainsi s'expliquerait, disent-ils, l'état typhoïde dès le début, tandis que les infarctus ne seraient que des lésions secondaires , lég-itimées par les ulcérations de l'endocarde.

Disons en terminant qu'une véritable infection purulente a été observée lorsque de véritables abcès se forment par le fait de l'inflammation de la membrane interne du cœur, et s'ouvrent à l'intérieur de cet org-ane. L'observation de Spleng-er, empruntée au travail de M. Leudet, et que nous avons rapportée dans l'anatomie patholog-ique, en est un exemple frappant.

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