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LA PLEURÉSIE, LA PÉRICARDITE

r. La coïncidence de l'endocardite avec la pleurésie, ou la pleuro-pneumonie, dit M. Bouillaud, et spécialement avec celle du côté g-auche, est beaucoup plus fréquente qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. Je n'ai pas encore fait le calcul exact des cas oi:i elle a été observée par nous depuis que notre attention s'est portée d'une manière spéciale sur les maladies aiguës du centre circulatoire, mais je ne crois pas exag-érer en disant que les membranes séreuses du cœur se prennent, dans le tiers ou le quart des cas, de violente pleurésie ou pleuro-pneumonie gauche. »

Depuis que M. Bouillaud a appelé l'attention sur cette coïncidence fréquente, les auteurs l'ont sig-nalée à leur tour; les uns, comme Legroux, sont venus confirmer l'opinion du professeur de la Charité relativement à la fréquence; les autres, comme M. le professeur Gri-

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solle (1), sont d'une opinion contraire. Ce professeur, après avoir discuté les faits de Corvisart et de M. Bouillaud, après en avoir rapporté lui-même plusieurs, s'exprime ainsi : « En résumé, on ne peut s'empêcher d'admettre aujourd'hui que la pneumonie peut être une cause déterminante des maladies organiques du cœur et de l'aorte ; toutefois on doit reconnaître aussi que ce n'est que dans des cas très-rares que les inflammations pulmonaires ont un pareil résultat. » Friedriech Giinsburg^ (2) donne aussi le résumé de ses recherches : sur soixante-dix altérations du bord de la valvule mitrale, il a constaté six fois l'existence d'une pneumonie; sur cent ving-t-huit altérations de la valvule entière, onze fois. — Il fait en outre remarquer la fréquence plus g-rande de l'altération de l'orifice artériel g-auche coïncidant avec la pneumonie : ainsi, sur trente cas d'altération de l'orifice aortique, il y avait dix fois pneumonie.

Quoi qu'il en soit, l'endocardite se montre tantôt en même temps que l'inflammation pleurale ou pulmonaire ; elle se développe sous la même influence , le froid; tantôt elle apparaît quelques jours après. Les auteurs ont cherché à donner plusieurs explications sur ce développement : les uns, comme Corvisart, M. Bouillaud, Leg-roux, pensent qu'elle survient par suite de l'extension à l'endocarde de la phleg'masie qui a envahi primitivement les poumons. Les autres, comme M. Grisolle, croient qu'il est probable que la pneumonie agit de plusieurs manières : « tantôt c'est l'inflammation du poumon qui s'est propag'ée au cœ'ur, en a modifié la nutrition et donné Heu à des lésions per-

(1) Trailii de la pnciuiionie, "ioédil., p. 4fi"i.

(2) Gumbimj, Zcktchrift. \. IV, ISÎi^l.

sistantes, tantôt ce sont des caillots qui, ayant contracté des adhérences avec les parois du cœur ou de l'aorte, s'org-anisent, subissent plus tard diverses transformations org-aniques, et donnent lieu consécutivement à différentes altérations qui portent sur la capacité des cavités et sur l'épaisseur des parois. »

L'endocardite peut être la conséquence de la péricardite. Joy (1), à ce propos, fait remarquer que la transmission de l'inflammation est plus fréquente du péricarde à l'endocarde que de cette dernière membrane à la première. L'époque de cette transmission est variable: parfois^ elle se fait dans les deux ou trois premiers jours ; d'autres fois, un peu plus tard, le septième ou le huitième. Mais, quand les deux inflammations apparaissent en même temps, leur développement est dû à la même influence, celle du rhumatisme ou celle du froid.

2''. classe. — Endocardites dans les fièvres éruptives ,

FIÈVRES typhoïdes , ÉRYSIPÈLE, ÉRYTHÊME NOUEUX.

M. Bouillaud appelle typhoïde cette forme ou espèce d'endocardite qui se développe pendant le cours des fièvres éruptives, des maladies dites typhoïdes : « Sans doute, dit-il, dans cette forme, l'élément inflammatoire est, comme dans la précédente, l'élément essentiel; mais cet élément est tellement modifié par l'élément typhoïde surajouté qu'il convient réellement de ne pas confondre l'endocardite de cette espèce avec l'endocardite simplement inflammatoire, et, pour l'en distinguer, nous lui donnerons le nom à' endocardite typhoïde, ayant bien soin de prévenir que par cette dénomination nous entendons uniquement désigner une endocardite modi-

l) Library of medicine, l. III.

fiée par sa coïncidence avec un état typhoïde, et non une endocardite qui donne lieu par elle-même à des phénomènes typhoïdes. »

Aujourd'hui cette proposition de M. Bouillaud ne saurait être acceptée sans conteste. Nous avons vu en effet que l'endocardite peut, par suite d'altérations anatomiques qu'elle présente, s'accompag-ner, dans certains cas (cas, il est vrai, qui sont diversement interprétés par les auteurs), de phénomènes dits typhoïdes, sans que pour cela elle survienne dans les maladies que M. Bouillaud a eu spécialement en vue lorsqu'il émettait l'opinion énoncée ci-dessus.

Que l'endocardite survienne dans le cours d'une fièvre typhoïde, d'une pyrexie, nous le croyons, et que, dans ce cas, elle emprunte à la maladie, dans le cours de laquelle elle survient, une physionomie particulière, nous le comprenons volontiers; mais nous pensons qu'il est nécessaire de séparer de ce g'roupe l'endocardite qui survient dans les fièvres érupl-Ivcs; car, dans les cas qui ont été observés et que nous avons observés nousinême, nous n'avons jamais vu l'endocardite présenter l'aspect typhoïde.

Les fièvres éruptives ne se compliquent pas d'endocardite avec une fréquence ég'ale.

Tous les auteurs, Bouillaud, Graves, Trousseau, West, sont d'accord pour placer en première lig^ne la scarlatine ; c'est du reste ce que nous avons pu observer nous-même, pendant notre internat à l'hôpital des Enfants, dans le service de M. Rog-er. Dans la scarlatine, deux particularités sont à considérer au point de vue de l'endocardite. Ces deux points, sur lesquels nous avons insisté ailleurs (1), sont les suivants : T tantôt l'endo-

(1) /)« V endocardite, coinplicaUon de la scarlatine ; Union médicale dos ^27 el 29 décembre 1864.

cardite survient pendant le cours de l'éruption scarlatineuse , dég^ag-ée de toute complication articulaire ; 2° tantôt elle se. montre dans la convalescence ou en même temps que les douleurs articulaires^ qui on le sait sont d'une g'rande fréquence dans cette fièvre éruptive. Tous les auteurs n'ont pas accepté sans conteste l'existence de cette endocardite : les uns ont dit que le bruit de souffle entendu pouvait être le résultat de l'anémie ou d'une altération du sang*; les autres, que les lésions trouvées à l'autopsie n'étaient pas concluantes.

11 nous suffira, je l'espère, de rapporter l'observation suivante pour faire admettre d'une manière définitive l'existence de l'endocardite dans la scarlatine et pour montrer sa nature inflammatoire.

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